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mardi 9 juin 2026

Fin du concert


Je n’arrive plus a faire face au jardin, d’autant plus que ma maison trop grande et pleine d’animaux me donne beaucoup de travail. Ce jardin est difficile a organiser, d’autant plus que j’ai du en bouleverser le plan en fonction des constructions anarchiques et moches qui sont venues me cerner. Je m’oriente de plus en plus vers des buissons décoratifs et les fleurs géantes qui surplombent la "mauvaise herbe", avec des allées qui permettent de circuler dans la jungle. J’ai commis des erreurs de plantation, malgré le soin que je mettais à choisir et à placer judicieusement les espèces. Et j’ai été aussi parfois mal conseillée quand je me les suis procurées. En ce moment, le seringat fleurit, les églantiers, les lupins, les ancholies, la clématite, le chevrefeuille, et tout mon jardin semble investi de myriades de gracieux encensoirs que les souffles du vent agitent aux moments choisis de ses liturgies quotidiennes. Le mélange de mes fleurs cultivées et de la végétation sauvage a son charme. L’espace est vivant, plein d’oiseaux, d’insectes et j’ai même des grenouilles. J’avais vu une fois un herisson. J’espère qu’il y en a encore. 

Les merveilleux concerts d’oiseaux semblent avoir pris fin, d’un seul coup. Chaque nuit, avant de me coucher, j’écoutais les rossignols et chaque matin les merles, mais ils doivent être maintenant occupés a elever leurs petits. En revanche, j’ai eu droit hier aux débroussailleuses et aux tondeuses maniaques de tout le voisinage. Plus ils sont citadins et contemporains plus ils détestent la vie. Et puis l’écho obsédant et affreux des radios plus ou moins proches. Car en plus de détester la vie, ils abhorrent le silence et n’ont plus de musique en eux pour chanter avec le vent et ́les oiseaux. 




Vassia du Donbass a mis six mois à se sentir chez elle dans ma maison mais à présent elle aurait même tendance à faire la loi. Elle est quémandeuse et capricieuse, occupe l’oreiller à côte du mien qu’elle défend avec des airs de princesse outragée. Nini est toute au bonheur d’avoir la vie de chien idéale, soit une maitresse bien aimée qu’elle suit comme son ombre, un lit douillet, un jardin pour faire ses petits tours. En dehors de me compliquer la vie, elle fait plaisir à voir. Car la sienne de vie, jusqu’à l’évènement inconnu qui l’avait jetée sous la pluie, sur une grande route du Donbass, n’avait visiblement rien eu de bien enviable. 

Et combien sont-ils à ne naitre que pour supporter nos mauvais traitements, la brutalité imbécile, la cupidité ou le sadisme de notre espèce qui se distingue d’eux radicalement par son inépuisable potentiel de méchanceté? Cela me donne le vertige et la nausée de penser à tous les innocents qui, tombés en nos mauvaises mains, ouvrent les yeux sur un cauchemar sans autre issue qu’une mort atroce. Que ce soient des petits d’animaux ou des petits d’homme. 

J’ai beaucoup plus de sympathie pour les Serbes que pour les Albanais. Cependant, je me sens totalement solidaire de ceux-ci dans leur magnifique révolte contre l’affreux Jared et sa Barbie en plastique pour sauver l’ile sauvage qu’on veut dénaturer à des fins douteuses. Rien de tel en France, hélas, où, malgré le vernis écologique de surface, l’on dénature à tour de bras. C’est que la France n’est pas homogène, et l’Albanie l’est restée. La France est une mosaique de gens aux origines et aux modes de vie inconciliables dont la plupart des indigènes en voie de disparition ne sait plus d’où elle vient, ne défend pas son héritage et même le méprise. C’est bien dans cette optique qu'a été conçue la "société multiculturelle", pour atomiser la population et la rendre incapable de réagir. C’est ce qu’on se propose d'installer en Arménie, pour qu’elle ne fasse pas comme la Géorgie qui a flairé le piège. Et c’est ce qui se fait en Ukraine ou la chair à canon est remplacée par des esclaves exotiques.

J'ai longtemps pensé que l'Ukraine était le laboratoire de la future Europe, et aussi l'Israël bis potentiel correspondant à l'empire semi mythique des Khazars. Je le pense toujours, mais avec la nuance que c'est toute l'UE qui est à présent l'objet d'un tel projet. Sauf que les Albanais, par exemple, ne sont pas du tout partants. Comme les Géorgiens, ils se rendent compte qu'ils ont conclu un pacte avec le diable. Les Hongrois réalisent aussi la boulette commise en ne votant pas Orban, seul défenseur de leur pays. Et les Roumains n'ont pas eu le choix, la démocratie, c'est un leurre qu'on agite pour faire entrer les naïfs dans la nasse de la mafia.

Je lis laborieusement le livre de Moisseiev, laborieusement parce qu'à cause d'internet, j’ai des difficultés de concentration et n’ose penser aux ravages sur de jeunes esprits incultes. C’est pourtant un livre très intéressant, un témoignage sur Kharkov et le printemps russe qui contredit les falsifications médiatiques occidentales et ukrainiennes. A travers ce livre, on voit une Russie méridionale authentique et vivante refuser d’être vendue a ceux qui veulent la détruire, comme ils veulent détruire du reste tous les peuples de la terre. La foi, l’énergie et la générosité de Moisseiev remontent le moral du lecteur, en depit des trahisons qu’il relate, et aussi l’élan populaire des regions concernées.  Moisseiev est un fin connaisseur de l’histoire russe. Et c’est un orthodoxe monarchiste. Cependant, il ne rejette pas ses compagnons communistes et considère, en dépit des horreurs incontestables, la Russie dans son ensemble, depuis son baptême par Vladimir dans le Dnepr jusqu’a nos jours. Il souhaite la réconciliation nationale et son patriotisme mystique et ́lumineux n’a rien d’un suprémacisme meurtrier et méprisant. C’est la conscience d’un destin spirituel et culturel particulier, dont il faut rester digne, et d’une fraternité quasi familiale avec tous ceux qui le partagent et l’assument. 

Bien qu’il regrette l’empire des tsars er reste fidèle a son esprit, il considère qu’au plan mystérieux de la providence divine, dès lors que Nicolas II avait été trahi et la révolution de février consommée, la tragédie bolchevique a peut-être soustrait la Russie, en l’isolant, à des influences occidentales et à un pillage extérieur qui l’auraient dissoute. C’était aussi la thèse d’Alexandre Panarine. Je constate moi-même qu’en fin de compte, les ravages sur les mentalités sont moindres a l’issue du communisme brutal que du capitalisme consumériste déletère. Le probleme est que, contrairement aux fantasmes des Francais de gauche et de droite, ce capitalisme est quand même bien présent ici. Non, on n’est plus sous Staline ni même sous Brejnev.

Un descendant d’émigré blanc me dit son rejet de l’hymne russe qui fut soviétique et qu’on a repris en rendant les paroles moins clivantes. Il me parle du désir de Poutine de restaurer l’URSS. Il a pourtant expressément declaré que ce n’était pas son intention. Et je le crois, d’autant plus que le récit de Moisseiev me le confirme. Au moment du printemps russe, le Donbass attendait de Moscou un soutien qu’il n’a pas reçu. Tous ceux qui suivaient vraiment l’affaire le savent.

Pour ce qui est de l’hymne, la France a la Marseillaise qui est pire du point de vue du contenu violent, de l’expression emphatique, et de la musique pompeuse. Et pourtant, actuellement, c’est l’hymne de la France. J’imagine mal la Russie reprendre "Dieu protège le tsar" alors qu’on peut le regretter, mais c’est un fait, il n’y a plus de tsar et il n’y en aura pas de sitôt.

Obnubilés par l’idée que Poutine c’est Staline, ces émigrés accablent injustement la patrie de leurs ancêtres en accréditant le récit occidental largement calomnieux et hystériquement partisan au sujet de l’Ukraine. Et ils ne voient pas que ce qui a sévi en Russie et qui a chassé leurs ancêtres en 1917 est revenu à son point de départ idéologique, comme un boomerang. C’est en occident que s’installe un totalitarisme inédit, sous forme de fusion du trotskysme avec le sionisme et le nazisme, une espèce de cocopitalisme mafieux, le capitalisme pour les élus, le communisme pour les sous-hommes. Dans ce contexte, je passe sur les reliquats communistes de la Russie actuelle. Car elle sera probablement le dernier refuge de ceux qui ne voudront pas subir ce qu’on prépare en face. 


vendredi 5 juin 2026

Vigie

 


Dernièrement, je discutais avec Lika, la femme de Gilles, et elle me disait exactement la même chose qu'Olivia quelques jours plus tôt: que ses pensées étaient paralysées par une espèce d'angoisse latente. A croire que nous en sommes tous là. 

En dehors de l'angoisse latente, c'est le dégoût qui me submerge, devant la totale vilenie dans laquelle s'abîme la France, avec la nef des fous sur laquelle elle est embarquée et que pilotent des serpents et des gargouilles. En tous cas, la France qu'on entend. L'autre n'a pas la parole. Mais parfois, les importés la prennent à sa place, et disent leurs quatre vérités à ceux qui les ont fait venir. C'est bien sympa de leur part, enfin c'est normal, c'est la réaction de gens qui ne sont encore ni complètement abrutis ni complètement pervertis. Mais même si l'on nous débarrassait de ceux qui attisent nos pires instincts, et nous installent le pire des régimes, je ne reviendrais pas au pays, car je n'étais déjà plus en phase dans ma jeunesse, et la Russie m'a accueillie, reçue, portée, aimée. La France dont je suis issue est au ciel. Je regarde avec mélancolie et émotion des vues d'Annonay, telle que je l'ai connu, quand ma grand-mère y faisait ses courses, que mon grand-père y tenait son magasin, de l'Ardèche, de la Drôme, les photos de famille... qu'est-ce que cette France-là, pourtant déjà rongée par les démons lâchés au moment de la révolution, a de commun avec celle d'aujourd'hui? Il reste le décor, que saccagent les gnomes, avec leurs zones pavillonnaires, leurs centres commerciaux, leurs éoliennes et leurs panneaux solaires. Si je compare, en outre, cette France avec celle du Moyen-Age, il m'apparaît que ce n'est plus le même peuple, et cela en dehors du métissage imposé par nos satrapes, qui la rendra totalement méconnaissable, c'est d'ailleurs le but de l'opération. Je regarde ces merveilles, ce sens inné de la beauté, de la noblesse, de l'équilibre, de l'harmonie: les gens qui produisaient cela n'ont vraiment pas grand chose à voir avec leurs descendants, qui ne produisent plus rien, avec les planteurs d'éoliennes et les vitrificateurs de forêts, les bétonneurs de terres agricoles, les massacreurs de troupeaux, les déconstructeurs de chefs d'oeuvre, les profanateurs de cathédrales, les violeurs d'enfants et les scieurs de croix. Dans le cas des Russes, le monde normal n'est pas si loin, mais leur révolution a quand même filé un fameux coup de hache sur les racines de leur arbre. 

Le lychage médiatique de la sympathique Xénia Fedorova me soulève le coeur. Régis de Castelnau dit à peu près tout ce qu'il faut en penser, mais quelles que soient les raisons mafieuses de ce règlement de compte, on ne peut y assister sans nausée, et l'on comprend comment ont pu se produire ceux de la Terreur et de la Libération, en un mot, fuyons cette société infréquentable, ce sabbat de sorcières.

https://regisdecastelnau.substack.com/p/la-caste-se-moque-bien-de-xenia-fedorova

Pour ceux qui sont curieux de nature, une vidéo tres instructive sur la guerre en Ukraine, ses causes, l’état d’esprit des Russes, du gouvernement russe et les possibles développement de l’affaire. Si une partie des francais a pris conscience de la realité, ils sont encore trop nombreux a crier bien fait quand les ukrainiens, selon une habitude deja ancienne, s’en prennent aux civils, car evidemment, avant l’opération spéciale, leur presse ne leur disait rien de ce qui se passait, et depuis l’opération spéciale, manie systématiquement l’inversion accusatoire. J’éprouve pour ces Francais-là un degout inexprimable. Et plus ils sont diplomés et théoriquement instruits, plus ils me dégoutent. Parce que leur esprit partisan démonise tout ce qui n’entre pas dans les catégories de leur secte. Le meme genre d’abrutis s’écriait, dans ma fac des années 70, que la fleur de l’intelligentsia russe massacrée par les bolcheviques était un tas d’inutiles. 


Mais sous les gros nuages sifflent des merles enivrés, extatiques. Le vent soupire les mots que comprennent les anges. La nuit les rossignols déroulent leurs roulades dans l’ombre translucide que tend quelques heures l’approche du solstice. Er la pluie intermittente et lustrale chasse loin d’ici les motos importunes.

Vigie

 

La boue se mêle au sang dans la mer ténébreuse

Qui m’apporte au matin toujours plus d’immondices,

Des nuées de démons en tournoyant se hissent

Au zénith éventré des échappées trompeuses.

 

Des fous gueulant, hurlant vont, titubants, noirâtres,

Crochus et claudicants, l’œil torve et vitreux,

Danser au gai pipeau de la mort marâtre,

Martelant les slogans que dictent de faux dieux.

 

Pourquoi,sous des haillons, cacher l’or de ton âme

A l’écart de la foule aveugle et ramollie,

Toi qui vois et comprends dans quel cloaque infâme

On la brasse et la noie, consentante, abrutie ?

 

Car elle n’entend plus, le fracas est trop grand,

Trop loin le bord certain de son digne passé,

Trop ardu le retour, le salut trop risqué,

Trop profond le sommeil, dans les draps de Satan.

 

Et tu restes pendue sur la falaise noire

A briller solitaire dans la brume et le froid,

Et volent quelquefois vers ta discrète gloire

Une insulte égarée, une pierre, un crachat.

 

C’est le temps du silence où tout va s’accomplir,

Ou pour tous ceux d’en bas, qui ne t’entendent pas,

Parler ne sert de rien et moins encor mourir,

Regarde enfin là-haut ce qui descend vers toi.

 

Il te faut dévoiler ce qu’il reste d’éclat

A ton cœur trop marri, pour guider vers la foi

Celui qui, comme toi, s’affiche écartelé,

Ou guette dans la nuit un rayon oublié.

 

Et garder pour cela l’eau pure de ta vie,

Chanter clair jusqu’au bout dans la cacophonie,

Tendre à celui qui cherche à déployer ses ailes

La lumière qu’il faut à la quête éternelle.


lundi 1 juin 2026

Trinité

 Pour la Trinité, j'ai eu la visite d'Emmanuel Leroy, devenu André dans l'orthodoxie, et d'Ivan et Irina, nos amis communs. Ivan est un rapatrié, un Russe né en Belgique, dans l'émigration. Nous avons beaucoup discuté de la France, de la Russie. Nous avons loué un pédalo pour descendre la rivière et dériver sur le lac, sous de superbes nuages.



Pour les vigiles de la fête, je suis allée à la cathédrale me confesser au père Andreï. J'avais appris que la ville devait être entièrement bloquée par la marathon annuel qu'on avait eu la bonne idée de prévoir juste le jour de la Trinité. Le père Andreï me dit que non, finalement, on pourrait passer. Mais le lendemain, dès sept heures, toutes les issues sur la rue principale barrées. Je me suis arrêtée à l'église de la Protection. Le prêtre était très gentil, mais cette église est petite, bondée, et il n'y a pas moyen de s'asseoir, je ne tiens plus le coup, quand je reste tout le temps debout. Ivan, Irina et André étaient allés la veille au monastère de la Trinité-Saint-Daniel, que je leur avais conseillé, car il est très beau et c'était la fête votive, ils y sont retournés le matin, car a l’inverse des eglises du centre, il leur était accessible depuis leur hôtel. Nous avons fini par nous retrouver, le marathon fini, au cafe francais. Ivan avait deja mangé les croissants qu’il voulait emporter a Moscou, il a du en acheter d’autres. La conversation a repris sur la revolution francaise, la revolution russe, les facheuses consequences dans les deux pays, et la dimension métaphysique du conflit actuel. Je leur ai parlé de Moisseiev et de sa certitude que la Russie serait sauvée par l’incapacite des prédateurs transnationaux à s’entendre  pour en partager et gérer l’espace: ils se boufferont forcement entre eux. "Je pense, leur dis-je, que les Russes finiront par triompher car ceux qu’ils affrontent sont tellement ignobles que Dieu ne peut pas les laisser gagner. Cela dépasse toute discussion sur la qualité morale du gouvernement russe: quel qu’il soit, en face, ils sont infiniment pires. Leur victoire serait la fin de tout, le naufrage définitif de la vie sur terre."

Je prie pour que Dieu nous donne un patriarche comme le défunt Elie de Georgie ou son successeur, qui a le visage et le charisme d’un prélat mediéval. Je ne doute pas une minute que si la Géorgie a si bien su se tirer des pattes des malfaiteurs de l’UE, c’est aux prières d'Elie qu’elle le doit. Et à son rayonnement sur ses fidèles. Et aussi a ses traditions encore vivaces. Et puis à l'intercession de saint Gabriel, qui priait également beaucoup pour la Russie et doit continuer à le faire. La malheureuse Arménie est tombée, et pour mieux l’achever, son propre personnel politique aux ordres lui annonce qu’il faut l’inonder de migrants pour casser son homogenéite ethnique, c'est-a-dire effacer sa longue histoire, sa mémoire, sa culture originale et sa foi; et introduire un facteur de division et de trouble permanent. Après le genocide violent des Turcs, le génocide sournois des mafieux en col blanc. En Europe, le processus est en voie d’achèvement. Je regarde ces hordes de démons qui se déchaînent sur Paris et que dénoncent leurs correligionaires sensés avec consternation. Pas de tirs de LBD dans leur face, pas d'hélicoptères, de blindés ni de robocops  guidés par un préfet inflexible. Ca, c'est pour les paysans, les gilets jaunes, les franchouillards. Des importés de service, on s'occupera plus tard. Quand ils auront fait leur job et qu'ils deviendront gênants. La sottise de certains commentaires, l'infâmie des acteurs principaux me donnent vraiment envie de vomir. Facebook me fait l'effet d'un océan de boue dont chaque vague me couvre d'ordures. Glucksmann appelant à couper le micro de "la Russe Feodorova". Avec son expression répugnante, ses yeux faux qui semblent toujours exulter de la satisfaction mauvaise de tout le mal qu'il fait, et son impudence de malfrat, sûr de son impunité de principe. Feodorova est bien plus sympathique. La France d'aujourd'hui, les Démons de Dostoiveski, à côté, c'est la comtesse de Ségur. 

Sur la page de l'ambassade de Russie consacrée au bombardement ciblé et vicieux d'un dortoir d'adolescents près de Lougansk, j'ai écrit: "Mes condoléances. Avec vous de toute mon âme". Un troll ukrainien a répondu: "T'inquiète, ton âme, elle y sera bientôt, avec eux." Je lui ai répliqué: "Eh bien j'y serai toujours mieux qu'avec vous en enfer". Dans cette vie ou dans l'autre.

Au stade où nous en sommes, il ne reste plus qu'à prier.


vendredi 29 mai 2026

Tampon


Hier matin, je suis partie pour la corvée de première grandeur: aller faire tamponner mon nouveau passeport à Iaroslavl, dans un quartier paumé, à l'autre bout de la ville, qui est elle-même à 120 km de Pereslavl. La route est pénible, bourrée de camions, et il pleut par rafales entre deux éclaircies. Je me suis arrêtée pour boire un café devant la gigantesque raffinerie de pétrole que visent régulièrement les drones ukrotaniens, un truc fantasmagorique, une énorme accumulation de tuyaux qui dégagent une odeur d'essence latente, devant un ciel indigo, gorgé d'eau à en crever. A cause de cette raffinerie, internet marchait très mal, et forcément, mon navigateur aussi. Ce qui évidemment m'a causé de gros problèmes pour trouver l'impasse où était situé le centre de l'immigration, surtout avec la circulation sur le périphérique de la ville. J'ai du tourner au moins trois quarts d'heure avant d'enfin m'y engager. Puis il m'a fallu trouver le guichet ad hoc, indiqué par le sévère jeune homme préposé au bureau des renseignements. J'étais en avance d'une demie heure, j'avais fort heureusement compté large. J'étais la première à guetter l'ouverture de la porte. Derrière moi apparurent deux tadjiks, fort aimables. Ils arrivaient de Petrovskoïe, une bourgade à quarante kilomètres au nord de Pereslavl. Nous avons parlé visas, tampons, files d'attente, contretemps, enfin des discussions de migrants. Et voilà que, derrière mes pittoresques tadjiks, survient un couple distingué qui échange quelques mots d'anglais. Je m'enquiers de leur origine. Lui est effectivement anglais, d'un certain âge, David. Elle est russe, plus jeune, Polina. "Je suis française" leur dis-je. Ils sont ravis, ils adorent Pereslavl et y vont parfois, ils sont enchantés d'apprendre qu'y affluent des Anglais et des Suisses, toute une petite Europe qui se constitue dans l'oblast de Iaroslavl. Nous échangeons nos coordonnées, puis les tadjiks me font signe: c'est l'heure.

La pose du tampon a duré deux minutes, et pour ce précieux moment, j'ai fait cinq heures de bagnole aller et retour. Le couple anglo-russe me fait ses adieux avant de prendre ma suite, et Polina me serre dans ses bras. Au dehors, alors que je me livrais à de difficiles manoeuvres pour extraire ma voiture de l'impasse bondée, les tadjiks me demandent si je ne les ramènerais pas à Petrovskoie. "Pas de problèmes, montez."

Celui qui est installé près de moi me montre des photos de son bébé, de sa femme, dans le bouchon terrible où nous nous trouvons coincés. Puis, quand nous pouvons enfin rouler normalement sur la route de Yaroslavl, la "trace", sous des nuages tourmentés pleins de fulgurance et de rayons, qui nous balancent des trombes d'eau entre deux coups de vent, il m'explique qu'il aime beaucoup ce temps, que c'est idéal pour les chachliks, et puis c'est beau, c'est vert: "J'adore ce pays", me dit-il avec conviction. Chez lui, l'été, il peut faire jusqu'à cinquante huit degrés, rien que d'entendre ça, je me sens au bord de l'AVC... Il travaille tout le temps, et la veille, c'était la fête du mouton, de sorte qu'il n'a pas dormi depuis deux jours. "Tu vois, lui dit son copain, cette belle maison... Eh bien si on travaille beaucoup, on s'en fera une pareille". Ils ont tenu à me payer l'essence. "Mais j'ai fait le plein... Je ne sais pas, filez moi 500 roubles." Ils m'en ont viré 1500. "Tu as quel âge, grand-mère?

- Soixante-quatorze ans.

- Pas possible! Eh bien tu ne les fais pas! Je te souhaite de vivre encore de nombreuses années dans cet état là!"

J'étais bien heureuse d'enfin rallier le café français et la cuisse de canard confite du chef Frédéric. Le passeport durant dix ans, je suis tranquille pour un moment.

Mes Suisses ont du rentrer précipitemment, car on leur a fait un visa inadapté, qui cependant est valable, mais qu'on ne peut pas enregistrer ici. Avant leur départ, nous avions fait un saut à leur maison. Le type qui y travaille, jeune et du genre brutal, voulait les convaincre d'abattre les trois magnifiques bouleaux qui font tout le charme de l'espace herbu qui précède leur façade. Maintenant, dès qu'une maison change de propriétaire et qu'on y fait des travaux, il faut obligatoirement sacrifier tous les arbres pour mettre de stupides thuyas, de sorte que non seulement ils contruisent moche, mais en plus, ils détruisent la verdure attenante, bientôt ils planteront partout des arbres en plastique. Le même individu était aussi tout content de nous exhiber une momie de chat qu'il avait trouvé en vidant la grange, j'ai filé attendre dans la voiture, je dois être spéciale, mais je ressens toutes les atteintes à la vie, autour de moi, comme des blessures personnelles. Je répugne même à arracher les "mauvaises herbes", d'ailleurs, je mange beaucoup d'entre elles, mais les manger a une justification morale.

Pour oublier tout cela, me rincer l'oeil et l'âme, je suis allée faire un tour au bord du lac. Mis à part la lumière et la verdure luxuriante, on aurait pu se croire au mois d'octobre, il faisait un froid polaire, beaucoup de vent. Mais que c'était beau... Et pas de radios, pas de motos, juste le froissement des vagues, le cri des mouettes, des avalanches silencieuses et grandioses de nuages dans un abîme céleste  bleu foncé, et le lac sombre et brillant, froissé, verdâtre et violet, avec ses cargaisons de canards. 



Ce matin, j'ai regardé une interview de Pierre-Yves Rougeron qui vaut la peine d'être vue. Je ressentais chez lui une profonde et sincère douleur derrière ses formules percutantes et sa langue magnifique. Il a parlé de la haine des "élites" européennes, en particulier françaises, pour la Russie, et surtout, en fin de compte, pour leur propre pays. C'est-à-dire que la Russie leur sert à détruire la France, de même que l'Ukraine n'est à leurs yeux qu'un outil pour tenter de détruire la Russie, jusqu'au dernier Ukrainien, s'il le faut. Il considère que la Russie s'efforce de ne pas se laisser entraîner dans le piège de la guerre totale, après n'avoir pas pu éviter celui de l'intervention au Donbass qu'on a tout fait pour provoquer. Je suis complètement d'accord avec pratiquement tout ce qu'il dit sur la question. Et cela repose sur ce que j'ai observé depuis trois décennies au moins.






 

mardi 26 mai 2026

Nuages

 


Une amie, Alla, est venue me voir de Moscou, avec son compagnon et leurs petites chiennes, une vieille chihuahua et une vieille spitz. La princesse spitz avait l'air d'un pissenlit sur le point d'être soufflé. Ou d'un petit nuage souriant. Elle restait, toute contente, sur la terrasse, dans le fil du vent. 

Le compagnon d'Alla descend d'un officier du tsar qui a été fusillé par les soviétiques. Après quoi, sa femme italienne s'est pendue. Pas rancunier, il m'a chanté avec Alla les louanges de l'Union soviétique. Il m'a fait du bricolage. C'est un très gentil monsieur, il a du être beau garçon, il est encore pas mal.

Ensuite, ce sont mes amis suisses qui sont arrivés, ils m'ont apporté un exemplaire de mon "Album de famille", car pour cause de sanctions, les éditions du Net ne peuvent me l'envoyer directement. J'ai été satisfaite de la qualité de l'impression. J'ai laissé passer quelques coquilles, mais les photos rendent très bien, et j'avais peur que ce ne fût pas le cas. A ceux qui ont l'intention de le commander et de le lire, je demande d'y faire écho, de laisser une appréciation sur le site, le samizdat n'est pas une chose facile, mais je n'avais pas envie de perdre mon temps et mes nerfs à attendre les réponses d'éditeurs importants, surtout de nos jours. Le plus important, pour moi, était que ma tante eût son exemplaire entre les mains avant que ne se déchaînassent éventuellement des événements apocalyptiques, je m'attends désormais à tout. Elle m'a dit que l'ayant lu, elle le relisait; car elle n'avait pas le moral, et il lui avait apporté une bouffée d'oxygène, elle retrouvait sa jeunesse. Moi aussi, d'ailleurs. Comme s'il suffisait encore aujourd'hui, de monter dans un train pour aller voir mes grands-parents à Annonay ou de rejoindre maman dans son hôtel, et de retrouver l'odeur du café et des croissants frais, cela paraît tout-à-coup tellement récent, et c'est pourtant si irrémédiablement enfui...

Je disais à Olivia que je n'arrivais plus à lire. "Moi non plus. Mais je ne crois pas que ce soit l'âge. C'est le temps que nous vivons. Nous avons la tête pleine de tout ce qui se passe et qui pourrait se passer, et il n'y a plus de place pour grand chose d'autre. J'en éprouve une profonde lassitude intellectuelle et morale". 

Moi aussi. Et avec un grand dégoût. Et c'est grave, car cette place devrait être occupée par Dieu. 

A l'aube, je me suis traînée à l'église, la tête parfumée à l'eau de rose et les pieds à l'insecticide, pour cause de moustiques. Gilles dit que lorsque les moustiques arrivent tard, ils mettent les bouchées doubles, comme s'ils avaient des quotas à remplir...

Je supporte mieux les vigiles: le matin sans verre d'eau et sans café, je ne sais plus comment je m'appelle, il me faut deux heures de stagnation paisible avant de pouvoir à nouveau affronter la vie. Mais je ne regrette jamais l'effort que je fais, il se passe quelque chose avec mon coeur, quand je prends la communion, j'en retire une paix et une bienveillance qui, hélas, ne durent pas très longtemps, mais quand même. Au retour, pour ne pas me gâcher l'humeur, j'ai repris le fil du bricolage que m'imposent mes derniers travaux. J'ai décidé de transfigurer la table de cuisine de mon grand-père pour l'inclure dans la déco de ma petite véranda.

Dehors, c'est la froidure et de brusques coups de pluie torrentielle, jetés par de sompteux nuages, comme si défilaient de gigantesques prêtres célestes, aux chasubles gonflées par le vent, qui continuaient à nous asperger, après l'Ascension, de l'eau lustrale des processions de Pâques.




dimanche 24 mai 2026

Guerre aux enfants

 


Après le bombardement abject, par les ukrotaniens, d'un collège à Lougansk, soit d'adolescents entre 14 et 18 ans, on peut se demander s'il n'y a pas une étrange analogie entre cet acte de terrorisme abject et le bombardement d'une école de filles en Iran ou celui d'un lycée au sud Liban... non? Evidemment, j'ai mauvais esprit, je suis super complotiste, j'ai la manie des puzzles.

Des centaines d'abrutis se déchaînent avec une belle assurance justicière sur la page de l'Ambassade russe en France, et se réjouissent de l'assassinat de ces gamins alors qu'en fait, selon leur réthorique, ou plutôt celle de leurs journaux, ou de leurs employeurs quand ce sont des trolls, les victimes de ce coup d'éclat sont de jeunes "ukrainiens" "occupés" par les Russes. Ou bien? Ou bien en effet, ce sont des Russes. Et bien sûr qu'ils le sont, en tous cas pour les Ukrainiens et leurs sponsors, et même pour la plupart des habitants de l'oblast eux-mêmes. C'est pourquoi depuis 2014, depuis ce jour de juin où, comme me l'ont expliqué sur place les guides du Narodni Front, des avions ukrainiens sont brusquement venus bombarder l'administration de la ville et les maisons attenantes, (on n'a pas encore fini d'identifier et d'ensevelir dans les tombes du site mémorial que j'ai visité les cadavres des victimes enterrées alors en hâte dans une fosse commune), on peut les massacrer gaiment et ricaner. Comme on l'a fait quand on "grillait des doryphores" à la maison des Syndicats, à Odessa; quand on bombardait Donetsk; quand Porochenko annonçait que désormais les enfants des régions concernées vivraient dans des caves au lieu d'aller à l'école et que les vieux ne toucheraient plus de pensions. Quand on faisait en se poilant des cartons sur la babouchka sortie dans son potager, sur le facteur ou sur l'ambulance. Quand on provoquait sans cesse Moscou qui jamais ne se décidait à bouger. Et maintenant, tous ceux qui ne voulaient pas savoir, et ceux qui savaient très bien, persistent à jouer les indignés, à accuser les Russes de leurs propres crimes. Tout ceci est si répugnant qu'ainsi que le dit Slobodan Despot dans son briefing à propos d'autre chose, on a un goût de cendres dans la bouche et le désir de replier ses antennes pour ne plus entendre ces cris et ces grincements. 

Je trouve la parenté entre l'Ukraine, sinistre laboratoire de la future conféfération européenne mafieuse, et la France qui cavale devant ce projet, de plus en plus tragiquement visible. Je reconnais dans les glapissements de tricoteuses suscités par le drame de Lougansk le style des commentaires ignobles et stupides qu'on pouvait lire au moment du maïdan. Et je dois dire aux responsables ukrainiens et français de ces commentaires, que jamais je n'en ai lu d'équivalents chez les Russes à leur sujet. Personne ne se réjouit autour de moi de voir mourir les Ukrainiens, de les voir enlever dans la rue par des brutes qui les envoient sur le front. Personne ne se réjouit non plus des malheurs des Français, personne ne nous ostracise et nous insulte ici, ou ne nous met en prison sous de faux prétextes, comme Anna Novikova. Personne ne vomit de crapauds et de vipères avec de la bave et de la bile. Les gens en ont assez, ils pensent de plus en plus, comme le père Andreï Tkatchev, que même si nous avons tous là-bas de saintes reliques et des trésors culturels qui nous sont chers, tout ceci est si profané et déshonoré qu'on ne peut plus que s'en détourner comme de Sodome et Gomorrhe, et partir. Comme il l'a fait, et comme je l'ai fait moi-même. Ils se demandent aussi ce qu'attend leur gouvernement pour rendre la pareille et mettre un terme à tout cela. Sans doute que Sodome et Gomorrhe se noient dans leur propre pus. Mais ce pus déborde de partout, partout on voit la même infamie, les mêmes inversions accusatoires, les mêmes atrocités contre les populations civiles et les prisonniers, les mêmes calomnies pour justifier des méthodes de bandits, la même impudence de malfrats. C'est une infection quasi planétaire. Le bal des vampires mené par des vieillards putréfiés, des violeurs et des assassins d'enfants, des félons cauteleux choisis sur casting, des créatures des ténèbres qui haïssent toute espèce de vie, et toute espèce de noblesse, de spiritualité ou de beauté, génocidaires frénétiques, maquereaux supranationaux, escrocs tentaculaires. Ils assènent leurs mensonges comme des mantras, et combien d'imbéciles les reprennent sans rien savoir? Car je suis tout ce qu'il y a de plus affirmative: on vous ment dans les grandes largeurs, et depuis longtemps, cela fait bien trente ans que je l'observe. Ce qui ne veut pas dire que je suis en tous points d'accord avec la Russie ou que je ne trouve rien à redire à ce qui s'y passe. Mais là où l'on ment, je soutiens la vérité. Et là où l'on tue et calomnie, je suis du côté des victimes. Ce qui ne me rapporte strictement rien. Ce genre de position est rarement rentable en ce monde.

Ainsi, anticommuniste, j'en suis venue à soutenir le Donbass traditionnellement rouge (bien que cette couleur n'y soit pas uniforme) tant me dégôute la politique occidentale et le sort fait aux braves gens de ces territoires, dans l'ensemble honnêtes et normaux, par des mafias sans conscience et les crétins délirants de haine qu'elles ont dressés contre eux comme des pitbulls, selon la vieille technique du bouc émissaire: c'est la faute des Russes. Tout est de la faute des Russes. Sans les Russes, nous pèterions tous dans la soie au paradis des droits de l'homme et des slips en dentelle. Les Russes sont méchants parce qu'ils sont communistes. Mais d'une part les Russes sont loin d'être tous communistes, on n'est plus dans les années trente; et d'autre part, au départ de cette aventure, les communistes n'étaient pas tellement russes et toutes les nationalités de l'empire des tsars ont été impliquées dans les crimes ultérieurs. Ceux qui connaissent un peu la question savent même que les Russes, au sein de l'URSS, étaient loin d'être les plus avantagés. Cependant, on réécrit frénétiquement l'histoire, et si les Russes, par réaction, blanchissent les rouges, les étoiles jaunes ou blanches, sur quelque drapeau qu'elles figurent, lessivent discrètement et activement les verts de gris quand ça les arrange. Je vois tout cela arriver depuis un bon moment, depuis les émissions d'euronews dans les années 2000 que je regardais à Moscou, en m'étonnant que l'on traquât les quenelles de Dieudonné chez nous, tandis que les monuments élévés dans les pays baltes à la Waffen SS ne suscitaient aucune protestation. De sorte que je suis devenue ce pour quoi j'avais au départ des dispositions: complètement anarchiste.

De même, car je devine à présent de profondes corrélations entre la Palestine, l'Iran, le Liban et le Donbass, si je suis réfractaire à l'islam, si l'islam représente pour moi une civilisation complètement antagoniste, si toute ma sympathie va à Constantinople et aux Balkans plutôt qu'aux Turcs, si je considère toute la politique migratoire de l'UE comme criminelle et mortifère pour les populations qui en habitaient le territoire depuis des millénaires, je ne peux approuver ce qui a été commis en Irak, en Lybie, en Syrie, en Palestine, au Liban, en Iran. Je ne crois pas que si nos églises brûlent, si nos villes et nos villages deviennent des coupe-gorges, si des attentats atroces sont perpétrés de temps à autre, on puisse en accuser systématiquement les musulmans. Tout cela est encouragé, tout cela est organisé, les gens qui manipulent les uns et les autres ne sont ni musulmans, ni chrétiens. Et même pas forcément "sionistes", ou pas exclusivement. Ce sont des extraterrestres. Non qu'ils viennent d'une autre planète, ne ricanez pas trop vite. Ils sont juste étrangers à la nôtre, étranger à la vie, hostiles à la vie, ils ont la passion de la mort, c'est-à-dire du pouvoir et de l'argent, et du crime. Et ils nous déracinent tous, pour mieux nous contrôler, et nous faire massivement disparaître.

Bien entendu, il y a des Français sympathiques et lucides, et ils commentent aussi, mais quand même, j'ai souvent un sentiment de honte, de douleur et de profond découragement devant la sottise et l'ignorance péremptoire d'une bonne partie de mes compatriotes. Je crois que pour l'Europe en général et la France en particulier, les carottes sont cuites. Les autochtones deviennent non seulement étrangers dans leur propre pays mais étrangers à eux-mêmes. Ils détestent tout ce qui a précédé je ne dirais pas la révolution de 1789, cela va de soi, mais même mai 68. Ils ne savent plus qui ils sont ni d'où ils viennent et ne vont plus nulle part. Au fond je l'ai su quand j'ai vu brûler Notre Dame. J'ai su que c'était foutu. Quand j'ai vu arriver Macron au pouvoir, avec sa tête de traître de mélodrame, et quand Notre-Dame a brûlé. La pose des vitraux imposés par cette créature des ténèbres est en quelque sorte le sceau du diable aposé sur la France. Ces vitraux, outre les fâcheuses correspondances qu'on leur prête, sont avant tout vulgaires, plats, du niveau d'une bande dessinée de seconde zone et surtout absolument dépourvus de la moindre spiritualité. Les gens les critiquent beaucoup à juste titre. Mais l'archevêque de Paris les a approuvés, et beaucoup de malheureux cathos proclament que c'est bien , c'est nouveau, l'Eglise est vivante... Ils sont prêts à introduire n'importe quoi dans leurs lieux de culte qui ressemblent de plus en plus à des maisons de la Jeunesse et de la Culture avec un gentil moniteur.

lundi 18 mai 2026

Une belle journée




J'ai pu aujourd'hui assister à une fête que j'adore, et que j'ai laissé passer deux ou trois ans de suite, la procession sur les eaux du sixième dimanche de Pâques. Auparavant, je suis allée pour la liturgie à l'église du Signe, parce que Katia devait m'accompagner, et nous avons déjeuné ensemble au café français. La veille, elle avait tenté avec moi l'escabèche de poisson, et je lui avais dit: "Voyez, Katia, je pense, en dégustant ce moment de gastronomie française dans notre agréable café, à tous mes compatriotes convaincus que nous vivons dans une dictature effroyable, où l'on meurt de faim avec un tchékiste planqué derrière chaque arbre."

Au reste, cela ne signifie pas qu'ici tout soit parfait, comme je l'ai maintes fois exprimé... Justement, j'ai eu le temps de lire en partie ce matin l'Antipresse, où Jean-Marc Bovy écrit que Soral ne trouvera pas forcément ici la liberté d'expression qu'il y cherche. A mon avis, Soral n'avait guère le choix, et dans les circonstances, il en trouvera toujours plus qu'en France ou en Suisse. Bien sûr qu'il y a des choses qu'il vaut sans doute mieux ne pas dire, surtout en temps de guerre, ce que je sens obscurément, mais en fin de compte, j'aimerais qu'on me citât un pays soi-disant démocratique où l'on n'ai pas un jour ou l'autre éliminé ou écarté un personnage particulièrement gênant. Les assassinats politiques et même politico-mafieux sont fréquents aux USA, à commencer par le président Kennedy. En France, on vient d'avoir toute une série de "suicidés", sans parler des intellectuels, artistes et politologues vilipendés, persécutés, privés d'accès à leurs comptes bancaires, emprisonnés, contraints à l'exil...

Le point de rassemblement de la procession était l'éléphant rose placé non loin du café. J'avais peur de ne pas pouvoir suivre, mais à peu près à mi-chemin, là où l'évêque embarquait dans sa magnifique barque scandinave avec le clergé local et le choeur de la cathédrale, Katia a pris à l'abordage le canot du cosaque Dmitri Troukhatchov, qui faisait le service d'ordre avec ses fils, et nous a laissé monter. Nous avions avec nous Ira, la veuve du cosaque Boris. 

Nous avons gagné l'embouchure, au son des cloches, sous un ciel d'azur où glissaient des nuages sur la pointe des ailes. Il faisait chaud, mais le vent doux et léger, et les embruns nous rafraichissaient. J'ai vu passer ma voisine Ania, qui me faisait de grands signes, et beaucoup d'autres connaissances et tout le monde se saluait joyeusement; "Christ est ressuscité!

- En vérité, Il est ressuscité!"




Partout claquaient des drapeaux, des bannières, celle du Christ "non fait de main d'homme", sur fond rouge, qu'a conçu autrefois Moïsseïev pour le Donbass, on voyait glisser sur des barques des femmes orthodoxes en fichu avec de longues robes, des touristes débraillées avec des lunettes noires, des cadets et des cosaques en uniforme, et tout cela tournait sur les vagues miroitantes, autour de l'embarcation de l'évêque Théoctyste qui bénissait les eaux et en aspergeait tous ceux qui passaient à sa portée, sur le fond de la belle église des Quarante Martyrs de Sébaste, giclante de grands rayons. Tout le monde riait, se saluait de la main, criait les félicitations pascales pour la dernière fois de l'année, et je baignais dans un tel innocent bonheur d'exister, que je m'attendais à m'élever au-dessus de tout cela comme une mongolfière, et que j'ai pensé: "Si des drones venaient nous attaquer, je mourrais après avoir connu l'un des moments les plus lumineux de ma vie". Or quand je suis rentrée, j'ai vu que les drones avaient justement attaqué massivement plusieurs villes en Russie, ils auraient très bien pu se jeter sur notre merveilleuse fête annuelle, et ceux qui les guident ont même une prédilection particulière pour ce genre de vilenie, et ce depuis bien longtemps. Mais Dieu a encore protégé Pereslavl, comme il l'avait fait au Moyen-Age, quand la princesse Eudoxie, ses enfants et la population de la ville s'étaient réfugiés sur le lac, dans le brouillard, pour échapper aux Mongols.



La veille, j'avais confié au jeune père Alexis que les infos me rendaient malade, et que j'avais pourtant du mal à m'en arracher, la fascination du gouffre... Mais en faisant la cuisine, le soir, je me suis mise à prier, et j'ai ressenti une espèce de joie pleine de larmes, et puis Dieu m'a fait, le lendemain, cadeau de cette journée sur le lac, avec le petit peuple de Pereslavl, notre évêque et son clergé, les vagues sous le grand ciel. Puis je suis restée sur ma terrasse, sans moustiques, sans radio, je me suis entraînée à jouer des gousli, avec tous les animaux autour de moi, les feuillages tendres et phosphorescents qui ruisselaient au vent, et je bénissais le Ciel, je sentais que ce jour était une victoire sur toutes les forces ténébreuses déchaînées, une petite victoire que personne ne pouvait remarquer à part moi, à ce moment précis, car c'était à moi qu'elle était donnée. Mais elle participait d'une victoire générale, elle en était la promesse, la promesse de la victoire finale de la beauté et de la vie sur la laideur mortifère, de l'amour sur la cruauté et la fourberie, de la vérité sur le mensonge et l'imposture. Peut-être pourtant que cette journée, que j'ai passée dans la lumière et la joie et qui, pour d'autres, a été un moment de terreur et de deuil, à Moscou ou à Riazan, restera celle où, historiquement, la troisième guerre mondiale qui ne dit pas son nom a finalement tombé le masque.

Ira et Katia








La barque de la voisine Ania


Les photos de l'éparchie de Pereslavl (le père Serge) sont bien meilleures que les miennes:







la barque du clergé




Le père Vassili et l'un de ses enfants

Notre canot