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jeudi 6 août 2026

Chez Aricha

 



J’ai vu Katia, chez elle, à Filimonovo. Elle m’a demandé pourquoi je n’avais pas le moral, en dehors des événements de plus en plus sinistres. « Parce que je vieillis, que je perds la vue et que les miens sont loin. La distance entre eux et moi s'est considérablement accrue, et c'est presque comme si j'étais partie en URSS, parce que voyager est difficile, cher, et que les gens comme moi sont de plus en plus considérés comme des ennemis du peuple par ceux qui causent sa perte.

- On dit que parfois, les gens perdent la vue pour ne plus voir ce qui les fait pleurer. »

Avant, j’allais au moins une fois par an revoir mon pays d’origine et mes proches. Et là, je ne suis pas sûre que je le referai encore de mon vivant, ou du leur. Et ici, je suis seule, je n’ai pas de famille, vieillir est d’autant plus difficile. « Je comprends, me dit Katia, et je suis moi-même déjà effrayée par cette perspective, car je n’ai absolument personne. Mon frère vient de mourir, quand ma mère quittera ce monde, je serai absolument seule.

- Pourvu que votre Fédia revienne, je prie pour lui, tous les jours. Et voyez, il est quand même toujours en vie…

- Oui, sa vie ne tient qu’à nos prières… »

Il lui a envoyé un peu d’argent, pour acheter des médicaments à sa mère, alors que lui-même en a probablement moins qu’elle. Je lui ai dit, à ce propos : « Maintenant que vous avez acheté ce petit appartement à Pereslavl, pourquoi ne pas y installer votre mère ? Elle serait moins seule, elle ne serait pas avec vous, mais vous l’auriez à proximité, vous pourriez louer les services d’une bonne femme qui lui ferait les courses et la cuisine, et dormir dans cet appartement quand vous avez besoin de rester en ville.  De plus, si jamais elle était désorientée, tout le monde se connaît, ici, ce n’est pas comme si elle se perdait à Moscou…

- Oui, c’est vrai, j’y pense… »

Katia est allée en pèlerinage à Toutaïev, avec sa paroisse, pour la procession annuelle derrière une immense icône de la sainte Face, qui est portée par plusieurs hommes, en tête de la foule des croyants. Elle a beaucoup de vénération, comme moi-même, pour le starets Paul Grouzdiev, qui vivait à Toutaïev et y a été enseveli. Pendant toute la procession, la pluie tombait avec plus ou moins d’intensité, et les gens titubaient sous des trombes d’eau, derrière l’icône enveloppée d’un film protecteur, c’était très pénible, et étrange, mais à un certain moment, elle en a ressenti une grande grâce, comme il arrive dans ce genre de péripéties. Je dirais même que c'est une expérience particulièrement typique de la Russie.

Après nous avons fait un tour en voiture dans la campagne environnante, elle voulait voir ce que c’était que le village de Sémionovka, et en le cherchant, nous sommes arrivées à Pertsovo, où j’avais failli acheter une maison. La nature était merveilleusement belle, avec de larges espaces, des arbres équilibrés, variés et harmonieux, une douce lumière déjà automnale, bien que l’air soit tiède, mais justement, il est tiède, et non plus chaud, il est léger, et ça et là, de discrètes touches d’or apparaissent dans les feuillages. « Cela me rappelle septembre en Italie, me dit Katia.

- En effet, et moi la fin d’été en Provence… »

Mais j’ai pu observer que tous les villages étaient saccagés, les maisons difformes et plastifiées, et cela n’est même pas le résultat du plan mondialiste, mais celui de l’inculture, de l’absence totale de goût et de respect pour ce que faisaient les anciens.

En venant chez elle, j’ai tout-à-coup compris, en voyant de loin l’église de son village de Filimonovo, que c’était elle que j’avais représentée autrefois sur un tableau que je lui ai offert. Mais elle était vue d’un autre côté. J’avais un jour raccompagné deux vieux dans cette direction, quand je travaillais encore à Moscou, et je m’étais arrêtée au retour, pour dessiner une église qui surgissait sur une colline. Mais je n’avais aucune idée du nom du village et je viens seulement de faire le rapprochement. « En effet, me dit-elle, c’est à coup sûr l’église de Filimonovo, et vous me l’avez offerte sans le savoir ! N’est-ce pas incroyable ? »

A Moscou, on détruit les unes après les autres de merveilleuses usines anciennes, de la fin du XIX° ou du début du XX°, de véritables chefs d’œuvre architecturaux, afin de les remplacer par des horreurs disproportionnées et lourdingues. Un Russe me dit sur Facebook que c’est le programme mondialiste que d’effacer toute notre histoire. En effet, et ce plan est aussi à l’œuvre en France, où toutes les merveilles de notre passé médiéval me semblent désormais en sursis, ainsi que tous nos paysages, modelés par deux mille ans de ruralité laborieuse et modeste.  « On nous créée un tel enfer, lui ai-je répondu, que cela ne nous fera plus aucune peine de mourir ». Comme on dit dans l’Apocalypse, les vivants envieront les morts. 

la maison d'Aricha

Le lendemain, Katia m'a présenté Arina, Aricha, une artiste-peintre qui vit dans un village à une demie heure de Pereslavl. Aricha est sibérienne, et me rappelle Svetlana, rencontrée récemment chez Volodia et Mariana, une personne ronde, affable, caressante, chaleureuse, chez qui on devine une grande force morale, une grande force vitale, sans doute celle d'aimer. La Sibérie est probablement restée plus intacte du point de vue de la mentalité russe. 

Aricha a la balalaïka comme violon d'Ingres. Elle s'occupe beaucoup des soldats, pour qui elle fait des miracles, et des chiens martyrs, qu'elle recueille. Elle en a trois, dont un à qui il manque une patte, et bientôt lui en arrive un autre, à qui il en manque deux. Elle a commencé par nous envoyer nous baigner à la carrière voisine, et nous sommes descendues jusqu'à cet endroit étrange par une piste défoncée dont seul le tout-terrain de Katia pouvait venir à bout. Mais là, au fond de ce monde créé par l'industrie de l'homme qui se développe selon ses lois naturelles propres, quelle merveille... Une eau douce, claire, pleine de poissons d'or, des crêtes austères que colonisent déjà buissons et bouleaux, et cet arbre argenté nordique qui a un aspect méridional, l'argousier aux baies d'ambre. D'énormes nuages tournaient autour de cet oeil aquatique grand ouvert où je nageais avec délices, l'âme en paix, en écoutant le vent chanter dans les roseaux et les feuillages, sans aucune radio, sans aucune débroussailleuse, juste la rumeur régulière et lointaine de la carrière qui rappelait celui du train, régulier et mélancolique. Sur la berge, au soleil et au vent doux, je remerciais Dieu et Katia de m'offrir ce moment de pur bonheur de vivre. Car c'est pour cela que nous sommes nés: pour nous gorger de la vie et la consacrer à Dieu, du moins c'est ainsi que je le ressens. Toutes les heures que nous perdons dans les labyrinthes sinistres de la modernité nous habituent à l'enfer, et celles où nous rencontrons enfin la plénitude de la vie nous remettent dans le chemin du paradis et nous en donnent l'avant-goût. C'est pourquoi l'enfer s'acharne sur nos forêts, nos cours d'eau, nos animaux, nos villes et maisons anciennes, nos belles traditions, et tout ce qui peut nous détourner de lui en nous donnant la nostalgie de notre destinée réelle.

La maison d'Aricha est simple et ravissante, étonnement calme et douce. Elle l'a réparée en respectant le style russe, dont elle est elle-même l'incarnation. Sa grande terrasse de bois ouvre sur un paysage immense et vierge, que ne détruit aucune construction monstrueuse, des vagues de forêts et de collines qui déferlent doucement sur le ciel. Elle nous avait fait un repas conforme à sa maison: simple et délicieux. Et là encore, je me disais que ce moment entre nous de gentille amitié dans un décor naturel intact, c'était un instant volé à l'enfer, que partout où des êtres encore intacts se réunissaient avec affection, et discutaient ou faisaient de la musique, ou autre chose d'enrichissant, mettait en échec la danse macabre et la foire mécanique des robots.









Ce matin, j'ai écouté une vidéo où Pierre-Yves Rougeron reçoit Nicolas le Bault. Leur analyse des causes de notre dégénerescence est remarquable, tout cela, je le sentais quasiment dès l'enfance, sans pouvoir le formuler aussi clairement, mais là, c'est vraiment limpide. Il y a peut-être quelques angles morts, mais fondamentalement, c'est vrai. Et j'ai même pensé que si la Russie avait été quelque peu épargnée, c'est aussi parce que le régime communiste l'avait mise à l'abri du gauchisme qui est beaucoup plus délétère.


 

lundi 3 août 2026

ilôt de paix dans la tourmente

 


La France devient un vrai nid de démons. On la met à sac, à feu et à sang. Des incendies gigantesques brûlent des régions entières, avec leurs animaux sauvages qui ne savent plus où se réfugier, avec leurs oiseaux, avec leurs villages. Mais la préfète de la Gironde veut empêcher les agriculteurs d’aider les pompiers, ça c'est très important. Plus important que d'empêcher la vie de partir en fumée.

On dirait que la France s’ukrainise. Les paysans, les pompiers, les petites gens de province restent les Français que j’ai connus, dans le genre de ma famille. Mais il y a tellement d’abrutis, et d’abrutis diplômés, et même de brillants slavistes, qui se conduisent comme l’Orgon de Tartuffe entre les mains de l’abominable mafia qui nous gouverne, et hurlent à la mort contre les Russes, et contre tous ceux qui veulent rétablir la vérité, en face des calomnies et des inversions accusatoires… Ils s’avilissent à vue d’œil et ne sont pas loin de lyncher ceux qui pensent mal. Oui, c’est la contagion du maïdan, cette méchanceté stupide et cette vilenie qui me dégoûtaient chez les Ukrainiens ukrainisants, et qui à elles seules me persuadaient que le Donbass et la Russie étaient le bon camp. A présent, la meute se déchaîne contre une belle journaliste russe, qui a dirigé RT France, Xénia Fedorova. Quand on voit son visage calme, pensif et profond, et les gueules convulsées des gargouilles qui la livrent à leurs zombies glapissants, on a l’impression d’assister à un film d’épouvante. Ca ne choque pas les imbéciles que des hordes de filles ukrainiennes déchaînées viennent crier leur haine sur tous les plateaux, mais que la seule journaliste russe du paysage audiovisuel, digne et respectueuse, soit privée d'exprimer l'autre point de vue par le sinistre aux yeux sur pédoncule, cela n'est pas tolérable..

Tout ceci me perturbe et m’angoisse tellement que j’en ai en permanence la larme à l’œil.cela me serre terriblement le cœur. Je regrette presque d’être partie, j’aspire à « rentrer chez moi », au « Pays bleu » qui n’existe plus de la France de Trenet. Je me demande parfois ce que je fous ici, où tout le monde m’adore, où je vends des dessins, et même des livres ; où des théories de pèlerins font le déplacement pour discuter avec moi et m’entendre chanter. J’en ai eu toute une théorie aujourd’hui, ils ont été adorables, et moi un peu ahurie. Ils m'ont posé des tas de questions, sur mon itinéraire, et en partant m'ont embrassée comme si j'avais fait partie de leur famille. Mais quel que soit mon amour pour la Russie, la France de mon enfance m’occupe de plus en plus l’esprit, je péris de nostalgie devant des photos d’Annonay ou de l’Ardèche, des petits villages qu’ils vont tous détruire, des églises qui brûlent ou qui s’écroulent, des paysages qu’on saccage les uns après les autres. Cela ressemble à la fin du monde, et je ne trouve même plus les mots et la force pour exprimer ce qui me pèse sur l’âme.

Nicolas Bonnal me dit de me rapprocher de Dieu et le père Andreï de me confier à Lui, que les épreuves et les maladies sont là pour nous ouvrir les yeux. "Dans mon cas, lui dis-je, elles les fermeraient plutôt, car je perds la vue. 

- Eh bien les yeux spirituels..."

Ce qui est chiant quand on vieillit c'est qu'on finit par mourir. Je me demande s'ils vont s'ouvrir, mes yeux spirituels? L'eucharistie me paraît à chaque fois suave, élastique et vivante, et je m'entretiens beaucoup avec Dieu, mais est-ce que je m'entretiens vraiment? Est-ce que je déborde d'amour? Je déborde de larmes.

J'ai commencé, sur commande de la chaîne Spas, la traduction du scénario d'un film sur saint Augustin. C'est intéressant, j'avais lu les Confessions autrefois, c'était étonnement vivant, pour une époque où les écrits prenaient toujours de la distance, c'était quasiment une oeuvre moderne, une autobiographie. Evidemment, c'est peut-être surprenant de ma part, mais j'ai de la compassion pour le père païen du saint, tout heureux et tout fier de voir son fils devenir un homme qui s'intéresse aux filles et à la bonne bouffe dans les festins romains. Pendant ce temps, sainte Monique, avec laquelle peut-être il ne devait pas rigoler tous les jours, priait pour que l'adolescent choisît plutôt de se déssecher dans la chasteté, ce qu'il n'était pas vraiment pressé de faire, il le disait lui-même à Dieu, encore un moment monsieur le bourreau. Je n'arriverai jamais à comprendre pourquoi il est saint de mépriser les plaisirs de la chair, pour lesquels Dieu nous a pourtant Lui-même équipés au départ. Je comprends que leur satisfaction ne doive pas diriger toute notre vie, mais que la procréation doive se limiter à une gymnastique sinistre pour être convenable est un concept qui me paraît mener directement à son apparent contraire qui est la pornographie. Ces choses-là deviennent innocentes et belles quand on les fait par amour et avec bonheur, avec simplicité, avec naturel. Evidemment, quand on vous mariait avec un type qui ne vous plaisait pas, on avait peut-être du mal à le voir ainsi. Et trouver un type qui vous plaît, surtout à une époque où il fallait se marier de façon quasi obligatoire, ce n'est pas toujours simple.

Pour me changer les idées, je suis allée me baigner à l'embouchure de la rivière, près de l'église des Quarante Martyrs. J'y suis allée en vélo. La municipalité refait la berge et j'en suis très étonnée, d'une façon discrète, on a juste pavé la route, en laissant sur les bas-côtés les fleurs des maisons, les saules, les petits coins herbus, tout ce qui garde à l'endroit encore un peu de poésie et de pittoresque. Comme il a beaucoup neigé, et beaucoup plu, la rivière est pleine, propre, et je m'y suis glissée avec bonheur, pour nager vers le large du lac, bleu foncé, avec dans le ciel ces nuages qu'il y souffle en permanence, comme un enfant des bulles de savon. Sous l'église, une rangée de pêcheurs, un couple en ballade. Je regardais passer les hirondelles, dériver les canards, glisser les barques multicolores.Tout était si calme, si joli et si paisible. Au retour, j'ai appris que les Ukrotaniens avaient fait exploser un drone sur une plage, sur des gens désarmés, des enfants. Bien qu'ils en accusent toujours les Russes, c'est une vieille habitude, chez eux, que de faire des cartons sur les écoles, les gosses dans les bacs à sable, les grands-mères dans leurs potagers, les prêtres dans leurs églises, les ambulances... On voyait cela dès 2014, et inutile alors d'essayer d'attirer sur ce fait l'attention des personnes qui, aujourd'hui, insultent les Russes à longueur de commentaires. La presse veillait à ce qu'aucune info véritable n'arrivât à leurs oreilles, pourtant déjà bouchées à l'émeri. Le gnome de Kiev dit qu'il faut faire sentir la guerre à la Russie. Ah oui, parce qu'au Donbass, puis à Koursk, à Belgorod, on ne la sentait pas du tout, quand ses mercenaires y commettainet des atrocités. J'en connais qui ne veulent pas savoir. Mais ils deviennent rares, parce qu'ils sont généralement partis au pays de la démocratie de Nono la gargouille.