samedi 17 février 2024

Aliocha et Ivan




Curieux. Juste au moment où l’interview de Poutine fait un carton planétaire et sème la panique chez les globalistes de la caste, voilà que Navalny meurt fort opportunément en détention. Cela donne une merveilleuse occasion de crier et de pleurer à ces gens qui laissent crever Assange en prison et ont laissé crever ce bloguer américain dans les geôles de Zelenski. Je ne connais pas encore les détails mais j’inclinerais à penser que l’OTAN a soudoyé quelqu’un pour lui faire la peau, d’ailleurs, c’est ce que j’ai toujours pensé à propos de Nemtsov, qui ne représentait aucun danger pour Poutine, mais qui pouvait beaucoup mieux servir ses adversaires mort que vivant. Il vient un moment où les traîtres ne peuvent plus être utilisés que sous forme de martyrs. Le prochain, demande un commentaire russe, ce sera Zelenski, que l’on mettra sur le dos de Poutine ?

J’ai vu une horrible vidéo de gamins défilant dans la rue, en Espagne, habillés en putes, avec des bas résille et des drapeaux arc-en-ciel, et les badauds, parmi lesquels, sans doute, leurs parents qui ne voudraient surtout pas passer pour des rétrogrades, prennent des photos avec des airs attendris.

https://vk.com/wall-211086013_4455

Pendant ce temps, circule la vidéo russe d’une fillette qui dit, les larmes aux yeux, un poème à son père parti au front, poème de sa composition, qui fait référence à la guerre précédente, celle de quarante, certes, nous ne sommes pas ici au pays des woke et des transgenres... J’étais tombée auparavant sur un extrait de film soviétique sur cette même guerre, avec des sentiments de sacrifice, de fraternité, de dépassement de soi, et je comprenais que cette mentalité russe de la communauté sacrée, d’un sentiment national charnel et mystique, m’avait séduite dès mon adolescence, que je l’avais trouvée dans toutes les expressions du christianisme orthodoxe, mais qu’elle apparaissait encore jusque dans les films soviétiques, comme la Ballade du soldat, et je la retrouvais dans cette petite fille et son poème. Et puis ensuite, j’ai vu un autre poète, un jeune soldat. Qui dit ses propres vers, sur la fin de la guerre, et le moment où les enfants du Donbass qui grandissent dans des caves ne seront plus qu’un chapitre d’une histoire déjà lointaine, et je regardais ses yeux, car c’est tout ce qu’on voit de lui, avec son masque, des yeux doux et fervents, tristes et très purs, je souhaitais de tout mon coeur qu’il revînt vivant, que prît fin cette horreur et  que saint Michel terrassât le dragon.

https://vk.com/video-34840857_456243899

https://vk.com/video-34840857_456245417

Dans ma jeunesse, j’avais vu quasiment au même moment « Andreï Roublev » de Tarkovski et « le Septième Sceau » de Bergman, deux films à thème médiéval et à contenu métaphysique que j’avais beaucoup aimés, et en lesquels j’avais constaté une profonde différence entre la spiritualité orthodoxe et la spiritualité occidentale, si l’on peut parler de spiritualité dans le film de Bergman, qui la cherche douloureusement, mais ne la trouve pas. Et puis Bergman, c’est le protestantisme, encore faut-il le dissocier lui-même de la partie catholique et latine de l’Europe ; mais c’est en fin de compte le protestantisme qui est devenu ce qu’on appelle aujourd’hui l’Occident, qui a pris le dessus au cours des cinq derniers siècles. La religion médiévale que montre Bergman dans son film est une caricature protestante et contemporaine du catholicisme de l’époque, quels que soient les sentiments qu’on puisse éprouver à son égard. Toujours est-il qu’à la veille de ma conversion à l’orthodoxie, la comparaison entre les deux univers avait contribué à me décider pour celle-ci.

Je suis tombée sur un article du magazine orthodoxe «Thomas » qui établit la même comparaison entre les univers respectifs des deux cinéastes et jette un éclairage supplémentaire sur la nature du choix que j’avais fait alors. Ce qui est pour moi intéressant, c’est que Tarkovski, dont la spiritualité cosmique est très proche de la mienne n’est pas un orthodoxe pur et dur du point de vue de l’auteur de l’article, il est sous toutes sortes d’influences, un intellectuel russe des années soixante. Oui, en effet, et sans doute que moi non plus, le père Barsanuphe me disait que j’avais un chemin particulier, la mère Hypandia aussi, mais pour le père Barsanuphe, en tous cas, et sans doute aussi pour la mère Hypandia, il ne sortait pas pour autant du cadre de l’orthodoxie.

Ce qui me frappe, c’est que Tarkovski, d’après l’article, est « ensorcelé par la beauté cosmique de ce monde, que les gens abîment, perdus qu’ils sont sur les chemins d’une voie civilisationnelle mal choisie qui détruit cette harmonie. Tarkovski ne cherche pas de coupables individuels mais les destructeurs globaux de ce monde magnifique, qui ont finalement eu recours à l’arme atomique. »

Cette démarche s’oppose à celle de Bergman, « fils révolté de Dieu » qui « de film en film s’adresse au Sauveur, tantôt attendant de lui une réponse, tantôt lui demandant de se justifier pour la souffrance de l’homme devant le silence de Dieu ».

Mais c’est que justement, Dieu ne répond pas aux questions, et cette confrontation me rappelle celle d’Aliocha Karamazov et de son frère Ivan, je savais déjà en mon coeur, quand j’ai lu les frères Karamazov et que j’ai vu ces deux films, que Dieu se connaît à la façon d’Aliocha se prosternant pour baiser la terre sous le ciel étoilé, ou d’Andreï Tarkovski, dans sa perception sacrée et communautaire de l’humanité et du monde qu’elle occuppe, et non comme au tribunal, sous le feu de questions indignées et souvent à côté de la plaque, où d’ailleurs le Christ lui-même se taisait. Mais comment faire comprendre l’attitude d’Andreï et d’Aliocha à Ivan et Ingmar ? Ivan et Ingmar sont partis sur ces chemins erronés qui mènent le premier au suicide et le second à la danse macabre finale de son film plein d’épouvante et de désespoir. Dieu se connaît par l’élan du coeur, la gratitude, l’émerveillement, et la conscience de sa petite place dans l’immense cathédrale de son Existence qui nous respire. 

Тарковский и Бергман: что они говорили о Боге? И о чем — с Богом? - Православный журнал «Фома» (foma.ru)


J’ai vu que le nouveau café « le pain d’épices de Pereslavl » proposait une soirée rencontre des créatifs de la ville, pour prendre le thé ensemble et échanger des idées. Les créatifs étaient une quinzaine, mais c’était plutôt des créatives, aucun homme parmi nous. Il y avait des sortes de brioches moelleuses et caramélisées absolument délicieuses et bien sûr, des pains d'épices, aux si jolis moules, dans l'esprit des moules anciens. J’ai joué des gousli et chanté des chansons gaies, parce que c’est bientôt la maslennitsa. Les créatives étaient un peu étonnées ; cela n’entrait visiblement pas dans leur appréhension de la Française typique. Mais après un départ un peu froid, tout le monde a commencé à rigoler et à fraterniser, les gosses sont même venus danser. Et la céramiste qui expose à la galerie locale m’a proposé d’y mettre mes livres en vente, ce qui m’arrangerait bien, car j’en ai tout un stock. «Finalement, nous ne savons vraiment pas apprécier notre propre culture... ont observé toutes ces dames.

- Ne m’en parlez pas, c’est là dessus que je disserte à longueur de pages ! »



1 commentaire:

  1. Bonjour Laurence,
    merci pour vos proses que j'ai découvert il n y a pas longtemps grâce à Nicolas Bonnal. J'aime beaucoup, vous êtes une bouffe de fraîcheur et de pureté, de simplicité. J'ai cru avoir moi aussi trouvé un coin de terre qui m'est cher, loin de chez moi, en Europe hélas, mais je vois que ce pays est tout aussi crétin que le reste de l'Europe. J'aime la Russie, j'y suis allée une fois seulement, dommage, près de Moscou pour une participer à une expo de peintures et photos.
    Oui en effet l'Occident est totalement débile et les enfants en jarretelle maquillés comme des ... plaît aux foules.
    Ces malheureux gamins ne sont qu'un petit exemple de ce que nos élites (occidentales) veulent imposer. Elles pervertissent tout, ce sont des malades mentaux. Elles ont la haine du beau, du bon et de l'amour.
    En fait elles veulent juste tuer la vie.

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