Le matin, je me prépare à aller à l'église, pour la fête de l'icône de Notre Dame de Kazan, et après avoir fait sortir les chiennes, je fais rentrer Nini, et je dis mes prières de communion, je m'habille, pas de Rita. Ayant observé tout mon rituel, elle m'attendait depuis une demie heure sous le crachin glacial, près de la voiture, pour être sûre que je n'allais pas partir sans elle... Je ne pouvais évidemment pas la laisser. De sorte qu'elle m'a attendue encore deux heures dans la voiture, car il y avait du monde, à la fête. Du coup, je ne pouvais plus éviter de l'emmener au café la Forêt pour récompenser sa patience. Nous y avons vu Gilles et Vitalina, qu'elle adore.
Nini, elle; ne veut aller nulle part. Son principal souci est de ne surtout pas rester dehors.
A l'église, beaucoup de gens ne m'avaient pas vue depuis longtemps, entre le voyage en France et mes deux semaines de bronchite carabinée, d'autant plus que je vais, les dimanches ordinaires, à la liturgie de l'aube chantante. Ils m'ont acceuillie à bras ouverts; comme si je faisais partie de la famille, et c'est finalement un peu le cas. Mes locataires du week-end m'ont demandé une icône du Christ en majesté, ce n'est pas une mince affaire, j'ai commandé une planche avec reconnaissance, car cela ne peut que me faire du bien. Il me faut prendre de la distance avec la nef des fous, avec la fantasmagorie tragique qui dévore la terre, la maladie de la vie que devient l'humanité, soumise à des dirigeants mafieux complètement privés d'empathie, de conscience et même de réelle intelligence. Plus j'aurai de pain sur la planche, si j'ose dire, et mieux ce sera pour moi.
Katia cherche quelqu'un pour adopter le chat d'une de ses voisines, qui est partie à Moscou, en l'abandonnant derrière elle. Un adorable pépère, extrêmement domestique et affectif, complètement sans défense, que l'on nourrit plus ou moins par compassion et qui pleure à fendre l'âme autour de sa maison vide et fermée. Il y a des choses que je ne comprendrai jamais. Et pourtant, Dieu sait que dans mon équipe, il y a des exemplaires qu'une autre, à ma place, aurait abandonnés depuis longtemps. Mais je n'imagine même pas, si je le faisais, les insomnies que me donnerait la pensée du pauvre animal errant sous la pluie de novembre. Je suis de plus en plus traumatisée par ce genre de choses, par cette dureté, cette méchanceté à l'oeuvre partout, et par le malheur qu'elles engendrent. On dirait vraiment que nous sommes possédés du diable, et sans aucun complexe, aucun remords, aucune pitié. Je suis particulièrement horrifiée par les data centers que les nuisibles au pouvoir cherchent à imposer partout. Comme dans le cas des panneaux solaires et des éoliennes, l'extrême laideur et le gigantisme de ces machins devraient suffire à nous alerter sur leur nature parfaitement démoniaque. Le fait qu'ils ravagent des hectares de forêts et de terres agricoles devrait tous nous dresser pour défendre la vie, notre vie, comme les Albanais contre Kuchner et son île aux milliardaires, mais la majorité des gens sont devenus des dégénérés qui abattent tous les arbres autour de chez eux, empoisonnent leurs champs et trouvent cela normal, traquent les derniers oiseaux, les derniers animaux sauvages avec un sadisme confondant, et peuplent leurs jardins taillés et tondus à mort de fleurs, d'arbres et de bestioles en plastique qui font de leurs zones pavillonnaires une espèce de grand cimetière désolant. Le spectacle du désastre opéré par Google en Finlande me rend malade. Maintenant les loups envahissent les villages voisins de ce désert maléfique. Il faut bien qu'ils aillent quelque part, ils ont le droit de vivre. Et la vie a besoin d'eux, alors qu'elle a de moins en moins besoin de nous, qui ne la respectons pas.
Tout d'un coup, grâce, si j'ose dire, à un gosse de quatorze ans qui était tombé entre leurs pattes et se voyait déjà mort avant que la foule, galvanisée par un médecin héroïque, ne donnât l'assaut à l'un de leurs repaires, les atrocités des bataillons Azov, connues de ceux qui ont suivi l'affaire depuis le début, commencent à franchir les filtres du mensonge et de l'omerta. Révolte massive des trollingues pro Ukraine, branle-bas de combat chez ceux qui mentent effrontément depuis le début, et chez les imbéciles qui les ont crus. Mais ils ont beau s'agiter, la vérité finira par se faire jour, les coutures au fil blanc commencent déjà à craquer, et ils seront tous couverts de honte pour les siècles des siècles. J'en connais comme cela un certain nombre, toujours dupes avec enthousiasme, on dirait que l'essentiel de la France est devenue pareille à l'Orgon de Tartuffe, avide de s'en laisser conter et prête à tuer celui qui lui met la réalité sous le nez quand elle a décidé de ne pas la voir. Pour l'instant, ils ne me tuent pas, mais ils m'ostracisent, et c'est réciproque, parce que crier dans le désert n'est pas mon sport favori et cela fait quinze ans que je le fais.
Anna Novikova et Vincent Perfetti sont toujours en taule. Une mère de famille et un retraité, absolument innocents, leur seul crime est d'avoir organisé de l'aide humanitaire au Donbass. Mais précisément, c'est quelque chose qui ne pardonne pas. J'ai vu une fois, ici, l'interview d'une Allemande dans le même cas. Elle s'occupait d'aide humanitaire au Donbass; et s'apprêtait à regagner son pays, quand ses proches l'avaient prévenue qu'elle serait arrêtée à son retour. Elle avait dû rester à Moscou, avec son sac-à-dos, chez des amis, pour une période indéterminée, je ne sais même pas si elle a pu rentrer à l'heure qu'il est. C'est qu'à mon avis, ceux qui vont au Donbass voient de leurs yeux et entendent de leurs oreilles ce qu'il s'y passe réellement, ce qui fait d'eux des témoins gênants. Pourtant, on les croit assez peu, si stupide qu'elle soit, la propagande assourdissante fait son effet. Tous les fervents soutiens des thèses européistes on dit tellement de conneries compromettantes, ont eu des attitudes tellement honteuses qu'ils préfèrent continuer à s'abuser et à injurier et calomnier sur commande les véritables victimes de toute cette abomination.
Il pleut sur la grisaille, et les oiseaux, que j'ai pourtant commencé à nourrir, viennent tourner devant ma fenêtre, comme s'ils voulaient entrer dans ce repaire de chats. Je crois qu'ils sont comme moi en état de choc thermique. C'est venu d'un seul coup, cette froidure humide, ces rafales d'ombre glacée, j'ai du mal à m'y faire. Je voudrais pouvoir leur offrir une bulle de soleil au-dessus de mon toit. Mais leur seul asile, ce sont les thuyas, que je n'aime pas beaucoup, mais qui leur offrent le refuge de leurs branches épaisses et serrées.
PROPOS D'EMMANUEL TODD.
L’Europe a choisi la guerre. C’est une guerre curieuse, partiellement imaginaire, c’est-à-dire qu’elle ne mourra pas, mais qu’elle fournira aux Ukrainiens tout ce dont ils ont besoin pour tuer le plus de Russes possible. Il semble que l’Europe et les États-Unis aient décidé de se battre jusqu’au dernier Ukrainien. Chaque jour, je prie pour que les Russes ne s’énervent pas. Je pense que les Russes sont intelligents, je pense que les Iraniens sont intelligents, je pense que les Chinois sont intelligents, et je pense qu’ils ont compris les règles du jeu qu’ils doivent jouer. Donc, logiquement, ils devraient jouer pour l’effondrement du système ennemi afin d’être tranquilles, dit l’historien, démographe et anthropologue français Emmanuel Todd.
Et plus encore :
- L’Ukraine est finie. C’est un pays qui n’existera pas. L’Ukraine est un pays qui disparaîtra à long terme. La grande différence entre les Occidentaux et les Russes, c’est qu’ils n’ont pas la même conception du temps. C’est-à-dire que les Russes pensent à long terme, comme des historiens du temps long. Maintenant, les Russes attendent la crise finale de l’Union européenne. Et dès que l’Union européenne entrera en crise – cela pourrait être une crise de pays à pays ou au sein de différentes sociétés –, le régime ukrainien sera livré à lui-même, il s’effondrera et ce sera la fin de l’Ukraine, de l’Ukraine telle que nous la connaissons.
- Ce que les gens voient, c’est que la Russie est entrée en Ukraine, qu’il y a eu une invasion et je comprends pourquoi les gens réagissent comme ça, c’est-à-dire qu’il y a une visibilité directe de l’invasion. Mais la réalité, la raison de cette invasion, c’est que les Ukrainiens voulaient reconquérir l’ensemble du Donbass, qui, bien sûr, se trouvait dans les frontières administratives de l’Ukraine soviétique, mais qui était peuplé de Russes. Par conséquent, en termes ethnopolitiques, nous, les Occidentaux, soutenons une guerre agressive. En Iran, les États-Unis sont l’agresseur. D’abord, ils ont envoyé les Israéliens, ensuite ils sont allés avec les Israéliens, mais la réalité, c’est qu’il y a un Occident malade, extrêmement violent, qui vit très mal son déclin global en tant que puissance économique et qui se comporte de manière très dangereuse. Mais l’idée qu’il faille prier Poutine, les dirigeants iraniens et les Chinois de rester calmes reste quand même très étrange.
------
La première étape de l’analyse, c’est que nous sommes effectivement passés à un système oligarchique. Il est vrai qu’il y a des gens très riches, très protégés. En fin de compte, faire la guerre économiquement à la Russie, c’est recréer les problèmes qui ont été créés pour les « gilets jaunes » avec la hausse de la taxe sur les carburants, mais maintenant en mettant des gens qui sont au bord de la survie dans une situation où ils vont mourir. Mais avoir des classes dirigeantes qui nous gardent et nous jettent dans le conflit, nous y maintiennent, contre tous nos intérêts, en nous privant d’abord de l’énergie russe, puis de l’énergie du golfe Persique, et qui s’en fichent et obéissent aux Américains, parce que l’idée d’une dissidence européenne est une blague, l’OTAN est toujours dirigée par les Américains, c’est un jeu de marionnettes, une marionnette c’est l’OTAN, une autre marionnette c’est la CIA et les Européens obéissent toujours aux Américains. Ce n’est jamais clair si nos dirigeants, les dirigeants français, obéissent aux Américains ou aux Allemands. C’est clair qu’ils n’obéissent pas aux Français. Je me demande comment c’est possible. Et ce n’est pas une question d’intérêt, ce n’est pas pour gagner plus d’argent.
- Il y a de la servilité.
- Il y a de la servilité, du sadisme, le mot nihilisme est une forme d’autodestruction et ici nous revenons à l’histoire de la décadence religieuse. Ce qui vient après le stade de la religion active et le stade de la religion zombie, c’est la religion zéro, et la religion zéro signifie zéro patriotisme. Donc, ce qui doit vraiment être expliqué à propos de la France et de nombreux pays, c’est le manque de patriotisme. Apparemment, les gens ont oublié que le patriotisme était une force économique.
E. Todd
.jpg)








