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samedi 21 février 2026

Idiots utiles

 

 


A la séance de folklore, chez Katia, j’ai contracté la grippe, et elle aussi. Je suppose que ce sont les petites filles qui nous l’ont refilée, car chaque fois que j’ai la grippe, c’est après avoir vu des enfants. Ils vont à l’école, l’école est un bouillon de culture. Dans le temps, j’avais très rarement la grippe, mais plus maintenant. J'ai de la température, et puis mal à la tête, à la gorge, je coule de partout, les yeux, le nez... Comme dit Anne, les enfants sont un danger pour les adultes !

Hier, j’ai vu les oiseaux voleter autour de leur bouteille vide avec affolement et je suis quand même sortie les nourrir. Le jardin avait son air du mois de mars, neige souillée, crottes de chiens... Puis la tempête s’est levée, et je voyais passer des tourbillons fantômatiques dans le vent aigre. Il est tombé tellement de neige que les tranchées que j'avais creusées avaient pratiquement disparu. Mais je ne pouvais pas aller nettoyer, j’étais trop mal, et j'avais peur de prendre froid...


Gilles m’a envoyé Vitalina, avec des provisions, des médicaments, et des gâteaux du café que je n’ai même pas pu encore manger, ça coince... Je suis vraiment dorlotée par le café français. Aujourd’hui, la fièvre est tombée mais ce n’est pas la grande forme et c’est dommage, car il y a du soleil, et il chauffe un peu. Mirali le tadjik est venu déneiger, grâce au Ciel



On m’a adressé un article que répercute l’inénarrable site « Parlons d’orthodoxie », dont la russophobie fantasmagorique se cherche toujours de nouveaux aliments.  Il y est question d’un prêtre va-t-en guerre, d’où on en conclut que toute l’Eglise russe lui emboîte le pas, et que le gouvernement « retourne à la période bolchevique ». On peut sans doute trouver un prêtre va-t-en guerre, ou stalinien, on trouve de tout dans la nature. Mais d’abord, dans quelles intentions a été écrit cet article, et quelle est la part de vérité qu’il contient ? il a été sélectionné pour son contenu, qui correspond aux préjugés de « Parlons d’orthodoxie ». Pour moi, si je pense qu’il y a quelque chose de bolchevique dans tout ça, c’est bien la façon dont traite l’Eglise Ukrainienne la bande d’oligarques juifs aux gardes néonazis qui entourent Zelinski et Zelinski lui-même. Plus les trotskistes et affiliés qui, chez nous, justifient ces exactions et taisent tout ce qui peut porter à la conscience des foules qu’on se fout de leur gueule. J’ai connu comme cela un type à Moscou qui tout le temps qu’il y a vécu, n’a fait qu’y chercher ce qui correspondait à la grille de lecture de Libé. Autour de moi, à Pereslavl-Zalesski, je ne ressens rien ce ce que suggère cet article. Le sujet de la guerre n’est pas évoqué à l’église. Notre évêque est au dessus de la mêlée, ses prêtres également. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’iront pas bénir un régiment ou une fête militaire, ce qui se fait en Russie depuis la nuit des temps, et se faisait aussi en France.

On dirait qu’en France, tout le monde perd le sens commun. Une meute d’antifas vient d’assassiner à coups de pieds un jeune homme catho tradi et s’en glorifie. Cela les fait même rire. Ce sont des justiciers.  Car tous ceux qui ne pensent pas comme eux et n’ont pas les mêmes choix de société n’ont pas le droit de vivre. Cela me rappelle mes études à Vincennes, où je sentais monter cet état d’esprit, cette vindicte, cette hargne, et entendais des militants au front bas me décrire une France qui n’avait rien à voir avec celle que je connaissais et des « fachos » qui n’avaient rien à voir avec les gens de droite que j’avais vus dans ma vie, mais c’est comme avec le prof qui ne saurait voir la Russie autrement qu’à travers sa grille d’interprétation idéologique. Ces gnomes vivaient dans la caricature hystérique, la déshumanisation complète de leurs opposants, la soif enragée des tribunaux populaires, des lynchages et des éxécutions, ils avaient besoin d’un ennemi a charger de toutes leurs rancoeurs et d’une idéologie pour absoudre leur passion de la haine. Et depuis des décennies, ils se sélectionnent les uns les autres, dans les facs, les écoles et pratiquement tous les domaines de la culture, brassant le même genre de discours, de slogans, d'hallucinations, de clichés politiques justificateurs et d'appels au meurtre. On dirait que leur heure est à présent venue de se révéler pleinement a la population stupéfaite... 

Je suppose que néanmoins, leur sympathie va, en Ukraine, au champion de la mouvance trotskyste Zelenski et qu’ils ne voient pas les croix gammées du petit homme vert. Du reste, les néonazis d’Ukraine ont beaucoup de points communs avec eux ; à commencer par les maîtres qu’ils servent, la caste pourrie qui met le monde à feu et à sang. Dans ma jeunesse, j’ai connu une dame fasciste, philosophiquement et politiquement, qui venait du trotskisme, un itinéraire qui ne m’étonne pas du tout. Devant les petits singes qui ont exécuté ce pauvre garçon, je pense à ceux qui, à Odessa, ont brûlé vifs les prorusses dans la maison des syndicats. Aux discours de haine forcenée qu’on lisait alors dans les commentaires ukrainiens, et qui me révulsaient, alors que les commentaires russes ou séparatistes restaient mesurés et stupéfaits. Voilà ce qui arrive quand on tombe dans cette pensée systématique sectaire délirante que j'ai toujours détestée. Cela fait peur. Et ceux qui jouent avec ça sont impardonnables.

C’est justement ce qu’on fait en France, et quand je vois l’abîme de malheur où l’Ukraine a plongé, cela me serre le coeur. Les « gauchistes », ou disons les antifas, restent les mêmes que de mon temps, haineux, mesquins, moches, des créatures hululantes qui ne cherchent qu’à massacrer en bande sous le moindre prétexte. Ils couvrent de boue la victime qu’ils ont tabassée jusqu’à la mort, et dont la physionomie, puis le témoignage de l’avocat des parents, ne correspondent absolument pas au néonazi brutal qu’ils représentent. Un étudiant en mathématiques, qui lisait l’Iliade et l’Odyssée à dix ans, qui aimait les livres, comme moi, un petit gabarit, qui avait voulu protéger les filles de Nemesis... Ils crient qu’on minimise toujours les exactions de « l’extrême-droite » ; Mais ce que j’ai vu toute ma vie, c’est le contraire: une immense complaisance pour l’extrême gauche, et l’oppression de « l’extrême droite »,  dont je n’ai jamais compris ce qu’elle avait de si extrême, à part peut-être quelques excités que je n’ai jamais rencontrés, c’étaient des gens normaux qui tenaient à leur pays et faisaient preuve d’un réalisme goguenard, en face de créatures surexcitées. Je n’ai jamais rien vu d’extrême en France, d’une manière générale. A part la gauche.

Je me demande pourtant pourquoi les filles de Nemesis, dont je comprends au départ le combat, ne se contentent pas de le poursuivre, au lieu d'aller faire de la provocation aux meetings de LCI sur la Palestine.  Ce qui me chagrine, c’est la collusion entre la droite et le sionisme, le soutien apporté, par haine systématique de toute espèce de musulman, au massacre inqualifiable des Palestiniens.  C’est ce qui s’appelle ne pas voir plus loin que le bout de son nez, car si la France ne devrait pas devenir un territoire d’invasion, elle ne devrait pas non plus être gouvernée par un pays transversal à tous les autres qui contrôle tous nos organes politiques et toute notre presse, et commence à dire que les juifs ont fait la France, comme Van der Layen proclame que les valeurs européennes sont celles du Talmud. Ces gens de droite s’imaginent avoir des choses en commun avec ces sionistes qui nous détestent, uniquement parce qu’ils portent des costars cravates  et des tailleurs Channel plutôt que des burkas ou des keffieh. Mais ce n’est pas pour nous qu’ils roulent, j’en suis bien persuadée. De même que Zelenski se fout éperdument de la population ukrainienne, qu’elle soit néonazie, orthodoxe ou néo-stalinienne, et comme en Ukraine, d’ailleurs, on joue les uns contre les autres. Or ce qu’il faudrait c’est arrêter de nous taper dessus pour nous délivrer de ceux qui nous ont mis dans cette situation. Il y a des gens de gauche qui n’ont pas la mentalité du gauchiste enragé et qui le comprennent très bien, parce qu’ils ne sont pas sectaires. Au moment du maïdan, Olivier Rabache m’avait proposé de faire une page de défense du Donbass sur la base d’une grande réconciliation idéologique, mais s’il jouait le jeu et moi aussi, les autres restaient trop souvent prisonniers de leurs préjugés en béton armé. J’ai vu d’ailleurs qu’à côté du gauchiste ou du communiste fanatique et haineux, il y avait aussi le droitard limité qui ne voyait pas qui servaient les « nationalistes » ukrainiens bardés de croix gammées. Pour les uns, j’étais une fasciste, pour les autres une bolchevique. Mais je n’ai jamais pu fonctionner dans le systématique. Si je défendais le Donbass, c’était que sa cause était juste, que ses habitants soient orthodoxes, communistes ou les deux, ils avaient en tous cas un comportement beaucoup plus sympathique que ceux de leurs compatriotes qui se réjouissaient du barbecue d'Odessa ou mangeaient dans les boîtes de nuit des gâteaux en forme de bébés russes. Si je défends les Palestiniens aujourd’hui, ce n’est pas par amour de l’islam ou sympathie « islamo-gauchiste » mais parce que leur cause est juste, et qu’on agit envers eux d’une façon ignoble. Que, de plus, ces Arabes-là, parfois chrétiens, n’ont pas envie de venir nous casser les pieds en France, ils veulent rester chez eux, je ne vois donc pas en quoi ils nous dérangent. Je suis pour qu’ils y restent et qu’on les laisse vivre en paix. Et enfin, qui nous a vendu l’immigration, traitant ceux  qui s’y opposaient de racistes, qui a fondé SOS racisme, qui a organisé les norias de bateaux qui nous apportaient les futurs gardes rouges venus maintenant hurler  dans les interphones « mort aux blancs » ?  Ca commence à bien faire, la manipulation permanente. En fait, le plan c’est peut-être juste une bonne grosse dictature numérique avec une "aristocratie" judéo-maçonnique propre sur elle et bien impitoyable, qui fera suer le burnous à la foule de débiles restés sur place, quand elle aura détruit tous les Français sains et libres d’esprit...

Il se peut du reste que la caste, après avoir utilisé ce public d'idiots utiles, ait décidé de s’en débarrasser. Une guerre civile ferait tuer les uns par les autres, comme en Ukraine. Et permettrait de tout cadenasser sous la botte. Tout cela n'est pas bien réjouissant. Du coup, les révélations sur la pieuvre Epstein passent opportunément à l'arrière-plan de l'actualité tonitruante, les malheureux éleveurs, auxquels va toute ma sympathie, de même.                  


vendredi 13 février 2026

Timonia

 


Ce matin, je vois un article ignoble où l’on accuse Moscou d’utiliser l’Orthodoxie pour faire la guerre à l’Ukraine. C’est exactement le contraire qui a lieu, et c’est en place depuis bien longtemps, l’autocéphalie bidon bricolée par le patriarche Bartholomée avec la CIA n’ayant servi qu’à déclencher une persécution sans précédent de la véritable Eglise ukrainienne. J’en ai parlé depuis 2018, dans l’indifférence hypocrite de la plupart, et les voilà qui, la bouche en cul de poule, font à présent des considérations sur l’utilisation politique de l’Eglise... Un peu plus tard, je vois encore un général Boum-boum de la secte proclamer que les Russes forcent les gens à aller au front, les attrapent dans la rue, les attachent aux arbres, ce qui est pratiqué en Ukraine depuis des temps, sans que les médias occidentaux aient jamais daigné en parler. En fait, il faut inverser tout ce que ces immondices racontent sur le conflit pour comprendre ce qui se passe. Cela s’appelle remettre les choses à l’endroit. La publication du dossier Epstein fait du bruit, mais pas autant que ne le réclamerait l’ampleur des crimes et des manipulations. Les parasites de la caste se hâtent d’accuser les Russes. On a beau prononcer Epstein « Epstine » pour faire plus russe, un internaute remarque avec justesse que la plupart des gens impliqués ne sont pourtant pas vraiment slaves...J’ai lu un échange de mail entre cet individu et un de ses clients. D’après ce dernier, la petite fille violée qu’il utilise affirme que Jésus se tient à côté d’elle, pendant que tout cela se produit, et qu’il la sauvera. Et l’autre démon lui répond : « Déguise-toi en Jésus, alors... »

Je pense que de telles choses ne pourront pas être pardonnées.

 Je suis allée, comme chaque année, montrer patte blanche au service d’immigration. Maintenant, je m’y sens presque chez moi. La juriste Tatiana qui prépare la visite en rédigeant le formulaire a écouté avec stupeur ce que je lui racontais sur Jacques Baud, enfermé en Belgique sans aucune possibilité de rentrer en Suisse ni d’avoir accès à ses comptes, nourri par les voisins, et cela sans aucun procès. Ou sur Xavier Moreau, moins impacté, parce que résidant en Russie. « Eh bien, m’a-t-elle dit, dans quel monde vivons-nous, vraiment ! »

Aujourd’hui tempête de neige et j’avais promis à Katia d’aller chez elle pour le stage de danse russe « Timonia » qu’elle organisait. Je pouvais donc difficilement me défiler, mais je n’en menais pas large, j’avais peur de me retrouver en rade dans une congère, sur le bord de la route.

Le village et son église me sont apparus au détour de la route, complètement fantasmatiques dans le soir neigeux. C’était assez glissant, et près de chez Katia, j’avais peur de rester enlisée, ce qui a bien failli m’arriver.


 Sa maison me fait penser à celle des trois ours ; elle est juste de la bonne taille, chaleureuse, toute en bois, avec son gros poêle, sur lequel se perche le chat Kossia, ravi de son nouveau logis. Mais j’ai compris que je n’avais pas intérêt à acheter la maison voisine, c’est-à-dire que matériellement si, cela dégagerait la mienne que je pourrais louer cher, mais je suis trop vieille pour affronter les éléments déchaînés, en plus des travaux et du déménagement. Cependant, je serais plus jeune, je le ferais, car il faut fuir les villes et s’assurer une autonomie alimentaire, de nos jours. Avoir des légumes, des poules, et même des chèvres ou des vaches. 

J’ai su que Skountsev et sa famille ne cessaient d’animer des noces et des « master classes », le folklore est à la mode. Et chez Katia, pratiquement toutes ses copines étaient venues apprendre les rudiments de la danse « Timonia » de la région de Koursk, récemment martyrisée par les Ukrotaniens, qui possède une des plus belles traditions du pays. A vrai dire, j’y étais surtout pour soutenir la cause, car je suis un peu vieille pour apprendre à danser, bien qu'une jeune femme m'aie félicité de le faire: "Laurence, vous m'épatez! Vous réalisez le nombre de connections neuronales nouvelles qui s'opèrent chez vous, avec tout ce que vous faites? Vous allez nous faire une centenaire..." 


 


C’était très gai et très joli, et puis il y avait une petite fille attachante, Macha, qui chantait bien et participait si volontiers que j’ai engagé sa mère à la soutenir dans cette voie. Katia avait commandé le dîner chez une amie, Xénia, qui a trouvé cette façon de gagner sa vie et cuisine remarquablement bien. De sorte que nous nous sommes toutes retrouvées à table, et la folkloriste venue enseigner a joué de la balalaïka, tandis que l’assistance chantait des tchastouchki. Au milieu de la fête est arrivée la vieille voisine, « tante Zoïa », qui apporte régulièrement des pirojki à Katia et venait chercher sa petite-fille  Polina. Tante Zoïa est ravie d’avoir une nouvelle voisine qui vit au village à demeure. Il ne manque plus que Fédia, je prie le Ciel pour qu’il revienne.








Photos Anna Panikhina

samedi 7 février 2026

Chez Ania

 


Il y a quelques jours, un ami foncièrement incroyant m'envoie un message oral: « Tu sais, Lolo, j’ai failli mourir, il y a trois semaines. Je me suis endormi au volant, mais je me suis retrouvé miraculeusement sur la route, après en être sorti. J’ai vu une grande lumière, et j’ai entendu une voix féminine me dire : « Je te sauve cette fois, pour que tu cesses désormais de ne t’occuper que de toi-même et te tournes un peu vers les autres ». Depuis, je ne suis plus la même personne. Je vais même à l’église. C'est très étrange. En fait, tout cela est si simple et si évident, et je passais à côté sans m'en apercevoir.»

Sachant l’état intérieur dans lequel se trouvait la personne en question depuis de nombreuses années, c’est un véritable miracle, et il me semble qu’il ne lui était pas seulement destiné, mais qu’il me concerne aussi, car j’étais dans une période de doute, de fatigue spirituelle et morale. Mais une autre de mes proches à qui j'en parlais mettait l'expérience sur le compte du choc nerveux provoqué par l'accident, il me semble que les Français ont été amputés de ce sens spirituel qui permet d'appréhender l'aspect mystérieux et sacré du monde. Enfin, jusqu'à ce qu'ils s'endorment au volant, et soient sauvés par une grande lumière et une voix féminine, ce qui n'arrive pas tous les jours. Toute ma vie, j’ai buté contre cette incroyance foncière chez mon entourage. Dany me dit que certains verraient le Christ devant eux qu'ils n'y croiraient encore pas. Le père Barsanuphe m'expliquait autrefois qu'après la mort, on avait une chance, quand on rencontrait le Christ, de L'accepter et de Le rejoindre, ou bien de s'en détourner, encore faut-il être prêt à Le choisir. J'ai rapporté un jour cela au père d'Ania, communiste scientifique incroyant, qui me parlait de son incapacité à envisager l'au-delà. "Grigori Borissovitch, votre fille prie pour vous. Et puis si vous voyez le Christ après votre mort, vous L'accepterez? 

- Ah si je Le vois,oui!"

Mais peut-être qu'on n'est pas toujours en mesure de Le voir ou d'admettre qu'on Le voit.



Nous sommes allées, Katia et moi-même, chez Ania Ossipova. Sa maison est de plus en plus charmante, et celle qu’elle a aménagé pour la louer aussi. Elle décore tout elle-même, dans le style populaire russe, avec une note personnelle, et transforme son environnement en conte de fées ou en douillet intérieur de marchand ou de paysan aisé. De plus, elle cuisine merveilleusement bien, c’est un être de poésie, de lumière et de bonté, et son mari ressemble à Aliocha Karamazov. A l’extérieur, la neige cache toutes les disgrâces, unifie les toitures criardes qui jurent entre elles sous un manteau blanc homogène et moelleux, les arbres croulent sous des cargaisons bleues, dorées et scintillantes, le ciel d’azur se coule dans les recoins ombreux.  Et cela concerne aussi Pereslavl en son entier, transfiguré par d’épais et éblouissants dépôts qui enveloppent, effacent, purifient, illuminent.


Ania nous a raconté la façon mystique dont elle a rencontré Dima, et aussi comment elle en est venue à la foi chrétienne, que dans sa prime jeunesse, elle méprisait, malgré son attirance pour l’ancienne Russie et l’art populaire. Maintenant, on a l’impression, devant elle, de voir une pieuse femme issue d’un roman de Dostoiveski ou de Tolstoï.

Katia nous a parlé de sa maison. De son lit, par la porte vitrée de sa chambre qui donne sur sa terrasse, sur le jardin, et les champs à perte de vue, elle voit se lever le soleil. Le chat a adopté avec bonheur le gros poêle russe de la cuisine, où il se chauffe les pattes. Je n’osais pas lui parler de Fédia, mais Ania l’a fait. « Il est en vie, répond Katia, et tant qu’il est en vie, je l’attends ».

J'espère avoir encore un peu de vie devant moi pour profiter, en dépit du contexte apocalyptique, de quelques beaux hivers féeriques, comme celui-ci, de quelques printemps lumineux, et de la vie que je mène ici, dans cet ilot lointain, avec tous ces amis qui m'entourent. Car au retour de cette journée avec ces deux jeunes femmes, dans le décor créée au milieu des bois par l'âme claire et enfantine d'Ania, je me sentais merveilleusement bien.





J'ai eu la visite de journalistes venus m'interviewer et une partie se passait en direct. Il se trouve que les gousli sont à la mode maintenant, et d'une façon générale, les instruments populaires russes. Ils faisaient donc une émission là dessus et s'apprêtaient à rencontrer des amateurs à Iaroslavl. J'ai beaucoup insisté sur le fait que n'importe qui pouvait s'y mettre, qu'autrefois toute la Russie chantait, jouait et dansait, que c'était une fonction naturelle et très épanouissante de l'être humain, que cela rendait les enfants intelligents et coopératifs. Ce qui est valable pour n'importe quel peuple. Transmettez votre folklore aux enfants, ceux qui l'ont conservé. Vous leur donnerez quelque chose d'inestimable. Des anticorps contre la laideur, la sottise, la confusion mentale de la fin des temps.

Il paraît que Skountsev, à cet égard, est très demandé, maintenant, on l'invite partout pour animer des noces, avec son fils Fédia.

Au café, Gilles se plaignait de l'inflation, et aussi des augmentations arbitraires sur le gaz, l'électricité et l'essence, résultat des privatisations opérées par l'infect Tchoubaïs, unaniment haï par les Russes et parti en Israël au début de l'intervention au Donbass. Entre ceux qui font marcher ces entreprises et le consommateur se sont infiltrés des parasites qui prennent leur gratte, et réfrènent mal leur cupidité. C'est pourquoi je suis favorable à une nationalisation de tout cela, ainsi que des banques. Cela calmerait bien des requins.

Dans leur nuisance et leur stupidité inlassables, les médias occidentaux s’affairent à faire rejaillir le scandale Epstein sur les Russes, accusant le misérable individu d’avoir été un espion du KGB, ce qui est fantasmagorique, en revanche, son affiliation au Mossad ne fait guère de doute, et les ramifications mafieuses avec l’Ukraine de Zelenski, les usines à bébés, le trafic d’enfants et d’organes... Céline disait déjà dans les années trente que Staline avait le dos large. Et maintenant, c’est Poutine. Le pire est que par idéologie, conformisme, bêtise, un certain nombre de mougeons marche encore dans cette combine. Il est très dur de renoncer à ses idées toutes faites, d’autant plus quand on n’en a pas beaucoup, l'endoctrinement sectaire devient consubstantiel à sa victime, comme on le voit dans Tartuffe

Parallèlement, le patriarche Bartholomée vient semer la zizanie en Serbie, en donnant l'autocéphalie à l'Eglise de Macédoine, comme il l'a fait en Ukraine, et dans les pays baltes. Cet agent inlassable de l'empire anglo-sioniste et de la franc-maçonnerie s'agite vraiment de tous les côtés, d'ailleurs c'est leur marque de fabrique, à tous, une espèce d'agitation vibrionnante malsaine. Pourtant, s'il avait, dit-on, un contentieux à régler avec le patriarche Cyrille, ce n'est sans doute pas le cas avec le patriarche serbe, à moins qu'il ne trouve plus de langage commun qu'avec le pape de Rome?

Je ne crois absolument pas à l'oecuménisme, qui est une machine à détruire les religions impliquées pour en faire un salmigondis qui ne sauvera plus personne. En revanche, bien que l'ami dont j'ai parlé plus haut aille dans une paroisse catholique, je ne m'en fais pas pour lui, car Dieu agit avec ce qu'Il a sous la main et que dès que trois personnes sont réunies en Son nom, Il est au milieu d'elles. Le père Valentin m'a dit un jour que quelque soit la confession d'un individu, s'il meurt au nom du Christ, il va droit au paradis. Et je crois que dans les derniers temps, il y aura un peu partout, et dans toutes les Eglises, des gens qui Lui seront proches et fidèles, tandis que d'autres écouteront les joueurs de flûte et iront se noyer à leur suite dans le lac de feu.





💬 Piotr Tolstoï 🇷🇺 à propos du scandale Jeffrey Epstein 🇺🇸. 

🔶 Quelques mots concernant la publication des dossiers Jeffrey Epstein. Non pas pour m'attarder sur cette immondice, mais pour récapituler certains points.

🔶 Fin 2012, la loi dite « Dima Yakovlev » a été adoptée, interdisant l'adoption d'orphelins russes par des citoyens américains. Vous souvenez-vous du flot d'accusations ? Le public libéral, se croyant omniscient, a crié au scandale sans relâche, dénonçant la cruauté infligée à ces pauvres enfants, privés de la possibilité de partir vivre dans un pays merveilleux.

🔶 Plus tard, en 2014, la Douma a interdit l'adoption d'enfants par les citoyens de pays autorisant le changement de sexe. Je le rappelle, ces pays comptent parmi les pays du monde occidental « progressiste ».

🔶 C'est avec beaucoup de difficulté, et ce fut effectivement le cas, que l'exportation de bébés russes a été stoppée. Désormais, nos enfants ne finiront plus dans des bordels, ne seront plus mutilés par des chirurgiens sans scrupules, ni tués par des pédophiles sadiques. Aujourd'hui, les « larmes de crocodile » des libéraux traîtres face au sort des pauvres orphelins semblent bien différentes.

🔶 L'expérience a démontré que la Russie agit de façon irréprochable. Certes, nous ne pouvons influer sur l'ampleur et la profondeur du déclin des élites occidentales. Mais nous avons le pouvoir de nous protéger, nous et nos enfants.

Via Angelina Siard ici : https://www.facebook.com/share/p/1F8GYyBFFZ/


mardi 3 février 2026

74

 


Eh bien voilà, j’ai 74 balais.  J’ai fêté cela hier au café, en relativement petit comité, il y avait Gilles et Lika, Vitalina, Sacha et Liéna, Katia et sa prof de psycho, Volodia et Mariana, qui ont bravé les éléments pour venir, Camille et Irina qui pouvaient le faire à pied, l’Anglais Michael et sa femme Natacha, et l’organisateur des spectacles, Génia.

J’ai été couverte de cadeaux, de fleurs et de témoignages d’affection. Vitalina m’a dit que j’étais un modèle pour elle de joie de vivre et d’énergie, et pourtant, j’ai toujours été d’un naturel mélancolique et plutôt contemplatif. Mais j’aime bien rigoler, c'est vrai... On dit que les comiques sont tristes. La matouchka du père Valentin m’appelait « le clown triste » ! Lika m’a demandé de prendre soin de ma santé, car tout le monde désirait me garder le plus longtemps possible. Eh bien je ferai de mon mieux, je ne suis pas encore trop pressée de partir.

Ce matin, je n’ai pas vu Moustachon se précipiter sur la bouffe, comme tous les matins et comme tous les autres chats, et j’étais vraiment inquiète. Il doit faire moins vingt-cinq dehors, pas tellement le genre de température qui pousse à s’attarder dans la nature. Je suis sortie le chercher, l’appeler, et depuis, je fais une réaction au froid, j’éternue, je dégouline. Au bout de quelques temps, j’ai vu Moustachon arriver dans la cuisine. Où était-il ? Peut-être dans mon atelier, peut-être a-t-il fait, pour une fois, la grasse matinée.

A part la température polaire, grand ciel bleu, lumière vive et surnaturelle sur des champs de neige immaculée.

J’ai beaucoup de chance d’être si entourée, ici. D’autant plus que je n’y ai pas de famille. Liéna nous a raconté qu’à seize ans, étudiante styliste à Omsk, ville soviétique en béton armé dans un paysage nordique austère, elle avait été envoyée en Italie quand les choses étaient encore relativement normales, et qu’elle avait eu littéralement un malaise au vu de l’incroyable beauté de ce pays : la lumière, les sites, l’architecture ancienne sublime et intacte, les fleurs partout, éclatantes et méridionales, les restaurants et cafés, les gens, si bien habillés, avec tant de goût, les jeunes gens dragueurs, de vraies gravures de mode, qui lui donnaient de la « bella ragazza » à n'en plus finir. Etonnant comme nos magnifiques pays ont vite été détruits par cette bande de malfaiteurs en col blanc! Natacha me dit qu’en Angleterre, elle se sentait bien, car les gens étaient délicats et bien élevés, mais gardait toujours l’impression d’être une étrangère. Maintenant, c'est son mari qui est "désorienté".  Moi, j’aime profondément la Russie, et quand j’étais en France, elle me manquait grandement, avec la vie que je m’y étais créée et les amis que j’y avais, mais la France me colle quand même au coeur, et je saigne pour elle de la voir en de si mauvaises mains. Et puis même si je suis très bien intégrée, j’ai aussi ce sentiment de ne pas être d’ici, de n’avoir pas toujours les mêmes codes, ni le même arrière-plan. Et cela, alors que l’orthodoxie fait partie de moi, que je ne pourrais l’enlever de mon âme ni fréquenter l’Eglise catholique modernisée. Je suis les vidéos d’un éleveur en lutte, Arnaud Poitrine, il me plaît tellement, c’est le mari que j’aurais voulu avoir ou le fils dont j’aurais pu être fière, et j'espère qu'il ne sera pas broyé par les vampires de l'UE. Viril, pudique, courageux, digne, visiblement un type bien, d’une certaine façon, il me rappelle mon beau-père Pedro, paysan de la Basse Drôme, qui reste, avec mon père, mon idéal masculin.

En fait, j’aurais dû me faire instit de campagne, les paysans sont les seuls types avec qui j’aurais pu vivre, et je crois que Pedro le voyait très bien. En dépit de mes côtés intellos et créatifs, et peut-être même à cause d’eux, car il ne faisait pas bon avoir ces penchants en France quand cela s’assortissait à trop de sincérité, d’authenticité, et à l’anarchisme foncier qui était le mien.

Tout le pus de l’affreuse caste au pouvoir commence à déborder des abcès occidentaux. Les dossiers Epstein compromettent plein de gens fameux, ce qui pour les « complotistes » dont je suis n’est pas une surprise, et cela aussi peut être manipulé par ces grands pervers. Quelle fin ignominieuse pour l'Europe que cette prosternation devant la grande prostituée de Babylone et Moloch réunis!

J’avais retransmis une vidéo ou la poupée en plastique Ursula von der Layen, que rien ne semble émouvoir, alors qu’elle se faisait traiter de criminelle par un député européen, esquissait un sourire de joie mauvaise et arrogante à faire frémir tout personne normale. Cette vidéo a été très vite censurée. Une expression aussi démoniaque aurait pu alerter le mougeon, sans doute, mais quand on pense qu’il ne voyait pas, et ne voit parfois toujours pas, ce que Macron pouvait avoir d’inquiétant...

Ces dossiers mettent un peu plus en lumière le rôle maléfique joué dans le destin de l’Europe par Israël, ce pays transversal à tous les autres, persuadé de constituer une caste supérieure qui a des droits sur leurs diverses populations, et des privilèges qu’elles n’ont pas. 

dimanche 1 février 2026

Chimères

 


La neige prend des allures de catastrophe climatique, je n’arrête pas de dégager les abords, et ne peux plus me servir de la voiture, j’ai peur de rester coincée dans une congère. Je suis allée à pied chez l’ophtalmo. Ma vue a baissé, bien que je n’ai rien de gravissime. La sècheresse de l’oeil peut jouer un rôle, et puis aussi mes activités. Le médecin me dit que je peux faire un syndrome du "spasme de l’adaptation" chez les adolescents. Elle me conseille de regarder la télé, de laisser mes yeux vaguer sans scruter constemment des textes, c’est bien ma chance. Je n’ai pas de télé, mais j’ai regardé un film sur l’ordinateur. « L’Amour et les pigeons », scénario du père de Katia. Je n’ai pas compris grand chose. Mais j’ai vu le petit peuple paysan de l’époque soviétique, simple, chaleureux, modeste, humain.

Après l’ophtalmo, je suis passée au café. Je voulais aller montrer patte blanche au service d’immigration, ce que j’avais déjà remis au lendemain pour cause de météo. Mais quand j’ai appelé la juriste, elle m’a dit que c’était le jour de fermeture, et nous avons remis encore au lendemain. J’ai vu l’Anglais et sa femme. Il m’a expliqué que l’un et l’autre étaient si inquiets devant les mensonges médiatiques autour de l’Ukraine et de la Russie, et aussi  l’évolution sociale de l’Angleterre, qu’il avait décidé de venir ici acheter d’abord un petit appartement, puis il a acquis celui du dessus, et projette de faire un duplex. Il a des filles qui se sont laissé tourner la tête par des réfugiés ukrainiens et ne veulent plus le recevoir avec sa femme russe, qu’elles connaissent pourtant depuis des années, il a remarqué que les réfugiés ukrainiens agitaient et intimidaient tout le monde et prenaient partout une influence importante. Et en effet, c’est un Ukrainien qui a envoyé Anna Novikova et Vincent Perfetti en prison, à cause de l’aide humanitaire qu’ils organisaient pour le Donbass. Il y en a maintenant dans toutes les paroisses orthodoxes, où ils font souvent la loi, étant soi intoxiqués comme ceux qu'on avait dressés, au moment du Maïdan, comme des pitbulls contre les Russes, soit purement et simplement des agents. Un prêtre orthodoxe accusait, sur un fil de commentaires, les Russes de bombarder la Laure de Kiev, et je suis bien sûre que c’est faux, ou si quelque chose est tombé, c'est par erreur, car la Laure est un lieu sacré pour eux, tout le monde est malade, ici, de la savoir en de si mauvaises mains. Mais ce prêtre ne semble pas excessivement ému de la profanation qui lui est imposée, et des persécutions dignes des heures les plus noires du bolchevisme trotskyste que subit l’Eglise ukrainienne. Il apostrophe d’un ton comminatoire toute personne qui croit rétablir un peu de vérité dans cette affaire, et j’ai vraiment l’impression de voir s’installer en France des réflexes plus que totalitaires, des réflexes sectaires. Je dois dire que pour l'instant, j'ai eu la flemme d'aller argumenter plus loin avec ce prêtre sous influence, car les bras m'en tombent. J'ai vu une vidéo de Tocsin où l'auteur d'un documentaire sur l'Ukraine va exactement dans le sens de ce que j'écris ici, et même au-delà. Quand ce prêtre dormait sur ses deux oreilles et ses préjugés, moi, j'étais déjà au courant de ce qui se passait là-bas d'infâme, j'essayais de porter les persécutions à la connaissance des bons chrétiens occidentaux qui ne voulaient surtout pas en entendre parler.



 Pendant la nuit, il était retombé autant de neige que la veille, pas question de prendre la voiture, et pas question d’aller chez la juriste à pied non plus. J’ai décidé de rejoindre la rue principale et d’appeler un taxi depuis un petit café qui fait le coin. Mais atteindre ce point a été fort difficile. La neige poudreuse et molle entravait mes pas. J’étais épuisée. Et une fois au café, impossible d’avoir un taxi, la ville entière avait eu la même idée que moi.  J’ai bu un capuccino, c’est un gentil petit café, avec deux adorables jeunes serveuses. J’ai appelé la juriste, qui m’a dit : « Laissez tomber, vous avez jusqu’au 16 mars pour vous manifester ». Et c’est ce que j’ai fait, bien que je préfère me débarrasser de cette démarche annuelle le plus vite possible. Et puis j’ai fait mes courses au supermarché voisin avant de repartir dans la tourmente.

Arrivée chez moi, j’ai encore dégagé la neige, parce que si je la laisse s’accumuler, ce sera beaucoup plus pénible. Mais les congères sont si hautes qu’il devient difficile de lever la pelle pour leur ajouter ce que j’enlève. J’ai discuté avec la voisine, aux prises avec les mêmes problèmes, de l’autre côté de la rue. «J’avais envie de vous dire de n’aller nulle part, et puis je me suis dit que j’allais me mêler de ce qui ne me regardait pas...

- Eh bien vous voyez, je ne suis pas allée bien loin, mais ça m’a pris quand même du temps."

Des cinéastes sont venues regarder ma maison pour y tourner quelque chose. Et l'une d'elles a proposé de m'emmener en quatre-quatre retirer au SDEK un colis la Redoute en souffrance. Je me suis fait déposer au café, car entretemps, j'avais eu un coup de fil d'Ania Ossipova qui voulait venir déneiger chez moi avec son mari Dima. Nous nous sommes retrouvés chez Gilles et ça tombait bien pour Dima, car il va faire pour lui les livraisons de pizzas et de gâteaux. En fait, j'avais déjà tout déneigé, je n'allais pas lui faire nettoyer la rue entière. Mais il est volontaire à l'avenir, et surtout, il m'a raccompagnée. Si j'avais les moyens, je l'embaucherais comme chauffeur.

Aujourd'hui, je voulais aller me promener avec Nini, car il faisait un soleil magnifique. La lumière a changé, elle devient plus vive, le ciel plus bleu, mais le froid est si intense que Nini a refusé de dépasser le portail. Elle me regardait, repartait vers la maison, retournait en arrière, et quand je l'ai vu soulever les pattes, j'ai compris qu'elle ne ferait pas un pas de plus sans bottines. Comme je n'en ai pas à sa disposition, je suis rentrée. Je suis montée dans mon atelier. Nini et Rita aboient en bas, parce que ni l'une ni l'autre ne peut monter l'escalier pour m'y suivre. 



Au retour de notre dernière promenade, frigorifiée, je me suis dit: "Je vais me faire un petit thé". Et tout d'un coup, mon coeur a plongé, je me suis écriée: "Maman, comme j'aimerais prendre ce thé avec toi!" Je sentais qu'elle était là. Je pense très souvent à elle. Mais j'avais tout-à-coup le sentiment qu'elle était présente, et que c'était peut-être une réponse aux doutes qui me taraudaient depuis que j'avais lu un débat sur la survie de la conscience. Un athée semblait se délecter de proclamer que c’était complètement impossible, de façon péremptoire et sans appel. Une scientifique disait qu’on ne pouvait prouver que le cerveau produisait de la conscience comme le foie produit de la bile. D’autres opposaient les expériences de mort imminente qui ne sont pas forcément convaincantes non plus. A cela on répliquait par la destruction de la personnalité et de la mémoire provoquée par la démence sénile, par exemple. A vrai dire, la personnalité de maman n’était pas détruite, elle était surtout très perturbée, et sa mémoire semblait devenue inaccessible, mais parfois, elle resurgissait. Néanmoins, c’est en effet très troublant. Le père Valentin me disait que c’était comme un pianiste à qui l’on a brisé son instrument, il ne peut plus jouer mais la musique est en lui. Le père Placide que cela revenait quand on quittait son corps. Mais ce qui me retient sur la pente du doute, ce sont les quelques révélations que j’ai eues dans ma vie. Hélas, si je m’en souviens, la grâce que j’en avais ressenti, pareille au parfum, n’a plus d’odeur quand elle s’est évanouie. Mais au moment même, je n’avais plus aucun doute, et au coeur une béatitude indescriptible. Et en dehors de ces moments, la poésie qui me donne l'intuition de "l'au-delà des choses" dont parlait Rilke, du caractère spirituel de la matière, désacralisée par des êtres lucifériens qui se sont donné sur elle tous les droits, et font de leurs semblables une marchandise comme les autres, comme les animaux domestiques et sauvages que nous traitons si mal. 

 Là dessus, je tombe dans l'Antipresse sur ce texte remarquable:



Dans son dernier briefing, Slobodan fait beaucoup d'observations intéressantes sur notre triste époque, et en particulier sur la mentalité occidentale qui, depuis qu'elle s'est détournée de la foi, s'occupe d'imaginer des utopies et de les faire partager, et même de les imposer au reste du monde. Ce n'est certes pas l'ensemble de la société occidentale qui est faite sur ce modèle, je pense que jusqu'au début de la destruction de la paysannerie, l'Europe gardait plus ou moins une façon de vivre médiévale. Mais dès la Renaissance et l'avènement du protestantisme, de l'humanisme, suivis des fameuses "lumières" aveuglantes des esprits luciférens, les élites ont prétendu changer le monde et installer sur terre un paradis qui semble un enfer à tout être normal. Et c'est un enfer, car le truc ne s'inscrit pas dans la nature, au contraire, il la viole et la détruit, et ne se donne pas d'horizon spirituel transcendant. On a fait de nos sociétés une sorte de grand lit de Procuste, où l'on mutile tout ce qui n'entre pas dans les cases de ceux qui nous veulent tellement de bien. Cette mentalité, qui déteste la nature et ne pense qu'à la soumettre ou à la contrefaire, et rejette toute notion de sacré, de divin, et de destin spirituel, devient fort logiquement complètement folle. Ce ne sont que délires, diatribes, invectives et condamnations, prédations manipulées sous de nobles prétextes destinés à aveugler l'imbécile de base, drogué aux faux espoirs, aux fausses vertus, aux indignations sur commande. L'Ukraine, et maintenant l'Iran. tout le monde crie haro sur l'Iranien, sur le mollah, sur le barbu, et si l'on flaire l'embrouille, on passe pour un sectateur de l'islam fanatique. Il y a quelques décennies, on soutenait avec le même enthousiasme la révolution de l'ayatollah Khomeiny, on lui donnait même asile en France. Et à présent, pour nous faire encore et toujours marcher dans un forfait de plus, on agite l'islam devant les droitards, le droit des femmes devant les gauchistes, on raconte des histoires effrayantes, si elles sont du même acabit que les mensonges et les inversions accusatoires qui s'accumulent depuis dix ans au sujet de l'Ukraine, permettez-moi d'être méfiante, et puis surtout: occupez-vous de votre mafia et pas de leurs mollahs. Occupez-vous de ce qu'on fait de la France, des populations européennes, de leurs paysans, de leurs petites gens, de leurs vieux et de leurs enfants.

Slobodan constate le grand remplacement, qui n'est une théorie du complot que pour les membres de la secte, tant il est évident à toute personne douée d'un cerveau. Il dit que cela ne se serait pas produit si les boomers n'avaient pas été préalablement déracinés, un peuple enraciné ne se laisse pas remplacer aussi facilement. Je partage son opinion. Toute jeune, je ressentais déjà ce déracinement. D'abord parce que ma famille n'avait plus les pieds dans la terre, ce dont mon grand-père était bien à tort très fier, et puis les paysans que j'ai connus, s'ils gardaient des traditions culinaires et festives, n'avaient plus de folklore, ni de savoir-faire artisanaux. Tout était fait pour nous orienter vers des lendemains qui chantent, et nous faire mépriser le passé obscurantiste, même la religion catholique se voulait moderne, et moi, je ne comprenais pas pourquoi nous n'avions rien derrière nous, plus aucune base, plus aucun lien direct avec les splendeurs architecturales et naturelles qui nous entouraient et n'avaient cependant de sens pour personne,  tout nous disait que c'était mort. Et je trouvais cela bien dommage, car le nouveau monde me semblait de plus en plus vulgaire, banal, moche et désespérant, et je ne comprenais pas comment la beauté et la noblesse avaient pu nous déserter de façon aussi radicale. Paradoxalement, la Russie qui avait subi un déracinement énorme et brutal, systématique, au moment de l'expérience communiste, me semblait, à travers les films soviétiques, moins atteinte. 

A ce propos, Jean-Michel Bovy évoque la fascination obstinée des élites russes pour l'Occident, fascination qui leur fait toujours faire de terribles bêtises. Beaucoup ont des biens à l'étranger, mais au delà de l'intérêt matériel, il y a, d'après lui, l'impossibilité de renoncer au rêve du monde idéal de la démocratie, du confort et de la civilisation. C'est en effet très juste, et très regrettable, de la même manière, en face, les élites françaises ne veulent pas renoncer au rêve américain ni à la caricature russe qu'elles se sont fabriquées, après avoir pourtant encensé l'Union soviétique et honni ceux qui, en évoquant le Goulag, venaient "désespérer Billancourt". De sorte que c'est la notion même d'élite qui finit par me chiffonner, que ce soit ici ou là-bas, des gens absurdes et coupés de tout ce qui nous a faits ce que nous sommes, au nom de chimères que je ne trouve même pas si séduisantes. Ces chimères ne peuvent naître et prospérer que sur les ruines du génie propre à chaque nation, et dans le vide de toute espèce de transcendance et de poésie. 

 https://www.youtube.com/live/aYnDjrUskOY?si=ODfq2m_KgoKVn0RL

 

 



mardi 27 janvier 2026

Sous la neige

 


Gilles m’avait dit : « Viens au café, un de tes anciens collègues est à Pereslavl avec sa femme et des amies. » Il y avait aussi un concert de jazz au bar et nous y avons mangé des pizzas.  J’ai eu un coup de nostalgie, peut-être, au lycée, j'étais encore jeune. Mais au bout de quelques temps, j'ai retrouvé l'impression d'être l'étranger de Camus ou bien l'anarque d'Ernst Junger et me suis demandé comment j'avais fait pour travailler vingt ans dans l'Education Nationale. Nécessité fait loi. Et puis il y avait les enfants, et même parfois leurs parents... 

Auparavant, j’étais allée aux vigiles, à la cathédrale. J’ai confessé à l’évêque que je me consacrais plus à la création qu’à la prière, et que j’étais sujette à la distraction à tous les sens du terme. Il ne m’a pas fait de commentaires. Mais c’est peut-être un effet de la Théophanie, je me sentais joyeuse et apaisée. Le lendemain, j’étais à l’église du Signe. Le père Serge semble très content de m’y voir. Il a été, je crois, très sensible au fait que j’ai publié sur la page de sa paroisse le dessin que j’avais fait du magnifique sapin de Noël installé par sa femme. J’ai entrevu Katia, et  transporté Olga Victorovna à l’église saint-Syméon-le-Stylite, elle devait en rencontrer le prêtre. Il faisait moins vingt, je me sentais engoncée dans mes vêtements et pourtant, je n’avais pas très chaud.

J’aime bien l’église du Signe, et ses paroissiens, ravis de m'adopter, mais j’aime aussi beaucoup la cathédrale, et me sens tiraillée entre les deux.

Après cela, je suis rentrée me mettre à l’aise et au chaud, avec un café. Et j’ai reçu un coup de fil d’une bonne femme qui m’avait entendue chanter et voulait me rencontrer. Elle avait même bu un coup de champagne pour se donner le courage de m'appeler, et devant un tel effort, je n'ai pas pu refuser. J’ai accepté, et je suis allée chez elle, sur le bord de la rivière. Elle a une drôle de maison, toute en hauteur, une espèce de phare. Du haut de la terrasse, tout en haut, se découvre une vue magique sur Pereslavl, la rivière, le lac, les coupoles dorées du monastère Saint-Nicolas. De cette maison, elle occupe une seule pièce avec une atmosphère hippie, des trucs qui brillent, des rideaux et des plantes vertes. Elle a plusieurs petites maisons en plus de celle-ci, elles lui permettent d’héberger des hôtes payants, et elle voudrait créer un village d’artistes, de cinéastes. Elle fait elle-même des films. C’est le genre qui a des tas et des tas d’idées pour changer le monde et promouvoir l’art et la culture. Sa spiritualité est plutôt new age, c’est le cas de beaucoup de quadragénaires venus ici depuis Moscou.

Elle m’a fait de grands compliments de mes pastels : «C’est bizarre, moi, je ne vois pas ce que vous voyez, vous donnez à tous vos paysages quelque chose de féérique, de fantastique...

- Eh bien d’abord, je fais une transposition symbolique, fatalement, et puis vous savez, je pense que nous développons tous une vision utilitaire des choses, et à l’occasion de moments de révélation, nous découvrons que nous passons à travers le monde sans le voir. »

Je n'en reviens pas de l'intérêt que tous semblent porter à mes pastels. Non que je les en trouve indignes, mais j'ai été marginalisée toute ma vie, et voilà que tout d'un coup, on me porte au pinacle...

Sur VK, j’ai vu une déclaration d’une infirmière sur les enfants abandonnés à la naissance qui m’a tellement serré le coeur que cela m’a poursuivie toute la journée. Elle dit que les pauvres bébés comprennent très bien ce qui leur arrive et pleurent jusqu’à l’épuisement désespéré d’avoir perdu l’odeur, la voix et la chaleur de leur mère, quels que soient les soins qu’on leur prodigue. Ils savent, ils sentent, et la vie commence pour eux dans l’épouvante de la solitude et d’un destin incertain. Je pensais à cette monstruosité qu’est la gestation pour autrui et à cette autre abomination qu’est l’utérus artificiel, sans parler des avortements de plus en plus tardifs. On nous ment quand on nous dit que la vie encore insconsciente ne sent pas ce qu’on lui fait. Et pour ceux qui sont dans le coma et qu’on décide d’euthanasier, il est bien possible qu’ils se rendent compte de ce qui se produit. Je comprenais aussi mon immense angoisse, lorsque j’ai perdu mon père, à l’âge « inconscient » d’un an. Car j’avais déjà en moi l’empreinte de sa voix, de son odeur, de sa vue, de ses gestes. Et tout-à-coup, plus rien, et de tout ceci je ne me souviens plus consciemment. Mais mes terreurs nocturnes, et la peur que maman mourût pendant la nuit provenaient sans doute de là.

Dany est très choquée par la violence des commentaires qui exigent le "droit à l'euthanasie", les insultes contre les "religions", que personne ne connaît plus qu'à travers des séries débiles et une propagande systématique, et les "bonnes soeurs". J'ai vu que depuis la révolution, le choix de l'archevêque de Paris était soumis à l'approbation de la république maçonnique, c'est pourquoi, sans doute, de tous les pays catholiques d'Europe, la France est le plus complaisant à toutes les errances et le plus déchristianisé. En dehors de toutes considérations religieuses, je suis fascinée par cet enthousiasme pour la "mort dans la dignité", surtout après tous les excès honteux du covid, et l'incitation aux transitions de sexe chez les mineurs, avec toutes les conséquences affreuses qu'ils dénoncent souvent eux-mêmes par la suite. Qui vous dit, mougeons, que la loi sur l'euthanasie vous fera "mourir dans la dignité"? Qui vous garantira contre les faciles économies budgétaires, les héritiers pressés? Et on montre une brave dame qui choisit de mourir, pour cela, elle est allée en Belgique. "Voici le grand jour, que prendrez-vous pour votre dernier petit déjeuner? 

- Ah je veux tout, des croissants, de la confiture, du café, tout, tout, tout"! 

Je ne sais pas si j'aurais beaucoup d'appétit, devant la perspective, c'est-à-dire que je n'aurais pas vraiment la tête à ça. Je crois que je ferais plutôt venir un prêtre. Ce n'est pas une opération de l'appendicite, c'est l'injection fatale, débouchant soit sur l'anéantissement, soit sur un monde inimaginable auquel on est mal préparé même quand on s'y prépare plus ou moins...

Parallèlement, l'Etat envoie ses cognes par bataillons entiers tabasser les paysans, c'est à vomir. Je comprends la sympathie de l'Europe pour l'Ukraine et ses bataillons punitifs, elle est fondée sur de réelles affinités, peut-être même a-t-on recrutés les gendarmes masqués parmi ce joyeux public de la croix gammée exotique. Dans un fil de commentaires où une amie faisait allusion aux nazis ukrainiens, un abruti de service a finement répliqué: "Pourquoi ne parlez-vous pas des nazis russes?" C'est une réplique censée clouer le bec a toute contradiction que je vois souvent, et qui ne correspond à rien de réel, ou de façon si confidentielle que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Le nazisme n'a pas trop bonne presse dans un pays qui a laissé des millions de gens dans la résistance à l'invasion allemande. C'est ce que j'ai écrit: "Les Russes ne font pas du nazisme une idéologie officielle, ils ne font pas de défilés aux flambeaux avec des croix gammées, ils n'ont jamais sauté, à la façon des Ukrainiens du Maïdan, sur la place Rouge en scandant: "les Ukrainiens au poteau", même à présent, alors que beaucoup d'Ukrainiens sont réfugiés chez eux, et ils ne les ont jamais fait griller comme l'ont fait les Ukrainiens nazis des prorusses, dans la maison des syndicats, à Odessa."

Ce commentaire a été effacé par le Figaro. Sans doute parce que trop vrai et trop documenté. J'expérimentais déjà ce genre de choses en 2014, et les années qui ont suivi. C'est quand je vois tout cela, que j'ai du mal à espérer un sursaut français. Les gens marchent dans les pires combines, croient n'importe quoi et poursuivent les réfractaires de leur hargne vertueuse avec zèle. Ils n'ont rien fait pour les gilets jaunes, rien fait pour les soignants persécutés, rien fait pour les agriculteurs, ils sont mûrs pour la tyrannie, mais donnent des leçons de morale et de démocratie avec un aplomb de commissaires du peuple, sur des sujets où ils sont aussi ignorants que manipulés.

Je suis allée faire graver une médaille avec mon numéro de téléphone, pour Nini, au cas où elle se perdrait, mais cela m'étonnerait, car elle me suit à la trace. Le gars fait des clés, vend des bracelets montre, j'ai souvent affaire à lui. Quand je lui ai expliqué ce que je voulais, que c'était pour ma chienne, il a eu un fin sourire et m'a tendu un papier, pour inscrire la commande. Et il me l'a remise avec un air satisfait et ravi. Il avait écrit "NINI", en grandes lettres décoratives, avec tant de gentillesse! Une belle médaille! Ce n'est certes pas un robot qui pourrait me donner la joie que m'a procurée ce bon monsieur! 

Ce matin, ce n'était pas le Kamtchatka, mais cela commencçait à y ressembler. Il était tombé tellement de neige que je ne voyais plus les chemins que j'avais tracés, j'ai passé deux heures à les dégager, et je n'ai pas osé prendre ma voiture, alors que j'ai diverses courses et démarches à faire, mais l'idée de me retrouver à nouveau coincée dans une congère à attendre l'aide des voisins me refroidit quelque peu, c'est le cas de le dire.




 

vendredi 23 janvier 2026

IA

 


Nous avons déjà passé le solstice depuis un mois, c’est-à-dire que nous avons gagné une heure de jour en plus. Pour la première fois depuis son opération, j’ai emmené Rita au café, après l’avoir lavée, car je ne pouvais plus reculer ce moment, elle était sale dégoûtante. Vitalina lui a donné des morceaux de fromage. Elle était très contente, gourmande et hargneuse, l’oeil vif, je me prends à espérer qu’elle va vivre encore quelques belles années. Vitalina avait enlevé toutes les décos de Noël, c’est vrai que lorsque on a passé la Théophanie, et alors que l’hiver bat son plein, qu’il est généralement à son plus froid, on est déjà orienté vers le printemps. A l’horizon orthodoxe, la maslenitsa, les quarante Martyrs, le grand carême. En sortant du café, je suis tombée sur Michael l’Anglais qui vient d’avoir son permis de séjour, je l’ai chaleureusement félicité. Le voilà tranquille, citoyen de Pereslavl jusqu’à la fin de sa vie. Installé dans notre petite arche glaciale et conviviale, entre le lac et les monastères...

Il y a longtemps que je n’avais vu un si bel hiver, sans verglas, sans froid excessif, sans dégel, avec une neige élastique, légère. Je marche sur un tapis crissant, dans un silence surnaturel, sous un ciel mat et presque blanc. Et de temps en temps, un soupir glacé fait tinter les herbes sèches. Pour la première fois, ce matin, j’ai entendu chanter un oiseau. Un seul. 

Je me promène avec Nini, et fait des rencontres, des voisins que je ne connaissais pas, un couple de retraités, et puis un vieux bonhomme dont la petite maison me plaît beaucoup par sa situation et son jardin. Il m'a dit qu'il était sculpteur sur bois et avait fait les iconostases de l'église du signe où je vais quelquefois.Nini fait plaisir à voir, toute heureuse de gambader devant moi dans une neige moelleuse et immaculée, mais elle n’est pas très frisée des hémisphères, comme aurait dit Dupont, le père de ma soeur. C’est Rantanplette. Il vaut peut-être mieux qu’il en soit ainsi. Je m’attacherai moins. Je commence à ne plus avoir trop de forces pour les souffrances morales. Je n’ai pas à redouter de la perdre en route ou de la voir partir Dieu sait où : elle reste collée à moi. Beaucoup trop. 

Tout est si calme et si normal, ici, nous y sommes si bien, qu’on en oublierait presque les horreurs de la guerre, le cirque politique international, le cynisme et la honte, la bêtise et l’infâmie. Vitalina craint que l’on nous installe une tyrannie comparable à celle de l’Europe, avec les normes et les persécutions fiscales, administratives et bancaires, c’est potentiellement possible et elle en observe les premiers signes. Pour l’instant, je ne le ressens pas, mais je ne suis plus dans le monde du travail. J'ai vu qu'après Anna Novikova, bouc émissaire de leur russophobie ignoble, les gnomes de la caste emprisonnaient des amies à elle, et même son mari, laissant leurs enfants à la merci de n'importe quoi et d'abord d'eux-mêmes. Cela me rappelle furieusement le sort des familles "d'ennemis du peuple" sous la Russie bolchevique et stalinienne tellement stigmatisée par ces hypocrites.  

Dany me parle  de l’IA et de tout le mal qu’elle va nous faire, des usines chinoises qui tournent sans un seul être humain, de la fracture anthropologique, des lendemains de science-fiction, et je ne peux pas dire que l’idée me convienne, mais je ne sais pourquoi, je suis persuadée que tout cela n’aura pas lieu, ou alors de façon éphémère, parce que tout ce qui est monstrueux et contraire aux lois de la vie est voué à la disparition. Mon âme reste ancrée dans la permanence paysanne et chrétienne de la Tradition, et même, au-delà, dans une continuité préhistorique avec le Vivant. Et tout ce qui tombe de cet arbre de la Vie auquel je suis greffée me paraît mort et sans intérêt. Si l’on faisait disparaître la Vie, ce serait très grave, mais est-ce possible ? Dany me parle des eaux et des sols contaminés par le plastique, et c’est horrifiant. Mais Tchernobyl est à présent un laboratoire de la résistance vitale aux désastres technologiques. Les espèces animales y prospèrent comme jamais et comme nulle part ailleurs, et de mystérieux champignons noirs dévorent les radiations. Alors je fais confiance à Dieu ou à la Vie, c'est la même chose. Ce qui m'effraie, c'est ce que nous sommes et serons contraints de subir, cet asservissement, cet avilissement, cette mutilation des âmes qui leur interdit toute transcendance, la liquidation de nos cultures, de la véritable diversité des peuples, chacun d'entre eux étant à mes yeux une entité particulière, une inflorescence originale du même arbre. Le mensonge déchaîné, l'ignominie, la laideur, la cruauté qui va si souvent de pair avec la bêtise. J'ai vu au café une femme qui a passé vingt ans en France, mais qui a décidé de revenir dans son pays. Elle me dit qu'ici, la disparition du patrimoine, saccagé par des gens qui n'ont pas appris à le respecter et n'ont aucune espèce de goût la traumatise autant que moi, et qu'elle ne se doutait pas, en exil, de l'ampleur des ravages commis. D'un autre côté, elle a constaté comme moi qu'en France, tout ce qui n'était pas interdit était obligatoire, et aussi qu'avec une bonne partie des gens, plus aucune communication n'était possible. Ils ne voient pas que leurs libertés leur sont confisquées, parce que pour eux, la liberté s'assimile presque exclusivement à la licence sexuelle, et de ce côté-là, les dérives les plus dégoûtantes et les plus sinistres leurs paraissent défendables au nom de la tolérance. Je suis de mon côté révulsée par la loi sur l'euthanasie, et je vois que beaucoup de gens la soutiennent, au nom de la "dignité" et du choix personnel. C'est-à-dire qu'ils conservent dans les autorités, les individus qui les gouvernent si mal et se sont depuis longtemps vendus aux pires mafias, une confiance touchante. Et pas seulement les autorités, mais une bonne partie du corps médical, comme on l'a vu avec l'épisode covid. Ils vont remettre leur fin de vie et celle de leurs proches à n'importe qui. Le docteur Jean-Louis Touraine explique sans complexes que cette loi, pour l'instant encore limitée, pourra être élargie à d'autres catégories de population, mais qu'il faut d'abord mettre le pied dans la porte, pour habituer l'opinion en douceur. On verra alors, in fine,  si les victimes "mourront dans la dignité" ou seront hypocritement supprimées pour toutes sortes de raisons qui n'auront rien d'honorable, sans que leurs proches puissent s'y opposer, et en contraignant les médecins à commettre de véritables éxécutions. 

A propos de l'IA, un post me signale que la vidéo d'Emmanuel Todd dont j'ai parlé dans ma chronique précédente en était le pur produit, ce qui n'est pas étonnant, en fin de compte, ce qui était surprenant c'est qu'il eût tenu de tels propos. Comme quoi, il faut s'habituer à cette nouvelle situation. En ce qui concerne le "Noël orthodoxe à Moscou", j'ai tout de suite vu que c'était un fake de l'IA, mais pas pour Emmanuel Todd.