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dimanche 3 mai 2026

Conversation

 


La belle saison arrive d’un seul coup. Je passe d’un jour à l’autre des après-skis aux sandales. Les arbres verdissent à vue d’œil, les oiseaux chantent de toutes parts, une compagnie de canards me survole en trompettant. L’air est doux, glissant, soyeux sous un ciel calme. Tant de paix à l’issue d’un hiver si long et si rude, c’est comme l’ouverture des portes célestes devant un martyr exténué.

Il y a quelques jours, le temps commençant à s’adoucir, j’ai voulu aller faire un tour dans le marécage avec Nini ; mais sur la côte qui mène à la chapelle, la voilà qui vomit et se met à chanceler. Nous sommes redescendues vers la maison, et à mi-chemin, j’ai du la porter jusqu’à ma voiture puis l’emmener chez le vétérinaire. Celle-ci est compétente, et elle aime les animaux mais elle m’engueule comme du poisson pourri. Nini a fait un AVC, elle n’a pas sept ou huit ans, mais probablement onze, elle m’a donné tout un tas de médicaments très difficiles à doser et administrer et peu d’espoir. Mais Nini s’accroche, elle a fait quelques progrès, elle est bien sûr incapable de courir et de bondir comme elle l’avait fait la veille de l’évènement, on dirait un vieux jouet cassé, et elle est quasiment aveugle. Tout cela est si soudain, et elle était si heureuse de sa vie ici.... Elle me suit partout, quel que soit son état.

Juste avant...


Je me suis rendue à l’anniversaire de Vladimir, à Dobrilovo. Il y avait tous leurs amis, et l’évêque Anatoli. Il parle beaucoup et semble dire des choses fort intéressantes, mais je le comprends mal, d’ailleurs j’étais très fatiguée, je m’endormais à table. Dans ce que j’ai saisi, il y avait ceci : « Quand on est jeune, on a des désirs, des rêves, des projets, et quand on est vieux, on n’a plus que la vie, et on s’en contente, on la savoure, on la contemple, on apprécie chaque nuance de la lumière, chaque chant d’oiseau, chaque signe du cosmos, et plus fondamentalement, on a besoin de simplement converser en silence avec son Créateur. » C'est exactement ce qui se produit avec moi et, d’une façon inversement proportionnelle, je supporte mal ce qui trouble cette conversation, et je suis vite fatiguée des discussions humaines, surtout quand elles se traduisent par un bavardage vain et torrentiel. Mes yeux se portent vers l’horizon, les nuages, l’arbre le plus proche, un vol de mouettes. D’après l’évêque Anatoli, c’est donc une façon de communiquer avec le Créateur, c’est-à-dire de prier, et j’en suis contente, car je pratique cela à hautes doses, pour moi, c’est ce qu’on peut aussi appeler la poésie. Il a ajouté que réciter la liste de ses péchés en confession était moins important que d’évaluer à quel degré on a su mettre son âme en conformité avec le Créateur, si nous sommes compatibles avec Lui, et c’est également ce que je ressens. Mais certains prêtres exigent qu’on se gratte la conscience jusqu’au sang, de sorte que les bonnes femmes éduquées par eux occupent chacune leur confesseur pendant une demie heure, lors même qu’elles se confessent et communient tous les dimanches et parfois en semaine.

Ce matin, je n’ai retenu le père Alexis que deux minutes, il m’a demandé : « Vous allez communier ? » et son visage habituellement impassible s’est éclairé brièvement d’une telle douceur que j’en suis restée interdite. Se posant sur ma tête, sa main m’a envoyé une véritable décharge de grâce.

Après la liturgie, je suis allée au marché, dans l’espoir d'acheter trois pétunias pour ma terrasse, c’est encore un peu tôt, il neigeait la semaine dernière, mais j’en ai quand même trouvé. J’ai passé la journée dehors ç faire ce que préconise l'évêque Anatoli, et ce qui m’a fait rentrer, ce n’étaient pas encore les moustiques, qui ne vont pas tarder à apparaître, c’était l’affreux boum-boum de quelque nouveau blaireau du voisinage aux neurones depuis longtemps détruit par ce pilonage de décibels, profondément nuisible à la nature entière.

Une nouvelle m’a fait plaisir, et il conviendra naturellement de le confesser la prochaine fois, c’est celle de la mort brutale, mystérieuse et opportune du principal responsable des massacres de troupeaux en Sibérie. On peut imaginer, quand on a mauvais esprit, qu’au sommet, quelque part près du soleil, comme dirait Dieudonné, on n’était pas d’accord avec cet immonde méfait et qu’on y a mis bon ordre avant que le mécontentement ne prenne des proportions incontrôlables. Ce genre d'accident ne risque pas d'arriver, en France, aux sinistres individus qui détruisent la petite paysannerie à travers ses animaux. C'est la symphonie totale entre la mafia supranationale et ses divers laquais, aucune divergence salutaire.