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dimanche 3 mai 2026

Conversation

 


La belle saison arrive d’un seul coup. Je passe d’un jour à l’autre des après-skis aux sandales. Les arbres verdissent à vue d’œil, les oiseaux chantent de toutes parts, une compagnie de canards me survole en trompettant. L’air est doux, glissant, soyeux sous un ciel calme. Tant de paix à l’issue d’un hiver si long et si rude, c’est comme l’ouverture des portes célestes devant un martyr exténué.

Il y a quelques jours, le temps commençant à s’adoucir, j’ai voulu aller faire un tour dans le marécage avec Nini ; mais sur la côte qui mène à la chapelle, la voilà qui vomit et se met à chanceler. Nous sommes redescendues vers la maison, et à mi-chemin, j’ai du la porter jusqu’à ma voiture puis l’emmener chez le vétérinaire. Celle-ci est compétente, et elle aime les animaux mais elle m’engueule comme du poisson pourri. Nini a fait un AVC, elle n’a pas sept ou huit ans, mais probablement onze, elle m’a donné tout un tas de médicaments très difficiles à doser et administrer et peu d’espoir. Mais Nini s’accroche, elle a fait quelques progrès, elle est bien sûr incapable de courir et de bondir comme elle l’avait fait la veille de l’évènement, on dirait un vieux jouet cassé, et elle est quasiment aveugle. Tout cela est si soudain, et elle était si heureuse de sa vie ici.... Elle me suit partout, quel que soit son état.

Juste avant...


Je me suis rendue à l’anniversaire de Vladimir, à Dobrilovo. Il y avait tous leurs amis, et l’évêque Anatoli. Il parle beaucoup et semble dire des choses fort intéressantes, mais je le comprends mal, d’ailleurs j’étais très fatiguée, je m’endormais à table. Dans ce que j’ai saisi, il y avait ceci : « Quand on est jeune, on a des désirs, des rêves, des projets, et quand on est vieux, on n’a plus que la vie, et on s’en contente, on la savoure, on la contemple, on apprécie chaque nuance de la lumière, chaque chant d’oiseau, chaque signe du cosmos, et plus fondamentalement, on a besoin de simplement converser en silence avec son Créateur. » C'est exactement ce qui se produit avec moi et, d’une façon inversement proportionnelle, je supporte mal ce qui trouble cette conversation, et je suis vite fatiguée des discussions humaines, surtout quand elles se traduisent par un bavardage vain et torrentiel. Mes yeux se portent vers l’horizon, les nuages, l’arbre le plus proche, un vol de mouettes. D’après l’évêque Anatoli, c’est donc une façon de communiquer avec le Créateur, c’est-à-dire de prier, et j’en suis contente, car je pratique cela à hautes doses, pour moi, c’est ce qu’on peut aussi appeler la poésie. Il a ajouté que réciter la liste de ses péchés en confession était moins important que d’évaluer à quel degré on a su mettre son âme en conformité avec le Créateur, si nous sommes compatibles avec Lui, et c’est également ce que je ressens. Mais certains prêtres exigent qu’on se gratte la conscience jusqu’au sang, de sorte que les bonnes femmes éduquées par eux occupent chacune leur confesseur pendant une demie heure, lors même qu’elles se confessent et communient tous les dimanches et parfois en semaine.

Ce matin, je n’ai retenu le père Alexis que deux minutes, il m’a demandé : « Vous allez communier ? » et son visage habituellement impassible s’est éclairé brièvement d’une telle douceur que j’en suis restée interdite. Se posant sur ma tête, sa main m’a envoyé une véritable décharge de grâce.

Après la liturgie, je suis allée au marché, dans l’espoir d'acheter trois pétunias pour ma terrasse, c’est encore un peu tôt, il neigeait la semaine dernière, mais j’en ai quand même trouvé. J’ai passé la journée dehors ç faire ce que préconise l'évêque Anatoli, et ce qui m’a fait rentrer, ce n’étaient pas encore les moustiques, qui ne vont pas tarder à apparaître, c’était l’affreux boum-boum de quelque nouveau blaireau du voisinage aux neurones depuis longtemps détruit par ce pilonage de décibels, profondément nuisible à la nature entière.

Une nouvelle m’a fait plaisir, et il conviendra naturellement de le confesser la prochaine fois, c’est celle de la mort brutale, mystérieuse et opportune du principal responsable des massacres de troupeaux en Sibérie. On peut imaginer, quand on a mauvais esprit, qu’au sommet, quelque part près du soleil, comme dirait Dieudonné, on n’était pas d’accord avec cet immonde méfait et qu’on y a mis bon ordre avant que le mécontentement ne prenne des proportions incontrôlables. Ce genre d'accident ne risque pas d'arriver, en France, aux sinistres individus qui détruisent la petite paysannerie à travers ses animaux. C'est la symphonie totale entre la mafia supranationale et ses divers laquais, aucune divergence salutaire.

lundi 27 avril 2026

Optimisme

 


A Moscou, j'ai assisté à la réunion de Xavier Moreau qui lançait sa candidature aux élections consulaires, avec une conférence de Nikola Mirkovic, qui nous incitait à faire preuve d'un patriotisme optimiste, mais le monsieur qui était assis à côté de moi, un catho tradi, ne semblait pas très convaincu. Moi, c'était pour prendre une dose d'optimisme que j'étais venue, mais je commence aussi à avoir parfois du mal à en faire preuve. J'ai dit à Xavier Moreau que je voterai pour lui rien que pour emmerder le gouvernement. Il m'a répondu que je ne serais pas déçue car son intention était de le faire dans les grandes largeurs.

La petite-fille du père Valentin, Zina, m'a invitée à la représentation théâtrale de son école orthodoxe, et bien sûr, je ne pouvais pas refuser, bien que la chose ne me tentât pas du tout. Difficile de dire à une enfant qu'on ne veut pas voir sa prestation préparée tout au long de l'année, mais ce genre d'événement est souvent profondément ennuyeux quand on n'est pas directement concerné. Cependant, je n'ai vraiment pas regretté d'avoir fait l'effort, car j'ai été subjuguée par la qualité du spectacle et de l'interprétation, par l'inventivité, l'humour et la poésie des costumes, l'entrain des danses, la spontanéité, la joie, le naturel des petits et des jeunes acteurs, leur fraîcheur, leur grâce slave elfique. Il s'agissait du voyage de Nils Holgeirson, livre dont j'avais raffolé à leur âge. Les oies sauvages se reconnaissaient à leurs casques d'aviateurs et à leurs grands pieds palmés! Je songeais qu'il était bien agréable de voir un Nils scandinave crédible, et non un Kirikou déplacé dans le contexte. Je ne doute pas qu'avoir participé à cette merveilleuse expérience laissera à tous ces enfants une trace positive profonde. 

Le matin de mon départ, j'ai été rejointe par une Belge émigrée en Biélorussie, où vit son mari russe, Patricia. Elle joue aussi des gousli, et le premier jour, a pu la faire sur ma terrasse, malgré un vent glacial, car il y avait encore du soleil. Mais ensuite, le temps s'est tellement gâté, qu'elle a décidé de rentrer chez elle, car nous ne pouvions rien faire, pas de visites possibles sous des trombes d'eau et de neige fondue. Nous sommes allées à un concert au bar du café, c'était Génia le balaliker, avec un autre virtuose de la balalaïka, ils ont commencé par des oeuvres de musique baroque pour montrer qu'on pouvait jouer n'importe quoi sur leur petit instrument populaire, puis des airs traditionnels, puis ce qu'ils improvisent sur des airs traditionnels, et c'est devenu complètement magique, l'équipier de Génia entrait en transes, j'étais fascinée par ses mains agiles, les sons incroyables qu'il obtenait, sa fusion organique avec la balalaïka, et les abîmes cosmiques dans lesquels nous projetaient ces deux types. Ce n'était pas du folklore interprété, modernisé, vulgarisé, trahi, c'était du folklore intériorisé qui trouvait sa prolongation contemporaine naturelle dans le jeu de ces deux garçons habités par lui, nés dans un milieu urbain, dans une époque désaxée, mais fécondés par toute la paysannerie qui les avait précédés. J'ai trouvé ma dose d'optimisme dans ces deux moments, le spectacle des enfants à l'école orthodoxe, le concert confidentiel des deux génies de la balalaïka dans le sous-sol voûté du café: c'était de l'eau vive, une résurgence, le fil frais et vivifiant de l'Esprit qui souffle où il veut.

Le lendemain, j'ai bravé les éléments, avec Patricia, pour aller à l'église à l'aube. Valérie nous a ensuite rejointes depuis Serguiev Possad, mais à cause du mauvais temps, elles sont parties aujourd'hui ensemble, craignant que leur bus ne soit pris dans la tourmente: tempête de neige toute la journée, des flaques d'eau glaciale, presque gelées, j'ai dû aller à nouveau nourrir les oiseaux...


samedi 25 avril 2026

ALBUM DE FAMILLE

 Les Éditions du Net vous présentent




Résumé de l’ouvrage

Il n’y a plus de place dans ce monde pour les personnes sages et sensibles de bonne race. La France des filles Pleynet et de leurs lignées d’ancêtres, la France de la civilisation française est révolue, c’est avec cette prise de conscience que Laurence a pu entamer son exil russe. Les institutions s’effondrent, le savoir se dissipe, le paysage s’enlaidit, la masse s’abrutit et le pouvoir s’encanaille.

C’est de tout cela, au fil du journal de maison, que parle ce livre. Celle qui l’écrit est un clairon de la fin des temps, une hirondelle d’apocalypse. Ce qui ne veut pas dire que « tout est foutu », mais que tout change et que tout se révèle à un point que nos anciens n’auraient jamais soupçonné. Je ne crois pas forcer le trait ni trahir l’esprit de ce livre en disant qu’il n’est pas fait pour tout le monde. Les huissiers de la « normalité », les chérisseurs d’illusions, les derniers progressistes et les optimistes de fonction peuvent passer leur chemin. Qu’ils sortent de ce lieu, qu’aucun d’eux ne reste. Ceux qui poursuivront cette lecture consentiront à être hantés durablement par la nostalgie et le chagrin de la solitude. Nous sommes les derniers surgeons de notre sang, raréfiés, dispersés, attendant sur un quai crépusculaire - comme les Elfes de Tolkien - les ultimes barques qui nous emmèneront vers l’autre rive, au Couchant, où nous attendent ceux à qui nous sommes liés par un amour ignorant la mort, ce tissu incompréhensible pour le monde qui nous entoure.

Slobodan Despot.

Descriptif technique

Format : 150 x 230 mm

Pagination : 522 pages

ISBN : 978-2-312-15930-0

Publié le 22-04-2026 par Les Éditions du Net

GENCOD : 3019000006902

Prix de vente public : 29 € TTC


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Auprès de l’éditeur : www.leseditionsdunet.com

Sur les sites Internet : Amazon.fr, Chapitre.com, Fnac.com, etc.

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Les Éditions du Net

126, rue du Landy - 93400 St Ouen

Tel : 01 41 02 06 62 - Fax : 01 41 02 02 63

lundi 20 avril 2026

Enfer

 

Cela recommence, avec les éleveurs, dont on vaccine les vaches de force, avec Dieu sait quelle saloperie. Une éleveuse s’était même enfuie dans la campagne avec son troupeau, mais on l’a rattrapée, on a endormi vaches et petits veaux nouveau-nés à la seringue hypodermique pour leur injecter une merde et faciliter la disparition de nos animaux de qualité, de notre agriculture équilibrée et normale, des petites exploitations humaines. La mafia à l’œuvre. Je regardais l’horrible vétérinaire requise par l’ignoble préfet, s’acquitter de son sale travail avec un sourire insolent et sadique, pendant que l’éleveuse pleurait. Une jeune femme qui fait beaucoup de vidéos révoltées sur le sujet s’est vu fermer tous ses comptes et confisquer  ses économies. Elle assistait à cette ignominie et essayait de parler à la flicaille, de faire appel à ses sentiments et à son honneur, quelle naïveté ! L’avocate des éleveurs tentait de s’interposer, personne n’en avait rien à foutre, la loi du plus fort, imposée par de sinistres cognes, qui, demain, agiront avec n'importe lesquels de leurs concitoyens de la même manière brutale et dénuée de la moindre empathie. On pourrait penser que ce sont des étrangers, des Ukrainiens, par exemple, car Macron en a recruté pour la gendarmerie. Mais non. J’ai vu ce matin la liste de ces heros, publiée sur Facebook, et avant même que je n’eusse commenté, le truc avait disparu, censure rapide comme l'éclair. Mais j’avais eu celui de voir que tous ces noms étaient bien français. J’ai pris flics et préfets en telle aversion que je ne manque jamais de les mettre plus bas que terre dans les commentaires, et qu’on ne vienne pas me dire qu’ils exécutent les ordres. Des ordres pareils ne devraient pas être exécutés. Des gens qui ont du cœur et de l’honneur ne peuvent pas faire cela; j'aurais un de ces sales types dans ma famille que je lui cracherais à la gueule et ne le reverrais pas de ma vie. Et que dire des vétérinaires qui s’associent à ce méfait ? Cette grosse truie ricanante au milieu de sa flicaille mécanique au front bas et au regard de veau en gelée ? La France est en enfer, au milieu des démons. 

Dans une courte vidéo, un intellectuel expliquait que nous entrions en tyrannie. « La tyrannie, disait-il, est confortable, car elle nous évite de faire des choix, ce qui est toujours difficile. De plus, elle se nourrit en France de la complaisance de ceux qui envient leur voisin et sont ravis de le voir persécuté. » Les Irlandais, peuple héroïque et soudé, ont compris qu’il en allait de leur survie et se soulèvent comme un seul homme, jusqu’aux flics et à l’armée. Et chez nous ? Je me souviens d’une vidéo, au moment du covid et du confinement, où des gens, dont les fenêtres donnaient sur une église, s’écriaient avec des hululements de tricoteuses : « Regardez, regardez, ils vont à leur messe ! Appelez la police ! »

Ensuite, j’ai vu un paysan déclarer : « Arrêtez de faire les malins sur les réseaux, d’expliquer, prier et pleurer, vous ne voyez pas à qui vous avez affaire ? Vous ne voyez pas que vous êtes en dictature ? Organisez-vous en secret et en silence, entre vous. Les gens qui sont à des centaines de kilomètres ne peuvent pas nous aider ».

Le problème est que beaucoup de Français honnêtes refusent absolument d’envisager que les monstres en costar et tailleur Chanel, sont ce qu’ils sont : des ordures qui nous veulent la peau, servis par des sbires que rien n’émeut ni n’arrête. Je suppose que c’était aussi le problème du Russe normal au moment de la révolution d’octobre. Quand il allait protester contre la fermeture des églises, il ne s'attendait vraiment pas à se faire mitrailler, car les gens normaux ne font pas des choses pareilles. Mais cela va venir, cela vient déjà, chers Français. Ce qu'on fait aux éleveurs et à leurs bêtes, on vous le fera demain, on vous l'a déjà fait avec le vaccin de merde, avec vos enfants baillonnés et isolés du matin au soir, soumis à une déconstruction totale de leur personnalité par des écoles dévoyées.

Je pensais à mon beau-père, qui dormait avec son fusil sous son lit . A mon avis, aujourd’hui, il aurait pris le maquis avec son arme et ses bêtes. Et je lui aurais passé les cartouches. Le paysan d’autrefois ne se laissait pas faire, il ne s’en laissait pas conter.

Ce qui me glace le sang, c’est que la même chose se produise en Sibérie, on a l’impression que nous sommes tous partout assiégés par le même mal démesuré, déchaîné et infatigable, qui se nourrit de la complicité des imbéciles. Et si la majorité des commentaires, sous les publications qui exposent ces événements, font preuve d'empathie et d'indignation, il y a encore suffisemment de petits Dupont la Joie qui se prennent pour des penseurs parce qu'ils lisent la bonne presse et regardent les bonnes émissions. L'éleveuse maltraitée par la flicaille suscite leur joie mauvaise, ils lui conseillent de changer de métier, de respecter la loi, se gaussent des "complotistes" qui "ne s'informent pas". Eux "s'informent". Ils se font siphoner la cervelle par des nuisibles qui leur expliquent à quel point,  en écoutant leurs salades, ils se montrent plus intelligents que le vulgum pecus que nous sommes. Je les vois, depuis au moins l'infâme désinformation sur le Donbass, se rengorger et faire la leçon sur des sujets dont, complètement intoxiqués par la propagande et leur suffisance, ils ne savent et comprennent absolument rien.

La Semaine lumineuse a pris fin. Je suis allée hier aux vigiles, je me suis confessée à l’évêque. Je lui ai dit que j’étais tellement malade au vu de ce que le gouvernement inflige, chez nous, aux paysans que je souhaitais les pires maux à toute cette clique et la maudissais de toutes les manières. « Je vois mourir ma civilisation avec moi, je vois profaner tout ce que j’ai aimé et respecté par des gnomes, et ce n’est pas facile à vivre.

- Je comprends, m’a-t-il dit, eh bien nous allons prier pour vous ».

La Semaine lumineuse a pris fin. Ce matin, à la liturgie de l’aube, j'étais appaisée. Pour une fois, je reçois plus de grâce après Pâques que pendant la Semaine sainte. Je me sentais déborder d’amour pour le père Andreï et toutes les personnes présentes, tout me paraissait d’une étrange et chaude splendeur, dans cette église pourtant bien déshéritée, je songeais : « Un jour prochain, tout ce qu’il nous restera de beau dans le monde, ce sera les icônes dans nos églises. »

 Le père est sorti du sanctuaire, juste avant la communion, pour engueuler son sacristain : « Vitali, mon cher, j’entends chaque mot que tu dis depuis l’autel, qu’est-ce qui te prend de bavarder comme ça ? Je sais que c’est toi qui fais le ménage ici et que tu t’y sens chez toi, mais c’est quand même avant tout la maison de Dieu ! » Vitali était extrêmement confus, souriait humblement, et moi j’étais confuse pour lui, bien que le père Andreï ne lui eût pas parlé méchamment, je souffrais pour lui. Je ne sais pas si Vitali l’a senti, mais à la fin de l’office, il m’a donné une prosphore.

Après les vigiles, j’étais passée au bar du café ou l’on donnait un concert de jazz. En fait, je me fichais du programme, je n'avais juste rien à manger chez moi, une faim de loup et envie d'une pizza aux trois fromages... Mais le concert était très bien, une femme et un jeune homme, elle jouait du piano, lui du saxo, et il chantait aussi, il improvisait. Une partie des compositions était inspirée par des chansons françaises des années cinquante et je me suis mise à pleurer, Rita sur les genoux, dans l'obscurité propice aux débordements émotifs silencieux. Parce que je voyais Pierrelatte, Annonay et même Cavillargues, le mistral et la lumière, les coquelicots, la cour de la Surelle au moment des apéritifs sous les platanes, Pedro gardant ses moutons, mes tantes sur les chaises longues de l'Armençon, la plage et les mouettes, les pliages de draps à l'hôtel du Rocher, avec maman et le ciel bleu derrière les toiles blanches, le marché du vendredi, je pensais: "Et pourtant, Dieu sait que tu n'as pas été heureuse, en France, depuis que tu as quitté l'adolescence, Dieu sait que tu n'y avais pas ta place, et que les imbéciles au pouvoir maintenant y étaient déjà bien actifs."  


Oui, oui, c'est vrai. Mais il y avait tout ce soleil, et cette douceur de vivre, et les miens encore de ce monde. Pourquoi m'être tellement obstinée, autrefois, à ne pas rester auprès d'eux? A présent, je verrais s'écrouler ce qu'il reste du monde que j'aimais. Mais j'aurais davanatage profité de la présence des personnes chères, je n'aurais pas perdu ma jeunesse dans les villes, loin de la nature, des bêtes, de la vie... Car tout ce que nous proposent le diable et son train, ce n'est pas la vie. Et ceux qui ricanent de voir molester les paysans sont des morts vivants, c'est du reste ce qui les rend si mauvais, si envieux, si vils et désespérement stupides. Eux n'auront pas volé l'enfer qu'on leur prépare, mais le plus triste est qu'ils y sont adaptés, comme les rats à l'égoût. Il y a des gens faits pour l'enfer comme les chiens pour mordre.   

Je termine un portrait de ma soeur que j'avais commencé en 1985... Quarante ans plus tard. Mon record de procrastination!


mercredi 15 avril 2026

Surprise

 


C'était l'anniversaire de Katia, lundi, et je suis partie pour Filimonovo avec Liéna, la femme de Sacha, le collaborateur de Gilles. La campagne est encore très austère, grise et brune, avec une légère teinte verte, un brouillard presque imperceptible. J'avais apporté des astilbes pour son jardin, en plus de mon cadeau. Liéna me dit: "Je les aime beaucoup, mais j'en ai planté une l'an dernier, elle est morte.

- Comment ça, morte? 

- Eh bien elle a disparu pendant l'hiver.

- Elles disparaissent toujours! Et puis elles ressortent!"

Ces jeunes femmes grandies en ville ne savent strictement rien de la vie de la nature. Liéna était contente d'apprendre que son astilbe allait ressurgir...

En entrant chez Katia, j'ai vu le père Serge, et puis, à ma grande surprise, monseigneur Théoctyste. J'en ai été complètement décontenancée, intimidée comme une écolière. "Vous êtes là, monseigneur?

- Eh bien oui! Katia m'a invité, et je suis venu!"

Il m'a dit que de son appartement, il avait une vue si dégagée qu'il espérait apercevoir Paris, si les Alpes ne le gênaient pas. Mais cela ne risque pas d'arriver, car aucune montagne ne sépare Pereslavl de Paris, j'avais constaté, en prenant le train pour Moscou, que la voie était ouverte quasiment jusqu"à l'Oural! "Sa maison est très jolie, m'a-t-il confié à propos de Katia, mais c'est difficile à assumer pour une femme seule...

- A qui le dites-vous... Mais j'espère bien pour elle que Fiodor reviendra vivre avec elle, je prie pour cela, je lui souhaite de tout coeur d'échapper au destin qui fut le mien."

A sa réaction, j'ai senti qu'il ne débordait pas d'optimisme. Pourtant Fiodor est toujours en vie.

Il y avait beaucoup de jeunes femmes de Pereslavl et de Moscou et nous avons même pu rester un peu sur la terrasse. Katia est assiégée par une petite chatte abandonnée en très mauvais état, une petite chatte tricolore, et cela m'a serré le coeur, comme d'habitude, j'avoue espérer qu'elle lui fasse une petite place à côté de son Kossia, mais évidemment, on se retrouve vite avec plusieurs chats, c'est la pente fatale... Il m'est difficile de ne pas détester ceux qui larguent leurs animaux n'importe où, et en même temps, je ne suis pas non plus si exemplaire, j'ai eu mes moments d'inconscience et de tragédie. J'ai même l'impression, avec la ménagerie d'emmerdeurs que j'entretiens, de racheter, en la matière, mes péchés et ceux des autres. Avoir sauvé ces petites créatures allègera l'addition de ceux qui les ont trahies.

Ayant lu une exhortation du père Andreï Tkatchev à aller le plus souvent possible à l'église pendant la Semaine lumineuse, je me suis poussée à le faire ce matin, pour ne pas me vautrer dans la paresse et la gourmandise après les efforts de la Semaine sainte... Il y avait plus de monde que je ne le pensais, surtout des vieilles. Antonina m'a embrassée en riant; "Ah! Tu es quand même venue!" Avant la communion, le jeune père Alexis jette sur leur troupeau aligné devant le lutrin un regard découragé: "Mais vous êtes si nombreuses?

- N'ayez crainte, lui dis-je, avec moi ce sera vite fait. Mon père spirituel me dit de ne pas me confesser à tout bout de champ…

- Je suis tout-à-fait de l'avis de votre père spirituel…

- Oui, mais une fois, je me suis fait tirer les oreilles, du coup je viens quand même. Alors voilà, depuis samedi dernier, paresse, gourmandise…

- Bon, répond le père Alexis en riant, allez communier!"

Mais c'est que nombre de pénitentes avaient des tas de choses à dire, alors qu'à mon avis, elles se sont confessées non seulement samedi, mais aussi lundi et mardi, elles sont fourrées à l'église beaucoup plus souvent que moi, et je me demande vraiment de quoi elles ont pu avoir le temps de se rendre coupables pour s'étendre si longuement sur la question. Liéna, la femme de Sacha du café, m'a dit qu'à son avis, elles étaient victimes de certains livres pieux dont la lecture donne à beaucoup envie de partir en courant sans se retourner et que le père Valentin bannit de la librairie de sa paroisse. 

Après la communion, procession dans un air doux, frais, un peu humide, et le père Alexis, comme tous les prêtres, se faisait une joie gamine de nous asperger d'eau bénite avec une générosité russe. Un patriote un brin obsessionnel m'aborde avec un grand sourire, et me déclare que si je veux vivre parmi les Russes, il me faut tout faire pour leur ressembler, ou alors ce sont les Russes qui doivent s'efforcer de s'adapter à moi? Auparavant, il m'avait dit un jour que je "n'avais pas encore l'air d'une vraie grand-mère russe". Je crois qu'il veut dire par là que je suis habillée avec des vêtements pas trop mal coupés qui vont bien ensemble, et si j'étais une vraie babouchka russe, je porterais n'importe quelles nippes moches et avachies au dessus de chaussettes qui plissent et de godillots informes, ce qui n'est pas près d'arriver, du moins tant que je suis saine d'esprit. J'ai raconté ensuite cela à Liéna du café, qui a trente cinq ans, et arborait aujourd'hui une jupe longue rouge et un foulard rouge, parce que c'est la couleur de Pâques. "Eh bien, me  répond-elle, à moi, il a dit que j'avais un style beaucoup trop provocant pour l'église et que je n'y étais pas à ma place!" Et cela avec le même sourire affectueux. Dans le cas de Liéna, dont la tenue était très correcte, je crois que c'est son évidente joie de vivre et sa spontanéité enfantine qui ont du déclencher cette réflexion. 

En général, ce sont plutôt des vieilles qui jouent les redresseurs de torts dans les églises, mais dans la nôtre, c'est un bonhomme, d'ailleurs pas spécialement vieux, une petite cinquantaine. Je n'en suis pas outre mesure traumatisée, mais ce genre d'interventions peut faire fuir la personne qui tente timidement de venir prier un peu ou mettre un cierge...  Personnellement, je déteste qu'on me fasse la leçon, quand on n'est pas habilité à le faire. Pour les conseils spirituels, je m'adresse au père Valentin ou, à défaut, au clergé local. Mais en ce qui concerne mon look de grand-mère, cela ne relève même pas de la spiritualité, juste des obessions bizarres d'un drôle de paroissien.

A part mon foulard français et mon bonnet chinois, tout ce que j'avais sur le dos était irréprochablement russe, acheté sur Ozon! 

Le père Alexis a fait, comme d'habitude, un sermon intelligent et profond. Il nous a dit que tous les offices de la Semaine lumineuse se ressemblaient car en fait, pour nous faire appréhender l'éternité, ils ne constituaient qu'un seul jour, et que pour cette raison, si nous avions communié la nuit de Pâques, nous pouvions le faire chaque matin sans nous confesser ni jeûner.






 Pour ceux qui m'ont demandé de parler de Victor Orban, voici une analyse qui me paraît intéressante et lucide :

 https://www.facebook.com/reel/968628052324151

Il semblerait pourtant que la clique ait mal calculé son coup et que le poulain ne soit pas aussi malléable que prévu. 



lundi 13 avril 2026

Pâques au temps des gargouilles

 


Je n'ai pas trop mal tenu le coup pendant l'office de Pâques. La vieille Antonina m'a dit: "le principal est d'avoir survécu jusqu'au bout!" La procession s'est faite, comme d'habitude, au pas de course, je me suis retrouvée, avec ma petite lanterne, à 50 mètres derrière, et un vieux barbu m'a jeté: "Et qu'est-ce que tu fais en dehors du troupeau, comme ça?

- Eh bien je suis vieille, je ne peux pas courir, c'est fini, et les prêtres ont tous la manie, ici, de galoper comme des élans!"

J'ai coupé à travers la pelouse, pour rattraper la procession à l'entrée de la cathédrale. Il y avait beaucoup de monde, mais comme d'habitude, la moitié de l'assistance s'était dispersée en cours de route. Des paroissiennes de ma connaissance m'ont embrassée:"Christ est ressuscité"! J'étais émue, mais je dois dire que l'office de Pâques a toujours pour moi quelque chose de décevant. On parle toujours de la Pâque russe. Eh bien je crois que je préfère la Pâque grecque. Je pensais à Solan, ses éclairages naturels, les chemins de petites lampes dans la cour du monastère, et puis la mélodie byzantine, allègre, mais profonde et grave, qui laisse comprendre le texte magnifique du canon. Il n'y a pas qu'en France que le XVIII° siècle a éré une catastrophe, c'est un grand malheur que le déferlement de l'influence occidentale sur la liturgie russe, sous Pierre le Grand et ses successeurs. Avec toutes ces fioritures et ces trilles, j'imagine le chantre en perruque poudrée, tout fier de ses effets, qui gambade sur ses bas de soie en agitant les mains. Par moments, j'avais l'impression que les "Seigneur aie pitié" ne tenaient certes pas du french-cancan, mais presque de la noce bavaroise, parce que l'office de Pâques est censé être joyeux, alors on en fait quelque chose de gai, de primesautier, qui n'a plus rien de spirituel, et le texte devient totalement incompréhensible, il est débité à toute vitesse, même si le choeur essaie de rester retenu: on a composé le truc comme cela. Par dessus le marché, on nous allume tous les lustres, on nous déverse dessus une lumière aveuglante de hall de gare. De sorte qu'on sent une démobilisation générale, un peu incongrue après le recueillement des jours précédents. Je crois que c'était parfait, au départ, pour la noblesse de Pétersbourg qui avait hâte de retrouver la table, ses cristaux, ses vins et ses oies farcies. Enfin je caricature un peu, naturellement. Le début de la cérémonie est toujours très beau et très noble, c'est après que ça se gâte.

La jeune Macha, qui s'est proposée pour traduire mes souvenirs, m'avait invitée dans la journée chez ses parents, dans leur belle isba restée authentique et pleine de charme. Son père m'a paru pessimiste. Il est intelligent, fin et profond, et à ce titre, traumatisé par la modernité et les perspectives sinistres qu'elle commence à nous révéler. Il pense que nos pays ont été assassinés, nos paysanneries liquidées, et que la guerre fait partie d'un plan de dépopulation générale axé prioritairement sur les Européens, et en premier lieu, les slaves orthodoxes. En cela, il me rappelait Moïsseïev, sauf que Moïsseïev est du genre indomptable, jamais démoralisé, et il croit que tout cela se terminera bien, grâce à Dieu. Précisément grâce à Dieu. Par-delà les gouvernements en jeu, le père Laurent me dit que Dieu aime les nations, il aime les peuples, il a condamné la tour de Babel. Et cela me va tout-à-fait, les peuples sont à mes yeux des entités spirituelles qui ont leur mission et leur chemin particuliers et dont la culture n'est universelle que parce qu'elle est particulière. L'occident, avec ses "valeurs", n'est pas celui qui impose sa culture aux autres, il impose à tout le monde le naufrage culturel qu'il s'est infligé.

Discutant avec ma cousine Anne, la prof d'histoire, du satanisme de l'occident, nous comparions les pays musulmans du Moyen-orient actuellement attaqués et le personnel politico-médiatique, et l'intelligentsia, de nos phares de la civilisation. C'est que les Iraniens, par exemple, outre qu'ils sont beaux et raffinés comme nous ne le sommes plus, ont tout simplement des têtes normales d'hommes sérieux, alors que nous produisons des mafieux de série B et des gargouilles de films d'horreur, comparables au cocher de Dracula ou au traître cauteleux des films de cape et d'épée. Même chose si je regarde les Libanais volatilisés avec leurs maisons et leurs immeubles, sous les applaudissements de notre droite distinguée qui prie Trump et Netanyahu de "finir le boulot". C'est qu'ils sont beaucoup plus distingués que nous, ces gens, question culture, ils n'ont pas l'air du tout en retard. Beaucoup sont chrétiens, par dessus le marché, il est vrai que le christianisme traditionnel n'a rien à voir avec le machin judéo-protestant qu'on voit s'exprimer en Amérique, avec ses prédicateurs hallucinés, on se croirait dans la Nuit du chasseur... En fait, on a fini par considérer que le costume occidental, pourtant éminemment ridicule et disgracieux, dépourvu de toute espèce de noblesse et de naturel, était un garant de vertu démocratique et de compétence politico-économique... Ainsi, on a pris le coupeur de têtes qui gouverne maintenant la Syrie, on l'a sorti de sa djellaba, on lui a mis un costar, une cravate, on l'a emmené chez le barbier, et le voilà tout-à-fait présentable, on peut accrocher la légion d'honneur dessus, ça passera crème. Mais faisons l'opération inverse, et habillons Macron et sa bande, et puis tous les malfaiteurs de l'UE, de costumes médiévaux, et vous verrez le beau casting de cauchemar que nous obtiendrons, Barrot et sa tête de gargouille sous acide coiffée d'un capuchon, Macron, le shériff de Nottingham rêvé, tous les dégénérés, tous les mignons, toutes les sorcières et toutes les brutes habillés avec le pittoresque correspondant, ce sera Jérôme Bosch, ces tableaux de la Renaissance où le Christ est le seul à avoir un visage humain au milieu d'un sabbat de monstres.

Pâque nous a ramené le soleil, c'est la sortie définitive de l'hiver, je m'attends à voir tout le jardin pousser désormais à toute vitesse, et j'aurai même du mal à suivre. 

Pour comprendre à fond ce qui nous arrive:





vendredi 10 avril 2026

Poésie

      


Dans le cadre des sinistres massacres de troupeaux qui font écho, en Sibérie, à ceux qui se pratiquent en France, a été assassiné le cerf apprivoisé d'une paroisse, où il était le favori des enfants. Parallèlement, les "écolos" gouvernementaux se demandent, chez Macron, s'il ne faudrait pas éliminer les chiens et les chats dont l'existence nuit à la planète. C'est-à-dire que tout ce qui gêne le business ou même utilise le même air, la même eau et le même espace qu'un certain type de gnomes doit être éliminé. En réalité, je pense que beaucoup de ces médiocres enragés qui arrivent aux postes de responsabilités un peu partout détestent la vie, surtout sous ses formes les plus belles, les plus nobles, et les plus innocentes. C'est pourquoi ils adorent la chasse aux bêtes sauvages. Et aux enfants.

Hier, j'ai passé presque toute la journée à l'église entre la liturgie de la Cène et la lecture des douze Evangiles. Pour l'office de la mise au tombeau, j'arriverai en retard, et lirai chez moi tout ce qui précède les stances, au moins, je comprendrai quelque chose. En fait, la lecture des évangiles, je la comprends pratiquement sans suivre le texte, mais ce soir, c'est plus compliqué.

J'ai vu un extrait d'interview de Philippe Jacottet sur la fonction spirituelle de la poésie.https://www.facebook.com/reel/1446169326979320 

J'ai une immense admiration pour ce poète, dont l'oeuvre s'évade en permanence dans "l'au-delà des choses" évoquée par Rilke. Je me suis fait la réflexion que c'était là mon élément. Je ne suis pas une ascète et beaucoup de textes religieux m'ennuient ("ils m'ennuient aussi", m'a dit un jour l'évêque en riant. Et pourtant, c'est certainement un ascète...), mon appréhension du divin est essentiellement poétique, c'est pourquoi je suis particulièrement sensible aux psaumes. C'est comme ça. Chacun son truc. Mais ce qui me donne le vertige, c'est de constater que la poésie, qui faisait partie de la vie des gens, dont regorgeaient leurs chansons, leurs contes, leurs objets quotidiens, a été presque complètement éliminée de leur vie, au point qu'ils ne savent absolument plus ce que c'est, et parallèlement, d'ailleurs, la spiritualité aussi. C'était un besoin autrefois, et pas seulement dans les cénacles intellectuels, il suffit d'écouter les chansons réalistes, les chansons traditionnelles, de regarder tout ce qu'on faisait et portait, et ce qui se passait quand on se réunissait à table ou au coin du feu, l'humanité éprouvait le besoin de transcender tout ce qu'elle vivait. Les iraniens, dont j'adore la musique extrêmement ancienne, raffinée et contemplative, ont gardé ce réflexe et je vois des musiciens jouer dans les ruines de leur école détruite, ou devant les infrastructures qu'ils voudraient protéger. De sorte qu'en fin de compte, sans être musulmane, je me sens beaucoup plus proche d'eux que de ce qu'est devenu l'occidental mutilé de tout ce qui faisait notre humanité, notre grandeur. Le monde occidental est si étranger à la poésie qu'on ne peut plus y respirer. Je n'exclus pas totalement la Russie du problème, car beaucoup de mal a été fait par les gnomes au pays des elfes.

Heureusement qu'il y a l'église. J'ai un peu de mal à y aller, c'est comme la gymnastique ou la natation, il faut se pousser mais quand on revient, on est très content. Chaque église qu'on restaure est un peu de spiritualité et de poésie retrouvées dans un monde qui les persécute et les exècre à divers degrés. Ainsi, dans le centre dévasté de Pereslavl, le bulbe de l'église Saint-Serge, qui fut longtemps le siège de la Sberbank, apporte-t-il tout-à-coup une touche réconfortante pour les yeux et pour l'âme. La promesse en bouton d'une fleur mystique...

Il y a dans les Evangiles de la Passion une vérité non seulement spirituelle mais quasiment médico-légale, c'est presque un reportage. Les Evangiles ne sont pas exempts de passages orientaux un peu mythiques sur les bords, d'exagérations épiques, mais là, tout sent fortement la réalité, et pourtant, avec des signes, des symboles, des repères. Et l'on voit les gnomes à l'oeuvre et Dieu muet devant eux. Il n'a rien à dire aux gnomes, car les gnomes sont sourds au langage de Dieu comme ils le sont à la poésie. Et à l'amour. Et à l'innocence, à la pureté. Enfin oui, pour faire court, au langage de Dieu.

Il a fait très mauvais le jour de la Crucifixion. Aujourd'hui, le vent souffle et apporte le soleil dans la froidure, comme un grand mouvement de l'Esprit qui se lève.