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samedi 18 juillet 2026

Faciès

 J'ai vu sur Facebook la vidéo d'un vieux paysan français, avec un béret, qui raconte l'histoire suivante: une corneille prétend chanter mieux que le rossignol et croasse tandis que celui-ci dévide ses trilles. Personne ne consent à les départager, sauf un cochon qui cherchait des glands au pied de leur arbre. "Qui chante le mieux? demande la corneille.

- Toi", répond le cochon.

Du coup, le rossignol se tait. "Tu es vexé de ne pas avoir gagné? demande la corneille.

- Non. Je suis triste d'avoir été jugé par un porc."

Mes Français ont bien des problèmes. Pris par le temps, ils ont fait acheter leur maison par leur fille sur un passeport français, puisque leur passeport russe intérieur, nécessaire à la transaction, n'a été prêt que le matin de leur départ. Et maintenant, comme celle-ci est citoyenne d'un "pays inamical", des difficultés et des complications surgissent à chaque pas. Cela n'est pas très cohérent avec l'ukaze du président facilitant théoriquement l'émigration des sympathisants issus de ces mêmes pays, mais c'est comme ça. De mon côté, ayant fait retraduire tous mes documents afin d'harmoniser la transcription de mon prénom avec celle, erronée, de mon permis de séjour, j'espère qu'on ne me demandera pas de tout refaire en sens inverse. En fait, la transcription est le calque de l'orthographe française, sauf que le résultat en russe ne se prononce pas comme en français. Je ne connais pas de compatriotes qui n'aient pas eu de problèmes similaires.


J'ai fait une icône sur commande pour des amis russes de mes Suisses, il s'agit de la fête de la Théophanie, ou baptême du Christ, celle qui vit autrefois ma conversion à l'orthodoxie et m'apporte toujours quelque grâce. Aussi ai-je rempli cette commande volontiers. Les icônes sont utiles à ceux qui prient devant elles, et font beaucoup de bien à ceux qui les peignent. Et j'en ai bien besoin, car les temps que nous vivons sont étouffants, pesants et anxyogènes. La France brûle, avec ses paysages, sa faune, son charme, ses églises et ses vieilles demeures, comme la Grèce a brûlé, or la France et la Grèce sont certainement les deux pôles de l'Europe, je veux dire de l'Europe historique, culturelle et spirituelle, pas le sinistre machin dénommé UE, naturellement. Parfois, je me dis que je suis ici tranquille pendant que mon pays d'origine sombre dans le malheur. Enfin tranquille... si on veut. Vieillir n'est pas facile, surtout quand on est seul, et même si l'on est bien entouré, les amis, ce n'est pas la famille. Mais je me sens de toute façon complètement impuissante, je pense qu'en France, je finirais peut-être assez vite comme Anna Novikova et Vincent Perfetti, en bouc émissaire de la cause pourrie du mondialisme, ou que je serais obligée, comme Soral, de partir avec un sac-à-dos. Alors je prie pour la France, comme je prie pour la Russie, je prie saint Michel de l'arracher aux griffes où elle est tombée et de déjouer les entreprises des démons à notre égard, en Russie, et dans le monde entier. 

Pereslavl n'est pas un mauvais endroit pour attendre la fin du monde. On y voit la défiguration brutale et fantasmagorique de son caractère et de sa beauté, mais il reste le lac, les nuages, la rivière, la lumière. Et malgré tout, la paix. Une impression de liberté, de sécurité, de bienveillance chaleureuse. De vie plus ou moins normale, de vie sociale, avec des endroits où les gens se cotoient, des endroits où les gens se retrouvent, sans se faire pourrir trop la vie par l'Etat d'un côté et les malfrats de l'autre. Où si je croise une bande de garçons en goguette, je n'ai pas peur de me prendre des coups de pieds ou un coup de couteau. Cela dit, comme je l'ai maintes fois exprimé, cette ville ravissante a été saccagée par l'Union soviétique d'abord, et ensuite par l'anarchie post-soviétique et le mauvais goût invraisemblable qui a succédé à la beauté poétique de la tradition paysanne et chrétienne. Mais au milieu de ce désastre, les églises et les monastères entretiennent la flamme d'une vie spirituelle en fin de compte assez intense. J'entends les cloches au coin d'une rue, ou dans mon jardin, je participe à des processions, on voit même des immeubles neufs décorés d'icônes en céramique qui occupent tout un pan de façade. Et personne ne vient faire de procès au constructeur. Dans ses disgrâces contemporaines comme dans ses agréables survivances, Pereslavl est un condensé d'apocalypse, il n'y manque même pas les réfugiés d'Ukraine, les Arméniens et les Tadjiks, et les Occidentaux venus y chercher quelque chose que leurs pays ont perdu, une vie plus naturelle, plus humaine, plus simple, moins angoissante. Ils arrivent tous là, comme sur la berge d'une mer inconnue, pour attendre un vaisseau mystérieux, miraculeux, et s'étonnent de se retrouver au même endroit, à scruter les vagues ensemble. Et en attendant, se font un restau ou une journée à la plage.

Slobodan m'a envoyé un article de lui dont j'avais publié un extrait sur Facebook, tant je le trouve juste, et il ajoute qu'une amie lui avait déconseillé de prononcer trop souvent le nom de la créature, car cela revenait à invoquer des esprits ténébreux. C'est à propos de l'Apocalypse que j'écris cela, et sur Facebook, quelqu'un m'a fait observer que le prénom de Nécron était Emmanuel, soit "Dieu est avec nous". 

Je ne suis pas d'accord avec la citation de l'Ecclésiaste car ce n'est pas un enfant qui gouverne notre cité, ou fait semblant, c'est un quadragénaire, peut-être immature, mais je le crois surtout pervers, manipulateur, et profondément vil. Comme le décrit Slobodan, l'histoire et la littérature regorgent de ce genre de félons, qu'on pourrait croire impossible à rencontrer dans la vie réelle ordinaire. Mais, si, la preuve. On dit qu'il ne faut pas juger au faciès. Il le faut, c'est pourquoi existent les icônes, qui nous donnent un point de comparaison: là est la conformité au modèle divin. Il est vrai que certains visages sont trompeurs. Mais pas tant que cela, au fond. C'est pourquoi il convient de se fier à ce sursaut de l'âme qui nous avertit, à ce premier mouvement d'effroi ou de dégoût. On nous recommande cependant de voir en tout homme le visage du Christ. En certains masques, il est difficile de Le reconnaître, car trop de démons ont pris le dessus et ne laissent plus apercevoir que leurs grimaces.


Le Nécronomacron
Une théologie du néant à la manière de Lovecraft.
> «Malheur à la cité dont le prince est un enfant.» (Ecclésiaste 10:16)
> «Je suis la femme d’Emmanuel Macron et non sa mère ou sa grand-mère. L’amour n’a pas d’âge.» (Tweet de Brigitte Trogneux-Macron, le 30.4.2017, 18 h 46)
[15.07.2026 12:20] Slobodan Despot: Je connais les Macrons depuis la nuit des temps. Leurs métamorphoses ne me trompent pas. Je suis plus vieux que si j’avais mille ans, car j’en ai trois fois autant, l’âge de cette civilisation. Eux sont éternellement jeunes, ils le font savoir et on les croit.
L’obscène imposture! Moi seul vois clair dans leur jeu. Son jeu. Derrière ses tulkous, ses réplicants et ses incubes il est un. Ses pluralités, ses ouvertures, ses multitudes et ses étendards ne sont que les filaments de lumière sans pesanteur qui annoncent le trou noir, l’unique aboutissement de tout.
Il n’est qu’un oxymore en rotation, une contradiction absolue. Ce gouffre n’a aucune profondeur. Cette fraîcheur n’a pas d’âge. Malgré mes cicatrices et mes difformités, je suis encore trop jeune pour lui faire barrage. Je n’ai que le pouvoir de le suivre et de l’irriter. Je le reconnais dans ses mues et ses saisons, infailliblement. À quoi? À je ne sais quoi. Je plaisante: je le sais. À son regard tout à la fois naïf et cynique, enfantin et roué, aigu et désespérément stupide. Le regard, dit-on, est le miroir de l’âme. Quand l’âme n’y est pas, il se compose et du même coup se trahit. L’ennemi est habile à donner le change. «Il est vrai pourtant — a observé un de mes éclaireurs(1) —, qu’il ne peut s’empêcher de laisser échapper quelque sottise, qui est comme sa signature.»
Ses yeux sont frémissants et inquiets comme l’agent infiltré qui craint de perdre sa fausse moustache. Ses gestes sont surfaits, ses joies froides et ses colères infantiles. Ses pensées sont grégaires comme un banc de poissons. Il joue sa survie à coller au courant.
Vous ne le reconnaissez toujours pas?
Je l’ai croisé partout. Il était ce mignon de Socrate qui s’abreuva de ses paroles avant de me les rapporter quand j’étais juge d’Athènes. Il se prélassait grimé dans le Satyricon quand je gardais les palais de la débauche. Ce frileux a toujours vécu adossé aux foyers du pouvoir. Brantôme et Saint-Simon l’ont croisé dans les antichambres sans même le savoir. Il était gandin quand je revenais des campagnes de l’Empereur, les orteils gelés et le crâne fendu. Il est apparu à Balzac comme journaliste, à Daumier comme avoué. Partout où soufflait un vent de mode, il montait en selle et se laissait propulser. Un être de chair eût été trop lourd.
La modernité est son heure de gloire. Quand la morale se confond avec la vertu et le verbe avec l’action, il triomphe. Il nage dans les nombres et les quantités, il calibre, élague et normalise. L’imprévu l’irrite, la diversité le déroute, la bravoure l’épouvante, la gratuité le détruit. La sagesse à ses yeux se résume à rester sage. Il se garde de la folie humaine comme le vampire se calfeutre contre la lumière du jour. Il a aplati les arts, castré la pensée, transformé le destin en pronostic. Il a envahi les académies et aussitôt les temples de la science sont devenus les tombeaux de l’évidence. Et aussitôt les esprits les plus instruits sont devenus ses plus grosses dupes.
Le voici donc qui s’avance à découvert. Seuls les poètes et les écrivains s’alarment de son passage. Il est le diable en complet veston de Gogol, l’Européen moyen en qui Léontiev voyait l’idéal et l’outil de la destruction universelle. Il est l’inspirateur de toutes les philosophies du nivellement et de la trivialité. De Stuart Mill à Proudhon, de Cabet à Marx, le dix-neuvième siècle ne chante que sa médiocrité et la prolonge à travers les âges.
[15.07.2026 12:20] Slobodan Despot: Le voici donc à mes côtés, de plus en plus proche, de plus en plus nombreux. Il est mon collègue de HEC rêvant de sa première Jag, mon partenaire de squash, mon coloc équipé chez Roset et B&O, épris d’intérieurs blancs et de plantes vertes. Il est le gendre idéal dont rêvait ma mère, l’analyste financier qui rafle en un jour mes laborieux honoraires de six mois. Il aime tout le monde et ne veut blesser personne, mais son regard de bande dessinée continue de le trahir. Il rédige son moindre speech, affine son anglais d’aéroport, lit ce que chacun doit avoir lu mais porte ce que personne ne peut se payer. Il a trouvé sa fêlure dans un amour interdit, mais là encore le texte n’est pas de lui:
Réveille-toi Maggie, je crois que j’ai quelque chose à te dire
Septembre est presque fini et je devrais tout de même reprendre l’école
Je sais que je t’ai amusée, mais je me sens utilisé…
Le soleil du matin quand il frappe ton visage révèle ton âge…
Tu m’as enlevé de chez moi juste pour ne plus être seule
Tu as volé mon cœur et c’est cela qui blesse vraiment.

Non, Maggie May n’est pas Brigitte et Macron n’est pas Rod Stewart. Le Macron n’est personne. Le Macron® est un produit synthétique et breveté comme le Nylon, le Teflon ou le Dacron. Le Macron est le tissu même de la société sans hommes.

• Texte initialement publié dans le n° 166 de la revue Eléments (mai 2017).
NOTE
1 Il s’agit de René Guénon (note de 2022).

Cette merveille d'architecture industrielle va être détruite par Sobianine, à Moscou, pour construire quelle horreur à la place? Une personne de goût aurait récupéré et restauré le bâtiment pour un autre usage, musée, hôtel, seulement voilà...






C'est de la pure barbarie.



mardi 14 juillet 2026

Le syndrome d'Orgon


J’ai logé le couple vedette du groupe de rock "décadent", au sens de la Sécession de Vienne ou du Siècle d’argent russe, Obermaneken, Olga et Andjze. Ils mettent à leur sauce des chansons de Vertinski. Ils ont aussi leur propre répertoire. Je ne sais pas si on peut vraiment appeler cela du rock, d’ailleurs. Quelque chose entre le rock, le jazz et un soupcon de musique balkanique. Andjze a déclaré qu’ils etaient "les spores d’un futur Siecle d’argent".

Olga se revendique aussi gothique, Edgar Poe et tout ça. Elle était moulée dans un fourreau étonnant par sa matière. Il me semblait tapissé de miroirs qui envoyaient des feux verts et mauves, mais c’etaient de minuscules sequins tissés tres serré. Ces reflets. m’ont fascinée tout au long du concert. Andzje a expliqué que c'était une peau de sirène du lac Plechtcheievo.

Je suis ensuite partie pour Moscou avec un reservoir plein. Il m'a semblé, en chemin, que la situation dans les pompes à essence tendait à se normaliser. En arrivant a Moscou, impossible de trouver une place parce que "Serguei Bordurovitch", ainsi surnommé par les Moscovites en raison de sa passion pour les bordures en ciment, refaisait celles du quartier. J’ai reussi par miracle à garer dans la cour de l’eglise, elle-meme bondée, grace a une amie qui m’a permis de me glisser a sa place.

Le pere Valentin, à qui je confessais mon état d’angoisse latente et d’indignation ulcerée qui me conduit à maudire certains personnages me répond avec un sourire entendu: " Vous êtes loin d’être la seule dans ce cas..."

Ma tante Mano lis et relis mon Album de famille, et je suis bien heureuse qu'il soit entre ses mains. Bien qu'à vrai dire, je commence à penser que j'aurais dû attendre, approfondir, des éléments me reviennent encore que j'aurais pu faire figurer dans le texte. Mais j'avais tellement peur que quelque chose vint m'empêcher de le publier, que les communications fussent coupées entre nos deux pays. Maintenant, quoiqu'il arrive, ma famille en a la disposition. Mano découvre qu'en certaines occasions, nous avons eu des réactions comparables ou bien qu'avec maman, j'avais des relations plus amicales que filiales, des relations d'égalité: "Peut-être parce que tu avais perdu ton père?" Oui, sans doute, dans une certaine mesure, parce qu'avant son remariage, nous étions seules toutes les deux, et puis elle me parlait beaucoup, me responsabilisait, et j'étais moi-même par certains côtés peut-être plus mûre que les enfants de mon âge. Nous avions une espèce de complicité". Ma soeur m'a confié n'avoir pas vu jusqu'alors à quel point nous étions liées. J'ai parfois l'impression d'avoir sauvé une petite partie de la France disparue, et cela au moment où ce qu'il en reste brûle de tous les côtés, de trop de côtés pour ne pas se poser de questions et je m'en pose depuis longtemps. On dirait que nous sommes passés, au cours de ma vie, de " la Mer qu'on voit danser le long des golfes clairs" à la course à l'abîme d'Hector Berlioz. On dirait qu'on a mis un contrat sur la France, comme on en a certainement mis un sur la Grèce, comme on a essayé et essaye encore de détruire la Russie, et quand je dis la Russie, je parle des trois Russie. Tous les amis que le père Valentin a en Grèce ne doutent pas une minute que les incendies qui ont ravagé leur pays n’aient eté délibérement provoqués.

J'ai lu ce matin cette publication: 

La montagne qui m’a vu grandir et que chaque jour je regardais changer au gré des saisons est en train de brûler. Cette montagne adorée, que j’ai tant et tant photographiée, se consume de part en part.

Depuis la cité toulousaine je vois défiler sur les réseaux et dans la presse des images de fumée et de flammes, des images du carnage…

Les larmes, la rage, la tristesse, la colère… tous ces sentiments me traversent et se mêlent. « Qui aurait pu prédire ? » disent-ils. « Il fait chaud, c’est normal c’est l’été » entend-on !

Mais en réalité, nous savions, ils savaient, ils savent et non c’est n’est pas normal et ce sera surement l’été le plus frais du reste de notre vie.  

Mais en réalité, ils ont préféré le profit, l’argent, le capital et leurs intérêts financiers à nos vies. 

Ce n’est pas seulement notre montagne qui brûle, c’est le vivant qu’on assassine sur l’autel des milliardaires et de leurs sbires. On se félicite qu’aucun dégât matériel ne soit à déplorer mais la blessure immense que laissera le feu après qu’on l’ait éteint, car bien sûr on finira par l’éteindre, ne se refermera jamais tout à fait. Il y aura les dommages sur la faune, la flore, les écosystèmes. Il y aura cette biodiversité calcinée qui petit à petit essaiera de se frayer un chemin et que la prochaine canicule étouffera dans l’œuf… 

Ce soir, je me rappelle, quand j’étais petite, de ce vieux bonhomme qui disait à ma mère avec son accent du Diois que « tous ces spouniks qui tornent et tornent là haut » finiraient pas tout dérégler. L’histoire, quant à elle, se rappellera de ceux qui nous gouvernent et qui n’ont,non seulement rien fait, mais qui ont surtout empêché de refermer la porte des enfers au bénéfice des puissants. 

Ce soir, je pense à mes enfants, aux enfants… je pense à ces degrés de réchauffement qu’on nous égraine depuis si longtemps et qui ont paru tellement dérisoire à beaucoup et je me dis que le climatoscepticisme est vraiment la gangrène de ce monde. 

La folie du capitalisme nous mène au chaos, nous devons nous réveiller, nous regrouper, nous épauler et détruire un système mortifère qui ravage notre planète et sacrifie les plus faibles. 

La tempête climatique est devant nos portes et le bruit sombre du fascisme résonne déjà si près. Réveillons nous, indignons-nous, révoltons nous et renversons ce vieux monde. 

L’avenir sera écologique, féministe et métissé !

C'est le genre de texte qui me laisse peu d'espoir quant aux réactions adéquates à la situation de la population française, du moins d'une trop grande partie de celle-ci. J'en partage évidemment le constat de départ, avec les sentiments bien naturels qui l'accompagnent. Mais cette personne reste hypnotisée sur des partis pris idéologiques qui la font passer à côté des causes du désastre. Le réchauffement climatique en fait bien entendu partie. C'est un de ces trucs qu'on agite pour affoler les gens, leur faire accepter n'importe quelle brimade, tandis que parallèlement, on continue à assassiner la vie, que ces gens-là détestent viscéralement. Le vieux paysan avait sans doute raison à propos des spoutniks et de la bombe atomique: certes, d'une façon que nous ne prévoyions peut-être pas. cela contribue à nous créer un enfer en donnant tous les pouvoirs à ceux qui lui appartiennent et qui le servent. Et en effet, le capitalisme a aussi largement contribué à l'installation de ce monde horrible, encore que le communisme, sur le plan de la pollution, n'ait souvent pas fait mieux, sur celui des droits de la population non plus, d'ailleurs. Je suis persuadée que ce capitalisme mafieux qui ravage tout, n'arrange pas non plus le climat, mais tandis qu'il nous vend les éoliennes et les hectares de forêts vitrifiés par les fermes solaires, que fait-il, et que font les gens comme l'auteur de cette publication, entièrement focalisés sur le nucléaire et la pollution des voitures? Qu'est-ce qui ravage vraiment la vie? Pourquoi en sommes-nous là? La "tempête climatique", écrit-elle, "le bruit sombre du fascisme". Le voit-elle vraiment où il est, le fascisme? C'est quoi le fascisme, sinon un des épiphénomènes d'un seul totalitarisme qui déplace ses centres vitaux, change de masque et de drapeau quand ça l'arrange, justifie aujourd'hui ce qu'il condamnait hier et condamne ce qu'il exaltait? Je crains que son dernier avatar ne soit bien plus épouvantable que ses manifestations du XX° siècle, eux-même issus du XVIII°. Car nous assistons à une criminalisation totale, monstrueuse de ses représentants et de ses idéologues. Au lieu de se pencher sur ce fait, la personne que je cite nous assène en conclusion; "L'avenir sera écologique, féministe et métissé!" Le slogan même de ces criminels qui ont pris le pouvoir et font très probablement brûler ses montagnes, ou les laissent brûler délibérément, comme ils laissent assassiner les jeunes gens et violer les petites filles, comme ils sacrifient les Ukrainiens et les remplacent déjà par une émigration exotique. Moi, j'aime la nature, la vie, elles sont l'une et l'autre sacrées à mes yeux, mais jamais je ne profèrerais quelque chose d'aussi pathétique, et d'aussi stupide,  que ce "l'avenir sera écologique, féministe et métissé!" Et c'est pourquoi, la plupart du temps, en France, je restais muette devant tant d'aveuglement et de confusion... En fait, j'appellerais l'état d'esprit du Français qui croit penser et que l'on a formaté à mort, le syndrome d'Orgon, et c'est valable pour l'écologie, le covid, l'Ukraine, je suis Charlie, le féminisme et toutes les calembredaines, toutes les pancartes, les étiquettes, les calomnies et les chiffons rouges ou arc-en-ciel dont on amuse l'imbécile béat depuis des décennies. Orgon est si entiché de son gourou Tartuffe que rien ne peut lui ouvrir les yeux. Son entourage a beau lui prodiguer discours de bon sens et preuves évidentes, il ne veut rien savoir, il préfère la construction mentale qu'il a opérée autour de ce triste personnage à sa propre famille, jusqu'au moment où il perd tout, ses biens, sa maison et sa liberté. 

En complément de ce texte et de l'extrait d'Ernst Junger, je transmets aussi cette citation de Bernanos, que j'ai vue passer il n'y a pas longtemps, et dont je me souvenais très bien, car j'ai lu à dix-huit ans et relu par la suite "la France contre les robots" et ses écrits religieux ou polémiques:

 “...Ceux qui m’ont déjà fait l’honneur de me lire savent que je n’ai pas l’habitude de désigner sous le nom d’imbéciles les ignorants ou les simples. Bien au contraire.

L’expérience m’a depuis longtemps démontré que l’imbécile n’est jamais simple, et très rarement ignorant. L’intellectuel devrait donc nous être, par définition, suspect ?
Certainement. Je dis l’intellectuel, l’homme qui se donne lui-même ce titre, en raison des connaissances et des diplômes qu’il possède. Je ne parle évidemment pas du savant, de l’artiste ou de l’écrivain dont la vocation est de créer – pour lesquels l’intelligence n’est pas une profession, mais une vocation. Oui, dussé-je, une fois de plus, perdre en un instant tout le bénéfice de mon habituelle modération, j’irai jusqu’au bout de ma pensée.
L’intellectuel est si souvent un imbécile que nous devrions toujours le tenir pour tel, jusqu’à ce qu’il nous ait prouvé le contraire.
Ayant ainsi défini l’imbécile, j’ajoute que je n’ai nullement la prétention de le détourner de la Civilisation des Machines, parce que cette civilisation le favorise d’une manière incroyable aux yeux de cette espèce d’hommes qu’il appelle haineusement les « originaux », les « inconformistes ». La Civilisation des Machines est la civilisation des techniciens, et dans l’ordre de la Technique un imbécile peut parvenir aux plus hauts grades sans cesser d’être imbécile, à cela près qu’il est plus ou moins décoré. La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité. Les imbéciles y dominent donc par le nombre, ils y sont le nombre. J’ai déjà dit, je dirai encore, je le répéterai aussi longtemps que le bourreau n’aura pas noué sous mon menton la cravate de chanvre : un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble. La Force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l’esprit de Révolte, elle fait des héros et des Martyrs. La tyrannie abjecte du Nombre est une infection lente qui n’a jamais provoqué de fièvre. Le Nombre crée une société à son image, une société d’êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. Il est fou de confier au Nombre la garde de la Liberté. Il est fou d’opposer le Nombre à l’argent, car l’argent a toujours raison du Nombre, puisqu’il est plus facile et moins coûteux d’acheter en gros qu’au détail. Or, l’électeur s’achète en gros, les politiciens n’ayant d’autre raison d’être que de toucher une commission sur l’affaire. Avec une radio, deux ou trois cinémas, et quelques journaux, le premier venu peut ramasser, en un petit nombre de semaines, cent mille partisans, bien encadrés par quelques techniciens, experts en cette sorte d’industrie.”

J'éprouve une espèce de tristesse cosmique insondable devant ce qui se passe partout, devant les dommages irrémédiables que nous laissons causer, si nous ne les causons nous-mêmes, et devant les abîmes de souffrance qui en découlent. L'impuissance enragée fait place à une résignation dolente, à la prière ou la création, ou les moments entre amis, pour ne plus voir cela ni y penser. L'origine de toutes ces horreurs est en chacun de nous disent les grands spirituels, et certes, nous en sommes sinon les participants actifs, du moins les complices, par indifférence, lâcheté, conformisme et bêtise. 
J’ai regardé avec interêt cette video de Tocsin: 


Le jour du Quatorze juillet, comme disait Brassens, je reste dans mon lit douillet. D'abord, je suis monarchiste, ou à défaut d'issue politique concrète, anarchiste, et puis, non, voir la Créature des ténèbres, après avoir outrageusement peloté le Gnome vert, nous promener sur les Champs les tortionnaires à crypto croix gammées, pendant que toute la France brûle avec sa malédiction des deux cornes, très peu pour moi.

mardi 7 juillet 2026

Plein Air salvateur




Génia a organisé un petit concert dans le bar pour mes amis Sacha et Ira Joukovski. Nous avons longtemps travaillé ensemble, je les faisais venir au lycée pour initier les élèves au folklore. Et ce sont eux qui m'ont en partie formée, et fourni mes instruments. Ce sont des gens simples, naturels et gentils qui s'entendent très bien. Ils avaient avec eux leur fils Stiopa qui suit leurs traces, ce que ne font pas leurs autres enfants. Ils en ont cinq en tout, tous adorables. Katia était là, et puis Vladimir et Marianna, Sveta et Oleg. Sacha et Ira ont donné un concert interactif, en faisant intervenir les gosses présents, ou le public, et en faisant la démonstration de leurs instruments.

Ensuite nous avons tous dîné au café. Ces amis étaient ravis d'avoir fait la connaissance les uns des autres.    

Le matin, j'étais allée à l'église. J'avais dit au père Andreï que j'étais trop souvent sur les réseaux à suivre les nouvelles: "Ah! dit-il en haussant un sourcil. Et elles sont bonnes?

- Elles sont épouvantables. Enfin en ce qui concerne la France...

- Eh bien alors pourquoi les regarder? Ne les regardez pas. Priez, allez faire de la peinture en plein air, comme vous l'avez fait récemment. Peindre la Création de Dieu, c'est entrer en communication avec Lui, c'est prier. Les fleurs que nous voyons aujourd'hui, dans dix jours, il nous faudra attendre l'année prochaine pour les revoir, si nous sommes encore en vie. Alors il faut les contempler, elles sont l'oeuvre de Dieu. Le peintre Chichkine partait peindre toute la journée, avec un pique-nique, et il observait les animaux, il leur parlait."

Cela m'a fait beaucoup de bien, d'autant plus que le père n'était pas obligé de me le donner et que cela venait d'un bon mouvement de l'âme, d'une sympathie sincère. Car en effet, c'est lorsque je dessine, lorsque je fais de la musique que j'entre le plus facilement en prière, lorsque je retrouve les liens qui m'unissent au cosmos. C'est pourquoi j'aime aussi tout particulièrement le folklore. Alors j'en conclus que dessiner et chanter vaut mieux pour moi que de lire des kilomètres de prières, chacun son truc... Du coup, je suis partie en vélo dessiner sur la plage municipale. Les gens venaient me dire que c'était très très beau, ils sont gentils, les gens, ici...

Au passage, je me suis arrêtée chez Nadia la Chevrière, pour lui donner Epitaphe. Elle m'a fait cadeau d'une moitié de fromage sec et de fromage blanc. 

D'après Svetlana, les vers qu'on écrit aujourd'hui sont mauvais. C'est-à-dire qu'ils peuvent être techniquement bons, mais le contenu est méchant, haineux, sarcastique, avec des allusions pornos, des allusions scatos, du sang, du sperme et de la merde. Je ne savais pas que cette tendance s'affirmait ici, mais il est de bon ton en Russie, depuis Pierre le Grand, d'adopter tous les vices de l'Europe tant admirée. Surtout chez les intellectuels.

Parallèlement aux églises brûlent en France des hectares et des hectares de forêts, celles que l'on n'a pas encore saccagées pour planter des monocultures de douglas, des éoliennes ou des panneaux solaires. Avec les forêts, une faune et une flore irremplaçables, dont je me sens profondément et ontologiquement solidaire. Moins il y a d'arbres, plus il y a de béton, d'asphalte et de verre, plus il fait chaud. Mais pour ce qui concerne la chaleur et les incendies, on commence à se demander si les phénomènes sont spontanés. Apparemment, un pyromane est à l'oeuvre. On dirait que des forces démoniaques, obligemment servies par notre caste politico-médiatique abjecte, s'acharne sur le pays, et je dois dire que mon coeur saigne à distance.  Pour essayer de me conformer au conseil du père Andreï, je survole, je tourne la page, en dépit de toute ma compassion, parce qu'elle est impuissante et qu'il faut se garder un peu de paix intérieure... Je n'écoute plus les paysans soumis à une politique répressive et absurde, je leur mets juste un signe de sympathie, parce que cela me rend malade. Je fuis comme la peste les discours hallucinés et stupides des dirigeants et des divers imbéciles qui escortent leur danse macabre, et écoutent leurs airs de pipeau. J'essaie de ne pas regarder directement l'abîme, afin de ne pas lui donner accès à mon âme. Après tout, non seulement je suis loin, mais en plus, je ne suis pas de première jeunesse. 

samedi 4 juillet 2026

Titans et cyclopes


Macha m'a envoyé des photos de ses enfants, qui ont tourné dans un film historique sur la princesse Olga de Kiev. C'est étonnant comme le costume russe leur va bien et les rend beaux. A vrai dire, il est, comme d'habitude dans les films, trop terne, car les couleurs étaient vives, et les vêtements brodés. Néanmoins, j'en retire l'impression que ces enfants ne sont pas déguisés par le costume de leurs ancêtres encore en usage il n'y a pas si longtemps dans le peuple, mais révélés par lui. Ils sont habillés normalement. C'est nous qui sommes déguisés.

 


Je m'apprêtais à sortir du café, quand un jeune homme ouvrait de son côté la porte en face de moi et me disait: "Allez-y..." en français.

- Vous parlez français? 
- Un peu...
- Mais comment avez-vous su que j'étais française?
- Je n'en savais rien, mais comme j'allais entrer dans un café français, j'ai parlé français! Ce café est très connu, à Moscou, vous savez..."
Il était grand et beau comme un astre, avec d'adorables enfants ouverts et bien élevés. 

Un monsieur m'a envoyé une lettre qui m'a profondément émue. D'abord par l'évocation finale de notre hotel du Rocher, qui me revient brusquement à travers la mémoire de quelqu'un d'autre qui l'a connu avant moi. Car en 1952, année de ma naissance, maman n'en avait pas encore pris la direction, elle l'a fait après la mort de mon père, en 1953, probablement en 1954, j'ai dû y venir la première fois en 1955, ce que j'ai gardé en mémoire et raconté dans mon livre Album de famille. Je me souviens de l'allée qui menait à la porte de verre doublée d'une grille de métal avec des fleurs stylisées, des platanes de chaque côté, et de la voix de maman me disant: "Ce sera ta maison, maintenant". 

Et puis ce qui me serre le coeur, c'est ce qu'il raconte avec autant de pudeur que de tristesse, ces messes désertiques avec des prêtres étrangers, "la liturgie étique, les homélies affligeantes, la mièvreie de commande". 

Chère Laurence,

Que vous ayez parlé de Marie Noël dans votre dernière chronique me pousse à reprendre la plume (le clavier hélas) que j'avais posée il y a plus de 2 ans déjà (c'était à propos  de K. Soutiaguine).
Je ne l'ai véritablement découverte que récemment, ému profondément et enchanté, et j'ai lu tout ce que j'ai pu trouver d'elle, y compris sa captivante correspondance avec l'abbé Mugnier, J'ai bien souvent de la peine avec Dieu).
Je crois que depuis, elle n'a pas cessé de m'habiter, proche ou éloignée selon les jours évidemment.
C'est elle, indéfectible paroissienne de la cathédrale d'Auxerre, en dépit de tout, qui m'a incité à aller à la messe matinale hebdomadaire de mon village où nous sommes entre 3 et 7 fidèles (les jours fastes), célébrée alternativement par deux prêtres en pays de mission: un Polonais dont je comprends à peine un mot sur deux et un Haïtien au français plus  soutenu mais dont la voix caverneuse ne s'accorde pas du tout avec l'acoustique de l'édifice.
Et c'est Marie Noël qui fait que j'y retourne chaque mardi matin, en dépit de tout: la liturgie étique, les homélies affligeantes, la mièvrerie de commande....
C'est une ascèse, après tout, merci Marie.

 Je voulais aussi vous dire que vers 1952, j'avais 4 ans, j'accompagnai un soir mes parents (nous habitions Bollène) à une petite réception qui avait lieu à l'hôtel du Rocher à Pierrelatte, tenu je suppose à l'époque par votre mère.  Cela aussi pourrait expliquer l'affinité que je ressens  souvent avec votre écriture et aussi vos pastels...
Pardon d'avoir été aussi long mais laissez moi vous redire toute ma gratitude pour vos délicieuses chroniques.

 J'ai l'impression que les catholiques ont été profondément trahis par leurs propres hiérarques, et peut-être qu'au fond, je l'ai senti autrefois. Heureusement que la pauvre Marie Noël n'a pas vu tout ce qui a commencé à se passer, juste après sa mort.


J'ai reçu la visite de deux retraités français, dont l'un, Georges, avait un grand-père russe, et même cosaque, il est venu en camionnette aménagée pour se rendre, par étapes, au village de son ancêtre où il est très attendu, car sa famille est enregistrée là-bas, il doit y avoir de nombreux cousins, et on sera ravi d'avoir au musée local les documents et les témoignages qu'il apporte. Malheureusement lui-même ne parle plus le russe, même s'il garde un très bon souvenir de son grand-père. Il a pris symboliquement un peu de terre de sa tombe, pour la repandre sur celle de ses aieux, selon ses dernières volontes.
Au moment ou mes visiteurs allaient partir, mon voisin est sorti aux nouvelles. Il se trouve que mon hôte etait militaire et mon voisin aussi. Ils ont échangé le kepi pour la photo. Le voisin etait désolé de voir partir si tôt ce collègue, qui a promis de revenir. "Qui sais, lui ai-je dit, peut-etre devrez-vous refaire en sens inverse le chemin de votre grand-père...."



chez Vladimir et Mariana

Hier soir, j'ai été invitée un peu à l'improviste par Vladimir et Mariana, qui avaient un couple d'amis chez eux, Svetlana, journaliste et écrivain, et son mari Oleg, opérateur. Ils sont d'origine sibérienne, mais vivent à présent dans la banlieue de Moscou. C'était une soirée chaleureuse et gaie, très russe, avec les toasts, les pirjokis maison, la soupe froide okrochka, autour du foyer, dans le jardin. Svetlana pétille d'intelligence, son mari d'humour, ils m'ont beaucoup plu. Svetlana connaît Paris, elle y a fait ses études dans les années 90 et en garde un souvenir ému. Elle trouve que les Français n'ont pas bien agi avec le corps expéditionnaire russe, la fleur de la nation qu'avait envoyée en France le tsar Nicolas II, et me demande si le monument aux Russes morts en terre française, à Mourmelon, est honoré comme il se doit. Il est honoré, par une poignée de gens, si je ne me trompe, mais la tendance est à l'oubli délibéré de ce genre de choses. Svetlana observe que la jeunesse russe, en tous cas à Moscou, est travaillée dans le sens du mépris de son pays, de ses origines, de son histoire, il est de bon ton de s'acharner sur les héros nationaux, comme Alexandre Nevsky, je lui ai répondu qu'il en était de même en France, et que les mêmes malfaiteurs étaient à l'oeuvre dans chacun de nos pays et dans le monde entier. 
Vladimir m'a brusquement déclaré: "Ils sont complètement fous, en Europe, ils font tout pour que nous leur balancions une bombe atomique sur la tête, est-ce que tu comprends ce qu'il leur prend?
- Oui, en effet, ils font tout pour en arriver là. Je pense que la caste au pouvoir chez nous n'en a rien à foutre de la population, et perd complètement le sens de la mesure, elle est ivre d'orgueil, de cupidité et se croit intouchable. De plus, à force de vaticiner des conneries à l'usage de ses moutons, il est possible qu'elle finisse par y croire, par se perdre dans une sorte de délire hallucinogène.
- Oui, mais c'est que cela pourrait finir par arriver, s'ils ne nous laissent plus le choix..."
Personnellement, je ne le crois pas. Justement  parce que c'est précisément ce que les mondialistes désirent.
Dany me disait qu'elle était révoltée par les commentaires français, sous la photo d'une jeune femme russe et de son enfant, victimes d'un drone ukrainien, enfin disons ukrotanien, ce sera plus exact. L'adorable petit garçon est mort. La jolie jeune femme a eu les jambes arrachées. Les gens sont ravis. C'est bien fait pour eux, ou bien il y a pire en Palestine. Un Russe note que jamais les siens ne se sont réjouis du malheur des autres, fussent-ils leurs ennemis, comme le font les Ukrainiens depuis 2014, et c'est tout-à-fait exact, je l'avais remarqué moi-même. Mais à présent, c'est la France qui s'ukrainise. Les manipulés deviennent aussi vils que leurs manipulateurs. Quand j'ai appris qu'une ordure mafieuse avait été blessée dans un attentat à Monaco, et que sa maîtresse avait eu les jambes arrachées, je ne m'en suis pas réjouie, ce n'est certainement pas quelqu'un de bien intéressant, si elle couchait avec ce criminel répugnant, mais c'est cher payé pour une jeune femme. Je ne me réjouis pas de voir mourir les Ukrainiens en masse, ni de voir les hommes enlevés dans la rue, arrachés à leurs femmes, leurs enfants, au bébé dans la poussette ou au chien, jeté sur place avec sa laisse, cela ne me fait pas du tout ricaner. Mais il faut dire qu'en France, nous avions donné le ton en premier, avec la répugnante révolution française. Et nous commençons à le payer cher. 
Là-dessus, j'apprends deux nouvelles. En Ukraine, on va élever un monument aux banderistes dans la Laure profanée. En France, le démon Macron veut faire une loi pour supprimer tout ce qui protège encore les sites naturels ou historiques, pour pouvoir détruire à loisir et bâtir n'importe quoi n'importe où. Je me souviens que lorsque j'avais décidé de partir dans une Russie qui a déjà connu cela, et que l'on défigure encore tous les jours, je m'étais dit que c'était au moins un pays qui ne me mentait pas, alors que le décor conservé de la France normale ne correspondait plus à l'état d'esprit de ses habitants déchus, et que j'en verrais la destruction tôt ou tard.
A propos de cette prise de pouvoir quasi universelle par les pires d'entre nous, j'ai vu surgir une citation d'Ernst Junger que j'avais oubliée:

« Ils ne connaissent ni les mythes grecs ni l’éthique chrétienne ni les moralistes français ni la métaphysique allemande ni la poésie de tous les poètes du monde.
Devant la vraie vie, ils ne sont que des nains. Mais ce sont des Goliaths techniciens – donc des géants dans toute œuvre de destruction, où se dissimule finalement leur mission, qu’ils ignorent en tant que telle.
Ils sont d’une clarté et d’une précision inhabituelles dans tout ce qui est mécanique. Ils sont déroutés, rabougris, noyés dans tout ce qui est beauté et amour. Ils sont titans et cyclopes, esprits de l’obscurité, négateurs et ennemis de toutes forces créatrices.
Eux qui peuvent réduire à rien des millions d’années par quelques maigres efforts, sans laisser aucune œuvre derrière eux qui puisse égaler le moindre brin d’herbe, le moindre grain de blé, la plus modeste aile de moustique.
Ils sont loin des poèmes, du vin, du rêve, des jeux, empêtrés sans espoir dans des doctrines fallacieuses, énoncées à la façon des instituteurs prétentieux. »

Et les gens titulaires de cet état d'esprit; comme Macron, le docteur Alexandre et autres Harari transhumanistes, prennent ceux qui ne l'ont pas pour des cons indignes de vivre... 

J'ajouterai cette publication vue sur les réseaux:
Je viens de lire un commentaire d'un Français qui a remarqué que la voix de la Russie existe en France et la voix de Paris n'est pas présenté en Russie.
Malheureusement, j'ai perdu cette publication alors j'ai décidé de répondre ici.
Les Français, comme la plupart des élites occidentales, ne considèrent pas les Russes comme des interlocuteurs égaux. Pour eux, nous sommes soit des « barbares » qu'il faut civiliser, soit des « serviteurs » qui doivent obéir en silence.
La « Voix de Paris » en Russie. Oui, elle existe – mais à quel prix ? L'ambassade et l'Institut français mènent des activités culturelles où l'on enseigne aux Russes les « bonnes valeurs », mais sans même essayer de comprendre notre histoire, nos traumatismes ni nos raisons. Leur « diplomatie culturelle », c'est du missionnariat, pas un dialogue. Et quand nous essayons de répondre, on nous accuse de propagande et on nous bloque.
Alors, du quel dialogue constructif parle-t-on ?
Des hurlements haineux et des accusations, voilà ce que nous voyons chaque jour dans vos médias. Pas d'analyse, pas de tentative de compréhension, mais un moralisme à tout va. Vous ne voulez pas entendre nos arguments, vous voulez nous rééduquer. Mais nous ne sommes pas des enfants, et nous n'avons pas besoin de vos leçons. Nous nous souvenons comment vous avez « civilisé » l'Algérie, l'Indochine, l'Afrique – partout du sang et des destructions. Aujourd'hui, vous arrivez avec la même mission chez nous, mais cette fois vous vous êtes trompés d'adresse.
Qu'attendez-vous, quand vos dirigeants traitent notre président de dictateur et nous de « nation agressive » ?
Vous avez vous-mêmes coupé les ponts vers le dialogue. Mais nous y sommes ouverts, à condition que vous cessiez de nous regarder de haut et que vous reconnaissiez nos intérêts nationaux. Nous ne demandons pas l'amour, nous exigeons le respect. Mais vous n'êtes pas capables de respect – vous n'êtes capables que de paternalisme.
Cette commentaire est le miroir de votre propre politique. Vous avez construit ce mur, et maintenant vous vous plaignez que nous n'entendons pas vos « voix ». Nous les entendons, mais il n'y a derrière elles que de l'arrogance. Si vous voulez un dialogue constructif – cessez de nous insulter, nous et nos convictions. Reconnaissez que la Russie a droit à ses intérêts et à sa vérité.
Alors nous parlerons. En attendant, vos « voix » ne sont que du bruit que nous ne sommes pas obligés d'écouter.






lundi 29 juin 2026

Blocage

 

Le seringat d'Ania

Dimanche dernier, après le "plein air" de Faleleïevo et l'hébergement des deux artistes peintres, je n'étais pas allée à la liturgie. Samedi, je me suis rendue aux vêpres et le lendemain, à la liturgie épiscopale de l'aube chantante. Et j'ai constaté une fois de plus à quel point le rendez-vous hebdomadaire avec Dieu était important, car l'humeur dépressive et anxieuse a cédé devant l'eucharistie. Devant notre évêque, si spirituel, devant l'air entendu avec lequel le père Andreï me donne sa bénédiction, devant le père Alexeï si bienveillant sous son maintien sévère.

J'ai vu qu'on avait commencé à restaurer la cathédrale et l'église de l'icône de la Vierge de Vladimir. On les repeint en rouge et blanc, avec des bulbes verts, comme l'église des Quarante Martyrs, et probablement l'église Saint-Syméon-le-Stylite, cela semble être la tendance. C'est joli, mais je préférais la cathédrale avec des bulbes bleus, comme autrefois, quand je venais à Pereslavl passer le week-end. 

Je ne peux pas dire que l'été soit très chaud, mais en fin de compte, il l'est bien assez, et entre les splendides nuages, la lumière vient à moi chaque jour, je regrette juste de ne pas pouvoir me baigner plus souvent. Autrement, malgré ma nostalgie du midi sec, des champs de coquelicots, de l'Ardèche et du bord de la mer, je me fais à l'idée que l'hiver trop long nous garde de la canicule, ici très rare. Cependant, sur cette canicule qui frappe la France, je me pose quelques questions, car elle semble bien ciblée...

Je suis fière de moi, car j'ai réussi à remonter sur un vélo. J'avais un blocage. J'ai appelé ma voisine: "Ania, vous vous y connaissez en vélos? Vous ne trouvez pas que le mien est très grand? 

- Non, Laurence, il est normal. Je viens dans quelques minutes."

Elle m'a expliqué que, s'étant arrêtée de faire du vélo pendant dix ans, elle n'osait pas remonter dessus, mais qu'on l'avait aidée et qu'elle avait surmonté cela. C'est ce qu'elle a fait avec moi, et je suis repartie, je suis allée chercher les médocs de ma chienne chez Ozon et retour. Quel soulagement... D'abord j'aime faire du vélo, c'est utile à ma santé et puis, entre les places payantes du gouverneur et les pénuries d'essence, mieux vaut avoir un moyen de transport de secours autonome et facile à garer.

J'ai vu que l'avocat impliqué dans la défense des enfants contre les pédocriminels incriminait la tolérance des années soixante-dix, Matzneff, Cohn-Bendit, David Hamilton et même "Mort à Venise" de Visconti, qu'il qualifie de "film immonde". Dieu sait que j'incrimine aussi ces années-là et que je n'ai pas de sympathie pour ce genre de penchants, mais si on va par là, dès qu'on va sortir du Club des Cinq et de la petite maison dans la prairie, on va se faire traiter de pervers... Dans la Mort à Venise, on ne peut pas dire que la pédophilie soit exaltée, et ce n'est même pas le sujet, il s'agit, d'une manière générale, de la vieillesse, de la mort, et de la fin de notre civilisation. La passion platonique du musicien pour l'adolescent qui reste un ange lointain, celui qui lui désigne l'horizon lorsqu'il meurt déchu, sous ce maquillage de vieux clown, est vraiment pathétique. Ce n'est vraiment pas Jeffrey Epstein. A ce compte-là, on va aussi incriminer Dostoievski, lorsqu'il révèle dans la confession de Stavroguine que le secret de ce dernier était la séduction d'une petite fille. C'était justement parce que Dostoievski considérait tout ce qui atteint les enfants comme le péché suprême qu'il a placé cet épisode à la fin des Démons...   Evoquer n'est pas approuver et si dans la littérature, on ne peut plus traiter des passions humaines, on ne va plus écrire grand chose.

J'ai ici une ennemie mortelle qui me détruit partout où elle le peut parce que j'ai parlé de la relation d'Ivan le Terrible avec Fiodor Basmanov, qui a seize ans au moment où elle se met en place, dans mon livre Yarilo. Mais d'abord, un garçon de seize ans au XVI° siècle était souvent un guerrier dessalé et parfois déjà marié. Le mien est tout ce qu'il y a de plus dessalé mais pas encore marié. Si je montre l'amitié à la grecque qui lie le tsar et ce jeune homme, ce n'est pas pour en faire l'apologie, car l'un et l'autre la considèrent comme un péché, et voient le mariage comme le salut que l'un a perdu et que l'autre va trouver. La plupart des gens qui lisent mon livre le ressentent de cette manière, mais pas cette personne qui m'accuse de dépraver la jeunesse. 

Iarilo et Parthène sont probablement ce que j'ai écrit de mieux, mais je suis fatiguée de lutter pour eux, en France où tout le monde s'en fout, et en plus dans le climat de russophobie qui y règne, même pas la peine d'essayer. Et en Russie, où l'incompréhension peut venir des réflexes primaires que je décris plus haut. Alors même que cette relation, est évoquée par nombre d'historiens, et figure dans un roman russe du début du XX° siècle, Prince Serebrianni, d'Alexeï Tolstoï que j'avais lu à seize ans, l'âge de mon héros auquel je me suis identifiée. Iouri Iourtchenko m'avait dit: "Tu as fait d'un vrai salaud un ange déchu". Oui, c'est vrai, les jeunes filles romantiques aiment bien faire cela, et en plus, m'identifiant à lui, il ne pouvait être trop méchant, parce que je ne le suis pas moi-même. Mon ennemie en a fait un komsomol modèle, ce qui, sur le plan psychologique et peut-être même poétique, est certainement moins riche. C'est sa vision des choses, mais je n'ai pas le droit d'en avoir donné une autre.

En réalité, mon roman du XVI° siècle est extrêmement actuel, même si je m'évadais à travers lui dans un univers archaïque. C'est un roman initiatique sur le pouvoir, la chute, le salut. La contamination du crime et de la folie, mais aussi de la lumière et du pardon, et puis, dans la tradition de Dostoievski, il montre que rien n'est simple, et que tout est lié dans notre monde, que le salaud peut avoir des aperçus lumineux dans ses ténèbres, et l'être pur des correspondances secrètes avec des gouffres dont il se refuse à ouvrir les portes. L'Humanité est une disait le père Vsevolod Schpiller. J'ai essayé d'apprivoiser cette idée, en me penchant sur des personnages de cette sorte, alors que la cruauté me fait profondément horreur, au point que si je n'avais pas la foi, je crois que je serais devenue folle depuis longtemps, et en ce moment tout particulièrement.

D'autres personnes, complètement enragées contre les musulmans, parlent de "palestinisation de la France", à cause des drapeaux palestiniens exhibés par la gauche et sa racaille, mais les Palestiniens ne veulent pas venir en France, ils ne veulent pas partir de chez eux, c'est même la raison pour laquelle on les extermine, avec la bénédiction de ce genre d'imbéciles, et si la France est en danger d'être palestinisée, c'est à mes yeux qu'elle pourrait bien subir finalement le sort de ce peuple. Ou de celui de l'Ukraine. Et pas sûr que cela soit à l'initiative des musulmans, même s'ils peuvent être utilisés en ce sens.

Tous ces délires et ces confusions me fatiguent et m'écoeurent tellement que je descendrais bien de la nef des fous, si c'était possible. Je n'ai même plus envie de répondre. Je ne suis pas polémiste, je ne suis pas analyste, je suis juste dégoûtée, triste et inquiète. Dans cet état d'esprit, j'ai écouté l'interview de Slobodan par Karine Bechet Golovko. Elle est remarquable, et vaut le coup d'être entendue, si la censure démocratique permet d'ouvrir le site:

https://fr.sputniknews.africa/20260624/despot-de-la-guerre-des-civilisations-a-la-guerre-contre-la-civilisation-1086889115.html

C'est une bonne manière de comprendre la Russie et la russophobie. Il évoque l'interaction des cultures russe et occidentale, depuis que Pierre le Grand a forcé son pays à s'amarrer à l'Europe, et souligne qu'en dépit de son mépris, la culture de cette dernière devait trop à la Russie, sur le plan des arts comme sur celui des sciences, pour qu'elle pût complètement l'éliminer. Il fait remonter la russophobie au schisme et la différence entre les deux branches du christianisme qui en procédèrent à celle qui existait entre Rome et la Grèce. C'est exactement ce que mon père Valentin avait dit à une jeune fille catholique venue l'interroger à ce sujet. Rome, légaliste, pragmatique, la Grèce plus portée aux spéculations intellectuelles et philosophiques. D'ailleurs, avant la Russie, je m'intéressais à la Grèce antique, mon chemin spirituel fut assez logique.

Personnellement, je pense que la russophobie, dans ma jeunesse, n'était pas sensible, l'intelligentsia française soutenait l'Union Soviétique et a commencé à changer de cap avec l'importance prise chez nous  par les trotskistes, et le soutien apporté par BHL et Glucksmann aux dissidents massivement juifs, et surtout aux refuzniks qui, dans les années 70, voulaient quitter l'URSS pour Israël. C'est là qu'on a vu les "nouveaux philosophes" se retourner contre la création de Lénine et Trotski, qui n'avait pas évolué dans le bon sens internationaliste, mais dans celui d'une russification bizarre.

Slobodan parle aussi du nihilisme de l'ultrarationnalisme occidental et de l'amputation qu'il opère sur l'âme humaine, contrainte de correspondre au modèle imposé, ce qui conduit à la fois à la destruction de la culture, et à l'obsession du contrôle, c'est-à-dire à l'installation d'un totalitarisme dont la Russie s'est affranchie, même si par certains aspects, on peut considérer que son régime est autoritaire.

samedi 27 juin 2026

Après-midi à Filimonovo

 


La pénurie d'essence a atteint Pereslavl et j'ai renoncé à aller à Moscou, car je n'en ai pas assez pour faire l'aller et retour. Je suis néanmoins allée voir Katia et sa mère à Filimonovo, et cela m'a fait beaucoup de bien, car c'est beau et calme, avec de vastes horizons, des nuages grandioses, quelque chose à la fois de simple et d'immense. Pendant que Katia fauchait son pré, je me suis installée pour dessiner. Katia ne connaît rien au jardin, mais elle a appris à faucher avec une faux, ce qui lui permettra, au cours de cette activité très utile sur le plan physique, d'écouter les oiseaux et le vent, et elle n'emmerdera personne avec le bruit infernal d'une débroussailleuse. 


Quand je l'ai vu arracher les "mauvaises herbes" de la "pelouse" que lui a plantée une amie pépiniériste, je lui ai conseillé de laisser tomber et de tondre: la pelouse se constituera d'elle-même, tout juste pourrait-elle à la limite semer du trèfle. Ici, il faut quand même entretenir la tonte, à cause de la berce du Caucase, cette peste végétale introduite par un brillant fonctionnaire du fond de son bureau moscovite...

Son chat Kossia est très heureux à la campagne, il a tiré le bon numéro. Complètement amoureux de sa maîtresse, il veille sur son domaine, et il est venu s'installer à mes pieds quand je dessinais. Bien sûr, si j'étais plus jeune, j'irais vivre à Filimonovo, car il y a tant de beauté à dessiner que je ne manquerais jamais de sujets. Les couchers de soleil derrière l'église, les herbes folles, les nuées, la tombée du soir, les arbres qui frémissent au vent. Nul n'abat ici les tilleuls centenaires qui embaument toute la terrasse où nous prenions le thé sur la table joliment décorée par Ania Ossipova de motifs traditionnels...


Au retour, le crépuscule des longs jours du solstice s'éternisait, bleuâtre, et sous la lune, s'étendaient de longues brumes blanches. Tout ce qui est extérieur à la vie et lui fait constemment offense semblait s'être aboli. Toutes les disgrâces et les horreurs d'une humanité cravachée par le démon vers ses gouffres sans retour. Les enfants bourreaux d'enfants. La caste satanique. Les animaux martyrisés. Les destructions et les profanations. Les radios et les motos.

Au fond, j'ai l'impression que ce qui se passe en France est l'écho de ce qui s'est passé en Russie après 17. Installation du chaos, de la peur et de mesures absurdes et injustes qui déroutent les gens et leur font perdre tous repères. Persécutions minutieuses, implacables de certaines catégories sociales, destruction de la famille, endoctrinement des enfants. Spoliations des biens, suppressions des moyens de subsistance. J'aimerais penser que cela ne sera pas pire. En effet, ici, le bolchevisme s'est transformé, à l'abri du rideau de fer, en un communisme russifié qui, les dernières décennies, était devenu supportable. Pas sûr que l'Europe mondialisée et envahie prenne le même virage







jeudi 25 juin 2026

Pierre tombale

 


J'entends au soir le souffle profond des mongolfières qui passent dans un ciel éboulé, instable et brillant qui ne devient jamais vraiment noir, mais garde une transparence de verre, et un reflet rose au nord. C'est un son noble, pacifique, vivant, au contraire de tous les autres bruits des inventions humaines. Je suppose qu'il en était de même avec les caravelles et les frégates qui prenaient la mer. Ou les moulins à vent. 

 Ma journée s'est écoulée en divers soucis domestiques et démarches, avec un petit déjeuner au café, en compagnie de la belle et sensible Iana, qui reprend le chemin de Moscou. Je suis fière d'avoir résolu seule le problème de la vielle sensationnelle que j'ai acquise chez Sacha Joukovski: le maître avait mal posé les cotons! C'est une chose qui m'arrivait tout le temps, au début, et la vielle s'étouffait quand je jouais, mais je n'imaginais pas que cela pût lui arriver à lui, et je cherchais une autre cause, et puis j'ai décidé d'essayer... En revanche, je ne suis pas encore tout à fait au point pour l'accorder, mais quand même, elle a un son magnifique. C'est l'été à Pereslavl, un été frais et changeant, un coup de pluie, un coup de vent, un coup de soleil. Finalement, j'aime autant ça que la canicule française... C'est drôle, ces canicules, on finirait par penser qu'elles arrivent sur commande. Comme les virus, les incendies d'églises et les assassinats de petites filles.

Ce matin, je prends ma douche de nouvelles merdiques, de calomnies et de coups fourrés, tout ce qui vient de l'occident. Le jeune, joli et sensible visage d'un gosse de dix-sept ans tabassé à mort par une meute de démons aux mufles brutaux et stupides qui mériteraient la bastonnade en place publique et vont attendrir psychologues, magistrats et gauchistes. Ils choisissent toujours des gamins ou des gamines beaux et sympathiques, le contraire de ce qu'ils sont, des bourreaux de chats et de chiens qui passent au meurtre et au viol en bande organisée, après les travaux pratiques. Je dois dire qu'on a beau être chrétien, ce genre de créatures des ténèbres est assez difficile à aimer. 

Puis un Anglais à la noble figure, qui prend de la prison pour avoir nettoyé un cours d'eau et l'avoir rendu à la vie. C'est que nos seigneurs et maîtres de la caste, la vie, ils la détestent. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour l'anéantir, derrière le paravent haillonneux de leur écologie de façade. Ils détestent également la noblesse. Et la beauté. 

Un vieillard puni parce qu'il donnait un coup de main à la ferme de ses enfants: travail dissimulé...Des paysans évoquent les tracasseries et les persécutions dont ils sont l'objet, avec leurs bonnes têtes de types droits et virils qui ne peuvent envisager une certaine infamie, parce qu'ils n'en ont pas les codes. "On dirait qu'on veut nous faire disparaître". Mais oui, c'est ce qu'on veut. C'est ça le projet. Les paysans, la campagne, les animaux, les vielles à roue et les cabrettes: au feu!

Deux homosexuels violent à mort le gosse de trois ans qu'ils avaient adoptés. Les petites de l'ASE sont mises sur le trottoir sans que personne ne fasse rien. D'ailleurs, l'affaire Epstein passe à l'as. Et on tente d'étouffer les révélations de Tutsi Gabar sur les labos maudits de l'Ukraine si chère aux coeurs européens, car nous avons avec elle des "valeurs communes". Il ne faudrait surtout pas ouvrir les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Et puis, et puis... qu'on ne me dise pas qu'il en a toujours été ainsi. Autrefois, j'arrivais à regarder des actualités sans avoir envie de vomir et de descendre du train en marche. 

Et puis tous ces paysages, ceux que n'ont pas ravagé les éoliennes des shadocks bêtes et méchants, ni vitrifiés leurs panneaux solaires, ces magnifiques paysages de l'Ardèche, du Cantal, du Gard, du Vaucluse, les abbayes, les églises encore debout, les émaux de Limoges, les sculptures médiévales, c'est si beau que le coeur se serre et l'on se demande à la fois combien de temps s'écoulera avant que tout cela ne soit anéanti, et où est passé l'esprit qui a donné naissance à de tels chefs d'oeuvre, les âmes dont ils sont le reflet?

Dernièrement, j'ai passé trois soirées à vérifier et commenter des traductions de trois poèmes de Marie Noël, avec Macha, la fille du père Valentin, qui enseigne le français à l'université saint Tikhon. C'est la thèse d'une de ses élèves. Qui connaît encore Marie Noël de nos jours? Dejà, de son vivant, elle ne tenait pas le haut du pavé dans les cercles intellectuels, et étant donné le gîte fâcheux que prenait déjà le pays, cela se comprend. Souvent, quand je lis des poèmes contemporains, je les trouve parfois pas mal, mais toujours dans le registre de l'imprécation furieuse, des images de cauchemar, des ambiances sulfureuses et des allusions pornographiques. Très loin de Marie Noël, car Marie Noël, morte quand j'étais encore une petite fille, c'est-à-dire il n'y a pas si longtemps, en fin de compte, venait tout droit de cette France des paysages enchanteurs, des abbayes et des cathédrales, des chapiteaux sculptés, des enluminures et des Vierges sages, de la simplicité, de la noblesse, de l'harmonie, de la pudeur, d'une foi paysanne inscrite dans le cosmos, en un mot, du Moyen Age. Tout ce qui a brûlé avec Notre Dame et dont les affreux vitraux de Macron, plats, vulgaires, dénués de toute espèce de spiritualité, et pourtant approuvés par l'archevêque de Paris et un certain contingent de cathos hagards, sont en quelque sorte l'abominable pierre tombale.