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dimanche 27 mai 2018

Trinité à Tverdilkovo


Aujourd’hui, c’était une de mes fêtes  préférées, la Pentecôte, qu’ici on appelle la Trinité, une des fêtes dites du Saint Esprit, et celle-ci en rappelle la descente sur les apôtres..
Néanmoins, mon inertie intérieure est telle que je ne m’y étais absolument pas préparée. J’avais juste lu la veille dans le livre du père Costa de Beauregard « Prie comme tu respires », des considérations qui s’appliquaient tout à fait à mon cas.
J’avais rendez-vous au village de Tverdilkovo avec Génia et sa famille, Génia étant l’homme qui défend avec foi, douceur et détermination les quarante hectares de parc naturel autour du monastère saint Nicétas, de la source du même, et les berges du lac immortalisées dans le film « Alexandre Nevski », contre l’avidité et la grossière bêtise des promoteurs moscovites et des fonctionnaires locaux. Nous ne nous étions jamais rencontrés, mais le contact a été immédiat.
Le village se trouve dans la direction de Iouriev Polski, après celui de Filimonovo, où le cosaque Boris a un terrain où il voudrait fonder une communauté en permaculture. Les paysages sont magnifiques, vallonnés, très ouverts, avec de grands prés, des bosquets à l’infini sous le grand ciel du nord en perpétuelle débâcle, avec ces églises couleur des nuages qui surgissent comme des apparitions, au dessus de la verdure et des isbas colorées.  En chemin, je ruminais mon état spirituel lamentable et m’adressais à Dieu : « Seigneur, j’ai bien compris que je suis tout à fait minable, tire-moi donc du trou ! »
Je suis arrivée par un vent vigoureux, émerveillée par l’endroit. L’église est en cours de restauration, très simple, et ce dénuement lui évite les dérives de mauvais goût toujours possibles. Elle était jonchée de foin coupé, comme toujours ici à la Trinité. J’étais en retard, mais le prêtre aussi, c’est un hiéromoine, le père Gouri. Je suis ressortie pour regarder ces jolies maisonnettes russes, l’humble petit cimetière, et me suis retrouvée en train de converser avec deux vieilles, car les gens sont là bas très chaleureux. Elles visitaient leurs tombes, comme c’est  l’usage pour cette fête, et commentaient l’existence des uns et des autres, comme mon grand-père ou ma cousine Dany en de telles circonstances. J’avisais une rangée de magnifiques consoudes bleues que Nina me déconseillait pour chez moi. «Ca fait partir les orties, me dit une des vieilles, là où elle pousse, plus d’orties. » Je lui demande : «A qui est consacrée l’église ?
- A la Trinité, répond-elle
- C’est quoi, la Trinité ? Sophia, Nadejda, Lioubov?demande sa copine.
- C’est tiens, regarde ! » Elle fait le signe de croix : « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ! » Puis elle ajoute : «Quand même, et dire que nous n’avons même pas une icône de la Trinité, dans l’église !"
Plus tard la même vieille, me louant Pereslavl, en attribuait la fondation à Pierre le Grand.  «Non, dis-je, c’était bien avant, Alexandre Nevski y est né.
- Bon, mais il a fait la flotte russe, à Pereslavl.
- Oui, ça d’accord. Et puis Ivan le Terrible y a beaucoup construit.
- Lui, il a tué son fils, alors je ne l’aime pas.
- Pierre le Grand aussi a tué son fils.
- Jamais entendu dire. »
Il l’a même fait périr avec préméditation sous le knout, alors qu’Ivan le Terrible ne voulait pas tuer le sien… Mais c’est comme ça, l’occidentaliste Pierre est toujours présenté sous un bon jour par les intellectuels et les instituteurs.
De retour dans l’église, je vois arriver notre hiéromoine Gouri, petit homme assez insignifiant, et voilà Génia qui nous fait un discours : «C’est une grande fête, aujourd’hui, et que vous vous soyez ou non préparés, allez vous confesser au père Gouri, il vous dira si vous pouvez communier ou non mais vous aurez au moins soulagé votre âme ».
J’opère un repli prudent vers l’extérieur et tombe sur la femme de Génia, Ira, qui me dit avec chaleur la même chose. « Je crains un peu les hiéromoines, lui dis-je, ils sont souvent raides comme la justice !
- Pas notre père Gouri ! »
Je retourne dans l’église, qui me plaît beaucoup à tous égards, ainsi que ses paroissiens, et me souviens de ma prière de tout à l’heure : «Tire-moi du trou ! »  Je prends mon courage à deux mains et vais trouver le père Gouri, et me surprend à parler, parler, et lui écoute sans rien dire, mais avec une grande douceur. «Si vous n’avez pas d’énergie et que tout cela vous pèse, c’est peut être aussi que cela n’est plus de votre âge, vous avez fait beaucoup d’efforts pour vous installer ici, allez communier. »
Il m'a rappelé un prêtre que j'avais vu chez le père Valentin. A première vue, je l'avais trouvé très laid, un peu ridicule, une vraie tête de savant Cosinus à lunettes hirsute. Et puis je m'étais rendue compte au bout de quelques temps que j'étais en train de lui raconter toute ma vie avec les détails et que j'éprouvais une vraie libération à le faire. J'avais demandé ensuite au père Valentin qui était cet homme étonnant. "Oh m'avait-il répondu, c'est quasiment un saint".
J’avais la sensation d’avoir trouvé ma niche spirituelle dans le coin. Mais en réalité, je l’ai su plus tard en discutant avec Génia et les autres, la niche est beaucoup plus près de moi que le merveilleux village, c’est ce même monastère saint Nicétas, dont l’higoumène est le père spirituel de tous ceux qui m’entouraient là bas, c’est aussi celui de mon plombier, d’ailleurs. Le frère du père Boris que l’on considère déjà comme un saint, le père Dimitri. A la suite de son frère, il se met en quatre pour restaurer les églises des villages du coin. Les moines viennent à tour de rôle officier une fois par mois.
Celle de Tverdilkovo a deux néomartyrs de Russie en attente de canonisation, un hiéromoine, le père Barsanuphe, fusillé en1937 et un jeune prêtre marié d’une grande beauté, Alexandre, je crois, mais je n’ai pas eu le temps de lire ce qu’on en dit, il semble avoir été fusillé en 42.
Après la liturgie, tout le monde, c‘est à dire une dizaine de vieilles et quelques moscovites en vacance, mange ensemble ce qu’ont apporté les uns et les autres, surtout Génia et sa femme Ira. J’ai fait connaissance avec une dame, Yekaterina Igorievna, qui écrit pour les enfants, elle est biologiste et a une datcha à Filimonovo. C’est une spécialiste de l’évêque chirurgien saint Luc de Crimée.
Nous sommes montés sur le clocher, pour regarder le panorama, à perte de vue ces ondulations de terre, vertes et bleues. Puis ma nouvelle amie m’a invitée à Filimonovo, dans son isba décorée. Nous avons bavardé à n’en plus finir, car nous nous sommes entendues sur presque tous les sujets.  Elle trouve qu’un adulte qui n’a pas sauvegardé son enfance n’a aucun intérêt.  Elle connaissait beaucoup de choses sur l’imprimeur d’Ivan le Terrible, Ivan Fiodorov, qui était un homme étonnant, un idéaliste et un lettré, car elle avait écrit à son propos une histoire pour les enfants. Ses livres se vendent bien, et c’est parfait, car elle s’efforce de rendre aux enfants ce dont la politique mondialiste, qui s’efforce partout d’imposer ses dikats,  cherche à les priver : leur lien avec leurs parents, leur sol, leur histoire, leur culture.
Elle trouve les gens de Pereslavl très sauvegardés, simples et bons et souvent très croyants, ce qui me paraît exact.
Sa maison était envahie par les moustiques, ce qui m’a réconciliée avec mon marécage, où ils sont finalement moins présents ! Elle est juste en face du terrain du cosaque Boris.
Pendant que nous jacassions, son mari m’avait déterré un plant de rose trémière…
Avant de me quitter, Génia et sa femme m’ont dit : «Vous savez, maintenant que l’on vous tient, on ne vous lâche plus ! »
En réalité, j’ai le plus grand respect pour à peu près toutes les paroisses et gens d’église que j’ai vus ici, mais il arrive que l’on se sente chez soi, ou pas. Il semble que dans l’orbite du père Dimitri, que je ne connais pas encore, j’ai des chances d’être à la place qui me convient…
Cette journée de la Trinité s'achève, après un gros et bref orage, par un bel arc-en-ciel.

Cette jolie maison est à vendre.

L'église de la Trinité à Tverdilkovo

au cimetière

gros spitz?

Deux paroissiennes arrivent avec leurs branches de bouleaux





La maison de Yekaterina Igorievna

Le terrain du cosaque

La village de Filimonovo

L'église de Loutchinskoïé



mercredi 23 mai 2018

Chaussettes...

Pour me changer de la clôture, j'ai passé la débroussailleuse. En réalité, je vais faire de la sculpture de terrain, je ne vais pas tout passer à la tondeuse, mais ménager des zones sauvages, c'est conseillé par la permaculture russe et pas seulement russe. En revanche, il faut délimiter ces zones. J'en ai deux vraiment humides, je vais les abandonner aux roseaux, planter dans l'une un saule nain, dans l'autre des hostas qui proliféreront comme ils voudront. Le long de la maison, côté sud, je vais faire une banquette d'hémérocalles, elles aiment les marécages. En Russie, elles, forment des touffes énormes, et sous ces touffes, pas besoin de tondre. Au milieu de la banquette pousse aussi une belle touffe d'oseille, je vais régulièrement m'y servir. Elle a poussé toute seule et je la ménage, comme la menthe.
Dans l'après midi m'appelle Boris le cosaque: "Larissa (c'est comme ça qu'il a décidé de me nommer), je suis à Moscou, mais ma femme est devant ta porte, va lui ouvrir, elle t'a tricoté des chaussettes...
- Des chaussettes?
- Oui, va lui ouvrir."
Je trouve derrière le portillon sa femme Ira, sa fille Marfa et les chaussettes. "Elles sont inusables et chaudes". Merci Ira, merci Marfa... Elles n'ont pas voulu entrer, elles allaient se promener.
Je ne fais pas les trois quarts de ce que je dois faire, c'est effrayant. Je voulais louer les services d'un tondeur de terrain, mais c'est sûr qu'il ne pratiquera pas la tonte chirurgicale et sélective, il va tout me ravager, l'oseille, les orties, les roseaux...
Je vais donc peut-être payer plutôt un peintre de clôture.
J'ai été contactée par Yevgueni, qui défend la berge du lac contre les promoteurs, il vient passer l'été dans son ravissant village jusqu'à présent épargné par le siding et la tuile métallique, et me propose de faire connaissance avec lui, sa famille et son prêtre le jour de la Trinité, c'est-à-dire dimanche. Ce même jour débute un grand festival de folklore à Rostov le Grand...
Une fois tondus les emplacements, je délimite les espaces où je vais faire un potager en carré, mais je pense que le potager lui-même attendra jusqu'à l'été prochain. Je pose les planches de mon ancienne palissade par terre en ménageant des espaces.
D'ailleurs, je fais cela dans tout le jardin, une succession d'espaces.


mardi 22 mai 2018

Temps béni...

Quand il fait beau, ici, c'est si délicieux que j'en ressens une sorte de permanente ivresse: l'air léger et lumineux est constamment brassé  par un vent qui m'évoque celui dans lequel Dieu se manifeste au prophète de la bible. Infiniment mystérieux, radieux, d'une discrète majesté...
Au petit matin, qui est déjà le plein jour, il fait jour à quatre heures et demie, vraiment jour, avec du soleil, je suis allée, dans ce vent rêveur et tendre, peindre ma palissade. Le bleu avance, et il me plaît, sa transparence évite le côté criard et plat qu'aurait une peinture opaque, et donne l'effet d'aquarelle d'une peinture déjà vieillie. Ce bleu atténue le vert de la maison, et fait ressortir celui de la végétation et les couleurs des fleurs, il va bien avec le ciel, et je crois qu'il ira aussi très bien avec la neige et les nuages, comme avec les feuillages d'automne.
Ce temps enivre aussi mes chats, qui gambadent autour de moi, euphoriques,  comme dans une BD de Gaston Lagaffe. Ils sont très heureux, ici, plus heureux qu'à Cavillargues et se disputent beaucoup moins. Rosie apprécie également de me voir passer mon temps dehors, et quand j'ai pris la poussette des courses pour aller à la "base des légumes", elle s'est mise à pousser des gémissements de joie.
Il y a des moustiques le soir, mais dans la journée, le vent béni, le souffle pur du lac, nous en débarrasse, je peux même faire la sieste dans mon hamac. Et j'ai fait l'acquisition chez IKEA d'une table et de chaises de jardin, vite colonisées par les chats.
Les choses avancent petit à petit, je cherche naturellement des moyens de limiter la quantité de travail, tout en faisant quelque chose d'esthétique. Mais c'est l'organisation, la mise en place qui demande le plus d'efforts.
J'ai pris le parti d'aménager le jardin tel qu'il est, en m'adaptant au terrain. Je ne cherche pas à faire un jardin impeccable, au contraire, je veux lui garder un aspect modeste et échevelé, avec des fleurs du pays, aucun exotisme.
Finalement, même le saule "rakita" serait trop grand pour mon jardin (quoique naturellement, j'ai peu de chances de le voir dans son développement maximum), mais j'ai trouvé une autre variété de saule nain en forme de ballon, qui monte à maximum trois mètres.
J'ai parfois une étrange sensation, ici, une sensation de transplantation. Je suis si fondamentalement ailleurs... Dans un endroit que j'aime, que j'ai choisi mais vraiment ailleurs.
Tout ce que je lis et vois sur la France, et sur la profonde bêtise d'une partie de mes compatriotes à la cervelle lavée qui se laissent manipuler comme de petites marionnettes me fait froid dans le dos. La seule raison pour moi d'espérer est que le père Placide ait existé, qu'il ait fondé ses monastères, si beaux et si rayonnants, qu'existe aussi Cantauques, des personnalités comme le père Costa de Beauregard ou le père Boboc, j'y vois le signe que Dieu n'a pas abandonné la France, de la même manière que le métropolite Onuphre est la preuve qu'il n'a pas abandonné l'Ukraine.
Ce serait une bonne chose de traduire les vidéos du père Costa de Beauregard en russe, ses livres, ceux du père Placide, et réciproquement, il y aurait beaucoup de livres russes à traduire en français, mais il me semblerait important que les Russes eussent connaissance de ce qui se passe chez nous de salvateur. Cependant, cela n'est pas du tout dans mes cordes, je fonctionne du russe en français.
Le café français cherche désespérément des collaborateurs qui seraient vraiment intéressés par l'apprentissage du métier de pâtissier boulanger et en particulier quelqu'un qui pourrait seconder Didier et répercuter ses instructions...






dimanche 20 mai 2018

Ascèse


Finalement, j’aime bien l’hiver, parce que je n’ai pas de travail dehors, et la température dans la maison est constante.
J’aime beaucoup jardiner, mais la tâche devient au dessus de mes forces, d’autant plus qu’il faut aussi bricoler dans la maison, ce que je remets à plus tard, et peindre la nouvelle clôture, ce qu’il faut faire avant la fin de l’été.
Les « adventices » sont exubérantes et coriaces, dans mon marécage, et je laisserais certaines parties du jardin à l’état sauvage si je n’avais l’invasion de la berce du Caucase, qu’il faut empêcher de se développer et de grainer , qu’il faudrait exterminer, je ne sais comment, car elle a colonisé toute la partie nord.
Je n’arriverai pas à avoir de potager, même modeste, cette année, je me contente de mettre en place ce qui me permettra peut-être de le commencer l’année prochaine.
J’ai lu un des journaux que Nina m’a donnés, c’est la permaculture à la russe, et c’est bien, car cela tient compte de nos conditions locales, forcément. Un article conseille ce que j’ai fait : planter des arbres, pas forcément fruitiers. Pour l’équilibre naturel du lopin, pour les oiseaux, les insectes et les champignons. J’en ai planté au premier chef pour des raisons esthétiques : cacher la maison moche du voisin et le bordel dans sa cour, avec tous ses engins. Et aussi pour les oiseaux, j’ai planté justement un sorbier des oiseaux. Ici, d’ailleurs, on en consomme les baies, cela fleurit au printemps et c’est ravissant à l’automne. J’ai planté un merisier, même chose.
rakita
J’ai un saule qui a poussé tout seul à la limite sud de mon lopin, à l’endroit le plus marécageux, et j’ai envie de lui adjoindre un saule local du nord appelé rakita qui a une forme ronde, très esthétique, et ne vient pas trop énorme, mais il me faut en trouver un. Cela supprimera la possibilité de cultiver à cet endroit là, mais d’un autre côté, si jamais les voisins construisaient, cela me cacherait leur maison, et cela pompera une partie de l’eau excédentaire.
Pour les arbres fruitiers, je m’oriente vers les nains en forme de colonne. Je vois que pas mal de Russes adoptent cette solution, et dans mon marécage, cela vaut le coup d’essayer. Ils ont moins de développement, un système racinaire plus réduit, le conseil donné est, dans les marécages, de ne pas creuser de trou pour planter, mais au contraire de ménager une « colline », d’importer de la terre et de planter au dessus du niveau du sol.
Ces arbres fuitiers ont une durée de vie réduite, mais je peux désormais dire que moi aussi.
Pour le reste,  dans l’avenir, je pense que j’aurai des légumes sans trop de problèmes, étant entendu que certains légumes ne mûrissent qu’en serre.
Une fois exterminée la berce, je pourrais laisser des zones sauvages, d’autant plus que les plantes sauvages ont toutes sortes de vertus. Nina m’a montré qu’on pouvait jeter une branche d’ortie dans une carafe d’eau pendant quelques heures, cela donne une excellente boisson revigorante et fraîche, délicieuse avec un peu de citron.
Toujours est-il que je suis un peu dépassée par la situation, je suis crevée.  Hier, je n’ai pas eu le courage d’aller à l’église. Je pensais à la vidéo du père Costa de Beauregard. Je suis tout aussi convaincue que lui que les temps sont courts, et qu’est-ce que je fais ? Je vis comme si j’avais tout le temps. Il est vrai que j’ai vu une autre vidéo de lui sur l’ascèse, que je ne pratique vraiment pas, ou par la force des choses (la santé qui m’impose un certain régime alimentaire peu gras, mais j’abuse du sucre. L’abstinence qui m’a pourri la vie, mais j’avais du mal à me livrer à des coucheries décevantes ou à l’abus de confiance qui consiste à mettre dans son lit quelqu’un qu’on ne supportera pas à long terme, le sexe, pour moi, ça va avec l’amour, c’est comme ça…). L’ascèse m’emmerde au plus haut point, les textes ascétiques m’emmerdent. Une assertion comme celle du père Serge, que pourtant je vénérais : « Si tu as envie d’une femme, imagine-la dans son cercueil » me révolte profondément. Car il me semble que c’est Dieu qui a fait cette femme belle et désirable et qui l’a équipée pour faire l’amour et des enfants, et quand on aime cette femme, on aime le tout que forment ce corps et cette âme indissociables sur terre, ce qui pourrit dans le cercueil, ce n’est plus la femme qu’on aime, c’est ce qui en reste, après que l’âme soit partie. Une telle pensée me paraît atroce et étrangement impure.
Le père Costa de Beauregard ne semble pas un fan de l’ascèse rigoureuse non plus, ou plutôt il en a une autre idée qui rejoint un peu ce que disait le père Elisée à Solan. Il recommande une ascèse qui ne soit pas unqiuement centrée sur la nourriture et le sexe, une ascèse de l’amour. Prier pour les autres, prier pour ceux qu’on déteste, par exemple, pour des gens qu’on pourrait juger indignes de cela. Eh bien ça, c’est quelque chose que je fais, et par rapport à ma jeunesse, je suis devenue beaucoup plus indulgente, et j’arrive à ne pas me laisser aveugler par un seul aspect du comportement d’une personne pour la juger en bloc, mais à considérer l’ensemble de sa vie, l’ensemble de ses attitudes, et donc à relativiser et à pardonner.
La mère Hypandia, qui a éclaté de rire à juste titre le jour où je lui ai dit que mon filleul Antoine me considérait comme son lien avec Dieu, m’avait présentée à une higoumène russe en lui disant : «C'est Laurence, elle a un cœur d’enfant ».
Eh bien oui, c’est un peu tout ce que j’aurai à rendre au Seigneur, un cœur d’enfant, et même d’enfant gâté, un peu capricieux, mais comme je le disais au père Placide qui avait semblé surpris et songeur, le Christ nous dit de ressembler à des enfants, est-ce que les enfants vont spontanément vers la souffrance ? Ils vont vers la joie de vivre, l’extase de la vie, j’ai toujours cherché Dieu dans l’extase de la vie qui ne me paraissait jamais suffisante, qui allait croissante jusqu’à je nesais quel absolu, et non à travers une horreur de la vie qui me semble assez malsaine.
C’est pourquoi j’aime saint Porphyre, qui pourtant pratiquait l’ascèse, mais d’une façon si lumineuse et si miséricordieuse, je me répète souvent sa phrase si profonde : « Pour être chrétien, il faut être un peu poète… »
Je suis une chrétienne enfantine et poète. Et quand je m’impose des choses à contre-cœur, parce que « je le dois », je pense que je ne suis pas dans le vrai, d’après le père Costa deBeauregard, et d’après le père Elisée et même le père Krestiankine qui disait : « Ne vous laissez pas enfermer dans les règles de prière, mais entretenez-vous avec Dieu aussi souvent que vous le pouvez ». Je compte sur l'indulgence de Dieu, comme tous les enfants gâtés.


le père Costa de Beauregard: l'ascèse...




vendredi 18 mai 2018

Pierres précieuses, licorne et serpent des prés.


J’ai relu le récit de l’Anglais sur Ivan le Terrible, il en montre des aspects effrayants, mais fait en fin de compte un bilan de son règne qui n’est pas négatif, il va même jusqu’à dire que s’il n’avait pas été aussi féroce, il n’aurait pas régné si longtemps ni obtenu de tels résultats, sur le plan de l’extension, de la consolidation et de l’organisation de son royaume, de la consolidation de la foi orthodoxe, et il souligne qu’il fut aussi un grand bâtisseur. Après sa mort, Boris Godounov, que l’Anglais aimait bien, prend assez vite le même chemin, devant les complots incessants, et craint en permanence pour sa vie. Il semble bien qu’il ait fait assassiner le tsarévtich Dmitri, et aussi empoisonné sa mère.  Il a dû être entraîné à cela par l’exercice du pouvoir et ses terribles dangers, alors qu’au départ, c’était un homme mesuré et plutôt pacifique.
C’est un peu ce que je montre dans Parthène, mais mon tsar est sûrement assez adouci par rapport au modèle. Le supplice du mage anglais est une chose assez difficile à lire, et je ne pense pas qu’il l’ait inventé. Je dirais qu’il n’aime ni la Russie ni les Russes et ne les comprend pas, mais son témoignage semble essayer de donner une idée exacte de ce qu’il voyait. Bien sûr, on sélectionne forcément ce qui nous frappe en fonction de nos affinités et de notre réceptivité particulière, mais quand on affirme que tout cela est de la propagande de l’époque, pour noircir le tsar, je ne le crois pas. D'autant plus qu’il lui concède une position difficile et dangereuse et de grandes réalisations.
Le mage anglais était un aventurier et un triste personnage, un intrigant, ce qui m'étonne, c'est comment, par cupidité, des gens peuvent en arriver à croire qu'ils vont impunément manipuler des fauves comme le tsar Ivan. C'est dangereux, je ne m'y risquerais vraiment pas. Son dernier mot, quand il mourut après d'abominables tortures, fut: "Dieu..."
L'amitié de sir Jerome avec Boris Goudounov est touchante et pourrait, elle aussi, faire l’objet d’un roman.  L’Anglais avoue avoir gardé toutes ses lettres, ce qui n’est pas anodin. Boris avait fait expédier ses richesses personnelles (pas celles de l’état) aux Solovki, pour les envoyer éventuellement en Angleterre si cela tournait mal pour lui. Mais il avait hésité, et ses plans avaient été plus ou moins découverts. La noblesse avait commencé à soupçonner sir Jerome Horsey, dont elle enviait les liens privilégiés avec le régent, et à intriguer contre lui.
« Quelques uns de mes vieux amis m’envoyèrent en secret, par une vieille mendiante, la nouvelle qu’il y avait eu des changements et que je devais être sur mes gardes. On m’envoya chercher. Je remis le document de la reine au tsar (Féodor Ivanovitch), il le transmit à Andreï Chelkalov, principal fonctionnaire des ambassades, mon ennemi par la grâce de sir Jerome Baus. Le tsar faible d’esprit commença à pleurer, à se signer, disant qu’il n’avait jamais donné prétexte à offense, visiblement, quelque chose l’alarmait. On m’éloigna rapidement de lui.
Le prince régent n’y était pas, et je n’entendis pas parler de lui jusqu'à ce qu’un soir, il envoyât un noble me dire de venir le rencontrer à cheval, dans un endroit déterminé, sous les murs de Moscou. Ayant ordonné à tous de s’éloigner, il m’embrassa, selon leur coutume, et me dit avec des larmes que pour des raisons sérieuses, il ne pouvait me manifester (ouvertement), les mêmes bonnes dispositions. Je lui dis que j’en étais d’autant plus blessé que ma conscience en témoignait : je ne lui avais donné aucun prétexte à offense, je lui avais toujours été fidèle, dévoué et honnête.  « Alors que souffrent pour cela les âmes de ceux qui ont voulu nous brouiller ». Il parla de diverses choses qu’on ne peut coucher sur le papier. Prenant congé, il m’assura qu’il ne laisserait pas toucher un cheveu de ma tête, c’était juste une phrase creuse… »
Quand Boris "embrasse" sir Jerome "selon leur coutume", il ne s'agit pas de l'insupportable et récent bisou français systématique, mais de prendre la personne dans ses bras, de l'embrasser au sens premier du terme, et de la serrer trois fois contre son épaule, trois fois, parce que la Trinité, c'est un geste d'affection solennel et chargé de sens, qui se pratique toujours.
Voici d’autre part la courte description qu’il donne du tsar Ivan, à la fin du bilan de son règne : «Il était d’un extérieur agréable, avec de beaux traits du visage, un grand front, une voix impérieuse, un vrai scythe, rusé, cruel, sanguinaire, impitoyable, il dirigeait lui-même, selon sa volonté et sa compréhension des choses, les affaires du royaume, aussi bien intérieures qu’extérieures. »
Il raconte qu’au moment d’une famine qui jetait un grand nombre de nécessiteux dans les rues de Moscou, le tsar Ivan avait donné l’ordre de les secourir. Mais ceux qui feignaient la misère pour soutirer de l'argent (comme il y en a encore de nos jours, dit-on),  il avait décrété de les abattre d’un coup sur la tête…
C’est sûr, ça calme…
Pour finir, je traduis la scène extraordinaire des pierres précieuses :
On portait chaque soir le tsar dans son trésor. Un jour le tsarévitch (Fiodor Ivanovitch) me fit signe de les suivre. Je me tenais au milieu d’autres courtisans et je l’entendais parler de quelques pierres précieuses, et en expliquer les vertus au tsarévitch et aux boyards (et leurs propriétés). Et je demande la permission de faire ici une petite incise, exposant cela pour en garder personnellement le souvenir.
« L'aimant, comme vous le savez, a de grandes propriétés secrètes, sans lesquelles on ne peut voguer sur les mers qui entourent la terre, et sans lesquelles on ne peut reconnaître ni les côtés ni les limites de la terre. Le tombeau du prophète perse Mahomet, qui est d’acier, flotte miraculeusement au dessus de la terre, dans leur mausolée à Derbent. » Il ordonna à ses serviteurs de lui apporter une chainette d’épingles et les touchant avec l’aimant, les suspendit les unes aux autres. ..
« Voici le magnifique corail et la magnifique turquoise, que vous voyez, prenez-les dans vos mains ; leur couleur naturelle est éclatante et maintenant, posez-les sur ma paume. Je suis empoisonné par la maladie ; vous voyez comme elles montrent leur propriété, en ternissant leur pure couleur ; elles prédisent ma mort ».
«Apportez mon sceptre impérial, fait de la corne d’une licorne, avec de splendides diamants, des rubis, des saphirs, des émeraudes et autres pierres de grand prix ; ce sceptre m’a coûté 70 milles marks, quand je l’ai acheté à David Hauer, qui l’avait obtenu auprès d’un richard d’Augsburg. Trouvez-moi quelques araignées ».  Il ordonna à son guérisseur Johann Eyloff de tracer un cercle sur la table ;  y jetant les araignées, il vit que quelques unes s’enfuirent, d’autres moururent.  « C’est trop tard, il ne me protègera plus désormais ».
« Regardez ces pierres précieuses. Cette pierre est la plus chère de toutes, et de très rare origine. Je ne m’en suis jamais servi, elle dompte la colère et la luxure et conserve la retenue et la vertu ; une petite parcelle réduite en poudre peut empoisonner non seulement un homme mais même un cheval ».
Ensuite, il montra un rubis. « Oh ! Celui-ci convient mieux que tout pour le cœur, le cerveau, les forces et la mémoire de l’homme, il purifie le sang épaissi et gâté ».
Ensuite, il montra une émeraude. « Celle-ci  provient de l’arc-en-ciel, c’est l’ennemi de l’impureté. Essayez-la ; si un homme et une femme sont unis par le désir, en ayant une émeraude avec eux, elle se fendra ».
« J’aime particulièrement le saphir, il conserve et renforce la virilité, réjouit le cœur, il est agréable à tous les sentiments vitaux, au plus haut point utile aux yeux, il purifie le regard, éloigne les afflux de sang vers lui, fortifie les muscles et les nerfs ».
Puis il prit de l’onyx dans sa main. « Toutes ces pierres sont de merveilleux dons de Dieu, elles ont une origine mystérieuse, mais pourtant, elles se révèlent pour que l’homme puisse les utiliser et les contempler ; elles sont les amies de la beauté et de la vertu et les ennemies du vice. Je me sens mal ; emmenez-moi d’ici jusqu’à la prochaine fois ».
Et cela n’est pas tiré d’un roman ou d’un conte, c’est ce qu’a vu sir Jerome Horsey. Ce scythe rusé, cruel, impitoyable avait une dimension poétique qu'il partageait à mon avis, avec tout son peuple, avec peut-être les pires forbans de son opritchnina, et qui rendait chaque Russe susceptible, comme le brigand Koudeïar de la chanson, de partir un jour faire son salut dans un ermitage de la taïga. En dépit des atrocités, les gens baignaient dans la beauté, dans une dimension épique et tragique qui sublimait leur vie et les rendait capables de grandes actions, de dévouement héroïque, de passion amoureuse absolue, ou d'exploits spirituels. C'était sans doute le cas dans toute l'Europe médiévale, mais déjà, le sympathique sir Jerome a pris avec cela les distances de la Renaissance.
 Même les notations sur le tsarévitch, plus tard le tsar Feodor, me touchent, ce discret tsarévitch qui fait signe à l’Anglais de les suivre, ou fond en larmes devant lui, car il sent des intrigues et se fait sans doute du souci pour lui, c’est bien mon tsarévitch Féodor, celui pour lequel j’ai toujours eu de la tendresse.  
Ce soir, Georgette m'a ramené un serpent. Je ne sais pas si il était mort ou faisait semblant, je l'ai mis dehors, dans les groseillers. Je pensais à l'injure russe: змея подколодная, serpent des prés... cela veut dire que j'ai des serpents, dans mes taillis. 


   

jeudi 17 mai 2018

Ascension

Pour la fête de l'Ascension, je suis allée à l'église de la Protection de la Mère de Dieu qui est à 800 mètres de chez moi. son grand avantage, ce sont des offices qui commencent à 7 heures 30. A 9 heures, c'est terminé. Et aussi, les prêtres ont une bonne diction, on comprend ce qu'ils lisent et ce qu'ils disent. Ils ont aussi de bonnes têtes. Il y a un gros jovial, et un mince qui a l'air un peu pas de ce monde, un visage médiéval aux yeux calmes et pensifs, c'est le recteur. Le choeur est assez catastrophique. Il a cependant chanté un beau trisaghion que je n'avais jamais entendu et qui m'évoquait un chant populaire. Quand le diacre a entonné le credo, j'ai cru entendre autour de moi s'élever tout un vol de corneilles: c'étaient les vieilles de l'assemblée qui croassaient avec lui, chacune à sa manière et chacune complètement faux. Mais j'ai bien aimé cette église. Elle a traversé toute la période soviétique sans être fermée et gardé l'aspect qu'elle avait au XIX° siècle: l'iconostase, les fresques, tout est d'époque. Evidemment, les icônes sont académiques, ce qui, à mon sens, les prive de toute une dimension. Mais au moins, l'ensemble est homogène, harmonieux, dans son style, tout baigne dans une sorte de pénombre bleutée éclairée par les ors du mobilier et les revêtements métalliques des icônes anciennes. Mais c'est une très petite église, vite bourrée, pas de place pour s'asseoir, les plus décaties occupent les rares sièges disponibles.
Les moustiques ont fait leur apparition. Pour me consoler, les entrepreneurs qui m'ont fait la clôture m'ont dit: "Oui, vous habitez un marécage, mais toute la Russie est un marécage, ou alors il faut aller habiter du côté deVoronej".
Celui qui rêvait d'émigrer en France a discuté avec un ami qui en revenait. Il était allé à Paris, et non seulement il y a vu une sorte d'Afrique, mais en plus, une fille s'est fait attaquer par des migrants sous ses yeux. "Je ne peux pas le croire, me dit l'entrepreneur.
- Moi non plus!"
Le troupeau de Nadia a augmenté pendant l'hiver. Elle a des chevrettes et des agneaux, et aussi une génisse. Mais elles ne font plus grand effet à Rosie, sinon qu'elle est jalouse de l'intérêt que je leur porte.
Je suis accablée de boulot, il y a des tas de choses à faire au jardin, plus la clôture à peindre. J'ai trouvé une lazure bleu canard. J'ai peint en priorité le portillon, pour raccrocher la boîte aux lettres. Je suis très contente de cette couleur. Elle s'harmonise bien avec la maison, et aussi avec la verdure de l'herbe et des feuillages. Mais je suis assez effrayée par l'ampleur de la tâche,  surtout avec tout le reste en plus...
"Comment avez-vous fait pour trouver une couleur pareille? me demande l'entrepreneur. C'est la Provence?
- Mais regardez vos vieilles maisons avant qu'on les ai complètement plastifiées! Les gens, ici, les peignaient de façon magnifique, je ne sais pas ce qui leur prend de tout défigurer de cette manière! Les Russes savaient très bien utiliser les couleurs, mais puisqu'ils ne savent plus, Dieu leur a envoyé une Française pour témoigner de leur propre beauté avant qu'ils ne l'aient complètement effacée de la terre..."



Les chèvres sont de retour...



mardi 15 mai 2018

RVP


Au retour de Yaroslavl, j'ai trouvé la clôture finie. Maintenant la question se pose de la couleur, je pensais à une lazure bleu vert, mais ici, je n'ai pas vu. Il y a des lazures "couleur bois", un vert jaune qui n'irait pas du tout, et une lazure blanche qui mettrait la clôture dans le ton des encadrements de fenêtre, je me tâte, j'irai voir demain dans le magasin de la dernière chance, sinon, il y a Leroy Merlin à 30 km de Moscou.
Depuis que Rosie a une clôture, elle est devenue plus agressive, elle faisait le cador avec les ouvriers à qui elle ne disait rien la veille...
Je me retrouve avec des tas de planches et de morceaux de bois pour paver mon jardin selon les bons conseils de Nina de Kostroma.
Henri Barthas m'écrit qu'il a hâte d'aller vers des cieux plus cléments, c'est-à-dire les miens, car en France, on se gèle terrible. Incroyable... Et nous, jusqu'à ce soir, le temps de rêve, j'ai même vu des enfants se baigner dans un étang, ce qui me donne des idées. Mais on dirait qu'il va pleuvoir, le ciel se couvre. Cela m'arrangerait, car j'ai semé je ne sais plus quelle plante qui doit reconstituer mes sols, ce n'est pas de la moutarde, ce n'est pas du trèfle, ce n'est pas encore de l'orge (c'est pour la fin août), ce sera donc la surprise, ça fleurit et ça attire les abeilles.
Ceci, est le RVP, permis de résider pendant 3 ans, assorti d'un visa de la même durée, mais on m'a conseillé de demander dans six mois le VNJ ou permis permanent. Finis les allers et retours forcés tous les trois mois. En revanche, pendant les trois ans, je n'ai pas le droit de résider plus de trois mois en France, sous peine de perdre le RVP, je crois que c'est plus souple avec le VNJ et enfin, il me faut enregistrer le truc à Pereslavl, c'est-à-dire faire une fois de plus la queue, mais enfin, c'est quand même un grand jour, qu'il va falloir fêter dignement.

Sans Ilya, j'aurais eu bien du mal à obtenir les précieux tampons! Mon passeport neuf est déjà bourré de visas et tampons divers.
















La vieille palissade et le beau temps russe... a dire vrai, j'adore les vieilles  palissades, leur ton gris, leur mouvement naturel et leurs planches disjointes...