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dimanche 1 novembre 2026

Vers les ténèbres

 Je reçois deux personnes venues profiter des derniers beaux jours de cet étonnant mois d'octobre. Des moscovites qui sont restés coincés hier six heures dans les embouteillages, car ils n'étaient pas les seuls à avoir eu cette idée. Il fait beau, et c'est seulement mardi que nous commencerons la descente accélérée vers les ténèbres glaciales. Mais quand il fait beau à cette période de l'année, on dirait que tout est délavé. Le ciel est bleu clair, les nuages nacrés, la lumière pâle et rasante. 

Ce matin, à l'église, où je me suis rendue frigorifiée par les premiers frimas, le sermon correspondait, comme c'est souvent le cas, en tous points à mon état intérieur. Cette impression d'être nulle et de ne plus pouvoir rien y changer, d'être fossilisée dans mon imperfection. Seul Dieu peut nous aider dans notre impuissance. Oui, sans doute, mais Il ne se dépêche pas de le faire, Il doit avoir Ses plans... En attendant, Il tient quand même la barre, car Il m'a inspirée la fameuse idée de hâter mon voyage en France, qui a eu lieu avant les émeutes. Et depuis que je suis rentrée, je suis apaisée, je ne doute plus de mon choix. 


L'actualité est souvent si honteuse, atroce et déprimante que je ne sais même plus comment réagir. L'esprit et l'âme ne peuvent plus traiter ce qui se déverse sur eux, cette avalanche d'informations révoltantes. La compassion aussi bien que l'horreur deviennent des abîmes où s'engouffrent des démons hurlants, et leur tohu-bohu laisse en nos coeurs un silence atterré. On détourne les yeux, avec un signe de croix. C'est Halloween en permanence. Le film d'épouvante et la science-fiction. Bientôt plus d'abeilles, plus de vers luisants, plus de lucioles. Les data centers, les éoliennes, les panneaux solaires qui ravagent impunément des hectares de forêt, privant de leur habitat la faune et la flore, la France qui brûle de partout, les gens plus maltraités que des animaux. Non, pas plus, car c'est impossible, mais presqu'autant, et en ce domaine, nous n'avons encore rien vu... et nous ne voulons rien voir. Mais c'est l'époque du grand dévoilement. Et nous verrons.

Ma cousine me disait que le salut viendrait peut-être des pays de l'est, et j'aurais tendance à prudemment soutenir cet avis, encore que l'on puisse facilement se tromper, dans le contexte de fourberie et de mensonge où nous nous trouvons en permanence. Mais quitter l'Union Soviétique pour l'Union Européenne, c'était passer de Charybde en Scylla. Et à la différence des Européens, ceux qui l'ont fait ont vite reconnu, dans la seconde alternative, la jumelle de la première, en peut-être pire. L'orbite soviétique avait relativement gardé ces pays satellites du consumérisme outrancier, de la "déconstruction" culturelle et morale, et aussi de l'invasion migratoire organisée. Car on ne peut comparer le soviétisme et le gauchisme occidental, largement issu du trotskysme qui, du reste, se caractérise par une haine rabique de tout ce qui est russe, haine qui, à mon avis, était le ferment le plus actif de la révolution de 17. Ni même le soviétisme brejnievien assoupi et le bolchevisme des décennies révolutionnaires. En réalité, quand on regarde le cinéma soviétique de la grande période, le contenu en est quasiment conservateur: la patrie, la famille, l'héroïsme, l'altruisme, l'amitié, l'amour entre des hommes virils et attentifs et des jeunes filles pures et dévouées, le culte de l'histoire, aussi, des grandes figures nationales, des écrivains, des artistes. Le Destin d'un homme ou la Ballade du Soldat ne me révélaient pas vraiment un univers à la Gérard Lauzier, quand j'allais les voir, dans mes années d'étudiante. Rien à voir avec la Grande bouffe ou les Valseuses. Qu'il y eût un hiatus entre ce que montraient les films et ce qu'était la réalité, c'est un fait. N'empêche que le modèle proposé était quand même plus élevé que celui du cinéma français des années soixante-dix et suivantes... Restés plus traditionnels et plus homogènes, malgré le progressisme communiste, les peuples des pays satellites qui n'avaient pas subi la période la plus radicale du soviétisme, celle de l'avant-guerre, n'ont pas été travaillés, jusqu'à l'effondrement du mur de Berlin, par les démons gauchistes et atlantistes qui ont complètement vermoulu les nôtres. Ils restent peut-être capables de raisonner, de réagir, de s'unir. Certes, la maison Soros et ses associés sont prêts à foutre la merde, comme ils ont tenté de le faire partout. Mais cela ne marche pas toujours, comme on l'a vu en Géorgie. Dieu veuille que la Pologne et la Serbie suivent l'exemple de cette dernière. Et avec elles, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie. Cela leur évitera le sort de l'Ukraine, qui risque fort d'être celui de la France, de l'Angleterre, et de toute l'Europe occidentale. Le salut est dans l'oubli de l'illusion européenne et de ses "valeurs". 

Pourquoi c'est plus grave pour la France, la vidéo que je propose l'analyse assez bien. Cela correspond en tous cas à ce que j'observe, d'après divers reportages et leurs commentaires. La première des raisons me semble la trahison de l'Eglise catholique, qui n'a pas proposé de contrepoison ni d'assise spirituelle ferme à la résistance. Certes, la Pologne est catholique, mais je ne pense pas que l'on trouve là-bas beaucoup de curés de gauche complaisants à n'importe quoi. Suis la déconstruction culturelle et morale que j'ai vue s'installer à partir de mai 68, avec une intolérance active et hargneuse qui me rappelait fort les Démons de Dostoievski, en plus minable. Le résultat, c'est l'enfant loup culturel et spirituel déstructuré qui ne sait plus ni qui il est ni d'où il vient, et porte généralement un prénom étranger ou inventé, parce qu'un prénom français, ce n'est pas cool, ce n'est pas original, ça fait vieux. Je ne crois pas que ce soit le cas des Polonais ou des Serbes. Je regarde leurs manifs, à nos enfants-loups, ils sont mignons et frais, et même gentils, mais ils ne disent que des conneries, en fait ils répètent une espèce de catéchisme. En face, la "droite", mais c'est quoi, la droite? Est-ce que la Macronie, c'est la droite? Ce ramassis de soixante-huitards aux discours wokistes? Les vieux boomers anciens gauchistes, anciens hippies? Le RN prosterné devant tout cela et tremblant de déplaire aux satrapes de Netanyaou? Les enfants-loups en sont convaincus, ils répètent les slogans de la gogauche qui les a élevés, ou plutôt dressés. Mais ils sont pleins de bons sentiments. La "droite", les boomers ou je ne sais comment appeler ces imbéciles, font l'amalgame avec les "islamo-gauchistes" et LFI. Justifiant allègrement les pires violences policières, dans la lignée de la répression des Gilets Jaunes ou des agriculteurs qui étaient loin de tous représenter l'électorat LFI, entre parenthèses. Ces mêmes personnes trouvent absolument normal de génocider la Palestine, confondant les populations musulmanes du Moyen Orient avec des criquets susceptibles de s'abattre sur nous, mais depuis le temps que j'observe ce qui se passe là-bas, et comment les criquets sont arrivés chez nous, et qui les a amenés, et qui nous les a imposés à coup de terrorisme intellectuel, j'ai un peu de mal à marcher dans cette combine. En même temps, quand on considère chez nous le comportement de beaucoup de représentants de ces populations importées, on comprend que le Français lambda voie rouge et ne voie plus que cela. Franchement, il est parfois difficile de ne pas être raciste, en face d'un racisme au moins égal à celui qu'on lui reproche en permanence. Et pourtant, en ce qui me concerne, et bien qu'avec douleur je ne reconnaisse plus mon pays, ni toutes ses merveilleuses particularités régionales méticuleusement bousillées en un quart de siècle de patient et haineux travail, je n'ai pas le tempérament à être systématiquement raciste, car je vois trop dans l'interlocuteur réel qu'il m'arrive de rencontrer ou même d'écouter sur les réseaux, une personne humaine dont la couleur et l'origine ne déterminent pas forcément une vilenie ou une imbécilité foncières, je suis obligée de l'admettre, car c'est la réalité. Et je discerne aussi une autre réalité: l'avantage que tire de l'attisement permanent de la haine interethnique une caste infâme qui a fait venir tous ces étrangers dans le seul but de nous créer cette situation, à nous, mais aussi maintenant à eux. Je pense que les gens comme BHL, qui proclamaient leur aversion pour le biniou, le béret et la baguette dans les années soixante-dix précipitent maintenant le franchouillard sur la djellaba et le voile islamique et inversement. Pour leur bénéfice exclusif, et sans se soucier des milliers de morts et des atrocités inimaginables que cela finira par entraîner. Et si l'on ne veut pas en arriver là, il faudra que tous les gens normaux de toutes tendances et couleurs comprennent qu'ils doivent se supporter et s'unir contre la racaille d'en haut et la racaille d'en bas, quelles que soient les orientations religieuses et politiques de leurs membres, ou les prétextes idéologiques qu'elles donnent à leur saloperie. 



dimanche 25 octobre 2026

Elévation

 


Hier soir, le chanteur lyrique François Maud d'Aymée est passé au bar du café, avec un répertoire de romances russes et de chansons de la dernière guerre. D'après lui, ces chansons étaient chantées couremment dans le Donbass, quand il y était lui-même, ce que je trouve rassurant, car les vidéos de là-bas sont souvent accompagnées de rap patriotique tonitruant et absolument inécoutable. 

A propos du Donbass, je vois des commentaires ukrainiens qui répètent les mêmes conneries qu'en occident, ce qui du reste est peut-être normal, puisque l'occident répercute aveuglément la propagande ukrainienne et s'ukrainise d'ailleurs à vue d'oeil. Comme me l'a dit Katia, l'Ukraine voulait entrer dans l'Europe, et c'est l'Europe qui se transforme en Ukraine. Par exemple, les bataillons punitifs ne sont jamais allés attaquer Marioupol, Lougansk, ils n'ont commencé à aller là bas qu'à cause des séparatistes et de Strelkov. Il faut croire que j'ai eu la berlue, et tout Lougansk avec moi, car ce n'est pas du tout ce qu'on m'a raconté sur place. Il serait peut-être trop difficile psychologiquement d'admettre que l'on est largement responsable de la situation dans laquelle on se trouve et l'on est prêt à colporter n'importe quelle fable pour s'éviter cette prise de conscience.

Et toujours dans cette tonalité, le gentil petit chef d'orchestre tout jeune et tout frais de "l'orchestre du Monde" débite de son côté tous les clichés de la gogauche, le soi-disant "racisme décomplexé" des médias, ah bon? On ne doit pas regarder les mêmes infos, ou peut-être que ce n'est pas le même pays. Chacun a sa petite réalité fantasmée, ses méchants de service, ceux qu'on a appris à haïr, et les méchants les plus méchants se régalent à regarder les gueux se jeter les uns sur les autres.

J'ai réussi à aller ce matin à l'église, j'y ai vu le bon père Andreï, qui m'a demandé des nouvelles de la France. Je lui ai répondu: "Ne m'en parlez pas! C'est une vraie maison de fous dirigée par des pervers paranoïaques.

- Alors il faut prier...

- Justement, tout le temps que j'ai été malade, je n'y arrivais pas du tout. Pas de forces...

- C'est pourtant dans ces moments-là que c'est le plus utile..."

Je me sens tout de même mieux aujourd'hui qu'hier, et j'ai tenté le coup d'aller marcher dans le marécage, car il fait un temps merveilleux, soleil et vent du sud, il n'y a pratiquement plus de feuilles sur les arbres, mais des pissenlits fleurissent dans l'herbe verte. J'avais presque l'impression d'être dans la plaine de Pierrelatte, car j'entendais vibrer au vent les câbles électriques, et l'air était à la fois doux et frais, comme on imagine qu'il puisse être au Paradis, s'il y a de l'air là-bas, et j'espère qu'il y aura quelque chose d'équivalent, car je me sens bien quand ça bouge, que ça déferle, ruisselle et chante. Je venais de regarder les vidéos d'un vieil amérindien qui, outre les vertus thérapeutiques du tambour dont je ne doute pas une minute, expliquait celle de la marche en terrain accidenté, naturelle à l'homme et utile à la circulation de la lymphe, et aussi de la lumière naturelle: "Sortez même par temps gris, ne restez pas enfermés, le ciel nous est nécessaire!" Et en effet, je ressens physiquement, moralement et peut-être même aussi spirituellement la vérité de ces préceptes.

Je me suis assise sur les marches de la chapelle, dans la lumière et la tiédeur du soleil, devant l'immense lac bleu foncé, et j'ai fait un dessin. Après deux semaines de bronchite exténuante et poisseuse, c'était une vraie résurrection. J'aimerais mourir à la façon de la Petite Sirène d'Andersen, qui se dissout dans l'écume de la mer. J'aimerais qu'un coup de vent emportât mon âme jusqu'au ciel. Hélas, la chose se produit plus souvent à l'issue d'une maladie bien dégueulasse qui ne se termine pas par une convalescence éblouie sur la berge escarpée du lac Pletcheïevo... 

Sur le chemin du retour, j'ai croisé un couple de promeneurs. Le monsieur m'a demandé si l'on arrivait par là à la "colline d'Alexandre". 

- Oui, mais ce n'est pas tout près! Il vous faut continuer, et puis commencer à monter, par exemple au niveau de la chapelle, ou bien un peu plus loin, si on n'a pas bouché tous les passages avec de nouvelles maisons, enfin, il faut vous élever sur la droite...

- Vous avez raison, dans la vie, il faut toujours monter, toujours s'élever!"

J'ai éclaté de rire. Un message de mon ange gardien, sans doute...

mardi 20 octobre 2026

Ravages


Ravages, c’était le titre d’un ouvrage d’anticipation de Barjavel qui m’avait beaucoup impressonnée quand j’étais adolescente. Je souhaitais évidemment que tout cela restât du domaine de la spéculation. Hélas, les choses prennent un tour de plus en plus cauchemardesque, car les malfaiteurs impliqués ne connaissent aucun frein et se fichent complètement des populations, surtout de celles qui sont encore enracinées, dignes, honnêtes, conscientes, solidaires et capables. Ils aiment les mous, les veules, les abrutis et les violents, ceux qui, issus de nulle part et élevés par personne, semblent surgir des crevasses de nos pays par génération spontanée. En vue de les achever. La frontière est floue entre ces grandes compagnies et la police elle-même. Pour moi, le critère est le suivant: si la mafia envoie ses provocateurs et ses chiens avec une brutalité implacable, la cause est juste, les réprimés des gens normaux, quels que soient leur âge, leur couleur, leur situation sociale ou leur orientation politique. Si elle laisse faire, c’est qu’elle a besoin de foutre la merde et de nous jeter les uns contre les autres, en frappant au besoin les deux côtés, comme au moment du maidan, ou en Yougoslavie. Et ca marche, grâce a des décennies de dressage. Ce sont les gauchiasses de Mélenchon, les "islamo-gauchistes". Ce sont les fachos, les racistes, les RN. La fracture est plus profonde qu’entre huguenots et catholiques et ne suit plus les memes lignes de faille, beaucoup de catholiques etant de gauche, et beaucoup de droitards sionistes, parce qu’ils sont obnubilés par l’invasion islamiste et que les juifs sont des gens fréquentables comme nous, avec des costars cravates et des brushings, et ils ne peuvent par définition commettre aucun forfait, et surtout pas un génocide. Du coup n’importe quel manifestant est assimilé a une racaille islamiste. On peut arracher un oeil à un môme dans la rue, c’est bien fait pour lui et pour ses cons de parents. On ne se souvient plus des gilets jaunes, des éleveurs, on ne remarque pas que la racaille n’est pas réprimée tandis que les gens normaux le sont, on aime tellement l’ordre établi, on veut tellement continuer à y croire et se cramponner au premier uniforme qui passe... Mais ce n’est pas Mélenchon qui a mis la France dans cet état, ́ni le Pen, ils n’étaient au gouvernement ni l’un ni l’autre, techniquement. Bien qu’au fond ils fassent partie du meme théätre et de la même mauvaise pièce, et usent des mêmes procédés. On oublie du coup, au spectacle d’insupportables violences largement provoquées et largement médiatisées, qui est à la manoeuvre. Avec le recul, je vois sur l'écran la racaille, et ne m’étendrai pas sur la violence du dégout qu’elle m’inspire. Mais je vois aussi des foules bon enfant qui fraternisent, au son d’un orchestre classique gazé par les robocops macronesques, des jeunes qui entonnent l’air des esclaves de Verdi, et puis je me dis ceux-là, ceux qui ont de bons comportements et qu’on castagne, où prendront-ils la motivation pour "s’en sortir par le travail", s’ils prêtent attention à la façon dont l’état laisse traiter les petits commerces par les voyous? Et, si je suis convaincue qu’il s’agit d’une manoeuvre déliberée pour aveugler la bêtise au front de taureau, je discerne même, pour un état mafieux toxique, un autre avantage à ces destructions: l’anéantissement par les pit-bulls de banlieue de ce qu’il subsiste de petites affaires indépendantes. Mais restez chez vous les enfants, et travaillez pour fournir aux uns les esclaves et aux autres la chair à canon, et vous ne serez privés ni de vos dents, ni de votre oeil, ni de vos mains...
Parallèlement, on détruit à marche forcée, outre le patrimoine, de façon plus ou moins sournoise, les paysages les plus beaux, les sites naturels les plus intacts, le peu qu'il reste en France d'espace pour la vie, la poésie, les renouveaux éventuels. A peine refroidies les cendres des incendies de forêts, des chasseurs au front bas, au moment même où le pays est mis au pillage, vont gaspiller des cartouches à faire des cartons sur les animaux sauvages rescapés ou les animaux d'élevage désiorentés et sans défense qui sont livrés chaque automne à leur sadisme. Des groupes financiers ravagent les derniers milieux naturels pour asphalter encore une autoroute de merde ou bétonner des data centers. Et il se trouve de nombreux abrutis pour les approuver, leurs enfants leur diront merci... 

J’ai été malade pendant 10 jours, une bronchite épouvantable assortie de maux de tête, et je ne suis encore pas bien vaillante. C'est un virus qui s'en donne, dit-on, à coeur joie dans le paysage. J'étais incapable d'écrire, et même de lire. Et puis internet a été bloqué à mort. Enfin bien entendu, le local fonctionne plus ou moins, et, chose étrange, Whatts'app. Mais pas Facebook, ni X, ni You Tube. De sorte que j'avais peu d'écho de ce qui se passait en France, même si je pressentais les développements. Des attaques de drones ont lieu en Russie sur Moscou et Saint-Petersbourg. Les conséquences sont fâcheuses, mais n’atteignent pas profondement le pays. Le temps fraichit sur l’automne d’or et l’air devient pur et léger comme un envol de séraphins. Ils sont encore un peu chez eux, ici. Dieu veuille qu’ils y demeurent. Car on ne cesse non plus, à Moscou, de détruire ce qu'il reste de l'ancienne beauté de la troisième Rome pour bâtir des tours post-soviétiques d'une laideur fantasmagorique. Moscou  s'engloutit dans la mémoire éternelle, elle devient peu à peu, elle aussi, la ville invisible de Kitej

J’ai cueilli avant le premier gel mon traditionnel bouquet d’octobre. Asters et orpins, mes dernières fleurs.


vendredi 9 octobre 2026

Sens




Voici l'été indien, un temps venteux d'une merveilleuse douceur. Je suis allée dans le marécage, sur la berge escarpée, regarder le lac d'un bleu profond, avec de sourds reflets verts, et la foule des arbres, drapés pour s'endormir dans de chatoyants linceuls de brocart, et l'écume des verges d'or fanées qui moussait à leur pied, les nuages intermittents, légers, distraits, égayés dans un azur transparent. J'ai fait un croquis, dans les remous de l'air tiède, et puis je suis redescendue contre les rayons du soleil déclinant qui me giclaient dessus, et quand je regardais sous mes pas, la terre et l'herbe me paraissaient habitées par les nuances du ciel, comme s'il avait coulé sur nous et infiltrait soudain tout ce qui vivait. C'est bizarre, mais malgré ma vue qui s'abîme, il me semble voir des choses qui ne m'étaient pas perceptibles, surtout dans le domaine des teintes et des lumières.

Pour la vue, j'ai commencé un traitement. Ma chienne aussi, mais pour sa toux. La vétérinaire m'a dit que n'était ce problème, elle serait en pleine forme. Les médicaments devraient atténuer sa gêne. Si ça se trouve, je vais avoir une Rita d'une longévité exceptionnelle... Elle ne fait d'ailleurs pas du tout son âge. 

J'ai rencontré Katia, qui m'a parlé des fâcheuses tendances de la Russie à aller dans le sens de ce qui perdait l'Europe, bien que ce soit encore supportable ici. Les persécutions administratives, les impôts en hausse, les mesures absurdes. Souhaitons que nous n'en arrivions pas au même point, ce serait la fin de tout. Mais les dimensions du pays et le bordel inhérent à la mentalité locale nous épargnerons peut-être la société irrespirable qui s'installe en occident. Louis Fouché emploie justement ce mot: irrespirable. Au point de donner envie de s'enfuir, mais d'après lui, le globalisme est partout. Je dirais qu'ici, on respire encore pas mal. Je ne sais pas si cela va durer, mais pour l'instant, à mes yeux, c'est clair.

Je discutais hier avec mon filleul Antoine des révoltes dans les lycées et de mon impression que de tous côtés, les gens disaient n'importe quoi. En tant que prof', il m'a confirmé que les lycées étaient dans un état déplorable et que les revendications de départ étaient légitimes. Que cela soit récupéré politiquement, que le mouvement soit pourri par des provocations, ou par des racailles qui y trouvent l'occasion de mettre le boxon est un autre problème. N'empêche que, bien que je ne sois pas ce qu'on appelle de gauche, j'éprouve un grand malaise à voir des gens proclamer que le gosse de quatorze ans à la mâchoire brisée et bloquée pour des mois n'aura qu'à manger de la purée et que c'est bien fait pour lui, étant donné qu'il avait donné un coup de pied au gentil policier. Ou que celui qui a perdu une main, d'un côté, et à qui on a dû en greffer une de l'autre, pouvait s'estimer content d'être encore en vie. La méchanceté et la bêtise de tels commentaires sont confondantes. On pourrait penser que les gens feraient des rapprochements avec les mutilations révoltantes des gilets jaunes, avec les démonstrations de force contre les éleveurs, les soignants, avec le laxisme parallèle envers les émeutes de la racaille au moment des matchs, ou envers les pédocriminels. Non. Pas du tout. Je vois même des commentateurs que d'habitude j'aime bien,verser dans les condamnations sans appel et sans nuances de tous ces petits flemmards, de tous ces incultes, de tous ces fouteurs de merde. Et de les entendre répéter que de leur temps, c'était pire, que les classes étaient plus chargées, les conditions plus spartiates, et que pourtant on travaillait, me fait bien rigoler. Je détestais l'école et le lycée de toute mon âme, mais jamais je n'ai vu de locaux délabrés, sans chauffage, jamais d'élèves manquer de tables et de chaises, obligés de s'asseoir par terre pour travailler. Les cours étaient assurés, les profs manquants remplacés. Et surtout, à l'issue de tout cela, l'avenir n'était pas si bouché. On pouvait encore gagner sa vie dans la paysannerie, l'artisanat ou le petit commerce, cela n'allait pas durer bien longtemps, mais quand même, on en avait l'illusion. Le bac valait encore quelque chose; les diplômes ouvraient encore quelques portes, même s'il fallait montrer patte rouge pour les obtenir. Mais quand on parle de travail aux gosses d'aujourd'hui, on pense à quoi? Qu'est-ce qu'on leur propose? S'ils ont des yeux pour voir, ils ont enregistré comment on a traité les gilets jaunes, les soignants, les agriculteurs, les artisans, les restaurateurs et les commerçants, c'est-à-dire des gens qui travaillent dur du matin au soir pour gagner des clopinettes et être emmerdés et méprisés de toutes les manières. A mon avis, ils n'auront aucune envie d'épouser ce genre de professions, que l'Etat assassine depuis des décennies et qu'il a privées de toutes perspectives. Alors que reste-t-il, s'ils ne sont pas élevés dans les grandes écoles de la caste, où l'on fabrique en série des nullards aussi arrogants qu'indignes, persuadés d'être le sel de la terre? Les métiers d'esclaves que l'IA va remplacer? Ne nous répète-t-on pas, dans les cercles de la mafia mondialiste et transhumaniste, que les gueux sont surnuméraires, inutiles, stupides et qu'ils gaspillent l'air, l'eau et la nourriture des élus?

Tout ça pour dire que "de notre temps", cela n'allait pas encore si mal, bien que nous fussions déjà engagés sur une très mauvaise voie. Pour moi, je pense que l'homme n'est pas né pour "travailler de toutes ses forces pour son patron" du matin au soir, comme disait monsieur de Maesmaker. Ma vision du monde se rapprocherait plutôt de celle des peaux-rouges, qui fut la nôtre pendant des millions d'années: il est né pour chasser, cueillir, danser, chanter, inventer de belles histoires, contempler la nature et entrer en communication avec la Source sacrée de l'existence. De cela, il est privé dans l'écrasante majorité de ses représentants, qui sont devenus complètement abrutis, au physique comme au moral, et détruisent méthodiquement la vie sans l'avoir jamais ni comprise ni contemplée. Et en étant sûrs de leur bon droit, et implacables à ceux qui, sans être bien nés, s'écartent de l'usine ou de la caserne.

Antoine me dit qu'il pense exactement comme moi, mais que néanmoins quand il a préparé un cours intéressant, il en ressent de la joie et de la fierté. En effet, j'avais le même sentiment avec mes enfants de maternelle, mais si surmenants nerveusement que soient les métiers de l'enseignement, ils gardent quand même un sens. Alors que beaucoup d'emplois n'en ont aucun, et ils sont en plus voués à la disparition. Une vie qui n'a pas de sens, ni d'ampleur, ni de joie supérieure vaut-elle la peine d'être vécue? C'est la question que je me suis posée tout au long de la mienne. Mais la mienne, du sens, elle me paraissait en avoir. Je lui en donnais comme je pouvais, et je ne l'ai pas laissé complètement gâcher. C'est à peu près tout ce que, parvenue à son terme, je peux me dire à son sujet. J'en ai sauvé la poésie, et la ferveur.

   


 



lundi 5 octobre 2026

Reliques


Une amie Belge est venue visiter Pereslavl. Elle travaille à Moscou, et elle a un permis de séjour. Au café français, elle a soupiré que cela sentait la France, la décoration, l'ambiance, la musique calme et moelleuse. En effet, il y a beaucoup de restaurants à Pereslavl, et la plupart sont bons. Mais à La Forêt, on trouve un peu de ce que représente le troquet du coin en France. On commande et paie tout de suite, un repas, ou juste un café, ou un café avec des pâtisseries, on n'attend pas de serveur, de menu, ni l'addition à la fin, on est libre, on s'asseoit seul, ou bien on donne rendez-vous à quelqu'un, ou bien on y rencontre un ami de façon inattendue, c'est un lieu de vie sociale, d'échanges. Mon amie ne regrette pas la Belgique. Elle est contente d'y aller, mais ne pourrait plus y vivre.

Auparavant, nous étions allées chez notre amie commune Hélène, la fille de la regrettée matouchkka Alexandra. Nous y avons vu une jeune femme, née de l'émigration blanche, qui a épousé un Russe et rejoint de la sorte la patrie de ses ancêtres. Elle nous a parlé avec une certaine nostalgie de l'élégance française, qui, à vrai dire, disparaît à vue d'oeil.  Nous nous sommes rendues toutes ensemble sur la tombe de la matouchka. Il faisait soleil, avec un vent froid sur les forêts dorées, et les drapeaux des tombes de soldats, dans le carré d'à côté, nombreuses, trop nombreuses, mais rien à voir avec les nécropoles ukrainiennes à perte de vue...

Hélène voulait planter sur la tombe de sa mère. Nous avons chanté "mémoire éternelle". Je pensais que la matouchka devait en être contente, elle aimait beaucoup le chant liturgique et elle nous aimait beaucoup. Saluée de la sorte, sa tombe gardait sous le soleil quelque chose de l'allégresse de ses funérailles.


Ce matin, nous nous sommes rendues à la liturgie de l'aube chantante, submergée par les gosses de l'orphelinat. Le père Alexis nous a communiqué qu'à la faveur de la réparation des églises, on avait entrepris des fouilles près de celle du métropolite Pierre, et que le dernier prêtre à en avoir été le recteur, fusillé par les bolcheviques, et enfoui par derrière, allait être bientôt exhumé. Ce prêtre a été canonisé parmi les nouveaux martyrs de Russie, il s'agit de saint Constantin de Pereslavl. 

Mon amie a tenu à aller vénérer son icône, qui se trouve dans la cathédrale Saint Alexandre Nevski, juste à côté. Je l'ai présentée au père Andreï. "L'invention de ces reliques est pour nous très importante et pleine de sens, nous a dit le père Andreï. Cet événement fait suite à la découverte de l'inscription médiévale, sur les murs de l'église de la Transfiguration, dénonçant les assassins du prince André Bogolioubski, et tout cela s'est produit après qu'on eu créé l'évêché de Pereslavl-Ouglitch. Sur le fond de tout ce qui se passe en ce moment, il est probable que c'est destiné à nous prévenir autant qu'à nous encourager... Il faut savoir que saint Constantin a été tué avant la famille impériale, c'était encore la Russie d'avant...

- Oui, et en plus, on a aussi récemment retrouvé les reliques de saint Dmitri Donskoï. C'est très important pour la Russie, et c'est important pour moi. Car je suis allée en France, avec les reliques de saint Luc de Crimée, qui a exercé ici, afin de les remettre au monastère de la Transfiguration. Mon voyage m'a beaucoup émue, et même bouleversée, mais quand je suis rentrée, j'ai éprouvé la calme certitude que ma présence ici était providentielle et que je revenais vraiment chez moi. Or, voyez, juste après mon retour, voici que les reliques de saint Constantin sont retrouvées..."

J'ai vu que le père Andreï avalait et digérait ce que je venais de dire, l'oeil pensif et attendri: "Attendez-moi, je vais vous offrir mon dernier livre". Nous avons eu chacune le nôtre. Un livre sur Andreï Bogolioubski.  

A Moscou, il y a deux jours, j'ai dîné avec la dissidence française chez Iouri et Dany. Iouri a parlé des trahisons russes du Donbass, qui ont eu lieu à plusieurs reprises, contrairement au contenu des contes bleus qu'on répand en occident sur la question. Ainsi que je l'ai dit souvent, Moscou ne voulait pas de guerre, et d'autant moins que nombre de politiciens et d'oligarques avaient du bien en occident, et leurs enfants dans des universités occidentales. Ils voulaient commercer et passer leurs vacances sur la côte d'Azur. Ils n'arrivaient pas à comprendre que l'ouest ne voulait pas d'eux et entendait mettre le pays en coupe réglée en se servant de l'Ukraine comme cheval de Troie. D'après Iouri, cet état d'esprit perdure. Cependant, il mésestime la stupidité hystérique des ennemis de son pays, et l'état de déliquescence dans lequel ils ont mis les leurs. Je crois comme Moïsseïev que la Russie ne sera pas forcément sauvée grâce à ses dirigeants mais grâce à Dieu, et grâce à l'aveuglement délirant de la caste qui ne saura pas gérer le problème et dont les membres se dévoreront les uns les autres, dans leur cupidité et leur bassesse...

Sur le fond de ce qui se passe en France, j'en suis de plus en plus persuadée. On dirait que tout le monde devient fou, de tous les côtés, dans tous les partis, on dirait que le pays s'ukrainise, sombre dans une espèce de méchanceté hallucinée et de bassesse ricanante qui me fait penser au Maïdan. Quelle honte, et quelle douleur... A droite, on est content de voir casser du jeune, le jeune étant forcément un petit con de gauche manipulé par LFI, ou une racaille. Or, d'après ce que j'ai lu, les revendications des lycéens sont justifiées: des locaux insalubres, des classes surpeuplées, pénurie d'enseignants, d'infirmières scolaires etc... Ces ados sont loin d'être tous des racailles, mais naturellement, le gouvernement a lâché les siennes sur les manifs, pour envenimer le truc, comme d'habitude. Les vraies racailles ne sont pas du tout l'objet de ces rigueurs policières, personne ne va les éborgner ou les édenter dans leurs quartiers, et les lycéens seraient moins férocement réprimés s'ils avaient massacré une grand-mère ou violé leur voisine. Les vraies racailles sont utiles à la caste pour mettre le boxon, et faire trembler les zones pavillonnaires. Je crois facilement que les lycées sont à présent complètement sinistrés. Comme les hôpitaux, comme l'agriculture, l'industrie, comme les centre-villes déserts. L'argent public part ailleurs, chez Zelensky par exemple. La France est vendue, pillée. L'Etat a laissé tomber l'école. Et pour former qui? Les enfants des gueux? Tout le monde s'en fout, plus ils seront abrutis, mieux ce sera. Les enfants de la caste ne vont pas dans les établissements concernés. De sorte que les enfants du public, même décidés à bosser, même doués, n'ont aucune chance de s'en sortir, d'autant plus que les métiers dignes sont l'objet de persécutions fiscales et administratives impitoyables, et que les métiers d'esclaves connaissent un chômage sans précédent. Et quand ils commencent à le comprendre et à faire du foin, on les éborgne, les défigure et les tabasse, comme on l'a fait des gilets jaunes, des soignants et des éleveurs. Avec la même brutalité délirante, ce qui nous démontre que de notre avis, de nos votes, nos manifestations et nos pétitions, de notre vie et de notre avenir, on se fout royalement en haut lieu.  Ainsi petit à petit, ce qu'ont subi gilets jaunes, éleveurs et lycéens sera appliqué à toutes les catégories sociales, pour finir par les banlieues, quand ses bandes auront rempli leur office de gardes rouges ou de chemises brunes, destinés à effrayer les castors. Et c'est facile à mettre en place, puisqu'aucune de ces catégories sociales ne comprend vraiment la manoeuvre, et que chacune se réjouit de voir taper sur le voisin, qui l'a forcément bien mérité. La France entière peut commander des yeux de verre et des implants dentaires, ses maîtres se réjouissent déjà de voir borgnes, édentés, manchots et unijambistes se taper dessus comme ils peuvent et approuver avec enthousiasme les répressions exercées sur l’ennemi de classe.

Il y a quelque chose pour moi de particulièrement consternant à voir le nombre de gens qui se réjouissent et font de l'esprit devant des adolescents défigurés à quatorze ou quinze ans par des tirs de LBD ou de grenades lacrymogènes. Ils vont bientôt leur souhaiter une bonne guerre, à la grande satisfaction du gouvernement, qui ne rêve que de cela. Quand ces pères fouettards appartiennent à ma génération, je trouve cela particulièrement succulent, avec tout ce que j'ai vu et entendu dans les facs des années soixante-dix ou les cénacles intellectuels, ou les villas du Vaucluse ou de la côte d'Azur, toutes les bêtises des cultivateurs de haschich, des partouzeurs distingués, des trotskistes de salon. Les voilà qui ne parlent plus que du travail et de la patrie, et de la nécessité de la schlague, allez les bourres, hardi, hardi, cognez. Comme par hasard, ce sont les mêmes qui ne voulaient rien savoir sur le Donbass, et fermaient pudiquement les yeux sur l’attirail nazi des bataillons punitifs ukrainiens. Ou bien sont favorables à une invasion musulmane de la France mais se taisent sur les génocides au moyen orient. Ou bien encore approuvent ces génocides d’Arabes qui veulent rester chez eux par détestation de ceux qui sont venus chez nous. En Allemagne, les jeunes protestent, qu'ils soient ou non pro russes, contre la guerre où on veut les entraîner. Le parti "d'extrême droite" s'est allié au parti "d'extrême gauche" contre l'extrême saloperie et l'extrême malfaisance du pouvoir actuel. Théoriquement de droite, je trouve des imbéciles hallucinés de haine des deux côtés, et ne vais pas adopter des positions de principe, quand je vois qu'on nous mène en bateau et nous rend complices de véritables méfaits, parce que ma "famille politique" se déshonore. D'ailleurs, si je reconnais la famille, le village, le royaume, la paroisse, je ne sais pas ce que c'est qu'une famille politique.

Il y a cinq ans, ces memes lycéen, encore a l’ecole, etaient masqués du matin au soir. Interdiction de respirer. Et je m’étonnais que leurs enseignants et leurs parents admissent ce dressage. Si l’on ajoute a cela que ce sont généralement des enfants ́loups culturels à qui on n’a rien appris ni rien transmis, il est même sidérant qu’ils arrivent encore a se mobiliser pour avoir des conditions d’apprentissage normales. Etonnant aussi que de si nombreux jeunes soient allés acclamer le pape. Je préfere les voir catholiques que complètement mécréants. Cependant, vis-à-vis de l’Eglise romaine, j’eprouve le meme malaise que le blogueur Francois Cotard. Je pense que si elle n’etait pas tombée dans tous les travers de l’époque, elle aurait apporté un point de résistance plus ferme et plus lumineux aux dérives sataniques auxquelles nous assistons.

Hier, Slobodan m'a envoyé fort à propos une copie d'écran:



Pour ce qui est de l'Ukraine, j'ai trouvé sur Facebook une réflexion qui rejoint tout-à-fait les miennes. On ne comprend rien à ce qui se produit là-bas, ni à ce qui se produit chez nous en écho, si l'on ne prend pas conscience de ce fait qui jette un tout autre jour sur nos histoires d'extrême droite et d'extrême gauche, de président juif et de bataillons nazis:

23 h 
Bigre ! Pour le "Nouveau Parti anticapitaliste", le soutien à l'Ukraine va jusqu'à l'apologie d'une armée de fanatiques sous perfusion de l'OTAN, et dirigée par les adeptes du criminel fasciste Stepan Bandera. Dire qu'on accusait jadis les staliniens de mauvaise foi lorsqu'ils dénonçaient les trotskistes pour leurs accointances supposées avec l'hitlérisme... Se serait-on trompé ? C'est tragique, mais chaque fois qu'on s'est employé à conquérir l'indépendance et à bâtir le socialisme, au prix de mille difficultés, il a fallu se débarrasser de cette gangrène gauchiste, inutile dans le meilleur des cas, mais souvent nuisible : URSS, Chine, Vietnam, Cuba, etc, à chaque fois, on a dû donner un salutaire coup de balai parmi les pseudo-révolutionnaires. S'agissant de la Russie, il faut dire que les trotskistes ont vraiment un problème avec ce pays depuis leur cuisante défaite politique en URSS à la fin des années 1920... Un sérieux traumatisme à coup sûr, et un véritable point aveugle qui inhibe le raisonnement, poussant aujourd'hui le NPA à encenser une "résistance ukrainienne" qui brandit fièrement des emblèmes fascistes. Mais peu importe : si le pouvoir russe est intrinsèquement malfaisant depuis Staline, tout ce qui le combat est auréolé de vertu révolutionnaire ! Comme si, dans l'imaginaire trotskiste, demeurait encore vivace la fameuse formule des "étoiles jumelles" qui renvoyait dos à dos Hitler et Staline. Dans les faits, pourtant, il n'y a pas d'impérialisme russe, mais une intervention militaire qui poursuit deux objectifs légitimes : la défense des intérêts stratégiques de la Russie menacés par l'otanisation de l'Ukraine et la protection de la minorité russophone du Donbass martyrisée par le régime bandériste de Kiev.

mardi 29 septembre 2026

Cinéma, IA et vieilles dentelles

 


Une chose m'étonne quand même, c'est que le récit de mon discret voyage en France a suscité beaucoup plus d'intérêt que celui de mon tout aussi discret voyage au Donbass l'an dernier... De même quand, sur Facebook, je change ma photo de profil, une centaine de personnes apprécie et commente, mais c'est beaucoup plus poussif quand j'annonce la parution d'un livre... Je préfèrerais qu'on s'intéressât davantage à mes livres qu'à ma tronche, qui a pris déjà plus d'un coup de pelle.

Et à ce propos, j'ai, pendant mon voyage en France, où entre deux pérénigrations, j'avais pas mal de temps libre, réussi, en me crevant les yeux, à lire sur mon téléphone l'ouvrage de Nicolas Bonnal La destruction de la France au cinéma, qu'il m'avait gentiment fait parvenir sous forme électronique. Il analyse notre déclin avec verve et douleur en commentant certains écrivains, Guénon, Bernanos, Céline, ou les propos de Pasolini sur l'évolution du monde moderne, puis propose un choix de films révélateurs, qui ne sont pas tous des chefs d'oeuvre mais décrivent le triste processus. J'ai trouvé la démarche très intéressante et j'ai regretté de n'avoir pas lu ce livre avant d'écrire mon Album de famille. Car ils sont un peu complémentaires, il travaille au vitriol, et moi, en regardant l'époque à travers mes souvenirs d'enfance, je fais plus dans le sentiment, la carte postale de vacances et les dentelles oubliées au fond d'un tiroir, mais c'est dans les deux cas de notre déclin qu'il s'agit.

Ce déclin, il le fait remonter à loin, mais en fait, moi aussi, car malgré l'optimisme ambiant, je ressentais dès l'enfance que quelque chose n'allait pas. Il pense que nous étions remplacés bien avant que l'on nous ouvrît les écluses du déferlement africain. L'exode rural, commencé dès le XIXeme siècle, le brassage des populations qui échouaient en ville, loin de leur terroir, et y perdaient peu à peu leur culture, que rien ne venait compenser. Les grandes boucheries des deux guerres mondiales, que l'on voudrait tellement, aujourd'hui, compléter par une troisième, définitive, et le boulot est partiellement accompli en Ukraine. C'est une véritable catastrophe anthropologique, dont les gens lucides ne peuvent que pleurer les ravages dans une presque totale impuissance. Ma famille n'aimait pas De Gaulle, Bonnal non plus. Bien sûr, depuis, on a eu tellement pire... Mais quand même, je me souviens que le début de la fin, c'était les années soixante, leur vulgarité déchaînée, et c'est là qu'on a commencé à pourrir la vie de la paysannerie, des artisans, des petits commerçants, bref des petites gens indépendantes qui savaient travailler et ne s'en laissaient pas conter. Voici ce qu'en dit Bonnal:

"La surestimation du gaullisme ne frappe pas assez les bons esprits. On nous dit que De Gaulle, c’est la Liberté et la Grandeur de la France, De Gaulle, c’est la prospérité et la voix de la France libre (bis), De Gaulle, c’est une époque bénie… Or dans les années soixante toute l’Europe en voie de destruction se développait. En fait le gaullisme repose sur une mythologie et une hypnose collective proche de celle de 1789, de Napoléon ou de la République dont le Général se réclama toujours. Je n’ai aucune envie de m’étendre sur cette question qui mériterait un bon livre - un de plus... Mais au moins rappelons les faits principaux : - De Gaulle, c’est une Résistance et une Libération bâclées: voyez par exemple le livre de Kerillis, De Gaulle dictateur. De Gaulle c’est une malédiction portée sur l’extrême-droite collabo et une sanctuarisation de la Résistance dont se réclament tous les escrocs qui nous gouvernent. Ses Mémoires de guerre sont le livre de chevet (au moins officiel) de Macron. De Gaulle c’est aussi l’oubli de la trahison et de la désertion incroyable des communistes qui sont chargés ensuite de cette impayable épuration qui ne cessera jamais. - De Gaulle, c’est la trahison des pieds noirs et la perte brutale, sanglante et bâclée de l’Algérie (voyez les livres publiés par mon éditeur Dualpha notamment celui de Manuel Gomez). - De Gaulle, c’est les Trente Glorieuses (disparition des paysans et mauvais traitements des ouvriers) et la destruction de la France rurale traditionnelle, la transformation et l’américanisation d’un Hexagone mué en France défigurée pour reprendre le titre d’une émission célèbre de Michel Péricard, lui-même gaulliste. Comparez Farrebique et Biquefarre.

- De Gaulle, c’est aussi le début de la massive immigration africaine qui suit la décolonisation ratée – Audiard s’en moque dans son libertaire et jubilatoire Vive la France. Les cinéastes ont bien vu les maléfices en œuvre sous de Gaulle : voyez Weekend ou Deux ou trois choses de Godard sans oublier Alphaville ; voyez Play Time de Jacques Tati, le début de Mélodie en sous-sol... 25 - Sur le plan des Français, on voit une détérioration du matériel humain: société de consommateurs, d’assistés, de téléphages et d’automobilistes. L’enlaidissement du pays modernisé entraîne l’enlaidissement des gens, la fin de l’élégance parisienne et le déclin de la culture française. Voyez Debord qui rejoint Pierre Etaix. Et ne parlons pas de mai 68, de l’explosion de la pornographie et de la destruction finale de Paris sous Pompidou, ancien laquais de Rothschild (pour ceux qui se plaindraient de l’autre). De Gaulle nous laissa aussi Chirac et Giscard…" 

Ce que j'ai vu au cours de mon dernier voyage, c'est la matérialisation de ce que décrit Bonnal. Une France déracinée et envahie qui ne se connaît plus, avec des survivances très menacées, ça et là. La visite du pape semble avoir concentré et soulevé des forces spirituelles encore vives, et peut-être aussi la nostalgie de ce que nous étions chez des jeunes encore frais et d'aplomb qui cherchent à retrouver un sol ferme et des perspectives plus lumineuses, plus transcendantes. Mais comme le remarque un correspondant de plus en plus affecté par le contexte, ces jeunes chantent de la chansonnette religieuse nunuche et applaudissent le pape au stade comme s'il s'agissait d'une rock star. De même les combattants au Donbass écoutent trop souvent des raps et de la variété patriotiques américanoïdes qui n'ont plus rien de commun avec les chants tragiques et magnifiques que la guerre inspirait à leurs ancêtres, jusqu'à celle de quarante y comprise, qui n'ont même plus rien de russe ni par la mélodie, ni par le contenu. La destruction de la paysannerie y est pour beaucoup. Les gens n'ont plus de sol sous les pieds, plus d'ancêtres, plus rien. La terre est la proie du cancer du béton et de l'asphalte. Plus rien ne chante ni ne vole, ni ne lève au ciel les yeux et le coeur.

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Parallèlement, Nicolas le Belge m'a donné à lire le résumé d'un livre qu'un de ses amis, l'Espagnol Michel Romero, écrit sur l'IA, vue d'un point de vue orthodoxe. L'intelligence sans visage. L'homme, le noûs et le veau d'or numérique à l'épreuve du Christ. Le grand mérite de cet ouvrage, qui n'est pas encore paru, me semble de remettre à sa place la conception purement technologique, mécanique de l'intelligence, en contradiction avec des gens comme le docteur Alexandre, qui ne prend en considération que cet aspect-là, le seul qui soit accessible à cet esprit malade et luciférien. Personnellement, je pense depuis bien longtemps que c'est un aspect très inférieur, qui ne m'a jamais impressionnée. 

L'autre mérite est de faire appel au discernement spirituel et de mettre en évidence la distraction permanente induite par l'addiction électronique, qui nous vole notre temps et nous vole à nous-même, en nous empêchant de faire en nous le silence favorable à l'irruption du sacré, au dialogue avec le Créateur. C'est une chose qui réclame de moi, par exemple, une lutte incessante pour ne pas me laisser emporter. Je me souviens que le sévère Bernard Frinking, peintre d'icônes, mettait près de son ordinateur une prière spéciale, pour se garder de la fascination hypnotique du procédé. Les gens les plus cultivés et les plus technophobes ne sont pas à l'abri, que dire de ceux qui n'ont aucune culture, aucun anticorps? Des enfants, par exemple? Quand j'étais en maternelle, on faisait pression sur moi pour me faire utiliser l'ordinateur avec les enfants, et je me suis vite rendu compte qu'il fallait l'exclure complètement des apprentissages. Ils en étaient déjà suffisemment victimes à la maison. Je priviliégiais tout ce qui était manuel, corporel, les chansons traditionnelles qui donnent du vocabulaire, qui apportent une dimension féerique et épique sublimante, les créations personnelles et collectives, tout ce qui développait l'esprit, l'imagination et la communication.

L'ouvrage de Michel Romero me semble complémentaire des travaux du père Boboc, médecin de formation, sur le transhumanisme, cette idéologie hideuse pour vieux mafieux qui voudraient immortaliser leurs carcasses nuisibles au détriment de la Vie réelle voulue par le Créateur. On s'apercevra sans doute dans l'avenir de sa monstruosité, et du mal inimaginable qu'elle aura fait à l'humanité. Michel Romero, qui a travaillé comme infirmier et fait beaucoup de bénévolat, ne renie pas les progrès de la médecine et ne prône pas un retour en arrière. A vrai dire, moi non plus. Ce n'est pas parce que je prône la protection de la nature et le respect de la tradition et du patrimoine que je rejette tout ce qui est actuel. Mais tout ceci, cette science, cette technique et la médecine elle-même sont passées entre des mains extrêmement malfaisantes sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle. Son livre remet tout en place, dans une perspective spirituelle et orthodoxe qui, ici, devient universelle et profitable à n'importe quelle personne douée d'une conscience, quelle que soit sa confession religieuse ou son absence de religion.

"L’intelligence artificielle nous place devant une question plus redoutable que celle de la puissance des machines : qu’avons-nous commencé à oublier de l’homme pour être si facilement éblouis par ce qui l’imite ? Nous admirons la rapidité d’une réponse, l’élégance d’un raisonnement, la disponibilité d’un interlocuteur artificiel ; nous comparons ses performances aux nôtres ; nous calculons les métiers qu’il pourrait transformer et les décisions que nous pourrions lui abandonner. Mais, derrière cette agitation, une interrogation demeure presque silencieuse : une civilisation qui sait produire des discours sur toutes choses sait-elle encore reconnaître ce qui mérite d’être aimé, ce qui doit être refusé, ce devant quoi il faut se taire ? Le regard orthodoxe commence à cet endroit. Il ne consiste pas à envelopper une inquiétude technologique dans un vocabulaire religieux. Il ne cherche pas davantage à protéger une supériorité humaine devenue incertaine sur le terrain du calcul. Si notre dignité dépendait de notre capacité à battre une machine, elle serait déjà livrée à la prochaine génération de processeurs. L’Église confesse quelque chose de radicalement différent : l’être humain possède une valeur qui ne se mesure pas à sa performance. Le nourrisson, le vieillard désorienté, l’homme privé de parole, la femme dont la mémoire s’efface ne deviennent pas moins humains lorsque leurs facultés diminuent. Cette affirmation interdit de situer le débat uniquement dans la compétition des intelligences. Une machine pourrait surpasser l’homme dans un nombre croissant de tâches sans que cette supériorité fonctionnelle lui confère la vocation personnelle que la foi reconnaît à l’humanité. Inversement, l’être humain peut disposer d’une intelligence brillante et conduire son existence vers la cruauté, le mensonge ou la destruction. La lucidité orthodoxe ne sacralise donc pas l’intelligence humaine telle qu’elle se manifeste spontanément. Elle sait que notre faculté de comprendre peut devenir la servante de nos passions. Elle ne demande pas seulement si nous pensons davantage, mais à quoi notre pensée consent. C’est pourquoi le véritable péril n’est pas seulement qu’une machine se mette à ressembler à l’homme. Il est que l’homme accepte de se comprendre à partir de la machine, puis organise son existence selon cette image appauvrie. Lorsqu’il se décrit exclusivement comme un système de traitement de l’information, il prépare lui-même sa réduction. Lorsqu’il ne voit dans l’éducation qu’une acquisition de compétences, dans la médecine qu’une optimisation de résultats, dans la parole qu’une production de contenu, il transforme en horizon total ce qui ne constitue qu’un aspect de la vie. L’IA intervient alors dans un monde déjà disposé à lui remettre les clefs." 

extrait de la présentation de l'ouvrage de Michel Romero

Je considère le métropolite Arséni, de la Laure de Potchaïev, comme un saint homme. Le pouvoir ukrainien l'a impitoyablement persécuté pour sa douce et lumineuse fermeté. Je suis tombée sur un extrait d'une de ses homélies où il évoque nos derniers moments, en soulignant que le défunt est immédiatement accueilli et guidé par les saints qu'il a priés de son vivant, et par les parents pour lesquels il a prié. Cette idée m'a paru très consolante. Car ce qui s'ouvre à nous est tellement au-delà de notre compréhension et de notre imagination, et je suis tellement loin de correspondre à cette autre dimension que j'aurai bien besoin de ce secours. Comment verrai-je de là-bas ce qui aujourd'hui m'affecte tellement, et le verrai-je, d'ailleurs? Si "voir" est encore le mot, et s'il existe encore des mots au sens où nous l'entendons.

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dimanche 27 septembre 2026

Retour en automne

 


Avec Gilles, nous avons parlé de la propagande française enragée et stupide. J'avais vu un article comme quoi le viol était pour les Russes une façon de faire la guerre, et qu'ils violaient en masse,  au Donbass, les femmes de quatre à quatre-vingt-deux ans. Sans mettre cela le moins du monde en question, un commentateur disait qu'ils pratiquaient cela depuis quarante-cinq. Je lui ai répondu: "Etant donné que cette nouvelle est complètement fausse, (et je le sais, j'ai vu suffisemment de témoignages sur la conduite des bataillons punitifs ukrainiens, qui, eux, violaient dans les grandes largeurs, et sur les soldats russes, généralement accueillis dans le Donbass en libérateurs), je commence à metttre sérieusement en doute ce qu'on nous a raconté sur les viols de l'Armée rouge"

- D'autant plus, me dit Gilles, que les Russes sont beaucoup plus portés sur la bouteille que sur la chose. Et puis naturellement, les Américains en France, c'étaient de vrais gentlemen qui épousaient de petites Françaises, après une chaste correspondance et des livraisons de bas nylon et de chewing gums...

- Sans compter les troupes africaines de l'armée française qui violaient en réunion les paysannes italiennes." 

Je viens de voir un entretien avec Didier Raoult qui expose calmement le fait que nous sommes entièrement inféodés à une mafia atroce. Et il déclare: "A moins de finir comme Cioran, on ne peut pas passer sa vie à être lucide. Il y a des choses qu'on préfère ne pas savoir." Ce qui m'a rappelé le mot de Solénitsyne: "On a le droit d'être informé, mais aussi celui de ne pas savoir". C'est un problème délicat, l'ignorance des faits permet aux vautours de faire ce qu'ils veulent. Mais les abîmes de saloperie qu'on découvre dans les caves du pouvoir peuvent rendre fous les gens normaux, incapables d'une telle vilenie.

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J'ai vu arriver mon ami l'higoumène Parthène du monastère Anastassov. Il était accompagné d'une jeune fille angélique, guide à Toula, Galina, et du moine Isaïe, ancien prêtre, qui a conservé sa paroisse près de Moscou. Tous trois venaient m'interviewer, sur ma conversion, le rôle de la culture russe dans ma vie et notemment de Dostoievski dans ma conversion, et aussi de Tarkovski. C'était fatigant mais très intéressant, et ces trois personnes étaient si sympathiques, si vraies, chacune dans leur genre... Je fus contente d'apprendre que la jeune Galina était fiancée, car elle est si empathique, si hypersensible, si sincère et si pure qu'elle me semble avoir bien besoin d'un homme à ses côtés, et ce sont précisément les filles comme elles qui ont le plus de mal à en trouver un.

Galina était fascinée par l'histoire du samovar de Toula qui m'accompagnait depuis moin adolescence, et que j'avais offert à mon ami Sérioja, quand j'ai quitté la Russie en 2010. Je voulais laisser cet objet dans sa patrie. Maman l'avait trouvé sous la pluie, dans la cour d'une vieille dame tombée dans la débine. Celle-ci le lui avait donné, et nous l'avions restauré. Il avait le sceau des fabricants, avec un aigle à deux têtes. C'était le samovar d'une gouvernante française, qui l'avait emporté avec elle quand elle avait fui la révolution de 1917. Galina donnerait n'importe quoi pour avoir ce samovar au musée de Toula, il me faudra en parler à Sérioja...

"Vous pouvez apporter tellement aux Russes par le regard que vous portez sur eux, leur histoire et leur littérature, me dit le moine Isaïe, cela apparaît jusque dans vos paysages, vous voyez en notre nature ce qui ne nous est pas évident, vous êtes une sorte d'apôtre". Cela me paraît un bien grand mot, mais sur le fond de mon expédition chez le père Elie à Terrasson, cela me confirme dans mon rôle de témoin, de messagère. Et depuis que je suis rentrée, j'éprouve une sorte d'appaisement. Laisser les miens me fut difficile, ils me manquent et je les aime, la guerre que le Satan de l'Elysée veut absolument obtenir peut nous séparer pour longtemps ou quelquefois pour toujours, mais j'ai reçu l'assurance qu'ici est ma place.

Katia est passée me dire bonjour, puis le père Vassili, sa matouchka et deux de leurs enfants sont venus chercher leur commande d'eau de toilette Roger et Gallet, j'en ai même acheté pour moi-même dans l'élan, c'est frais, discret, convenable pour une jeune fille qui fait ses études à la Laure de la Trinité-saint-Serge, l'épouse d'un prêtre ou une vieille dame.

J’ai eu aussi la visite de jeunes gens venus m’interviewer. Des étudiants d’un institut de formation aux métiers du cinéma et de la télévision. Maximum vingt ans, frais comme des roses, et l’un d’eux blond et bouclé comme un angelot. Mais ils m’ont mise sur les rotules. Il leur fallait aussi tourner en extérieur, je les ai emmenés à la plage municipale, où tout le tendre azur et les ors de l’automne se refléchissaient dans l’eau lisse du lac. Puis, épuisée, je me suis rendue à la pendaison de crémaillere de l’artiste peintre Ioulia. Elle habite dans le village artistique de Pereslavl, Kriouchkino, et j’ai vu qu’on y vendait une isba. Ce village a été tres abimé mais le quartier des artistes tient bon.

Ioulia est tres malade, c’est pourquoi je suis allée chez elle malgré la fatigue. Elle m’a dit qu’elle avait appris, a cause de sa santé, a vivre au jour le jour, comme Marie-Jeanne à Pierrelatte, devant la vieillesse. Il faut se réjouir de la vie qu’il nous reste, comme, selon les mots du Belge Nicolas, de la beauté qui subsiste encore.


Le mari de Ioulia, le peintre Pacha Morozov, m’a offert un tableau pour me remercier de leur en avoir donné un. Il avait l’impression qu’il ne me plaisait pas. Si, il me plaisait, mais je me demandais où j’allais le mettre. J’ai trouvé la seule place disponible, et elle est idéale.

Il faisait chez eux un froid terrible. Ils ont trouvé une maison en bon état et dans leur prix mais c’est une datcha d’été. Heureusement, la partie centrale, en rondins, est mieux isolée. Et le gaz arrive dans le village. J’ai vu que se vendait une isba dans leur rue.

Je reprends mes marques, mon voyage en France m'a profondément émue, je suis contente de l'avoir fait. Et apaisée. Il fallait le faire, et revenir.  

Souvenir de Cobjours...