Translate

mardi 12 mai 2026

Conditionnements

 


C'était samedi le 9 mai et je suis toujours émue en pensant aux souffrances des Russes au cours de cette guerre, à leur héroïsme et à l'injustice qui leur est faite par l'Occident qui préfère travestir l'histoire et effacer leur rôle dans la victoire commune. Pratiquement toutes les familles russes ont été marquées par la guerre. J'ai lu les souvenirs d'enfance du père Andreï, plusieurs de ses proches, des civils, ont été abattus par les Allemands. Cela laisse des traces profondes, dont les Français n'ont pas idée. Honneur aux morts, aux héros, aux victimes innocentes. Et que Dieu reconnaisse les siens...

Celui que tourmente la vérité et la justice est toujours très seul. Et il en arrive toujours à se taire. Comme le Christ devant ses juges. J'ai mis un certain nombre d'années à le comprendre. 

Je devais chanter au café, à la place de Skountsev qui s'est défilé. Ce que j'ai fait. La petite salle était pleine de gens que je ne connaissais pas et qui étaient apparemment très contents. J'avais choisi des chansons pascales et des chansons cosaques sur la guerre, plus celle que j'ai composée sur le Donbass, la chanson de Dokoutchaïevsk, et des chansons françaises. Un jeune homme enthousiaste est venu me baiser la main, et un petit enfant m'a saluée en français, parce qu'il l'apprend à l'école. Gilles m'a dit qu'il me paierait en consommations gratuites, ce qui nous arrange tous deux. Le chef génial venu former son personnel met à ma disposition des menus gastronomiques français. Il m'aura fallu venir à Pereslavl-Zalesski pour avoir facilement accès aux productions du pâtissier de haut vol Didier puis à la cuisine raffinée de Frédéric...

Il ne fait vraiment pas chaud, s'il ne pleut pas trop, je suis déjà contente, au moins il n'y a pas de moustiques, et je peux profiter, entre deux nuages, du soleil sur ma terrasse en contemplant le jardin et en écoutant les oiseaux. Mais aujourd'hui, j'ai vu arriver avec horreur des camions, des grues, et l'on a déposé je ne sais combien de conteneurs métalliques sur le terrain où le propriétaire avait déjà déversé, chaque jour pendant tout un mois, une quinzaine de camions de terre à grand fracas, il y a quelques années. En plus de l'horreur qui va inévitablement pousser là, cela nous promet le vacarme des travaux pour toute la belle saison, et ensuite, les joyeux chachliks avec la radio à tue-tête. Je le crains fort, et plains les rossignols, dont l'habitat diminue, et qui, comme moi, devront subir ce tohu-bohu infernal. Infernal est le mot.

Comme ce qu'il me reste de famille me manque, j'envisageais d'aller en France, et Gilles me conseillait d'acheter un billet avant que le voyage ne devienne inabordable. Mais voilà que la mafia, sous son avatar de l'OMS, a décidé de nous refaire le coup de la plandémie. Ces gens-là ne se reposent jamais, ils ne cessent pas une minute de nuire. Naturellement, si c'est à nouveau le grand cirque des confinements, des torchons sur le nez, des passes sanitaires et des piquouses forcées, je n'irai nulle part. Si mes souvenirs sont bons, la Russie est fort heureusement sortie de l'OMS, et elle a d'autres soucis. Dans l'ensemble, les gens paraissent avoir compris qu'on se fout de leur gueule, mais il y a toujours assez de gogos de service pour foncer dans ce genre de panneaux. Quand on quitte la terre pour habiter dans le béton, on finit toujours par devenir un peu con, et en plus, on se croit, on prend les ploucs pour des imbéciles... Il faut dire que de nos jours, même les ploucs perdent parfois le nord.

J'ai vu une vidéo russe qui évoque les massacres de troupeaux qui, en Sibérie, ont fait écho à ceux de l'Ariège. Il y est carrément expliqué que c'est une opération mafieuse, un moyen de se débarrasser de la concurrence des petits exploitants et de leur voler leurs terres. En France et en Europe, c'est exactement la même chose, mais les responsables de ces méfaits ne défuntent pas opportunément et mystérieusement, comme en Sibérie. Ils continuent à sévir, avec leurs préfets, leurs flics et leurs vétos vendus. https://www.facebook.com/profile.php?id=100002851737552&sk=reels_tab&__cft__[0]=AZZUyfaAnwl-sXJAVBj37vCaOTFZkB7-GBBz3xdvi_yHPu3jfmp58crwwm7BNqwPVapjvugA1eAsaOLc9RGaJxyPzF2FYI2DVNou5BRhOpiM2QFq76WoLifJmOR8DIfpYZw&__tn__=-]F

Mon cousin m'a envoyé une vidéo, un entretien avec Krishnamurty, et je ne peux pas dire que je ne sois pas d'accord, mais je ne peux pas dire que cela m'apporte beaucoup non plus. Il me dit que je n'ai pas compris, que je me sens attaquée dans ma religion, et que Krishnamurty n'attaque personne. Il est possible que je n'ai pas écouté comme il convient, mais en même temps, quand je me trouve devant une source d'eau vive, il est rare que je m'en détourne. Krishnamurty, d'après ce que j'ai perçu, met en cause les conditionnements culturels, nationaux, religieux qui nous empêchent de percevoir ce qui nous entoure dans sa profonde dimension divine, et il remet en cause la notion même de Dieu, si tant est qu'on puisse avoir de Dieu une notion. Mais à voir ce qu'ont donné les affranchissements de ces conditionnements dans la société occidentale, je ne trouve pas que ce soit une démarche très réussie. Certes, en Dieu, il n'y a plus ni juif, ni héllène, ni homme ni femme, mais c'est au terme d'un itinéraire  qui suppose, à mes yeux, un terreau de départ, constitué par sa nature génétique, sa famille, son environnement culturel, son héritage, son appartenance à une communauté, à une lignée d'ancêtres . Et Dieu a maudit la tour de Babel. Disons qu'on arrive à l'universel à travers le particulier. Il est vrai, comme il l'explique, que lorsqu'on regarde un arbre, on ne le voit pas tel qu'il est, on en voit la représentation qui nous est donnée par l'entourage, la science, tout ce qu'on veut. Au terme d'une contemplation spirituelle profonde, d'une opération poétique, on le verra autrement. Et aussi si l'on fume un joint qui, en provoquanr un déplacement de conscience, fait passer au deuxième plan la vision utilitaire et conditionnée que nous avons des choses. Il est vrai, je crois, qu'un indien d'Amérique ou un masaï n'auront pas de cet arbre la même perception qu'un Européen, ou un adulte surmené qu'un enfant rêveur. J'ai toute ma vie cherché à affiner la perception que j'avais des êtres pour les voir dans leur essence pure. Le drame de notre époque est que très peu font cette démarche, et la plupart des gens ne voient absolument plus rien, c'est la raison pour laquelle le monde qu'ils font est si difforme, il n'a plus rien de vrai, plus rien de vivant, et si on le leur fait observer, ils deviennent agressifs. Pour ce qui est des gens de culture différente, j'en ai toujours eu le respect, dans la mesure où ils ne venaient pas essayer de m'imposer leur point de vue et leur façon de vivre. Mais dans l'ensemble, toute personne qui a une approche poétique et spirituelle de la vie en arrive à cela tôt ou tard. Je ne crois pas que le préalable puisse être: annulons tous les conditionnements ou alors il faut bien définir ce qu'on entend par ce mot. Car on peut en arriver ainsi à l'idéologie woke, pour laquelle tout ce qui est naturel, biologique, culturel, spirituel est un conditionnement, et où l'on obtient de misérables dingues qui ne savent plus qui ils sont, d'où ils viennent ni où ils vont, des sortes d'enfants loups culturels et spirituels. Les animaux eux-mêmes ont des codes. Il s'agirait plutôt de nettoyer le regard et pour nettoyer le regard, il faut nettoyer l'âme.

 Hier matin, à l'église, c'était le jeune père Alexis qui officiait, et, à propos de la Samaritaine, il a parlé justement des préjugés que bravait le Christ en s'adressant à cette femme, d'une secte honnie par les juifs. Et il y a toujours quelque chose ou quelqu'un que nous pouvons honnir nous-mêmes et qu'il faut apprendre à voir autrement. Le Chrétien doit apprendre à voir et à apprécier la beauté du monde. Voir et apprécier la beauté est une démarche spirituelle. C'est essentiellement la mienne et, dans ma vieillesse, je redoute de perdre la vue, ou bien de ne plus rien avoir à regarder, ce qui pourrait bien finir par arriver, au rythme où se répand la lèpre de la laideur.


vendredi 8 mai 2026

Tourtereau


La nouvelle qui m'a le plus consternée, ces derniers jours, c'est celle-ci: dans je ne sais plus quelle région de France, revient depuis six ans un tourtereau qui chante vainement, car il est le seul à le faire, il n'y trouve plus aucune femelle.

A côté de cela, le bombardement ukrotanien d'une raffinerie près d'une station balnéaire sur la mer Noire provoque un cataclysme écologique de l'ampleur de Tchernobyl et ainsi de suite... Mais le tourtereau m'a fait fondre en larmes de compassion et de honte, c'est là le signe que Dieu laisse mourir la Vie, le contrepoint de la colombe de Noé qui apportait celui de sa renaissance.

La vie meurt et nous sommes quelques salauds, des millions d'imbéciles et de trop rares éveillés impuissants à en porter la responsabilité collective. Tous ceux qui essaient d'enrayer le processus et de prévenir la masse hagarde se font sauvagement réprimer par des fonctionnaires et des robocops au service des mafias, ou couvrir de sarcasmes par des dégénérés qui ne comprennent plus rien à rien.

Le tourtereau ne trouve pas de femelle mais il migre, et il chante, et il espère, parce qu'il est fait pour cela, pour migrer, chanter et se reproduire. Et je suis exactement comme lui; je mourrai sans descendance, faute d'avoir trouvé à temps un partenaire décidé à fonder une famille avec moi. Je continue à écrire des romans, des vers et des témoignages quand plus personne ne lit; à chanter quand la radio dégueule de la merde à un niveau sonore insupportable, et à adorer la beauté, quand tous s'ingénient à la saccager. Et comme le tourtereau, à espérer. Parce que je suis faite comme cela et pour cela, parce que des millions d'ancêtres m'ont fabriquée ainsi, et que je ne suis pas coupée d'eux, Je les porte en moi, avec tout le mouvement de nos peuples qui étaient en route pour la Jérusalem céleste et aboutissent aux bordels puants de Babylone parce qu'à un tournant de l'histoire, ils ont, de gré ou de force, suivi d'affreux joueurs de flûte.

J'observe par ailleurs que de distingués slavistes, des théologiens, des descendants d'émigrés, croient systématiquement le pire au sujet de la Russie, ils ne vérifient jamais, plus les calomnies sont énormes et dégueulasses, plus ils les gobent avec enthousiasme, comme s'ils les attendaient précisément de cette sorte. On se demande même comment ils ont pu s'intéresser à ce pays, sa foi, son histoire, sa littérature, et dans quel étrange aquarium ils sont désormais enfermés, inutiles aux pays où ils résident et qui conspuent soit leur pays d'origine, soit leurs centres d'intérêts. Ils ne sont utiles aux maîtres de ces pays que dans la trahison et le reniement, dans le consentement à un mensonge qui ne nuit pas tant à la Russie qu'à ceux qui l'écoutent, les peuples d'Europe, et le proxy ukrainien, triste laboratoire du génocide final des chrétiens blancs. Je suis totalement fatiguée de lutter contre cette indignité, je remets donc tous ces gens entre les mains du Seigneur, il les a vastes, puissantes et impossibles à salir, qu'Il se débrouille avec eux. Je Lui suis seulement reconnaissante de m'avoir fait décamper à Pereslavl, loin de tentations qui ne sont pas à ma mesure. En revanche, je n'arrive pas à me désintéresser des paysans et de leurs bêtes, ou des bons artisans de chez nous, qui aiment et savent travailler avec art, et que piétinent tous les gnomes de la modernité dechaînée, en route pour l'abîme derrière leurs mauvais bergers.

Pour ce qui est de la Russie, sans doute tout n'y est-il pas parfait, mais parmi tous les peuples de la planète, ceux qui devraient rester modestes sur le plan de la perfection morale, c'est d'abord ceux de l'empire Anglosioniste auquel appartient désormais l'Europe. Ils devraient vraiment avoir la décence de la fermer. Je les vois mentir et préparer leurs sales coups avec la fourberie la plus implacable depuis au moins trente ans, et avant, je n'avais simplement pas encore compris, je n'avais pas ouvert les yeux. La guerre du Golfe et son invraisemblable propagande. La Serbie calomniée à mort et joyeusement bombardée. L'Irak, la Lybie, la Syrie. La Palestine, l'Iran. L'Ukraine, dressée comme un pitbull, ahurie de fausses promesses, poussée au crime au Donbass, déshonorée et essorée comme une serpillère pleine de sang par ceux qui l'ont utilisée contre la Russie. La Géorgie a été plus sage, j'en suis bien heureuse pour elle, elle a sans doute ete protegée par les prieres conjuguées de saint Gabriel et du patriarche Elie. J'espère que la Russie tiendra, et quand je dis cela, je pense à ceux qui la minent de l'intérieur, comme cela se produit partout. Et comme cela s'est déjà produit pour elle en 17. Selon les mêmes techniques répugnantes mises en oeuvre par la même espèce de malfaiteurs.

Je lis qu'on prépare en Europe la prison numérique trois étoiles. En Russie, cela pourrait aussi arriver, naturellement, je ne dis pas que je n'en ai pas conscience, bien que pour l'instant, cela ne soit pas le cas. Mais la potentialité existe. Ma cousine de la Dordogne rêve d'une explosion solaire pour détruire tous les merveilleux satellites qui permettent aux monstres de tous poils de prendre le dessus sur les masses de plus en plus abruties. Oui, moi aussi, j'en rêve. Cela nous causerait de grandes difficultés, et cela m'isolerait peut-être totalement de mon pays d'origine et de ceux que j'y aime encore, mais ce serait le salut de l'humanité, peut-être même de la planète, et la perte fracassante de l'ignoble caste au pouvoir plus ou moins partout.

Tcheboksary a été intensément bombardée. Tchin tchin, père Basile! A Pereslavl, ciel bleu, petits oiseaux. La vertu thérapeutique de leur chant est prouvée, et je m'emploie à préserver leurs vies, tout en  améliorant la mienne, tandis que le voisinage, aux cellules nerveuses détruites depuis longtemps, nous l'empoisonne sans hésiter.  Ania m'a dit que le nouveau diffuseur de décibels néfastes est parti de Koroliev parce que ses voisins ne le supportaient plus, il estime sans doute qu'à Pereslavl, nous serons ravis d'entendre sa merde, mais même le voisin à la radio en a marre.

Je suis tombée hier apres midi sur la repétition de la parade du 9 mai, sur la place de la mairie ou place du Peuple. Je suis sortie de ma voiture aux accents de "Leve-toi, pays énorme!" Défilaient de jeunes soldats de la garnison mais aussi des jeunes filles, et les infirmieres de l’hopital orthodoxe saint Luc de Crimee, et tout etait si parfait, si grave, les marches militaires si nostalgiques et si nobles que j’en avais la larme a l’oeil et recommandait tous les participants a Dieu.

Alain Soral dit que la Russie, fortement occidentalisée, n’offre pas de modele culturel alternatif, n’est pas un contre empire. En realité, elle en aurait le potentiel si on n’invisibilisait pas ceux qui conservent les valeurs et la tradition russes, et on les invisibilise parce que les gens aux manettes sont souvent des apparatchiks elevés dans le mépris de la Russie, le matérialisme, l’utilitarisme, comme leurs  équivalents et modeles occidentaux. Et d’autre part, elle est parfois, dans la debacle actuelle, le conservatoire de la culture européenne que la caste s’acharne à "déconstruire". Elle n’est pas un contre empire aussi, dit-il, parce qu’elle n’a pas de visées expansionnistes, contrairement a ce que raconte la propagande occidentale, qu’elle est dans une attitude défensive, résistante et cela meme au Donbass, ce qui est exact. Il pense que tout est fait pour la pousser a commettre un geste spectaculaire que pour l’instant elle se refuse a faire.

Le soir, il pleuvait dans la pénombre des gouttes éparses, il ne faisait pas chaud du tout, des vapeurs grises se diluaient dans un reste de lumiere rose, et les rossignols chantaient. Je me suis assise pour les écouter, tout pres de Moustachon, animal contemplatif qui passe des heures à revasser sur la terrasse. Quelle paix....Chaque moment de cet ordre est un peu de vie sacrée arrachée aux manigances du diable.

dimanche 3 mai 2026

Conversation

 


La belle saison arrive d’un seul coup. Je passe d’un jour à l’autre des après-skis aux sandales. Les arbres verdissent à vue d’œil, les oiseaux chantent de toutes parts, une compagnie de canards me survole en trompettant. L’air est doux, glissant, soyeux sous un ciel calme. Tant de paix à l’issue d’un hiver si long et si rude, c’est comme l’ouverture des portes célestes devant un martyr exténué.

Il y a quelques jours, le temps commençant à s’adoucir, j’ai voulu aller faire un tour dans le marécage avec Nini ; mais sur la côte qui mène à la chapelle, la voilà qui vomit et se met à chanceler. Nous sommes redescendues vers la maison, et à mi-chemin, j’ai du la porter jusqu’à ma voiture puis l’emmener chez le vétérinaire. Celle-ci est compétente, et elle aime les animaux mais elle m’engueule comme du poisson pourri. Nini a fait un AVC, elle n’a pas sept ou huit ans, mais probablement onze, elle m’a donné tout un tas de médicaments très difficiles à doser et administrer et peu d’espoir. Mais Nini s’accroche, elle a fait quelques progrès, elle est bien sûr incapable de courir et de bondir comme elle l’avait fait la veille de l’évènement, on dirait un vieux jouet cassé, et elle est quasiment aveugle. Tout cela est si soudain, et elle était si heureuse de sa vie ici.... Elle me suit partout, quel que soit son état.

Juste avant...


Je me suis rendue à l’anniversaire de Vladimir, à Dobrilovo. Il y avait tous leurs amis, et l’évêque Anatoli. Il parle beaucoup et semble dire des choses fort intéressantes, mais je le comprends mal, d’ailleurs j’étais très fatiguée, je m’endormais à table. Dans ce que j’ai saisi, il y avait ceci : « Quand on est jeune, on a des désirs, des rêves, des projets, et quand on est vieux, on n’a plus que la vie, et on s’en contente, on la savoure, on la contemple, on apprécie chaque nuance de la lumière, chaque chant d’oiseau, chaque signe du cosmos, et plus fondamentalement, on a besoin de simplement converser en silence avec son Créateur. » C'est exactement ce qui se produit avec moi et, d’une façon inversement proportionnelle, je supporte mal ce qui trouble cette conversation, et je suis vite fatiguée des discussions humaines, surtout quand elles se traduisent par un bavardage vain et torrentiel. Mes yeux se portent vers l’horizon, les nuages, l’arbre le plus proche, un vol de mouettes. D’après l’évêque Anatoli, c’est donc une façon de communiquer avec le Créateur, c’est-à-dire de prier, et j’en suis contente, car je pratique cela à hautes doses, pour moi, c’est ce qu’on peut aussi appeler la poésie. Il a ajouté que réciter la liste de ses péchés en confession était moins important que d’évaluer à quel degré on a su mettre son âme en conformité avec le Créateur, si nous sommes compatibles avec Lui, et c’est également ce que je ressens. Mais certains prêtres exigent qu’on se gratte la conscience jusqu’au sang, de sorte que les bonnes femmes éduquées par eux occupent chacune leur confesseur pendant une demie heure, lors même qu’elles se confessent et communient tous les dimanches et parfois en semaine.

Ce matin, je n’ai retenu le père Alexis que deux minutes, il m’a demandé : « Vous allez communier ? » et son visage habituellement impassible s’est éclairé brièvement d’une telle douceur que j’en suis restée interdite. Se posant sur ma tête, sa main m’a envoyé une véritable décharge de grâce.

Après la liturgie, je suis allée au marché, dans l’espoir d'acheter trois pétunias pour ma terrasse, c’est encore un peu tôt, il neigeait la semaine dernière, mais j’en ai quand même trouvé. J’ai passé la journée dehors ç faire ce que préconise l'évêque Anatoli, et ce qui m’a fait rentrer, ce n’étaient pas encore les moustiques, qui ne vont pas tarder à apparaître, c’était l’affreux boum-boum de quelque nouveau blaireau du voisinage aux neurones depuis longtemps détruit par ce pilonage de décibels, profondément nuisible à la nature entière.

Une nouvelle m’a fait plaisir, et il conviendra naturellement de le confesser la prochaine fois, c’est celle de la mort brutale, mystérieuse et opportune du principal responsable des massacres de troupeaux en Sibérie. On peut imaginer, quand on a mauvais esprit, qu’au sommet, quelque part près du soleil, comme dirait Dieudonné, on n’était pas d’accord avec cet immonde méfait et qu’on y a mis bon ordre avant que le mécontentement ne prenne des proportions incontrôlables. Ce genre d'accident ne risque pas d'arriver, en France, aux sinistres individus qui détruisent la petite paysannerie à travers ses animaux. C'est la symphonie totale entre la mafia supranationale et ses divers laquais, aucune divergence salutaire.

lundi 27 avril 2026

Optimisme

 


A Moscou, j'ai assisté à la réunion de Xavier Moreau qui lançait sa candidature aux élections consulaires, avec une conférence de Nikola Mirkovic, qui nous incitait à faire preuve d'un patriotisme optimiste, mais le monsieur qui était assis à côté de moi, un catho tradi, ne semblait pas très convaincu. Moi, c'était pour prendre une dose d'optimisme que j'étais venue, mais je commence aussi à avoir parfois du mal à en faire preuve. J'ai dit à Xavier Moreau que je voterai pour lui rien que pour emmerder le gouvernement. Il m'a répondu que je ne serais pas déçue car son intention était de le faire dans les grandes largeurs.

La petite-fille du père Valentin, Zina, m'a invitée à la représentation théâtrale de son école orthodoxe, et bien sûr, je ne pouvais pas refuser, bien que la chose ne me tentât pas du tout. Difficile de dire à une enfant qu'on ne veut pas voir sa prestation préparée tout au long de l'année, mais ce genre d'événement est souvent profondément ennuyeux quand on n'est pas directement concerné. Cependant, je n'ai vraiment pas regretté d'avoir fait l'effort, car j'ai été subjuguée par la qualité du spectacle et de l'interprétation, par l'inventivité, l'humour et la poésie des costumes, l'entrain des danses, la spontanéité, la joie, le naturel des petits et des jeunes acteurs, leur fraîcheur, leur grâce slave elfique. Il s'agissait du voyage de Nils Holgeirson, livre dont j'avais raffolé à leur âge. Les oies sauvages se reconnaissaient à leurs casques d'aviateurs et à leurs grands pieds palmés! Je songeais qu'il était bien agréable de voir un Nils scandinave crédible, et non un Kirikou déplacé dans le contexte. Je ne doute pas qu'avoir participé à cette merveilleuse expérience laissera à tous ces enfants une trace positive profonde. 

Le matin de mon départ, j'ai été rejointe par une Belge émigrée en Biélorussie, où vit son mari russe, Patricia. Elle joue aussi des gousli, et le premier jour, a pu la faire sur ma terrasse, malgré un vent glacial, car il y avait encore du soleil. Mais ensuite, le temps s'est tellement gâté, qu'elle a décidé de rentrer chez elle, car nous ne pouvions rien faire, pas de visites possibles sous des trombes d'eau et de neige fondue. Nous sommes allées à un concert au bar du café, c'était Génia le balaliker, avec un autre virtuose de la balalaïka, ils ont commencé par des oeuvres de musique baroque pour montrer qu'on pouvait jouer n'importe quoi sur leur petit instrument populaire, puis des airs traditionnels, puis ce qu'ils improvisent sur des airs traditionnels, et c'est devenu complètement magique, l'équipier de Génia entrait en transes, j'étais fascinée par ses mains agiles, les sons incroyables qu'il obtenait, sa fusion organique avec la balalaïka, et les abîmes cosmiques dans lesquels nous projetaient ces deux types. Ce n'était pas du folklore interprété, modernisé, vulgarisé, trahi, c'était du folklore intériorisé qui trouvait sa prolongation contemporaine naturelle dans le jeu de ces deux garçons habités par lui, nés dans un milieu urbain, dans une époque désaxée, mais fécondés par toute la paysannerie qui les avait précédés. J'ai trouvé ma dose d'optimisme dans ces deux moments, le spectacle des enfants à l'école orthodoxe, le concert confidentiel des deux génies de la balalaïka dans le sous-sol voûté du café: c'était de l'eau vive, une résurgence, le fil frais et vivifiant de l'Esprit qui souffle où il veut.

Le lendemain, j'ai bravé les éléments, avec Patricia, pour aller à l'église à l'aube. Valérie nous a ensuite rejointes depuis Serguiev Possad, mais à cause du mauvais temps, elles sont parties aujourd'hui ensemble, craignant que leur bus ne soit pris dans la tourmente: tempête de neige toute la journée, des flaques d'eau glaciale, presque gelées, j'ai dû aller à nouveau nourrir les oiseaux...


samedi 25 avril 2026

ALBUM DE FAMILLE

 Les Éditions du Net vous présentent




Résumé de l’ouvrage

Il n’y a plus de place dans ce monde pour les personnes sages et sensibles de bonne race. La France des filles Pleynet et de leurs lignées d’ancêtres, la France de la civilisation française est révolue, c’est avec cette prise de conscience que Laurence a pu entamer son exil russe. Les institutions s’effondrent, le savoir se dissipe, le paysage s’enlaidit, la masse s’abrutit et le pouvoir s’encanaille.

C’est de tout cela, au fil du journal de maison, que parle ce livre. Celle qui l’écrit est un clairon de la fin des temps, une hirondelle d’apocalypse. Ce qui ne veut pas dire que « tout est foutu », mais que tout change et que tout se révèle à un point que nos anciens n’auraient jamais soupçonné. Je ne crois pas forcer le trait ni trahir l’esprit de ce livre en disant qu’il n’est pas fait pour tout le monde. Les huissiers de la « normalité », les chérisseurs d’illusions, les derniers progressistes et les optimistes de fonction peuvent passer leur chemin. Qu’ils sortent de ce lieu, qu’aucun d’eux ne reste. Ceux qui poursuivront cette lecture consentiront à être hantés durablement par la nostalgie et le chagrin de la solitude. Nous sommes les derniers surgeons de notre sang, raréfiés, dispersés, attendant sur un quai crépusculaire - comme les Elfes de Tolkien - les ultimes barques qui nous emmèneront vers l’autre rive, au Couchant, où nous attendent ceux à qui nous sommes liés par un amour ignorant la mort, ce tissu incompréhensible pour le monde qui nous entoure.

Slobodan Despot.

Descriptif technique

Format : 150 x 230 mm

Pagination : 522 pages

ISBN : 978-2-312-15930-0

Publié le 22-04-2026 par Les Éditions du Net

GENCOD : 3019000006902

Prix de vente public : 29 € TTC


Pour commander

Auprès de l’éditeur : www.leseditionsdunet.com

Sur les sites Internet : Amazon.fr, Chapitre.com, Fnac.com, etc.

Auprès de votre libraire habituel


Les Éditions du Net

126, rue du Landy - 93400 St Ouen

Tel : 01 41 02 06 62 - Fax : 01 41 02 02 63

lundi 20 avril 2026

Enfer

 

Cela recommence, avec les éleveurs, dont on vaccine les vaches de force, avec Dieu sait quelle saloperie. Une éleveuse s’était même enfuie dans la campagne avec son troupeau, mais on l’a rattrapée, on a endormi vaches et petits veaux nouveau-nés à la seringue hypodermique pour leur injecter une merde et faciliter la disparition de nos animaux de qualité, de notre agriculture équilibrée et normale, des petites exploitations humaines. La mafia à l’œuvre. Je regardais l’horrible vétérinaire requise par l’ignoble préfet, s’acquitter de son sale travail avec un sourire insolent et sadique, pendant que l’éleveuse pleurait. Une jeune femme qui fait beaucoup de vidéos révoltées sur le sujet s’est vu fermer tous ses comptes et confisquer  ses économies. Elle assistait à cette ignominie et essayait de parler à la flicaille, de faire appel à ses sentiments et à son honneur, quelle naïveté ! L’avocate des éleveurs tentait de s’interposer, personne n’en avait rien à foutre, la loi du plus fort, imposée par de sinistres cognes, qui, demain, agiront avec n'importe lesquels de leurs concitoyens de la même manière brutale et dénuée de la moindre empathie. On pourrait penser que ce sont des étrangers, des Ukrainiens, par exemple, car Macron en a recruté pour la gendarmerie. Mais non. J’ai vu ce matin la liste de ces heros, publiée sur Facebook, et avant même que je n’eusse commenté, le truc avait disparu, censure rapide comme l'éclair. Mais j’avais eu celui de voir que tous ces noms étaient bien français. J’ai pris flics et préfets en telle aversion que je ne manque jamais de les mettre plus bas que terre dans les commentaires, et qu’on ne vienne pas me dire qu’ils exécutent les ordres. Des ordres pareils ne devraient pas être exécutés. Des gens qui ont du cœur et de l’honneur ne peuvent pas faire cela; j'aurais un de ces sales types dans ma famille que je lui cracherais à la gueule et ne le reverrais pas de ma vie. Et que dire des vétérinaires qui s’associent à ce méfait ? Cette grosse truie ricanante au milieu de sa flicaille mécanique au front bas et au regard de veau en gelée ? La France est en enfer, au milieu des démons. 

Dans une courte vidéo, un intellectuel expliquait que nous entrions en tyrannie. « La tyrannie, disait-il, est confortable, car elle nous évite de faire des choix, ce qui est toujours difficile. De plus, elle se nourrit en France de la complaisance de ceux qui envient leur voisin et sont ravis de le voir persécuté. » Les Irlandais, peuple héroïque et soudé, ont compris qu’il en allait de leur survie et se soulèvent comme un seul homme, jusqu’aux flics et à l’armée. Et chez nous ? Je me souviens d’une vidéo, au moment du covid et du confinement, où des gens, dont les fenêtres donnaient sur une église, s’écriaient avec des hululements de tricoteuses : « Regardez, regardez, ils vont à leur messe ! Appelez la police ! »

Ensuite, j’ai vu un paysan déclarer : « Arrêtez de faire les malins sur les réseaux, d’expliquer, prier et pleurer, vous ne voyez pas à qui vous avez affaire ? Vous ne voyez pas que vous êtes en dictature ? Organisez-vous en secret et en silence, entre vous. Les gens qui sont à des centaines de kilomètres ne peuvent pas nous aider ».

Le problème est que beaucoup de Français honnêtes refusent absolument d’envisager que les monstres en costar et tailleur Chanel, sont ce qu’ils sont : des ordures qui nous veulent la peau, servis par des sbires que rien n’émeut ni n’arrête. Je suppose que c’était aussi le problème du Russe normal au moment de la révolution d’octobre. Quand il allait protester contre la fermeture des églises, il ne s'attendait vraiment pas à se faire mitrailler, car les gens normaux ne font pas des choses pareilles. Mais cela va venir, cela vient déjà, chers Français. Ce qu'on fait aux éleveurs et à leurs bêtes, on vous le fera demain, on vous l'a déjà fait avec le vaccin de merde, avec vos enfants baillonnés et isolés du matin au soir, soumis à une déconstruction totale de leur personnalité par des écoles dévoyées.

Je pensais à mon beau-père, qui dormait avec son fusil sous son lit . A mon avis, aujourd’hui, il aurait pris le maquis avec son arme et ses bêtes. Et je lui aurais passé les cartouches. Le paysan d’autrefois ne se laissait pas faire, il ne s’en laissait pas conter.

Ce qui me glace le sang, c’est que la même chose se produise en Sibérie, on a l’impression que nous sommes tous partout assiégés par le même mal démesuré, déchaîné et infatigable, qui se nourrit de la complicité des imbéciles. Et si la majorité des commentaires, sous les publications qui exposent ces événements, font preuve d'empathie et d'indignation, il y a encore suffisemment de petits Dupont la Joie qui se prennent pour des penseurs parce qu'ils lisent la bonne presse et regardent les bonnes émissions. L'éleveuse maltraitée par la flicaille suscite leur joie mauvaise, ils lui conseillent de changer de métier, de respecter la loi, se gaussent des "complotistes" qui "ne s'informent pas". Eux "s'informent". Ils se font siphoner la cervelle par des nuisibles qui leur expliquent à quel point,  en écoutant leurs salades, ils se montrent plus intelligents que le vulgum pecus que nous sommes. Je les vois, depuis au moins l'infâme désinformation sur le Donbass, se rengorger et faire la leçon sur des sujets dont, complètement intoxiqués par la propagande et leur suffisance, ils ne savent et comprennent absolument rien.

La Semaine lumineuse a pris fin. Je suis allée hier aux vigiles, je me suis confessée à l’évêque. Je lui ai dit que j’étais tellement malade au vu de ce que le gouvernement inflige, chez nous, aux paysans que je souhaitais les pires maux à toute cette clique et la maudissais de toutes les manières. « Je vois mourir ma civilisation avec moi, je vois profaner tout ce que j’ai aimé et respecté par des gnomes, et ce n’est pas facile à vivre.

- Je comprends, m’a-t-il dit, eh bien nous allons prier pour vous ».

La Semaine lumineuse a pris fin. Ce matin, à la liturgie de l’aube, j'étais appaisée. Pour une fois, je reçois plus de grâce après Pâques que pendant la Semaine sainte. Je me sentais déborder d’amour pour le père Andreï et toutes les personnes présentes, tout me paraissait d’une étrange et chaude splendeur, dans cette église pourtant bien déshéritée, je songeais : « Un jour prochain, tout ce qu’il nous restera de beau dans le monde, ce sera les icônes dans nos églises. »

 Le père est sorti du sanctuaire, juste avant la communion, pour engueuler son sacristain : « Vitali, mon cher, j’entends chaque mot que tu dis depuis l’autel, qu’est-ce qui te prend de bavarder comme ça ? Je sais que c’est toi qui fais le ménage ici et que tu t’y sens chez toi, mais c’est quand même avant tout la maison de Dieu ! » Vitali était extrêmement confus, souriait humblement, et moi j’étais confuse pour lui, bien que le père Andreï ne lui eût pas parlé méchamment, je souffrais pour lui. Je ne sais pas si Vitali l’a senti, mais à la fin de l’office, il m’a donné une prosphore.

Après les vigiles, j’étais passée au bar du café ou l’on donnait un concert de jazz. En fait, je me fichais du programme, je n'avais juste rien à manger chez moi, une faim de loup et envie d'une pizza aux trois fromages... Mais le concert était très bien, une femme et un jeune homme, elle jouait du piano, lui du saxo, et il chantait aussi, il improvisait. Une partie des compositions était inspirée par des chansons françaises des années cinquante et je me suis mise à pleurer, Rita sur les genoux, dans l'obscurité propice aux débordements émotifs silencieux. Parce que je voyais Pierrelatte, Annonay et même Cavillargues, le mistral et la lumière, les coquelicots, la cour de la Surelle au moment des apéritifs sous les platanes, Pedro gardant ses moutons, mes tantes sur les chaises longues de l'Armençon, la plage et les mouettes, les pliages de draps à l'hôtel du Rocher, avec maman et le ciel bleu derrière les toiles blanches, le marché du vendredi, je pensais: "Et pourtant, Dieu sait que tu n'as pas été heureuse, en France, depuis que tu as quitté l'adolescence, Dieu sait que tu n'y avais pas ta place, et que les imbéciles au pouvoir maintenant y étaient déjà bien actifs."  


Oui, oui, c'est vrai. Mais il y avait tout ce soleil, et cette douceur de vivre, et les miens encore de ce monde. Pourquoi m'être tellement obstinée, autrefois, à ne pas rester auprès d'eux? A présent, je verrais s'écrouler ce qu'il reste du monde que j'aimais. Mais j'aurais davanatage profité de la présence des personnes chères, je n'aurais pas perdu ma jeunesse dans les villes, loin de la nature, des bêtes, de la vie... Car tout ce que nous proposent le diable et son train, ce n'est pas la vie. Et ceux qui ricanent de voir molester les paysans sont des morts vivants, c'est du reste ce qui les rend si mauvais, si envieux, si vils et désespérement stupides. Eux n'auront pas volé l'enfer qu'on leur prépare, mais le plus triste est qu'ils y sont adaptés, comme les rats à l'égoût. Il y a des gens faits pour l'enfer comme les chiens pour mordre.   

Je termine un portrait de ma soeur que j'avais commencé en 1985... Quarante ans plus tard. Mon record de procrastination!


mercredi 15 avril 2026

Surprise

 


C'était l'anniversaire de Katia, lundi, et je suis partie pour Filimonovo avec Liéna, la femme de Sacha, le collaborateur de Gilles. La campagne est encore très austère, grise et brune, avec une légère teinte verte, un brouillard presque imperceptible. J'avais apporté des astilbes pour son jardin, en plus de mon cadeau. Liéna me dit: "Je les aime beaucoup, mais j'en ai planté une l'an dernier, elle est morte.

- Comment ça, morte? 

- Eh bien elle a disparu pendant l'hiver.

- Elles disparaissent toujours! Et puis elles ressortent!"

Ces jeunes femmes grandies en ville ne savent strictement rien de la vie de la nature. Liéna était contente d'apprendre que son astilbe allait ressurgir...

En entrant chez Katia, j'ai vu le père Serge, et puis, à ma grande surprise, monseigneur Théoctyste. J'en ai été complètement décontenancée, intimidée comme une écolière. "Vous êtes là, monseigneur?

- Eh bien oui! Katia m'a invité, et je suis venu!"

Il m'a dit que de son appartement, il avait une vue si dégagée qu'il espérait apercevoir Paris, si les Alpes ne le gênaient pas. Mais cela ne risque pas d'arriver, car aucune montagne ne sépare Pereslavl de Paris, j'avais constaté, en prenant le train pour Moscou, que la voie était ouverte quasiment jusqu"à l'Oural! "Sa maison est très jolie, m'a-t-il confié à propos de Katia, mais c'est difficile à assumer pour une femme seule...

- A qui le dites-vous... Mais j'espère bien pour elle que Fiodor reviendra vivre avec elle, je prie pour cela, je lui souhaite de tout coeur d'échapper au destin qui fut le mien."

A sa réaction, j'ai senti qu'il ne débordait pas d'optimisme. Pourtant Fiodor est toujours en vie.

Il y avait beaucoup de jeunes femmes de Pereslavl et de Moscou et nous avons même pu rester un peu sur la terrasse. Katia est assiégée par une petite chatte abandonnée en très mauvais état, une petite chatte tricolore, et cela m'a serré le coeur, comme d'habitude, j'avoue espérer qu'elle lui fasse une petite place à côté de son Kossia, mais évidemment, on se retrouve vite avec plusieurs chats, c'est la pente fatale... Il m'est difficile de ne pas détester ceux qui larguent leurs animaux n'importe où, et en même temps, je ne suis pas non plus si exemplaire, j'ai eu mes moments d'inconscience et de tragédie. J'ai même l'impression, avec la ménagerie d'emmerdeurs que j'entretiens, de racheter, en la matière, mes péchés et ceux des autres. Avoir sauvé ces petites créatures allègera l'addition de ceux qui les ont trahies.

Ayant lu une exhortation du père Andreï Tkatchev à aller le plus souvent possible à l'église pendant la Semaine lumineuse, je me suis poussée à le faire ce matin, pour ne pas me vautrer dans la paresse et la gourmandise après les efforts de la Semaine sainte... Il y avait plus de monde que je ne le pensais, surtout des vieilles. Antonina m'a embrassée en riant; "Ah! Tu es quand même venue!" Avant la communion, le jeune père Alexis jette sur leur troupeau aligné devant le lutrin un regard découragé: "Mais vous êtes si nombreuses?

- N'ayez crainte, lui dis-je, avec moi ce sera vite fait. Mon père spirituel me dit de ne pas me confesser à tout bout de champ…

- Je suis tout-à-fait de l'avis de votre père spirituel…

- Oui, mais une fois, je me suis fait tirer les oreilles, du coup je viens quand même. Alors voilà, depuis samedi dernier, paresse, gourmandise…

- Bon, répond le père Alexis en riant, allez communier!"

Mais c'est que nombre de pénitentes avaient des tas de choses à dire, alors qu'à mon avis, elles se sont confessées non seulement samedi, mais aussi lundi et mardi, elles sont fourrées à l'église beaucoup plus souvent que moi, et je me demande vraiment de quoi elles ont pu avoir le temps de se rendre coupables pour s'étendre si longuement sur la question. Liéna, la femme de Sacha du café, m'a dit qu'à son avis, elles étaient victimes de certains livres pieux dont la lecture donne à beaucoup envie de partir en courant sans se retourner et que le père Valentin bannit de la librairie de sa paroisse. 

Après la communion, procession dans un air doux, frais, un peu humide, et le père Alexis, comme tous les prêtres, se faisait une joie gamine de nous asperger d'eau bénite avec une générosité russe. Un patriote un brin obsessionnel m'aborde avec un grand sourire, et me déclare que si je veux vivre parmi les Russes, il me faut tout faire pour leur ressembler, ou alors ce sont les Russes qui doivent s'efforcer de s'adapter à moi? Auparavant, il m'avait dit un jour que je "n'avais pas encore l'air d'une vraie grand-mère russe". Je crois qu'il veut dire par là que je suis habillée avec des vêtements pas trop mal coupés qui vont bien ensemble, et si j'étais une vraie babouchka russe, je porterais n'importe quelles nippes moches et avachies au dessus de chaussettes qui plissent et de godillots informes, ce qui n'est pas près d'arriver, du moins tant que je suis saine d'esprit. J'ai raconté ensuite cela à Liéna du café, qui a trente cinq ans, et arborait aujourd'hui une jupe longue rouge et un foulard rouge, parce que c'est la couleur de Pâques. "Eh bien, me  répond-elle, à moi, il a dit que j'avais un style beaucoup trop provocant pour l'église et que je n'y étais pas à ma place!" Et cela avec le même sourire affectueux. Dans le cas de Liéna, dont la tenue était très correcte, je crois que c'est son évidente joie de vivre et sa spontanéité enfantine qui ont du déclencher cette réflexion. 

En général, ce sont plutôt des vieilles qui jouent les redresseurs de torts dans les églises, mais dans la nôtre, c'est un bonhomme, d'ailleurs pas spécialement vieux, une petite cinquantaine. Je n'en suis pas outre mesure traumatisée, mais ce genre d'interventions peut faire fuir la personne qui tente timidement de venir prier un peu ou mettre un cierge...  Personnellement, je déteste qu'on me fasse la leçon, quand on n'est pas habilité à le faire. Pour les conseils spirituels, je m'adresse au père Valentin ou, à défaut, au clergé local. Mais en ce qui concerne mon look de grand-mère, cela ne relève même pas de la spiritualité, juste des obessions bizarres d'un drôle de paroissien.

A part mon foulard français et mon bonnet chinois, tout ce que j'avais sur le dos était irréprochablement russe, acheté sur Ozon! 

Le père Alexis a fait, comme d'habitude, un sermon intelligent et profond. Il nous a dit que tous les offices de la Semaine lumineuse se ressemblaient car en fait, pour nous faire appréhender l'éternité, ils ne constituaient qu'un seul jour, et que pour cette raison, si nous avions communié la nuit de Pâques, nous pouvions le faire chaque matin sans nous confesser ni jeûner.






 Pour ceux qui m'ont demandé de parler de Victor Orban, voici une analyse qui me paraît intéressante et lucide :

 https://www.facebook.com/reel/968628052324151

Il semblerait pourtant que la clique ait mal calculé son coup et que le poulain ne soit pas aussi malléable que prévu.