Ravages, c’était le titre d’un ouvrage d’anticipation de Barjavel qui m’avait beaucoup impressonnée quand j’étais adolescente. Je souhaitais évidemment que tout cela restât du domaine de la spéculation. Hélas, les choses prennent un tour de plus en plus cauchemardesque, car les malfaiteurs impliqués ne connaissent aucun frein et se fichent complètement des populations, surtout de celles qui sont encore enracinées, dignes, honnêtes, conscientes, solidaires et capables. Ils aiment les mous, les veules, les abrutis et les violents, ceux qui, issus de nulle part et élevés par personne, semblent surgir des crevasses de nos pays par génération spontanée. En vue de les achever. La frontière est floue entre ces grandes compagnies et la police elle-même. Pour moi, le critère est le suivant: si la mafia envoie ses provocateurs et ses chiens avec une brutalité implacable, la cause est juste, les réprimés des gens normaux, quels que soient leur âge, leur couleur, leur situation sociale ou leur orientation politique. Si elle laisse faire, c’est qu’elle a besoin de foutre la merde et de nous jeter les uns contre les autres, en frappant au besoin les deux côtés, comme au moment du maidan, ou en Yougoslavie. Et ca marche, grâce a des décennies de dressage. Ce sont les gauchiasses de Mélenchon, les "islamo-gauchistes". Ce sont les fachos, les racistes, les RN. La fracture est plus profonde qu’entre huguenots et catholiques et ne suit plus les memes lignes de faille, beaucoup de catholiques etant de gauche, et beaucoup de droitards sionistes, parce qu’ils sont obnubilés par l’invasion islamiste et que les juifs sont des gens fréquentables comme nous, avec des costars cravates et des brushings, et ils ne peuvent par définition commettre aucun forfait, et surtout pas un génocide. Du coup n’importe quel manifestant est assimilé a une racaille islamiste. On peut arracher un oeil à un môme dans la rue, c’est bien fait pour lui et pour ses cons de parents. On ne se souvient plus des gilets jaunes, des éleveurs, on ne remarque pas que la racaille n’est pas réprimée tandis que les gens normaux le sont, on aime tellement l’ordre établi, on veut tellement continuer à y croire et se cramponner au premier uniforme qui passe... Mais ce n’est pas Mélenchon qui a mis la France dans cet état, ́ni le Pen, ils n’étaient au gouvernement ni l’un ni l’autre, techniquement. Bien qu’au fond ils fassent partie du meme théätre et de la même mauvaise pièce, et usent des mêmes procédés. On oublie du coup, au spectacle d’insupportables violences largement provoquées et largement médiatisées, qui est à la manoeuvre. Avec le recul, je vois sur l'écran la racaille, et ne m’étendrai pas sur la violence du dégout qu’elle m’inspire. Mais je vois aussi des foules bon enfant qui fraternisent, au son d’un orchestre classique gazé par les robocops macronesques, des jeunes qui entonnent l’air des esclaves de Verdi, et puis je me dis ceux-là, ceux qui ont de bons comportements et qu’on castagne, où prendront-ils la motivation pour "s’en sortir par le travail", s’ils prêtent attention à la façon dont l’état laisse traiter les petits commerces par les voyous? Et, si je suis convaincue qu’il s’agit d’une manoeuvre déliberée pour aveugler la bêtise au front de taureau, je discerne même, pour un état mafieux toxique, un autre avantage à ces destructions: l’anéantissement par les pit-bulls de banlieue de ce qu’il subsiste de petites affaires indépendantes. Mais restez chez vous les enfants, et travaillez pour fournir aux uns les esclaves et aux autres la chair à canon, et vous ne serez privés ni de vos dents, ni de votre oeil, ni de vos mains...
Chroniques de Pereslavl
Journal de ma réinstallation dans ma patrie spirituelle
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mardi 20 octobre 2026
Ravages
Ravages, c’était le titre d’un ouvrage d’anticipation de Barjavel qui m’avait beaucoup impressonnée quand j’étais adolescente. Je souhaitais évidemment que tout cela restât du domaine de la spéculation. Hélas, les choses prennent un tour de plus en plus cauchemardesque, car les malfaiteurs impliqués ne connaissent aucun frein et se fichent complètement des populations, surtout de celles qui sont encore enracinées, dignes, honnêtes, conscientes, solidaires et capables. Ils aiment les mous, les veules, les abrutis et les violents, ceux qui, issus de nulle part et élevés par personne, semblent surgir des crevasses de nos pays par génération spontanée. En vue de les achever. La frontière est floue entre ces grandes compagnies et la police elle-même. Pour moi, le critère est le suivant: si la mafia envoie ses provocateurs et ses chiens avec une brutalité implacable, la cause est juste, les réprimés des gens normaux, quels que soient leur âge, leur couleur, leur situation sociale ou leur orientation politique. Si elle laisse faire, c’est qu’elle a besoin de foutre la merde et de nous jeter les uns contre les autres, en frappant au besoin les deux côtés, comme au moment du maidan, ou en Yougoslavie. Et ca marche, grâce a des décennies de dressage. Ce sont les gauchiasses de Mélenchon, les "islamo-gauchistes". Ce sont les fachos, les racistes, les RN. La fracture est plus profonde qu’entre huguenots et catholiques et ne suit plus les memes lignes de faille, beaucoup de catholiques etant de gauche, et beaucoup de droitards sionistes, parce qu’ils sont obnubilés par l’invasion islamiste et que les juifs sont des gens fréquentables comme nous, avec des costars cravates et des brushings, et ils ne peuvent par définition commettre aucun forfait, et surtout pas un génocide. Du coup n’importe quel manifestant est assimilé a une racaille islamiste. On peut arracher un oeil à un môme dans la rue, c’est bien fait pour lui et pour ses cons de parents. On ne se souvient plus des gilets jaunes, des éleveurs, on ne remarque pas que la racaille n’est pas réprimée tandis que les gens normaux le sont, on aime tellement l’ordre établi, on veut tellement continuer à y croire et se cramponner au premier uniforme qui passe... Mais ce n’est pas Mélenchon qui a mis la France dans cet état, ́ni le Pen, ils n’étaient au gouvernement ni l’un ni l’autre, techniquement. Bien qu’au fond ils fassent partie du meme théätre et de la même mauvaise pièce, et usent des mêmes procédés. On oublie du coup, au spectacle d’insupportables violences largement provoquées et largement médiatisées, qui est à la manoeuvre. Avec le recul, je vois sur l'écran la racaille, et ne m’étendrai pas sur la violence du dégout qu’elle m’inspire. Mais je vois aussi des foules bon enfant qui fraternisent, au son d’un orchestre classique gazé par les robocops macronesques, des jeunes qui entonnent l’air des esclaves de Verdi, et puis je me dis ceux-là, ceux qui ont de bons comportements et qu’on castagne, où prendront-ils la motivation pour "s’en sortir par le travail", s’ils prêtent attention à la façon dont l’état laisse traiter les petits commerces par les voyous? Et, si je suis convaincue qu’il s’agit d’une manoeuvre déliberée pour aveugler la bêtise au front de taureau, je discerne même, pour un état mafieux toxique, un autre avantage à ces destructions: l’anéantissement par les pit-bulls de banlieue de ce qu’il subsiste de petites affaires indépendantes. Mais restez chez vous les enfants, et travaillez pour fournir aux uns les esclaves et aux autres la chair à canon, et vous ne serez privés ni de vos dents, ni de votre oeil, ni de vos mains...
vendredi 9 octobre 2026
Sens
Voici l'été indien, un temps venteux d'une merveilleuse douceur. Je suis allée dans le marécage, sur la berge escarpée, regarder le lac d'un bleu profond, avec de sourds reflets verts, et la foule des arbres, drapés pour s'endormir dans de chatoyants linceuls de brocart, et l'écume des verges d'or fanées qui moussait à leur pied, les nuages intermittents, légers, distraits, égayés dans un azur transparent. J'ai fait un croquis, dans les remous de l'air tiède, et puis je suis redescendue contre les rayons du soleil déclinant qui me giclaient dessus, et quand je regardais sous mes pas, la terre et l'herbe me paraissaient habitées par les nuances du ciel, comme s'il avait coulé sur nous et infiltrait soudain tout ce qui vivait. C'est bizarre, mais malgré ma vue qui s'abîme, il me semble voir des choses qui ne m'étaient pas perceptibles, surtout dans le domaine des teintes et des lumières.
Pour la vue, j'ai commencé un traitement. Ma chienne aussi, mais pour sa toux. La vétérinaire m'a dit que n'était ce problème, elle serait en pleine forme. Les médicaments devraient atténuer sa gêne. Si ça se trouve, je vais avoir une Rita d'une longévité exceptionnelle... Elle ne fait d'ailleurs pas du tout son âge.
J'ai rencontré Katia, qui m'a parlé des fâcheuses tendances de la Russie à aller dans le sens de ce qui perdait l'Europe, bien que ce soit encore supportable ici. Les persécutions administratives, les impôts en hausse, les mesures absurdes. Souhaitons que nous n'en arrivions pas au même point, ce serait la fin de tout. Mais les dimensions du pays et le bordel inhérent à la mentalité locale nous épargnerons peut-être la société irrespirable qui s'installe en occident. Louis Fouché emploie justement ce mot: irrespirable. Au point de donner envie de s'enfuir, mais d'après lui, le globalisme est partout. Je dirais qu'ici, on respire encore pas mal. Je ne sais pas si cela va durer, mais pour l'instant, à mes yeux, c'est clair.
Je discutais hier avec mon filleul Antoine des révoltes dans les lycées et de mon impression que de tous côtés, les gens disaient n'importe quoi. En tant que prof', il m'a confirmé que les lycées étaient dans un état déplorable et que les revendications de départ étaient légitimes. Que cela soit récupéré politiquement, que le mouvement soit pourri par des provocations, ou par des racailles qui y trouvent l'occasion de mettre le boxon est un autre problème. N'empêche que, bien que je ne sois pas ce qu'on appelle de gauche, j'éprouve un grand malaise à voir des gens proclamer que le gosse de quatorze ans à la mâchoire brisée et bloquée pour des mois n'aura qu'à manger de la purée et que c'est bien fait pour lui, étant donné qu'il avait donné un coup de pied au gentil policier. Ou que celui qui a perdu une main, d'un côté, et à qui on a dû en greffer une de l'autre, pouvait s'estimer content d'être encore en vie. La méchanceté et la bêtise de tels commentaires sont confondantes. On pourrait penser que les gens feraient des rapprochements avec les mutilations révoltantes des gilets jaunes, avec les démonstrations de force contre les éleveurs, les soignants, avec le laxisme parallèle envers les émeutes de la racaille au moment des matchs, ou envers les pédocriminels. Non. Pas du tout. Je vois même des commentateurs que d'habitude j'aime bien,verser dans les condamnations sans appel et sans nuances de tous ces petits flemmards, de tous ces incultes, de tous ces fouteurs de merde. Et de les entendre répéter que de leur temps, c'était pire, que les classes étaient plus chargées, les conditions plus spartiates, et que pourtant on travaillait, me fait bien rigoler. Je détestais l'école et le lycée de toute mon âme, mais jamais je n'ai vu de locaux délabrés, sans chauffage, jamais d'élèves manquer de tables et de chaises, obligés de s'asseoir par terre pour travailler. Les cours étaient assurés, les profs manquants remplacés. Et surtout, à l'issue de tout cela, l'avenir n'était pas si bouché. On pouvait encore gagner sa vie dans la paysannerie, l'artisanat ou le petit commerce, cela n'allait pas durer bien longtemps, mais quand même, on en avait l'illusion. Le bac valait encore quelque chose; les diplômes ouvraient encore quelques portes, même s'il fallait montrer patte rouge pour les obtenir. Mais quand on parle de travail aux gosses d'aujourd'hui, on pense à quoi? Qu'est-ce qu'on leur propose? S'ils ont des yeux pour voir, ils ont enregistré comment on a traité les gilets jaunes, les soignants, les agriculteurs, les artisans, les restaurateurs et les commerçants, c'est-à-dire des gens qui travaillent dur du matin au soir pour gagner des clopinettes et être emmerdés et méprisés de toutes les manières. A mon avis, ils n'auront aucune envie d'épouser ce genre de professions, que l'Etat assassine depuis des décennies et qu'il a privées de toutes perspectives. Alors que reste-t-il, s'ils ne sont pas élevés dans les grandes écoles de la caste, où l'on fabrique en série des nullards aussi arrogants qu'indignes, persuadés d'être le sel de la terre? Les métiers d'esclaves que l'IA va remplacer? Ne nous répète-t-on pas, dans les cercles de la mafia mondialiste et transhumaniste, que les gueux sont surnuméraires, inutiles, stupides et qu'ils gaspillent l'air, l'eau et la nourriture des élus?
Tout ça pour dire que "de notre temps", cela n'allait pas encore si mal, bien que nous fussions déjà engagés sur une très mauvaise voie. Pour moi, je pense que l'homme n'est pas né pour "travailler de toutes ses forces pour son patron" du matin au soir, comme disait monsieur de Maesmaker. Ma vision du monde se rapprocherait plutôt de celle des peaux-rouges, qui fut la nôtre pendant des millions d'années: il est né pour chasser, cueillir, danser, chanter, inventer de belles histoires, contempler la nature et entrer en communication avec la Source sacrée de l'existence. De cela, il est privé dans l'écrasante majorité de ses représentants, qui sont devenus complètement abrutis, au physique comme au moral, et détruisent méthodiquement la vie sans l'avoir jamais ni comprise ni contemplée. Et en étant sûrs de leur bon droit, et implacables à ceux qui, sans être bien nés, s'écartent de l'usine ou de la caserne.
Antoine me dit qu'il pense exactement comme moi, mais que néanmoins quand il a préparé un cours intéressant, il en ressent de la joie et de la fierté. En effet, j'avais le même sentiment avec mes enfants de maternelle, mais si surmenants nerveusement que soient les métiers de l'enseignement, ils gardent quand même un sens. Alors que beaucoup d'emplois n'en ont aucun, et ils sont en plus voués à la disparition. Une vie qui n'a pas de sens, ni d'ampleur, ni de joie supérieure vaut-elle la peine d'être vécue? C'est la question que je me suis posée tout au long de la mienne. Mais la mienne, du sens, elle me paraissait en avoir. Je lui en donnais comme je pouvais, et je ne l'ai pas laissé complètement gâcher. C'est à peu près tout ce que, parvenue à son terme, je peux me dire à son sujet. J'en ai sauvé la poésie, et la ferveur.
lundi 5 octobre 2026
Reliques
Une amie Belge est venue visiter Pereslavl. Elle travaille à Moscou, et elle a un permis de séjour. Au café français, elle a soupiré que cela sentait la France, la décoration, l'ambiance, la musique calme et moelleuse. En effet, il y a beaucoup de restaurants à Pereslavl, et la plupart sont bons. Mais à La Forêt, on trouve un peu de ce que représente le troquet du coin en France. On commande et paie tout de suite, un repas, ou juste un café, ou un café avec des pâtisseries, on n'attend pas de serveur, de menu, ni l'addition à la fin, on est libre, on s'asseoit seul, ou bien on donne rendez-vous à quelqu'un, ou bien on y rencontre un ami de façon inattendue, c'est un lieu de vie sociale, d'échanges. Mon amie ne regrette pas la Belgique. Elle est contente d'y aller, mais ne pourrait plus y vivre.
Auparavant, nous étions allées chez notre amie commune Hélène, la fille de la regrettée matouchkka Alexandra. Nous y avons vu une jeune femme, née de l'émigration blanche, qui a épousé un Russe et rejoint de la sorte la patrie de ses ancêtres. Elle nous a parlé avec une certaine nostalgie de l'élégance française, qui, à vrai dire, disparaît à vue d'oeil. Nous nous sommes rendues toutes ensemble sur la tombe de la matouchka. Il faisait soleil, avec un vent froid sur les forêts dorées, et les drapeaux des tombes de soldats, dans le carré d'à côté, nombreuses, trop nombreuses, mais rien à voir avec les nécropoles ukrainiennes à perte de vue...
Hélène voulait planter sur la tombe de sa mère. Nous avons chanté "mémoire éternelle". Je pensais que la matouchka devait en être contente, elle aimait beaucoup le chant liturgique et elle nous aimait beaucoup. Saluée de la sorte, sa tombe gardait sous le soleil quelque chose de l'allégresse de ses funérailles.
Ce matin, nous nous sommes rendues à la liturgie de l'aube chantante, submergée par les gosses de l'orphelinat. Le père Alexis nous a communiqué qu'à la faveur de la réparation des églises, on avait entrepris des fouilles près de celle du métropolite Pierre, et que le dernier prêtre à en avoir été le recteur, fusillé par les bolcheviques, et enfoui par derrière, allait être bientôt exhumé. Ce prêtre a été canonisé parmi les nouveaux martyrs de Russie, il s'agit de saint Constantin de Pereslavl.
Mon amie a tenu à aller vénérer son icône, qui se trouve dans la cathédrale Saint Alexandre Nevski, juste à côté. Je l'ai présentée au père Andreï. "L'invention de ces reliques est pour nous très importante et pleine de sens, nous a dit le père Andreï. Cet événement fait suite à la découverte de l'inscription médiévale, sur les murs de l'église de la Transfiguration, dénonçant les assassins du prince André Bogolioubski, et tout cela s'est produit après qu'on eu créé l'évêché de Pereslavl-Ouglitch. Sur le fond de tout ce qui se passe en ce moment, il est probable que c'est destiné à nous prévenir autant qu'à nous encourager... Il faut savoir que saint Constantin a été tué avant la famille impériale, c'était encore la Russie d'avant...
- Oui, et en plus, on a aussi récemment retrouvé les reliques de saint Dmitri Donskoï. C'est très important pour la Russie, et c'est important pour moi. Car je suis allée en France, avec les reliques de saint Luc de Crimée, qui a exercé ici, afin de les remettre au monastère de la Transfiguration. Mon voyage m'a beaucoup émue, et même bouleversée, mais quand je suis rentrée, j'ai éprouvé la calme certitude que ma présence ici était providentielle et que je revenais vraiment chez moi. Or, voyez, juste après mon retour, voici que les reliques de saint Constantin sont retrouvées..."
J'ai vu que le père Andreï avalait et digérait ce que je venais de dire, l'oeil pensif et attendri: "Attendez-moi, je vais vous offrir mon dernier livre". Nous avons eu chacune le nôtre. Un livre sur Andreï Bogolioubski.
A Moscou, il y a deux jours, j'ai dîné avec la dissidence française chez Iouri et Dany. Iouri a parlé des trahisons russes du Donbass, qui ont eu lieu à plusieurs reprises, contrairement au contenu des contes bleus qu'on répand en occident sur la question. Ainsi que je l'ai dit souvent, Moscou ne voulait pas de guerre, et d'autant moins que nombre de politiciens et d'oligarques avaient du bien en occident, et leurs enfants dans des universités occidentales. Ils voulaient commercer et passer leurs vacances sur la côte d'Azur. Ils n'arrivaient pas à comprendre que l'ouest ne voulait pas d'eux et entendait mettre le pays en coupe réglée en se servant de l'Ukraine comme cheval de Troie. D'après Iouri, cet état d'esprit perdure. Cependant, il mésestime la stupidité hystérique des ennemis de son pays, et l'état de déliquescence dans lequel ils ont mis les leurs. Je crois comme Moïsseïev que la Russie ne sera pas forcément sauvée grâce à ses dirigeants mais grâce à Dieu, et grâce à l'aveuglement délirant de la caste qui ne saura pas gérer le problème et dont les membres se dévoreront les uns les autres, dans leur cupidité et leur bassesse...
Sur le fond de ce qui se passe en France, j'en suis de plus en plus persuadée. On dirait que tout le monde devient fou, de tous les côtés, dans tous les partis, on dirait que le pays s'ukrainise, sombre dans une espèce de méchanceté hallucinée et de bassesse ricanante qui me fait penser au Maïdan. Quelle honte, et quelle douleur... A droite, on est content de voir casser du jeune, le jeune étant forcément un petit con de gauche manipulé par LFI, ou une racaille. Or, d'après ce que j'ai lu, les revendications des lycéens sont justifiées: des locaux insalubres, des classes surpeuplées, pénurie d'enseignants, d'infirmières scolaires etc... Ces ados sont loin d'être tous des racailles, mais naturellement, le gouvernement a lâché les siennes sur les manifs, pour envenimer le truc, comme d'habitude. Les vraies racailles ne sont pas du tout l'objet de ces rigueurs policières, personne ne va les éborgner ou les édenter dans leurs quartiers, et les lycéens seraient moins férocement réprimés s'ils avaient massacré une grand-mère ou violé leur voisine. Les vraies racailles sont utiles à la caste pour mettre le boxon, et faire trembler les zones pavillonnaires. Je crois facilement que les lycées sont à présent complètement sinistrés. Comme les hôpitaux, comme l'agriculture, l'industrie, comme les centre-villes déserts. L'argent public part ailleurs, chez Zelensky par exemple. La France est vendue, pillée. L'Etat a laissé tomber l'école. Et pour former qui? Les enfants des gueux? Tout le monde s'en fout, plus ils seront abrutis, mieux ce sera. Les enfants de la caste ne vont pas dans les établissements concernés. De sorte que les enfants du public, même décidés à bosser, même doués, n'ont aucune chance de s'en sortir, d'autant plus que les métiers dignes sont l'objet de persécutions fiscales et administratives impitoyables, et que les métiers d'esclaves connaissent un chômage sans précédent. Et quand ils commencent à le comprendre et à faire du foin, on les éborgne, les défigure et les tabasse, comme on l'a fait des gilets jaunes, des soignants et des éleveurs. Avec la même brutalité délirante, ce qui nous démontre que de notre avis, de nos votes, nos manifestations et nos pétitions, de notre vie et de notre avenir, on se fout royalement en haut lieu. Ainsi petit à petit, ce qu'ont subi gilets jaunes, éleveurs et lycéens sera appliqué à toutes les catégories sociales, pour finir par les banlieues, quand ses bandes auront rempli leur office de gardes rouges ou de chemises brunes, destinés à effrayer les castors. Et c'est facile à mettre en place, puisqu'aucune de ces catégories sociales ne comprend vraiment la manoeuvre, et que chacune se réjouit de voir taper sur le voisin, qui l'a forcément bien mérité. La France entière peut commander des yeux de verre et des implants dentaires, ses maîtres se réjouissent déjà de voir borgnes, édentés, manchots et unijambistes se taper dessus comme ils peuvent et approuver avec enthousiasme les répressions exercées sur l’ennemi de classe.
Il y a quelque chose pour moi de particulièrement consternant à voir le nombre de gens qui se réjouissent et font de l'esprit devant des adolescents défigurés à quatorze ou quinze ans par des tirs de LBD ou de grenades lacrymogènes. Ils vont bientôt leur souhaiter une bonne guerre, à la grande satisfaction du gouvernement, qui ne rêve que de cela. Quand ces pères fouettards appartiennent à ma génération, je trouve cela particulièrement succulent, avec tout ce que j'ai vu et entendu dans les facs des années soixante-dix ou les cénacles intellectuels, ou les villas du Vaucluse ou de la côte d'Azur, toutes les bêtises des cultivateurs de haschich, des partouzeurs distingués, des trotskistes de salon. Les voilà qui ne parlent plus que du travail et de la patrie, et de la nécessité de la schlague, allez les bourres, hardi, hardi, cognez. Comme par hasard, ce sont les mêmes qui ne voulaient rien savoir sur le Donbass, et fermaient pudiquement les yeux sur l’attirail nazi des bataillons punitifs ukrainiens. Ou bien sont favorables à une invasion musulmane de la France mais se taisent sur les génocides au moyen orient. Ou bien encore approuvent ces génocides d’Arabes qui veulent rester chez eux par détestation de ceux qui sont venus chez nous. En Allemagne, les jeunes protestent, qu'ils soient ou non pro russes, contre la guerre où on veut les entraîner. Le parti "d'extrême droite" s'est allié au parti "d'extrême gauche" contre l'extrême saloperie et l'extrême malfaisance du pouvoir actuel. Théoriquement de droite, je trouve des imbéciles hallucinés de haine des deux côtés, et ne vais pas adopter des positions de principe, quand je vois qu'on nous mène en bateau et nous rend complices de véritables méfaits, parce que ma "famille politique" se déshonore. D'ailleurs, si je reconnais la famille, le village, le royaume, la paroisse, je ne sais pas ce que c'est qu'une famille politique.
Il y a cinq ans, ces memes lycéen, encore a l’ecole, etaient masqués du matin au soir. Interdiction de respirer. Et je m’étonnais que leurs enseignants et leurs parents admissent ce dressage. Si l’on ajoute a cela que ce sont généralement des enfants ́loups culturels à qui on n’a rien appris ni rien transmis, il est même sidérant qu’ils arrivent encore a se mobiliser pour avoir des conditions d’apprentissage normales. Etonnant aussi que de si nombreux jeunes soient allés acclamer le pape. Je préfere les voir catholiques que complètement mécréants. Cependant, vis-à-vis de l’Eglise romaine, j’eprouve le meme malaise que le blogueur Francois Cotard. Je pense que si elle n’etait pas tombée dans tous les travers de l’époque, elle aurait apporté un point de résistance plus ferme et plus lumineux aux dérives sataniques auxquelles nous assistons.
Hier, Slobodan m'a envoyé fort à propos une copie d'écran:
mardi 29 septembre 2026
Cinéma, IA et vieilles dentelles
Une chose m'étonne quand même, c'est que le récit de mon discret voyage en France a suscité beaucoup plus d'intérêt que celui de mon tout aussi discret voyage au Donbass l'an dernier... De même quand, sur Facebook, je change ma photo de profil, une centaine de personnes apprécie et commente, mais c'est beaucoup plus poussif quand j'annonce la parution d'un livre... Je préfèrerais qu'on s'intéressât davantage à mes livres qu'à ma tronche, qui a pris déjà plus d'un coup de pelle.
Et à ce propos, j'ai, pendant mon voyage en France, où entre deux pérénigrations, j'avais pas mal de temps libre, réussi, en me crevant les yeux, à lire sur mon téléphone l'ouvrage de Nicolas Bonnal La destruction de la France au cinéma, qu'il m'avait gentiment fait parvenir sous forme électronique. Il analyse notre déclin avec verve et douleur en commentant certains écrivains, Guénon, Bernanos, Céline, ou les propos de Pasolini sur l'évolution du monde moderne, puis propose un choix de films révélateurs, qui ne sont pas tous des chefs d'oeuvre mais décrivent le triste processus. J'ai trouvé la démarche très intéressante et j'ai regretté de n'avoir pas lu ce livre avant d'écrire mon Album de famille. Car ils sont un peu complémentaires, il travaille au vitriol, et moi, en regardant l'époque à travers mes souvenirs d'enfance, je fais plus dans le sentiment, la carte postale de vacances et les dentelles oubliées au fond d'un tiroir, mais c'est dans les deux cas de notre déclin qu'il s'agit.
Ce déclin, il le fait remonter à loin, mais en fait, moi aussi, car malgré l'optimisme ambiant, je ressentais dès l'enfance que quelque chose n'allait pas. Il pense que nous étions remplacés bien avant que l'on nous ouvrît les écluses du déferlement africain. L'exode rural, commencé dès le XIXeme siècle, le brassage des populations qui échouaient en ville, loin de leur terroir, et y perdaient peu à peu leur culture, que rien ne venait compenser. Les grandes boucheries des deux guerres mondiales, que l'on voudrait tellement, aujourd'hui, compléter par une troisième, définitive, et le boulot est partiellement accompli en Ukraine. C'est une véritable catastrophe anthropologique, dont les gens lucides ne peuvent que pleurer les ravages dans une presque totale impuissance. Ma famille n'aimait pas De Gaulle, Bonnal non plus. Bien sûr, depuis, on a eu tellement pire... Mais quand même, je me souviens que le début de la fin, c'était les années soixante, leur vulgarité déchaînée, et c'est là qu'on a commencé à pourrir la vie de la paysannerie, des artisans, des petits commerçants, bref des petites gens indépendantes qui savaient travailler et ne s'en laissaient pas conter. Voici ce qu'en dit Bonnal:
"La surestimation du gaullisme ne frappe pas assez les bons esprits. On nous dit que De Gaulle, c’est la Liberté et la Grandeur de la France, De Gaulle, c’est la prospérité et la voix de la France libre (bis), De Gaulle, c’est une époque bénie… Or dans les années soixante toute l’Europe en voie de destruction se développait. En fait le gaullisme repose sur une mythologie et une hypnose collective proche de celle de 1789, de Napoléon ou de la République dont le Général se réclama toujours. Je n’ai aucune envie de m’étendre sur cette question qui mériterait un bon livre - un de plus... Mais au moins rappelons les faits principaux : - De Gaulle, c’est une Résistance et une Libération bâclées: voyez par exemple le livre de Kerillis, De Gaulle dictateur. De Gaulle c’est une malédiction portée sur l’extrême-droite collabo et une sanctuarisation de la Résistance dont se réclament tous les escrocs qui nous gouvernent. Ses Mémoires de guerre sont le livre de chevet (au moins officiel) de Macron. De Gaulle c’est aussi l’oubli de la trahison et de la désertion incroyable des communistes qui sont chargés ensuite de cette impayable épuration qui ne cessera jamais. - De Gaulle, c’est la trahison des pieds noirs et la perte brutale, sanglante et bâclée de l’Algérie (voyez les livres publiés par mon éditeur Dualpha notamment celui de Manuel Gomez). - De Gaulle, c’est les Trente Glorieuses (disparition des paysans et mauvais traitements des ouvriers) et la destruction de la France rurale traditionnelle, la transformation et l’américanisation d’un Hexagone mué en France défigurée pour reprendre le titre d’une émission célèbre de Michel Péricard, lui-même gaulliste. Comparez Farrebique et Biquefarre.
- De Gaulle, c’est aussi le début de la massive immigration africaine qui suit la décolonisation ratée – Audiard s’en moque dans son libertaire et jubilatoire Vive la France. Les cinéastes ont bien vu les maléfices en œuvre sous de Gaulle : voyez Weekend ou Deux ou trois choses de Godard sans oublier Alphaville ; voyez Play Time de Jacques Tati, le début de Mélodie en sous-sol... 25 - Sur le plan des Français, on voit une détérioration du matériel humain: société de consommateurs, d’assistés, de téléphages et d’automobilistes. L’enlaidissement du pays modernisé entraîne l’enlaidissement des gens, la fin de l’élégance parisienne et le déclin de la culture française. Voyez Debord qui rejoint Pierre Etaix. Et ne parlons pas de mai 68, de l’explosion de la pornographie et de la destruction finale de Paris sous Pompidou, ancien laquais de Rothschild (pour ceux qui se plaindraient de l’autre). De Gaulle nous laissa aussi Chirac et Giscard…"
Ce que j'ai vu au cours de mon dernier voyage, c'est la matérialisation de ce que décrit Bonnal. Une France déracinée et envahie qui ne se connaît plus, avec des survivances très menacées, ça et là. La visite du pape semble avoir concentré et soulevé des forces spirituelles encore vives, et peut-être aussi la nostalgie de ce que nous étions chez des jeunes encore frais et d'aplomb qui cherchent à retrouver un sol ferme et des perspectives plus lumineuses, plus transcendantes. Mais comme le remarque un correspondant de plus en plus affecté par le contexte, ces jeunes chantent de la chansonnette religieuse nunuche et applaudissent le pape au stade comme s'il s'agissait d'une rock star. De même les combattants au Donbass écoutent trop souvent des raps et de la variété patriotiques américanoïdes qui n'ont plus rien de commun avec les chants tragiques et magnifiques que la guerre inspirait à leurs ancêtres, jusqu'à celle de quarante y comprise, qui n'ont même plus rien de russe ni par la mélodie, ni par le contenu. La destruction de la paysannerie y est pour beaucoup. Les gens n'ont plus de sol sous les pieds, plus d'ancêtres, plus rien. La terre est la proie du cancer du béton et de l'asphalte. Plus rien ne chante ni ne vole, ni ne lève au ciel les yeux et le coeur.
Parallèlement, Nicolas le Belge m'a donné à lire le résumé d'un livre qu'un de ses amis, l'Espagnol Michel Romero, écrit sur l'IA, vue d'un point de vue orthodoxe. L'intelligence sans visage. L'homme, le noûs et le veau d'or numérique à l'épreuve du Christ. Le grand mérite de cet ouvrage, qui n'est pas encore paru, me semble de remettre à sa place la conception purement technologique, mécanique de l'intelligence, en contradiction avec des gens comme le docteur Alexandre, qui ne prend en considération que cet aspect-là, le seul qui soit accessible à cet esprit malade et luciférien. Personnellement, je pense depuis bien longtemps que c'est un aspect très inférieur, qui ne m'a jamais impressionnée.
L'autre mérite est de faire appel au discernement spirituel et de mettre en évidence la distraction permanente induite par l'addiction électronique, qui nous vole notre temps et nous vole à nous-même, en nous empêchant de faire en nous le silence favorable à l'irruption du sacré, au dialogue avec le Créateur. C'est une chose qui réclame de moi, par exemple, une lutte incessante pour ne pas me laisser emporter. Je me souviens que le sévère Bernard Frinking, peintre d'icônes, mettait près de son ordinateur une prière spéciale, pour se garder de la fascination hypnotique du procédé. Les gens les plus cultivés et les plus technophobes ne sont pas à l'abri, que dire de ceux qui n'ont aucune culture, aucun anticorps? Des enfants, par exemple? Quand j'étais en maternelle, on faisait pression sur moi pour me faire utiliser l'ordinateur avec les enfants, et je me suis vite rendu compte qu'il fallait l'exclure complètement des apprentissages. Ils en étaient déjà suffisemment victimes à la maison. Je priviliégiais tout ce qui était manuel, corporel, les chansons traditionnelles qui donnent du vocabulaire, qui apportent une dimension féerique et épique sublimante, les créations personnelles et collectives, tout ce qui développait l'esprit, l'imagination et la communication.
L'ouvrage de Michel Romero me semble complémentaire des travaux du père Boboc, médecin de formation, sur le transhumanisme, cette idéologie hideuse pour vieux mafieux qui voudraient immortaliser leurs carcasses nuisibles au détriment de la Vie réelle voulue par le Créateur. On s'apercevra sans doute dans l'avenir de sa monstruosité, et du mal inimaginable qu'elle aura fait à l'humanité. Michel Romero, qui a travaillé comme infirmier et fait beaucoup de bénévolat, ne renie pas les progrès de la médecine et ne prône pas un retour en arrière. A vrai dire, moi non plus. Ce n'est pas parce que je prône la protection de la nature et le respect de la tradition et du patrimoine que je rejette tout ce qui est actuel. Mais tout ceci, cette science, cette technique et la médecine elle-même sont passées entre des mains extrêmement malfaisantes sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle. Son livre remet tout en place, dans une perspective spirituelle et orthodoxe qui, ici, devient universelle et profitable à n'importe quelle personne douée d'une conscience, quelle que soit sa confession religieuse ou son absence de religion.
"L’intelligence artificielle nous place devant une question plus redoutable que celle de la puissance des machines : qu’avons-nous commencé à oublier de l’homme pour être si facilement éblouis par ce qui l’imite ? Nous admirons la rapidité d’une réponse, l’élégance d’un raisonnement, la disponibilité d’un interlocuteur artificiel ; nous comparons ses performances aux nôtres ; nous calculons les métiers qu’il pourrait transformer et les décisions que nous pourrions lui abandonner. Mais, derrière cette agitation, une interrogation demeure presque silencieuse : une civilisation qui sait produire des discours sur toutes choses sait-elle encore reconnaître ce qui mérite d’être aimé, ce qui doit être refusé, ce devant quoi il faut se taire ? Le regard orthodoxe commence à cet endroit. Il ne consiste pas à envelopper une inquiétude technologique dans un vocabulaire religieux. Il ne cherche pas davantage à protéger une supériorité humaine devenue incertaine sur le terrain du calcul. Si notre dignité dépendait de notre capacité à battre une machine, elle serait déjà livrée à la prochaine génération de processeurs. L’Église confesse quelque chose de radicalement différent : l’être humain possède une valeur qui ne se mesure pas à sa performance. Le nourrisson, le vieillard désorienté, l’homme privé de parole, la femme dont la mémoire s’efface ne deviennent pas moins humains lorsque leurs facultés diminuent. Cette affirmation interdit de situer le débat uniquement dans la compétition des intelligences. Une machine pourrait surpasser l’homme dans un nombre croissant de tâches sans que cette supériorité fonctionnelle lui confère la vocation personnelle que la foi reconnaît à l’humanité. Inversement, l’être humain peut disposer d’une intelligence brillante et conduire son existence vers la cruauté, le mensonge ou la destruction. La lucidité orthodoxe ne sacralise donc pas l’intelligence humaine telle qu’elle se manifeste spontanément. Elle sait que notre faculté de comprendre peut devenir la servante de nos passions. Elle ne demande pas seulement si nous pensons davantage, mais à quoi notre pensée consent. C’est pourquoi le véritable péril n’est pas seulement qu’une machine se mette à ressembler à l’homme. Il est que l’homme accepte de se comprendre à partir de la machine, puis organise son existence selon cette image appauvrie. Lorsqu’il se décrit exclusivement comme un système de traitement de l’information, il prépare lui-même sa réduction. Lorsqu’il ne voit dans l’éducation qu’une acquisition de compétences, dans la médecine qu’une optimisation de résultats, dans la parole qu’une production de contenu, il transforme en horizon total ce qui ne constitue qu’un aspect de la vie. L’IA intervient alors dans un monde déjà disposé à lui remettre les clefs."
extrait de la présentation de l'ouvrage de Michel Romero
Je considère le métropolite Arséni, de la Laure de Potchaïev, comme un saint homme. Le pouvoir ukrainien l'a impitoyablement persécuté pour sa douce et lumineuse fermeté. Je suis tombée sur un extrait d'une de ses homélies où il évoque nos derniers moments, en soulignant que le défunt est immédiatement accueilli et guidé par les saints qu'il a priés de son vivant, et par les parents pour lesquels il a prié. Cette idée m'a paru très consolante. Car ce qui s'ouvre à nous est tellement au-delà de notre compréhension et de notre imagination, et je suis tellement loin de correspondre à cette autre dimension que j'aurai bien besoin de ce secours. Comment verrai-je de là-bas ce qui aujourd'hui m'affecte tellement, et le verrai-je, d'ailleurs? Si "voir" est encore le mot, et s'il existe encore des mots au sens où nous l'entendons.
dimanche 27 septembre 2026
Retour en automne
Avec Gilles, nous avons parlé de la propagande française enragée et stupide. J'avais vu un article comme quoi le viol était pour les Russes une façon de faire la guerre, et qu'ils violaient en masse, au Donbass, les femmes de quatre à quatre-vingt-deux ans. Sans mettre cela le moins du monde en question, un commentateur disait qu'ils pratiquaient cela depuis quarante-cinq. Je lui ai répondu: "Etant donné que cette nouvelle est complètement fausse, (et je le sais, j'ai vu suffisemment de témoignages sur la conduite des bataillons punitifs ukrainiens, qui, eux, violaient dans les grandes largeurs, et sur les soldats russes, généralement accueillis dans le Donbass en libérateurs), je commence à metttre sérieusement en doute ce qu'on nous a raconté sur les viols de l'Armée rouge"
- D'autant plus, me dit Gilles, que les Russes sont beaucoup plus portés sur la bouteille que sur la chose. Et puis naturellement, les Américains en France, c'étaient de vrais gentlemen qui épousaient de petites Françaises, après une chaste correspondance et des livraisons de bas nylon et de chewing gums...
- Sans compter les troupes africaines de l'armée française qui violaient en réunion les paysannes italiennes."
Je viens de voir un entretien avec Didier Raoult qui expose calmement le fait que nous sommes entièrement inféodés à une mafia atroce. Et il déclare: "A moins de finir comme Cioran, on ne peut pas passer sa vie à être lucide. Il y a des choses qu'on préfère ne pas savoir." Ce qui m'a rappelé le mot de Solénitsyne: "On a le droit d'être informé, mais aussi celui de ne pas savoir". C'est un problème délicat, l'ignorance des faits permet aux vautours de faire ce qu'ils veulent. Mais les abîmes de saloperie qu'on découvre dans les caves du pouvoir peuvent rendre fous les gens normaux, incapables d'une telle vilenie.
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J'ai vu arriver mon ami l'higoumène Parthène du monastère Anastassov. Il était accompagné d'une jeune fille angélique, guide à Toula, Galina, et du moine Isaïe, ancien prêtre, qui a conservé sa paroisse près de Moscou. Tous trois venaient m'interviewer, sur ma conversion, le rôle de la culture russe dans ma vie et notemment de Dostoievski dans ma conversion, et aussi de Tarkovski. C'était fatigant mais très intéressant, et ces trois personnes étaient si sympathiques, si vraies, chacune dans leur genre... Je fus contente d'apprendre que la jeune Galina était fiancée, car elle est si empathique, si hypersensible, si sincère et si pure qu'elle me semble avoir bien besoin d'un homme à ses côtés, et ce sont précisément les filles comme elles qui ont le plus de mal à en trouver un.
Galina était fascinée par l'histoire du samovar de Toula qui m'accompagnait depuis moin adolescence, et que j'avais offert à mon ami Sérioja, quand j'ai quitté la Russie en 2010. Je voulais laisser cet objet dans sa patrie. Maman l'avait trouvé sous la pluie, dans la cour d'une vieille dame tombée dans la débine. Celle-ci le lui avait donné, et nous l'avions restauré. Il avait le sceau des fabricants, avec un aigle à deux têtes. C'était le samovar d'une gouvernante française, qui l'avait emporté avec elle quand elle avait fui la révolution de 1917. Galina donnerait n'importe quoi pour avoir ce samovar au musée de Toula, il me faudra en parler à Sérioja...
"Vous pouvez apporter tellement aux Russes par le regard que vous portez sur eux, leur histoire et leur littérature, me dit le moine Isaïe, cela apparaît jusque dans vos paysages, vous voyez en notre nature ce qui ne nous est pas évident, vous êtes une sorte d'apôtre". Cela me paraît un bien grand mot, mais sur le fond de mon expédition chez le père Elie à Terrasson, cela me confirme dans mon rôle de témoin, de messagère. Et depuis que je suis rentrée, j'éprouve une sorte d'appaisement. Laisser les miens me fut difficile, ils me manquent et je les aime, la guerre que le Satan de l'Elysée veut absolument obtenir peut nous séparer pour longtemps ou quelquefois pour toujours, mais j'ai reçu l'assurance qu'ici est ma place.
Katia est passée me dire bonjour, puis le père Vassili, sa matouchka et deux de leurs enfants sont venus chercher leur commande d'eau de toilette Roger et Gallet, j'en ai même acheté pour moi-même dans l'élan, c'est frais, discret, convenable pour une jeune fille qui fait ses études à la Laure de la Trinité-saint-Serge, l'épouse d'un prêtre ou une vieille dame.
J’ai eu aussi la visite de jeunes gens venus m’interviewer. Des étudiants d’un institut de formation aux métiers du cinéma et de la télévision. Maximum vingt ans, frais comme des roses, et l’un d’eux blond et bouclé comme un angelot. Mais ils m’ont mise sur les rotules. Il leur fallait aussi tourner en extérieur, je les ai emmenés à la plage municipale, où tout le tendre azur et les ors de l’automne se refléchissaient dans l’eau lisse du lac. Puis, épuisée, je me suis rendue à la pendaison de crémaillere de l’artiste peintre Ioulia. Elle habite dans le village artistique de Pereslavl, Kriouchkino, et j’ai vu qu’on y vendait une isba. Ce village a été tres abimé mais le quartier des artistes tient bon.
Ioulia est tres malade, c’est pourquoi je suis allée chez elle malgré la fatigue. Elle m’a dit qu’elle avait appris, a cause de sa santé, a vivre au jour le jour, comme Marie-Jeanne à Pierrelatte, devant la vieillesse. Il faut se réjouir de la vie qu’il nous reste, comme, selon les mots du Belge Nicolas, de la beauté qui subsiste encore.
Le mari de Ioulia, le peintre Pacha Morozov, m’a offert un tableau pour me remercier de leur en avoir donné un. Il avait l’impression qu’il ne me plaisait pas. Si, il me plaisait, mais je me demandais où j’allais le mettre. J’ai trouvé la seule place disponible, et elle est idéale.
Il faisait chez eux un froid terrible. Ils ont trouvé une maison en bon état et dans leur prix mais c’est une datcha d’été. Heureusement, la partie centrale, en rondins, est mieux isolée. Et le gaz arrive dans le village. J’ai vu que se vendait une isba dans leur rue.
Je reprends mes marques, mon voyage en France m'a profondément émue, je suis contente de l'avoir fait. Et apaisée. Il fallait le faire, et revenir.
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| Souvenir de Cobjours... |
jeudi 24 septembre 2026
En catimini
Partir en France dire adieu, à l’ombre de Mars, je l’ai fait encore une fois, en catimini. Apprenant que je devais rendre visite à ma cousine, près de Terrasson, mon père Valentin m’avait confié, dans une petite boîte d’écorce de bouleau tressée, une relique de saint Luc de Crimée, évêque et prix Staline de chirurgie, à l’intention du père Elie, archimandrite du monastère de la Transfiguration. J’ai pris un avion tonitruant et bondé pour Istanboul, couru pour avoir la correspondance trop courte, et débouché au matin, épuisée, dans le grand soleil du midi, sous un ciel incroyablement bleu, un bleu dur et sonore où l’âme se cogne et rebondit comme un oiseau sur la façade vitrée d’une tour de Moscou city.
La dernière fois que j’avais vu Mano, il y
a plus de deux ans, nous nous étions tout dit. Pas grand-chose à ajouter. Juste
rester ensemble et parler de ceux qui ne sont plus mais nous occupent le cœur,
et de ceux qui sont encore.
Elle me dit qu’elle croit en la
transcendance, mais pas en l’immortalité de l’âme. Pourtant, dans les trois
jours qui ont suivi la mort d’Henry, elle l’a vu ouvrir la porte de sa chambre et
aussitôt disparaître.
Claire et Jean-Marc sont venus déjeûner,
puis leur fils Mathieu, avec sa compagne Alexandra et leur petit garçon.
Personne ne m’a parlé du dictateur Poutine, mais de l’état de la France, de la
tristesse et de l’inquiétude ambiantes. « Tu as bien fait de partir, me
dit Jean-Marc.
- Je veux que mon fils apprenne l’anglais
et s’en aille aux Etats-Unis » ajoute son fils.
Malgré la chaleur que je supporte assez
bien, car elle est sèche et la maison fraîche, mon organisme usé reconnaît son
milieu naturel, celui auquel l’ont adapté des générations d’ancêtres français.
Je pars ensuite à Montpellier, avec
Martine, chez Françoise qui vit désormais dans un appartement gai et lumineux,
avec un balcon plein de ciel, au dessus de la gare. Nous avons déjeuné avec Nicolas, sa femme
italienne Carola, et leurs deux
adorables enfants, Lila, qui ressemble tant à sa grand-mère, et Léo, un
petit garçon d’une surprenante beauté sauvage, avec des yeux bleu-verts
intenses. Et puis le chien Nika, une énorme bête blanche débonnaire, qui pose
sur les gosses un émouvant regard d’amour absolu.
Le soir venu, nous sommes restées entre
nous, et nous avons ri aux larmes en nous racontant des histoires de famille
que Françoise commentait avec son humour noir et ses ricanements sarcastiques.
Le lendemain, comme Françoise s’endort à
l’aube et se réveille à midi, nous sommes parties, avec Martine, à la recherche
du bar de Nicolas, « Au loup », place du Marché aux Fleurs, par les
ruelles de cette ville ancienne et noble, hantées par une foule diverse,
cosmopolite et débraillée, avec des trottinettes et des vélos qui passaient de
tous les côtés, et j’ai pensé à une réflexion de Dany :« Tu imagines mon
père, Ventura ou Gabin sur des trottinettes ? »
Nous avons reconnu le bar de Nico de loin, à son chien blanc, allongé sur la terrasse. Nico nous a offert un croissant et un café et nous a parlé, comme Jean-Marc et son fils, des persécutions administratives et fiscales qui lui pourrissent la vie.
A la gare de Toulouse, où je fais le lendemain une correspondance pour Brives, les mendiants sont
à l’affût, comme à Montpellier. On n’en voit plus autant en Russie, sauf aux
portes des églises, et ils sont moins insistants. Je venais de lire sur
Facebook les reproches d’un Moldave aux Français qui n’apprécient pas leur
chance d’être dans un pays si merveilleux, si libre, si social et si organisé.
Si organisé que tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire et qu’on est
poursuivi partout par des injonctions orales, écrites ou visuelles, comme si
nous étions tous des imbéciles incapables de se repérer sans instructions
comminatoires et infantilisantes, ni parcours fléchés. A l’entrée de
l’autoroute, je me suis étonnée de voir des rangées de voitures de chantier
pliées. « C’est pour rappeler aux gens de les respecter et de diminuer leur
vitesse, » m’explique-t-elle. Culpabilisation et infantilisation.
Références incessantes au terrorisme, comme si nous étions en état de siège.
Je regarde défiler des paysages
méditerranéens cruellement desséchés, des pins, des cyprès. Dieu que j’aime ces
arbres tortueux, exubérants, sculpturaux, toutes ces nobles maisons de pierre,
si anciennes, si harmonieuses, si organiquement inscrites dans leur
environnement. Et pourtant, je me sens dépaysée dans un décor qui a bercé mon
enfance et qui recule derrière un contexte social devenu étranger, une
population devenue étrangère. Même les Français de souche semblent devenus
étrangers chez eux.
A Brives-la-Gaillarde, sur le quai, le
père Elie nous attendait, saint Luc de Crimée et moi. Pas question de lui
refiler la relique comme un vulgaire colis. Saint Luc et celle qui l’avaient
convoyé devaient être reçus dignement.
J’ai appelé Anne, pour lui dire que j’arriverais plus tard que prévu, et
le père Elie m’a emmenée dans son monastère. En chemin, il m'enjoint de marcher avec la
relique dans mes mains pour aller la remettre à ceux qui l’attendent. Et en
effet, elle était très attendue. Je suis sortie de la voiture au son des
cloches sonnant à toute volée, et j’ai vu de chaque côté du portail, des
moniales avec des encensoirs d’argent, et au milieu, un monsieur ému qui tenait
un plateau de cuivre recouvert d’un napperon de dentelle, sur lequel j’ai
déposé le don précieux, puis les moniales, les fidèles, le père Elie et moi-même
sommes allés en procession installer la relique sur un lutrin, et nous l’avons
tous vénérée, tandis que résonnaient sous les voûtes de l’église des chants
byzantins. C’était si inattendu, si bouleversant, dans ce coin de France encore
intact, l'irruption de ce moment sacré dans ce monastère, au milieu de mes
péregrinations familiales parmi les chers mécréants de mon entourage, que
bouleversée et la larme à l’œil, j’ai pensé : « Merci mon Dieu, me
voici en Orthodoxie ! » Je comprenais soudain toute la portée de
l’événement. Sur le fond de mes retrouvailles et de mes adieux, de nos
fou-rires de cousines, de nos détresses familiales et de nos séparations
imminentes, j’étais tout-à-coup en un lieu qui réunissait la Russie et la
France, qui me rappelait Solan et aussi tout ce qui m’avait poussée à partir.
Je suis ce trait d’union, cette messagère que les fidèles regardent avec
attendrissement, je réponds aux questions bienveillantes, au cours du petit
goûter qui a suivi dans le réfectoire. Je suis venue avec saint Luc,
particulièrement vénéré à Pereslavl, où il a vécu et travaillé, où il a un
musée, où le futur hôpital orthodoxe porte son nom, du père Valentin au père
Elie nouer ce lien ténu entre nous, par-dessus l’abîme de folie, de méchanceté,
de fourberie et de calomnies que les démons tentent de creuser entre nous.
En chemin vers le village où vit Anne, le
père Elie me confie qu’il rêve à présent d’obtenir une relique de saint
Thédodore de Tomsk, qui était probablement le tsar Alexandre I. On dit qu'il avait fui
secrètement le monde pour devenir un starets vénéré, le père Elie le croit, le
père Valentin aussi, et le tsar Alexandre III le croyait également. C’est une
incitation à revenir, ce que je ne pensais pas faire se sitôt, mais tout est entre les
mains de Dieu.
Anne s’est retirée avec Bruno dans une
vieille maison aménagée, pleine d’objets poétiques, dont certains viennent de
l’Armençon, d’autres de l’avenue de Lamballe, de notre jeunesse. Elle est
plutôt survivaliste, et cultive arbres fruitiers et légumes à flanc de
coteau : « J’ai toujours su que j’étais faite pour vivre à la
campagne, et personne ne me croyait. Je regrette simplement de n’avoir pas
suivi mon instinct et de ne pas être partie plus tôt ». Je partage
entièrement son impression. Et l’endroit qu’elle a trouvé m’apparaît comme un
paradis oublié, dans l’étrange enfer qu’on semble vouloir faire de la France.
« J’ai l’impression d’être un hobbit à l’ombre de Mordor, » me
dit-elle. Pour accentuer ce fait, elle a mis son ilôt de beauté sereine sous la
garde d’un chien analogue à celui de Nico, à Montpellier, un grand berger
suisse blanc digne et émouvant, qui se déplace dans le jardin avec grâce,
surveille ses deux humains avec dévouement, en les couvant d’un regard tendre,
une espèce d’ange gardien à quatre pattes, une créature féerique.
Réunis dans la gloriette autour d’un thé, nous contemplons d’un côté la maison, avec son toit de petites tuiles rouillées, de l’autre le village et son église désaffectée qont le clocher sonne pourtant encore. Le ciel n’est plus si bleu, ni la lumière si violente, c’est déjà le début du Limousin, et comme à Pereslavl, l’azur laisse passer des nuages, éblouissants et légers. Le vent doux et frais dissipe la chaleur qui m’escortait jusqu’alors. En face de nous s’étend un doux paysage de collines et de bosquets que les malfaiteurs au pouvoir voulaient saccager pour y installer des panneaux photovoltaïques, l’œil de Sauron ne se ferme jamais. Mais le maire s’y est opposé, grâce à Dieu. Je ne me lasse pas de ce que je vois, les mouvements liquides et scintillants du bouleau, le passage sur les prés de grandes ombres, les illuminations subites d’un groupe d’arbres, ou d’une poignée de fleurs, et le chien blanc couché au milieu de cette tapisserie médiévale.
Nous discutons, partageons des souvenirs et des fou-rires. Bruno commence à m’interroger sur ma religion, il est tout-à-fait aussi incroyant que Francoise, qui lorsqu'elle aborde ce thème, semble me faire passer un interrogatoire de police. Il me donne les arguments d’Ivan Karamazov sur la souffrance des enfants. Je lui réponds que Dieu n’est pas un chef d’armée, de bureau, de ministère, qui prend des décisions et à qui on peut reprocher une mauvaise gestion des affaires, que tout cela est infiniment mystérieux et au-delà de notre compréhension, mais ce n’est pas quelque chose qui entre dans les cases d’un esprit français. Dieu est la Source, l’Origine, le souffle qui insuffle toutes choses. Qu’il soit amour, je n’en doute pas, pour l’avoir experimenté, et choisir l’amour et le bien guérit le monde, comme l’exprime Dostoievski, dans ce même roman des Frères Karamazov. Incriminer Dieu pour le mal que nous commettons généralement, c’est en réalité prendre le parti du principe de négation, de nuisance et de mort qui nous détruit. Il devrait intervenir, me dit-on. Mais son intervention systématique détruirait la liberté humaine, et cela est traité dans la légende du grand inquisiteur, de toujours le même grand roman qui m’avait convertie autrefois à l’orthodoxie. Dieu deviendrait un dictateur, chargé de réprimer, protéger, châtier. Un dictateur, c’est un homme et non un Dieu, même si ses partisans le déifient. Dieu est complètement au-delà de ces catégories et conceptions sociales, même si son Fils s’est incarné… Il est et Il aime, d'ailleurs saint Porphyre disait que pour être chrétien, il faut être un peu poète. Il a besoin de notre collaboration pour agir sur sa Création et il souffre et exulte avec elle… De sorte que je souffre et exulte avec Lui, et avec ses créatures profanées et maltraitées.
De retour à Montpellier, chez Françoise,
je me suis promenée avec elle dans la ville, autour de la cathédrale et de la
fac de médecine. Que tout cela était beau, et qui cela concerne-t-il encore ?
Slobodan évoquait dans son dernier briefing la beauté de l’Europe, l’incroyable
diversité de ses paysages et de ses architectures, et le lien perdu avec l’esprit
qui avait produit tout cela au fil des siècles. Et c’était exactement ce que je
ressentais. Une population locale qui a
perdu le lien. Une population importée qui ne l’a jamais eu. Plus personne n'est d'ici. Les Français wokisés aux prénoms étrangers ramassés dans les séries ne savent plus ce que signifie la nature qu'on détruit, les églises qui brûlent.
Dans un café, nous avons bu de délicieux
cocktails de fruits. « Les filles sont belles, ici, me dit Françoise.
- Elles sont jeunes.
- Tiens ? C’est exactement ce que me
disait Daniel. »
De me trouver, avec cette cousine que je
connais depuis sa naissance, dans le rôle des deux grands-mères commentant le
passage de la jeunesse dans la rue adjacente m’a soudain donné le vertige.
Après Montpellier, je suis allée rendre
visite à Nicolas et Anne, dans leur maison de village près d’Uzès. Il était
question pour moi d’aller à Solan, mais Dieu en décida autrement, car une
cousine malade et âgée qui m’adore ne pouvait nous consacrer que le lendemain,
avant son entrée à l’hôpital, et ma sœur est venue me chercher pour m’emmener à
Annonay. Je dis que Dieu en avait décidé autrement car il valait sans doute
mieux pour moi rester sur l’impression du père Elie et de la réception de saint
Luc de Crimée à son monastère. L’esprit de Solan y était, celui que j'ai connu. Il y restera tant que le père Elie sera de ce monde. "Portez à la Russie notre amour pour elle, " m'a-t-il dit en me quittant.
Lioudmila, lectrice de mon blog, m’avait
avertie que la vasque qui décorait la tombe de mon père et s’y trouvait sans
doute depuis le XIX eme siècle, avait été volée. Je voulais laisser un signe de
mon passage, pour qu’on vît que la tombe n’était pas abandonnée. Je déteste les
fleurs artificielles, mais j’en achetai néanmoins, juste pour marquer le
territoire. Arrivée sur place, j’ai vu avec émotion et reconnaissance que
cette Russe que je n’ai encore jamais rencontrée avait remplacé la vasque par
une jardinière plantée de bégonias…
Devant celle de papi, de mamie, de mes
tantes et d’Henry, on avait déposé une kalanchoe qui luttait pour survivre. On
avait suspendu un chapelet à une aspérité, et déposé un galet en forme de cœur.
Qui nous a laissé ces signes, et à qui étaient-ils offerts ?
En arrivant chez Dany et Michel, j’ai d’abord
aperçu, dans le sous-bois, un merveilleux tapis de cyclamens sauvages, tendres
et translucides comme des papillons prêts à s’élever dans le ciel. Je les adore
et n’en avais pas vu depuis des années. Dany est malade, Michel presque
aveugle, ils se tenaient, fragiles, près du portail, dans un rayon de soleil qui les décolorait..
Au retour, je suis allée me baigner dans
la petite piscine de Martine, sous un ciel d’un bleu uniforme et hurlant. Puis
je suis restée sur un transat, dans le fil d’un vent fort et tiède, pour me
sentir vivre.
Le surlendemain, nous avons reçu les Fargier,
enfin ceux qu’ils nous restent, ceux de ma génération. Le mistral devenait
violent mais pas froid, comme s’il n’avait pu se rafraichir nulle part dans la France
surchauffée et dévastée par la sècheresse et les incendies. Nous déjeunions dehors, vieille tradition qui me
ramenait des décennies en arrière, sauf que nous avons enterré il y a quinze
ans ceux que nous remplaçons aujourd’hui, les prochains sur les listes des
tombes. Agnès suit mon blog assidument et lui fait de la pub. Je lui ai offert Album
de famille, où elle figure en bonne place… Dans le même ordre d’idée, j’ai
aussi rendu visite à ma vieille camarade de classe Marie-Jeanne, pour constater
que lorsqu’on a de vraies affinités avec les gens, on les conserve par delà des
décennies de vies séparées et différentes… Un côté pas dans les clous,
foncièrement indépendant et solitaire, une espèce de recul, de tristesse
ironique. Je découvre en discutant avec
elle que nombre de mes maux sont juste le fait de l’âge. « Il faut vivre
le moment présent, me dit Marie-Jeanne. On se lève, il fait beau :
toujours ça de pris ».
Ma sœur m’a déposée pour faire des courses
au centre commercial le plus proche, qu’y a-t-il de plus sinistre qu’un centre
commercial ? C’est un labyrinthe de cubes où l’on erre sans autre contact
que les vendeuses ou les caissières, quand elles ne sont pas remplacées par des
caisses automatiques. Alors que chaque commerçant d’autrefois était presque de
la famille, que sa boutique côtoyait cafés et salons de thé, squares pleins d’enfants,
commères au seuil de chez elles, promeneurs sur les trottoirs et amoureux sur
les bancs publics.
Les achats terminés, j’ai suivi pour
rentrer la rue qui borde l’ancienne nationale 7 ; celle qu’il fallait
prendre, qu’on allât à Rome ou à Sète.
Et c’était le même mistral sous le même ciel bleu et sous la même
lumière qu’au temps des bicyclettes, des papillons et des reinettes, depuis
longtemps éliminés par le DDT dans les années soixante…
La veille de mon départ, je prends un dernier bain dans la piscine de Martine, malgré le mistral de plus en plus déchaîné, mais j’aime le vent, le mistral me manque, je suis heureuse de l’avoir rencontré, lui aussi, au cours de ce pèlerinage aux sources. Le ciel est d’un bleu cru, impossible, opaque, la lumière si vive que j’en suis étourdie. J’ai grandi avec cet azur, avec cette lumière, avec ces violents remous de l’air sur des arbres hargneux, noueux, véhéments, aux rugissements de poissonnières…
Puis je revois les Belges, Anne
et Nicolas. La dernière fois, nous nous étions rencontrés dans un ravissant
petit salon de thé désuet, avec une cour intérieure et une décoration raffinée.
Mais le voilà fermé, et nous nous retrouvons à la terrasse d’un troquet
déprimant, à essayer de discuter une dernière fois des considérations très
profondes d’un ami, Michel Romero, sur l’orthodoxie et l’IA, considérations
complémentaires des travaux et des vidéos du défunt père Boboc sur le transhumanisme.
Derrière les vitres de l’aéroport, c’est la Provence, la France, le milieu naturel que mon organisme reconnaissait comme sien, et où j’ai laissé ma soeur, mes cousines, ma tante Mano, sans savoir si je les reverrai un jour, et j’attends l’embarquement la larme à l’œil, cette étrange et épuisante course d’un avion à l’autre vers Moscou où j’arrive à l’aube, exténuée. Le taxi m’amène chez le père Valentin, et là, il se passe quelque chose de curieux, je me sens en famille, presque autant qu'en France parmi les miens. C’est ma famille russe... Et me retrouver à Moscou, puis sur la route de Pereslavl, me paraît tout naturel. Tout est très différent de mon pays natal, où je retrouvais des impressions de mon enfance, de ma jeunesse, mais dans un contexte qui ne leur correspondait plus. Cependant, et c'est peut-être la première fois que, malgré tout mon amour pour la Russie, je peux vraiment le dire, je sentais combien tout m'était devenu familier et intrinsèque, ces rues chaotiques de Moscou, pourtant tellement saccagées par le communisme, le post-communisme et Sobianine, cette route de Iaroslavl, que je connais par coeur, avec ces arbres nordiques et dorés sous un ciel de nacre, Pereslavl et ses maisons défigurées, ses coupoles et ses nuages, le café français où Gilles m'avait ramené Rita, et ma maison bleue, jonchée de feuilles d'or et de grenat. J'ai poussé ici des racines. Je suis ici chez moi... Le vent de l'apocalypse nous pousse ici et là. Anne l'attend dans la Dordogne, et moi à Pereslavl.
Souvenirs
Au milieu de la nuit, ou déjà vers sa fin,
J’entends le sang qui bat au fracas plat des heures,
Dans la maison figée qu’au début du matin,
Je quitterai malade, avant qu’elle ne se meure.
Le vieux silence y règne, au dessous du ciel dur,
Dans les frais souvenirs, étendu, fatigué,
Comme un chat réfugié à l’ombre de ces murs,
Que le temps nous éboule, indifférent, pressé.
Tu plies nos chers défunts dans ta voix monotone,
Dans la dentelle lasse et blanche de ces jours
Qui meuvent dans nos cœurs les ors de trop d’automnes,
Les feuilles disparues des anciennes amours.
Les sourires d’enfants avec les chants nuptiaux,
Et les deuils précoces, et les espoirs trahis,
Les ancêtres lointains et leurs muets tombeaux,
Nos départs espacés, nos destins désunis.












