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mardi 27 janvier 2026

Sous la neige

 


Gilles m’avait dit : « Viens au café, un de tes anciens collègues est à Pereslavl avec sa femme et des amies. » Il y avait aussi un concert de jazz au bar et nous y avons mangé des pizzas.  J’ai eu un coup de nostalgie, peut-être, au lycée, j'étais encore jeune. Mais au bout de quelques temps, j'ai retrouvé l'impression d'être l'étranger de Camus ou bien l'anarque d'Ernst Junger et me suis demandé comment j'avais fait pour travailler vingt ans dans l'Education Nationale. Nécessité fait loi. Et puis il y avait les enfants, et même parfois leurs parents... 

Auparavant, j’étais allée aux vigiles, à la cathédrale. J’ai confessé à l’évêque que je me consacrais plus à la création qu’à la prière, et que j’étais sujette à la distraction à tous les sens du terme. Il ne m’a pas fait de commentaires. Mais c’est peut-être un effet de la Théophanie, je me sentais joyeuse et apaisée. Le lendemain, j’étais à l’église du Signe. Le père Serge semble très content de m’y voir. Il a été, je crois, très sensible au fait que j’ai publié sur la page de sa paroisse le dessin que j’avais fait du magnifique sapin de Noël installé par sa femme. J’ai entrevu Katia, et  transporté Olga Victorovna à l’église saint-Syméon-le-Stylite, elle devait en rencontrer le prêtre. Il faisait moins vingt, je me sentais engoncée dans mes vêtements et pourtant, je n’avais pas très chaud.

J’aime bien l’église du Signe, et ses paroissiens, ravis de m'adopter, mais j’aime aussi beaucoup la cathédrale, et me sens tiraillée entre les deux.

Après cela, je suis rentrée me mettre à l’aise et au chaud, avec un café. Et j’ai reçu un coup de fil d’une bonne femme qui m’avait entendue chanter et voulait me rencontrer. Elle avait même bu un coup de champagne pour se donner le courage de m'appeler, et devant un tel effort, je n'ai pas pu refuser. J’ai accepté, et je suis allée chez elle, sur le bord de la rivière. Elle a une drôle de maison, toute en hauteur, une espèce de phare. Du haut de la terrasse, tout en haut, se découvre une vue magique sur Pereslavl, la rivière, le lac, les coupoles dorées du monastère Saint-Nicolas. De cette maison, elle occupe une seule pièce avec une atmosphère hippie, des trucs qui brillent, des rideaux et des plantes vertes. Elle a plusieurs petites maisons en plus de celle-ci, elles lui permettent d’héberger des hôtes payants, et elle voudrait créer un village d’artistes, de cinéastes. Elle fait elle-même des films. C’est le genre qui a des tas et des tas d’idées pour changer le monde et promouvoir l’art et la culture. Sa spiritualité est plutôt new age, c’est le cas de beaucoup de quadragénaires venus ici depuis Moscou.

Elle m’a fait de grands compliments de mes pastels : «C’est bizarre, moi, je ne vois pas ce que vous voyez, vous donnez à tous vos paysages quelque chose de féérique, de fantastique...

- Eh bien d’abord, je fais une transposition symbolique, fatalement, et puis vous savez, je pense que nous développons tous une vision utilitaire des choses, et à l’occasion de moments de révélation, nous découvrons que nous passons à travers le monde sans le voir. »

Je n'en reviens pas de l'intérêt que tous semblent porter à mes pastels. Non que je les en trouve indignes, mais j'ai été marginalisée toute ma vie, et voilà que tout d'un coup, on me porte au pinacle...

Sur VK, j’ai vu une déclaration d’une infirmière sur les enfants abandonnés à la naissance qui m’a tellement serré le coeur que cela m’a poursuivie toute la journée. Elle dit que les pauvres bébés comprennent très bien ce qui leur arrive et pleurent jusqu’à l’épuisement désespéré d’avoir perdu l’odeur, la voix et la chaleur de leur mère, quels que soient les soins qu’on leur prodigue. Ils savent, ils sentent, et la vie commence pour eux dans l’épouvante de la solitude et d’un destin incertain. Je pensais à cette monstruosité qu’est la gestation pour autrui et à cette autre abomination qu’est l’utérus artificiel, sans parler des avortements de plus en plus tardifs. On nous ment quand on nous dit que la vie encore insconsciente ne sent pas ce qu’on lui fait. Et pour ceux qui sont dans le coma et qu’on décide d’euthanasier, il est bien possible qu’ils se rendent compte de ce qui se produit. Je comprenais aussi mon immense angoisse, lorsque j’ai perdu mon père, à l’âge « inconscient » d’un an. Car j’avais déjà en moi l’empreinte de sa voix, de son odeur, de sa vue, de ses gestes. Et tout-à-coup, plus rien, et de tout ceci je ne me souviens plus consciemment. Mais mes terreurs nocturnes, et la peur que maman mourût pendant la nuit provenaient sans doute de là.

Dany est très choquée par la violence des commentaires qui exigent le "droit à l'euthanasie", les insultes contre les "religions", que personne ne connaît plus qu'à travers des séries débiles et une propagande systématique, et les "bonnes soeurs". J'ai vu que depuis la révolution, le choix de l'archevêque de Paris était soumis à l'approbation de la république maçonnique, c'est pourquoi, sans doute, de tous les pays catholiques d'Europe, la France est le plus complaisant à toutes les errances et le plus déchristianisé. En dehors de toutes considérations religieuses, je suis fascinée par cet enthousiasme pour la "mort dans la dignité", surtout après tous les excès honteux du covid, et l'incitation aux transitions de sexe chez les mineurs, avec toutes les conséquences affreuses qu'ils dénoncent souvent eux-mêmes par la suite. Qui vous dit, mougeons, que la loi sur l'euthanasie vous fera "mourir dans la dignité"? Qui vous garantira contre les faciles économies budgétaires, les héritiers pressés? Et on montre une brave dame qui choisit de mourir, pour cela, elle est allée en Belgique. "Voici le grand jour, que prendrez-vous pour votre dernier petit déjeuner? 

- Ah je veux tout, des croissants, de la confiture, du café, tout, tout, tout"! 

Je ne sais pas si j'aurais beaucoup d'appétit, devant la perspective, c'est-à-dire que je n'aurais pas vraiment la tête à ça. Je crois que je ferais plutôt venir un prêtre. Ce n'est pas une opération de l'appendicite, c'est l'injection fatale, débouchant soit sur l'anéantissement, soit sur un monde inimaginable auquel on est mal préparé même quand on s'y prépare plus ou moins...

Parallèlement, l'Etat envoie ses cognes par bataillons entiers tabasser les paysans, c'est à vomir. Je comprends la sympathie de l'Europe pour l'Ukraine et ses bataillons punitifs, elle est fondée sur de réelles affinités, peut-être même a-t-on recrutés les gendarmes masqués parmi ce joyeux public de la croix gammée exotique. Dans un fil de commentaires où une amie faisait allusion aux nazis ukrainiens, un abruti de service a finement répliqué: "Pourquoi ne parlez-vous pas des nazis russes?" C'est une réplique censée clouer le bec a toute contradiction que je vois souvent, et qui ne correspond à rien de réel, ou de façon si confidentielle que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Le nazisme n'a pas trop bonne presse dans un pays qui a laissé des millions de gens dans la résistance à l'invasion allemande. C'est ce que j'ai écrit: "Les Russes ne font pas du nazisme une idéologie officielle, ils ne font pas de défilés aux flambeaux avec des croix gammées, ils n'ont jamais sauté, à la façon des Ukrainiens du Maïdan, sur la place Rouge en scandant: "les Ukrainiens au poteau", même à présent, alors que beaucoup d'Ukrainiens sont réfugiés chez eux, et ils ne les ont jamais fait griller comme l'ont fait les Ukrainiens nazis des prorusses, dans la maison des syndicats, à Odessa."

Ce commentaire a été effacé par le Figaro. Sans doute parce que trop vrai et trop documenté. J'expérimentais déjà ce genre de choses en 2014, et les années qui ont suivi. C'est quand je vois tout cela, que j'ai du mal à espérer un sursaut français. Les gens marchent dans les pires combines, croient n'importe quoi et poursuivent les réfractaires de leur hargne vertueuse avec zèle. Ils n'ont rien fait pour les gilets jaunes, rien fait pour les soignants persécutés, rien fait pour les agriculteurs, ils sont mûrs pour la tyrannie, mais donnent des leçons de morale et de démocratie avec un aplomb de commissaires du peuple, sur des sujets où ils sont aussi ignorants que manipulés.

Je suis allée faire graver une médaille avec mon numéro de téléphone, pour Nini, au cas où elle se perdrait, mais cela m'étonnerait, car elle me suit à la trace. Le gars fait des clés, vend des bracelets montre, j'ai souvent affaire à lui. Quand je lui ai expliqué ce que je voulais, que c'était pour ma chienne, il a eu un fin sourire et m'a tendu un papier, pour inscrire la commande. Et il me l'a remise avec un air satisfait et ravi. Il avait écrit "NINI", en grandes lettres décoratives, avec tant de gentillesse! Une belle médaille! Ce n'est certes pas un robot qui pourrait me donner la joie que m'a procurée ce bon monsieur! 

Ce matin, ce n'était pas le Kamtchatka, mais cela commencçait à y ressembler. Il était tombé tellement de neige que je ne voyais plus les chemins que j'avais tracés, j'ai passé deux heures à les dégager, et je n'ai pas osé prendre ma voiture, alors que j'ai diverses courses et démarches à faire, mais l'idée de me retrouver à nouveau coincée dans une congère à attendre l'aide des voisins me refroidit quelque peu, c'est le cas de le dire.




 

vendredi 23 janvier 2026

IA

 


Nous avons déjà passé le solstice depuis un mois, c’est-à-dire que nous avons gagné une heure de jour en plus. Pour la première fois depuis son opération, j’ai emmené Rita au café, après l’avoir lavée, car je ne pouvais plus reculer ce moment, elle était sale dégoûtante. Vitalina lui a donné des morceaux de fromage. Elle était très contente, gourmande et hargneuse, l’oeil vif, je me prends à espérer qu’elle va vivre encore quelques belles années. Vitalina avait enlevé toutes les décos de Noël, c’est vrai que lorsque on a passé la Théophanie, et alors que l’hiver bat son plein, qu’il est généralement à son plus froid, on est déjà orienté vers le printemps. A l’horizon orthodoxe, la maslenitsa, les quarante Martyrs, le grand carême. En sortant du café, je suis tombée sur Michael l’Anglais qui vient d’avoir son permis de séjour, je l’ai chaleureusement félicité. Le voilà tranquille, citoyen de Pereslavl jusqu’à la fin de sa vie. Installé dans notre petite arche glaciale et conviviale, entre le lac et les monastères...

Il y a longtemps que je n’avais vu un si bel hiver, sans verglas, sans froid excessif, sans dégel, avec une neige élastique, légère. Je marche sur un tapis crissant, dans un silence surnaturel, sous un ciel mat et presque blanc. Et de temps en temps, un soupir glacé fait tinter les herbes sèches. Pour la première fois, ce matin, j’ai entendu chanter un oiseau. Un seul. 

Je me promène avec Nini, et fait des rencontres, des voisins que je ne connaissais pas, un couple de retraités, et puis un vieux bonhomme dont la petite maison me plaît beaucoup par sa situation et son jardin. Il m'a dit qu'il était sculpteur sur bois et avait fait les iconostases de l'église du signe où je vais quelquefois.Nini fait plaisir à voir, toute heureuse de gambader devant moi dans une neige moelleuse et immaculée, mais elle n’est pas très frisée des hémisphères, comme aurait dit Dupont, le père de ma soeur. C’est Rantanplette. Il vaut peut-être mieux qu’il en soit ainsi. Je m’attacherai moins. Je commence à ne plus avoir trop de forces pour les souffrances morales. Je n’ai pas à redouter de la perdre en route ou de la voir partir Dieu sait où : elle reste collée à moi. Beaucoup trop. 

Tout est si calme et si normal, ici, nous y sommes si bien, qu’on en oublierait presque les horreurs de la guerre, le cirque politique international, le cynisme et la honte, la bêtise et l’infâmie. Vitalina craint que l’on nous installe une tyrannie comparable à celle de l’Europe, avec les normes et les persécutions fiscales, administratives et bancaires, c’est potentiellement possible et elle en observe les premiers signes. Pour l’instant, je ne le ressens pas, mais je ne suis plus dans le monde du travail. J'ai vu qu'après Anna Novikova, bouc émissaire de leur russophobie ignoble, les gnomes de la caste emprisonnaient des amies à elle, et même son mari, laissant leurs enfants à la merci de n'importe quoi et d'abord d'eux-mêmes. Cela me rappelle furieusement le sort des familles "d'ennemis du peuple" sous la Russie bolchevique et stalinienne tellement stigmatisée par ces hypocrites.  

Dany me parle  de l’IA et de tout le mal qu’elle va nous faire, des usines chinoises qui tournent sans un seul être humain, de la fracture anthropologique, des lendemains de science-fiction, et je ne peux pas dire que l’idée me convienne, mais je ne sais pourquoi, je suis persuadée que tout cela n’aura pas lieu, ou alors de façon éphémère, parce que tout ce qui est monstrueux et contraire aux lois de la vie est voué à la disparition. Mon âme reste ancrée dans la permanence paysanne et chrétienne de la Tradition, et même, au-delà, dans une continuité préhistorique avec le Vivant. Et tout ce qui tombe de cet arbre de la Vie auquel je suis greffée me paraît mort et sans intérêt. Si l’on faisait disparaître la Vie, ce serait très grave, mais est-ce possible ? Dany me parle des eaux et des sols contaminés par le plastique, et c’est horrifiant. Mais Tchernobyl est à présent un laboratoire de la résistance vitale aux désastres technologiques. Les espèces animales y prospèrent comme jamais et comme nulle part ailleurs, et de mystérieux champignons noirs dévorent les radiations. Alors je fais confiance à Dieu ou à la Vie, c'est la même chose. Ce qui m'effraie, c'est ce que nous sommes et serons contraints de subir, cet asservissement, cet avilissement, cette mutilation des âmes qui leur interdit toute transcendance, la liquidation de nos cultures, de la véritable diversité des peuples, chacun d'entre eux étant à mes yeux une entité particulière, une inflorescence originale du même arbre. Le mensonge déchaîné, l'ignominie, la laideur, la cruauté qui va si souvent de pair avec la bêtise. J'ai vu au café une femme qui a passé vingt ans en France, mais qui a décidé de revenir dans son pays. Elle me dit qu'ici, la disparition du patrimoine, saccagé par des gens qui n'ont pas appris à le respecter et n'ont aucune espèce de goût la traumatise autant que moi, et qu'elle ne se doutait pas, en exil, de l'ampleur des ravages commis. D'un autre côté, elle a constaté comme moi qu'en France, tout ce qui n'était pas interdit était obligatoire, et aussi qu'avec une bonne partie des gens, plus aucune communication n'était possible. Ils ne voient pas que leurs libertés leur sont confisquées, parce que pour eux, la liberté s'assimile presque exclusivement à la licence sexuelle, et de ce côté-là, les dérives les plus dégoûtantes et les plus sinistres leurs paraissent défendables au nom de la tolérance. Je suis de mon côté révulsée par la loi sur l'euthanasie, et je vois que beaucoup de gens la soutiennent, au nom de la "dignité" et du choix personnel. C'est-à-dire qu'ils conservent dans les autorités, les individus qui les gouvernent si mal et se sont depuis longtemps vendus aux pires mafias, une confiance touchante. Et pas seulement les autorités, mais une bonne partie du corps médical, comme on l'a vu avec l'épisode covid. Ils vont remettre leur fin de vie et celle de leurs proches à n'importe qui. Le docteur Jean-Louis Touraine explique sans complexes que cette loi, pour l'instant encore limitée, pourra être élargie à d'autres catégories de population, mais qu'il faut d'abord mettre le pied dans la porte, pour habituer l'opinion en douceur. On verra alors, in fine,  si les victimes "mourront dans la dignité" ou seront hypocritement supprimées pour toutes sortes de raisons qui n'auront rien d'honorable, sans que leurs proches puissent s'y opposer, et en contraignant les médecins à commettre de véritables éxécutions. 

A propos de l'IA, un post me signale que la vidéo d'Emmanuel Todd dont j'ai parlé dans ma chronique précédente en était le pur produit, ce qui n'est pas étonnant, en fin de compte, ce qui était surprenant c'est qu'il eût tenu de tels propos. Comme quoi, il faut s'habituer à cette nouvelle situation. En ce qui concerne le "Noël orthodoxe à Moscou", j'ai tout de suite vu que c'était un fake de l'IA, mais pas pour Emmanuel Todd. 




 

lundi 19 janvier 2026

С Праздником!

 






J’ai amené Rita chez le vétérinaire avec l’impression que je n’allais pas la revoir vivante. Elle l’a endormie sur mes genoux, pour ne pas lui créer de stress. Ensuite, je suis allée au café, et j’étais à peine installée qu’elle m’appelait, j’ai cru que ma chienne était morte. Mais non, l’opération était juste déjà finie. Elle est coriace, Rita. Lorsque je suis arrivée au cabinet, j’ai appelé doucement : « Ritoucha ». Elle a levé la tête, du fond de son coltar, et la vétérinaire l’a mise sur mes genoux. Elle avait les yeux ouverts ; elle me regardait, avec une adoration et un bonheur indescriptibles, une véritable béatitude, et un authentique sourire : « Tu es là et tout m’est égal. Tu es avec moi. » 
La vétérinaire m’a donné des médicaments pour la toux, des calmants, car c’est souvent la surexcitation qui la fait tousser, et depuis l'anesthésie, elle ne tousse plus, peut-être grâce au traitement pour lui soutenir le coeur et atténuer ses émotions.  Du coup, je me prends à espérer que ma petite copine passera encore un an ou deux à mes côtés, peut-être plus...

J’ai vu une vidéo d’Emmanuel Todd, dont j’apprécie d’ordinaire l’intelligence et l’honnêteté intellectuelle, mais en l’occurrence, je ne suis pas du tout d’accord avec son analyse. Il prétend que la dislocation de la société occidentale provient de l’hyper éducation des masses, initiée par la religion du progrès. C’est-à-dire que les gens instruits sont en trop grand nombre pour les postes disponibles à leur niveau de compétence, et que cette instruction leur donne un sens critique qui en fait avec cela des aigris toujours en révolte contre l’ordre établi. Sans vouloir lui faire de peine, encore une vision de monde typiquement universitaire. Que les gens diplômés soient en surnombre par rapport aux postes disponibles dans leur niveau de compétence, cela n’est pas faux. Dire que leur instruction en fait des aigris et des rebelles, cela suppose que toute personne n’ayant pas fait d’études supérieures est forcément inculte, et dépourvue de sens critique. C’est-à-dire que pour l’intelligent Emmanuel Todd, la culture est forcément universitaire, homologuée. Cette mentalité, et cette façon d’aborder la question, très française et très contemporaine, fausse complètement le débat, en ne tenant pas compte d’une partie de la réalité. D’après mon expérience personnelle, le sens critique, l’intelligence, la créativité et la culture ne sont pas fatalement associés aux diplômes, même élevés, peut-être même au contraire. Les individus les plus crédules, les plus conformistes et les plus malléables, on les trouve chez tous ces intellectuels diplômés, incontestablement en surnombre, et se croyant d’une autre essence, car ils ont été séléctionnés non par rapport à leur réelle culture et à leur sens critique, mais à leur correspondance à un certain moule idéologique, à une bien-pensance, à une interprétation particulière des choses qu’ils ne veulent à aucun prix remettre en question, pour ne pas se faire ostraciser par leurs semblables. Aigris, ils le sont, s’ils n’ont pas trouvé la niche confortable digne de leurs diplômes, or ce souvent des médiocres qui n’ont pas les moyens de leurs ambitions et qu’on a poussé à l’université alors qu’ils auraient fait de bons ébénistes ou de bons paysans cultivés, si on ne leur avait appris à mépriser tous ceux qui n’ont pas reçu le sceau sacro-saint des études supérieures, substitut,  dans nos sociétés, de la particule pour un bourgeois du XVII°. Emmanuel Todd ignore complètement la culture populaire, il est vrai en voie de disparition, mais qui faisait de n’importe quelle personne l'héritière d’une tradition poétique, musicale, de savoir-faire divers dans toutes sortes de domaines, ce qui était tout aussi respectable et tout aussi générateur d’intelligence et de sens critique que des études dans des facs orientées politiquement et coupées du monde réel, sinon même beaucoup plus. Je dirais même que c’était justement dans les rangs de ce petit peuple laborieux et dépositaire des traditions qu’on trouvait les personnes les plus réfractaires aux endoctrinements. Dans son analyse, il ne tient pas compte du bagage qu’avaient ces couches populaires avant qu’on en pousse les enfants à faire des études généralement inutiles, non seulement sur le plan des débouchés pratiques, mais même sur celui de la culture personnelle, qui n’est plus en odeur de sainteté depuis plusieurs décennies dans les cénacles de la bien-pensance, je le constatais déjà dans les années soixante-dix. Dans ma famille, aucune de mes tantes n’avait de diplôme, sauf une seule, qui avait brillemment passé son bac. Et pourtant, toutes lisaient, toutes avaient du goût, aimaient les belles choses, faisaient preuve d'un esprit indépendant et critique, et ne se sentaient pas déshonorées ni amères d'être femme au foyer, hôtellière ou représentante en colle industrielle. Ma tante Jacquie, qui n'avait jamais fait d'études supérieures, lisait Ernst Junger, Nietzsche, Mircea Eliade et Marcel Proust. Mon beau-père paysan avait eu son bac latin grec, mais n’avait pas supporté de vivre en ville, et il était revenu s’occuper de la ferme, qui le laissait exister en parfait anarchiste, loin des conventions sociales et des contraintes citadines, avec son fusil sous le lit et sa petite cigarette au bord de son champ, devant le coucher de soleil. Et cela, tandis que je voyais tellement de pseudo-intellectuels, incapables d’une idée originale, répéter des doxas politiques inculquées, et juger toute la culture au travers de ce prisme, méprisant nombre de chefs d’oeuvre qui n’entraient pas dans leur grille de lecture. Cela ne l’empêchait pas de se cultiver, et d’une manière plus curieuse et ouverte que le produit des facs de l’après soixante-huit, occupé à déconstruire l’héritage «bourgeois » . Le problème est plutôt qu'à présent, le peuple a perdu sa culture authentique et traditionnelle, et les soi-disant intellectuels n'ont plus qu'une culture factice, dénaturée et émasculée par l'idéologie.

J’ai vu également des vidéos de la charmante Gabrielle Duvoisin, qui cherche à faire connaître sous un vrai jour la Russie, où elle vit depuis trois ans, consacrées à un blogueur français qui ment sur ce thème d’une façon absolument honteuse et, à mon avis, ne peut pas ignorer qu’il le fait. Elle le démontre à sa façon habituelle, posée, ferme et efficace. Quel est le mécanisme mental de ce genre de petit salopard, qui va délibérément inventer des calomnies fantasmagoriques sur un groupe ou un peuple désigné à la vindicte publique par des agitateurs et des manipulateurs avec une patience d’araignée depuis des décennies ? Gabrielle a l’intelligence de mettre des sous-titres à ses vidéos, pour que les Russes apprécient le degré de perversité qu’atteignent journalistes et informateurs homologués dans les pays d’Europe en général, et en France particulièrement. Car une bonne partie d’entre eux ne l’imagine même pas. Son témoignage est utile des deux côtés. En particulier auprès de certains jeunes Russes de ma connaissance, qui croient tout ce qui vient de l’Occident par principe.



Dans la série calomnies, j’ai vu qu’on menait une campagne de presse contre les moniales de Sainte Elizabeth de Minsk accusées d’être des espionnes russes qui collectent de l’argent pour l’armement. Ces femmes, afin de financer leurs bonnes oeuvres, vendent leurs icônes et leurs matriochkas dans les monastères orthodoxes occidentaux, et même chez les catholiques, depuis des années et des années, on les recevait à bras ouverts, et on les connaissait bien, mais il suffit que de vils journaleux se mettent sur commande à leur glapir aux chausses pour que plein de bonnes âmes leur ferment la porte, et je trouve cela tellement lamentable que j’ai honte du pays d’où je viens, d’autant plus qu’ici, on se fait une joie d’accueillir les Européens et de me saluer en français. Je comprends d’autant mieux la jeune indignation de Gabrielle Duvoisin... On m’a envoyé récemment une vidéo qui m’a laissée pantoise, manifestement conçue par l’IA, et intitulée : « Noel orthodoxe à Moscou ».  C’est une sorte de parade qui tient le milieu entre Disneyland et un défilé hitlérien, avec des mouvements d’ensemble réglés comme du papier à musique, un gigantisme absolument étranger à l’orthodoxie et les chants religieux, qui n’existent pas dans la nature, sont en anglais. Quand on a vu les processions du métropolite Onuphre en Ukraine, dont personne ne disait rien en occident, même sur les sites orthodoxes, ou celle de Moscou, récemment, ou qu’on a participé soi-même à ce genre d’évènement, on sait que derrière les prêtres, les bannières et les icônes, marche une foule de gens de toutes sortes, en désordre et en toute liberté, avec des gosses dans des poussettes, des infirmes en fauteuil roulant, des cosaques d’un côté, des grands-mères de l’autre, bref, rien à voir avec un défilé du premier mai du temps de Staline. Le pire est que certains commentaires enthousiastes semblent venir de Serbes ou d’autres pays orthodoxes, mais ce sont peut-être des trolls. Je me suis demandé d’où sortait cette étrange profanation qui semble issue d’un autre monde, car elle a quelque chose de maléfique, de profondément étrange, et si des imbéciles l'ont conçue de bonne foi, ce que j’aurais vraiment du mal à croire, alors par leur intermédiaire, c’est le singe de Dieu qui s’exprime, afin de discréditer la dernière religion qui lui fait obstacle, et encore pas partout, puisque Bartholomée s’est déjà complètement prosterné devant lui.



Je voulais aller aux vigiles de la Théophanie, fête qui me tient particulièrement à coeur par son aspect spirituel et cosmique, et c’est à la Théophanie que je suis devenue orthodoxe il y a fort longtemps. Mais pour une seconde d’inattention causée par l’irruption derrière moi de la bagnole du voisin, je me suis retrouvée coincée dans la neige, et après avoir bataillé seule, puis avec ma voisine, puis avec le fils de ma voisine, pour sortir de là, j’avais perdu tellement de temps que cela ne valait plus le coup de risquer de m’enliser à nouveau. Ce matin, j’ai tenté le coup. Je suis allée à l’église du Signe, c’est plus calme, et le parking est bien déneigé. Cette église est vraiment ravissante, j’y retrouve Katia et Olga Viktorovna, que j’aime bien, mais je tiens aussi à la cathédrale, et au père Andreï... A la sortie, je suis allée au café avec Katia, et Liéna, la femme de Sacha, collaborateur de Gilles, est venue nous rejoindre. C’est une jeune femme adorable, tellement spontanée et positive, un rayon de soleil. Et nous avons ri, conversé et plaisanté toutes les trois, projeté une séance commune de bains de vapeur, des soirées musique ou folklore, commenté nos accoutrements douillets et les froids à venir encore. Katia ressemble à un jouet en peluche, même son sac-à-main est matelassé, et Liéna, toute emmitouflée, avait l’air d’une petite paysanne d’autrefois.

Sur le chemin du retour, je me sentais calme et joyeuse, la Théophanie a toujours été pour moi une journée spéciale, depuis ma conversion, j’y reçois toujours un encouragement. Cette année, c’était le moment que j’ai passé avec ces jeunes femmes, à rire et converser de bon coeur, dans ce lieu chaleureux où je n’ai que des amis.




jeudi 15 janvier 2026

Neige

 



Dimanche, j’ai commis l’erreur d’aller me promener avec Nini, comptant que le temps difficile allait arrêter les amateurs de luge, mais pas du tout, ils venaient avec leurs gosses et des voitures énormes, à travers la tempête de neige, et restaient coincés dans les congères, faisant des démarrages en trombe pour s’en arracher, et ne me laissant pas la place de me réfugier sur le côté. Habituellement, j’attends que tous les gamins remontent la pente pour traverser la piste, et c’est ce que j’ai fait, mais l’un de ces petis cons n’a pas attendu d’atteindre le sommet pour descendre et a foncé droit sur moi, me projetant à terre. J’ai tapé sur le visage et la poitrine, et j’ai eu tellement mal que je ne pouvais reprendre mon souffle, mais aucune excuse, et personne ne m’a aidée à me relever. J’ai traité cette bande d’ados de petits débiles mal élevés, ce qu’ils sont en vérité. Depuis, j’ai toujours un peu mal.

Auparavant, j’étais allée à l’église, priant le Ciel pour ne pas m’enliser, mais je l’ai fait au retour, à deux pas de chez moi. Il a fallu l’aide du voisin pour me tirer de là. Depuis, ma voiture est immobilisée, une des roues ne tourne pas. Je vais à pied faire les courses, et je constate que je marche bien mieux qu’avant, merci au docteur Simakov qui m’a remis le ménisque dans l’axe...

Des gars sont venus voir ma maison pour y faire un tournage. Dany m’a dit que c’était épouvantable, et qu’il fallait me faire payer en conséquence, et exiger qu’ils remettent tout en place. J’ai demandé aux types de m’emmener en voiture dans le centre, je devais aller à la poste, et puis je suis passée au café. Gilles avait réussi à venir : dans son village, on déneige. A Pereslavl, on peut toujours attendre. En revanche, le gouverneur exulte devant les recettes faramineuses que lui rapportent les parkings payants qui nous empoisonnent la vie dans tout l’oblast de Iaroslavl. Je suis un peu gênée de consommer gratis, chez Gilles, mais il m’a dit : « Ca m’arrange complètement ! Vas-y sans hésiter ! »

Au retour, j'ai fait des photos et un dessin de l'église de la Protection, qui est sur mon chemin. La magie de l'hiver russe et des illuminations de Noël qui durent ici pratiquement jusqu'à Pâques!



Elena Petchanikova est ravie du travail de rédaction que je lui ai fait et trouve même qu’il n’est pas assez payé ! Je m'en souviendrai la prochaine fois... Du coup, elle va inscrire sur le livre que c’est moi qui m’en suis occupée. J’espère que cela me rapportera d’autres commandes du même genre. Du coup, j’arrive à presque gagner ma vie. 

Nini n’est pas une lumière, mais elle commence à me regarder avec adoration et à faire tout ce qu’elle peut pour me plaire, la pauvre. Visiblement, elle n’en revient pas d’avoir une pareille vie de château. Elle ne s’éloigne pas, court volontiers dans la cour avec quelques incursions dans la rue, mais ne veut surtout pas me lâcher, je suis sous surveillance permanente. Elle fait parfois même de petits bonds joyeux. Je pense qu’elle sera sans problèmes, elle ne fait pas peur, n’est pas agressive, ni exagérément énergique.



Rita tousse parfois beaucoup, et j’en suis très affectée, je redoute terriblement le moment de la perdre. Cependant, au café, une cliente m’a dit que son spitz avait toussé de la sorte jusqu’à l’âge de dix-neuf ans... Lui ayant découvert une grosseur sur le ventre, je suis allée chez la vétérinaire. Il s’agit d’une hernie certainement causée par un point de sa cicatrice d’il y a deux ans, et il faut l’opérer, bien qu’elle soit vieille et fragile, mais comme c’est superficiel, cela ne demandera pas une grosse anésthésie. Au moins n’a-t-elle pas de cancer généralisé, comme ma pauvre Georgette. L’opération aura lieu demain. 

Dans une rue voisine, j’ai vu une très jolie petite maison aux couleurs de Noël, rouge et verte dans la neige, et je l’ai photographiée. Le type d’en face, qui avait aussi autrefois une isba, mais l’a complètement défigurée en lui adjoignant d’énormes excroissances de contreplaqué, m’a dit d’un ton condescendant : « Mais c’est une vieille maison...

- Eh oui, mais justement, elle est jolie. »

Ils font des maisons affreuses et sont vexés de voir que peintres et touristes leur tournent le dos pour s’intéresser à de vraies maisons russes poétiques avec des proportions harmonieuses et des teintes qui s'accordent bien.



dimanche 11 janvier 2026

La femme de Lot

 Des paysans assemblés à Paris chantent ensemble un chant occitan si grave, si profond, et certainement si ancien que j'en ai les larmes aux yeux. Si souvent les révoltés d'ici ou d'ailleurs ne recourent qu'à des parodies de mauvaise variété ou à du rapp pour s'exprimer, au lieu d'utiliser leur tradition, et voilà que soudain elle revient, comme une source comblée qui trouve une faille pour sourdre à nouveau.

Ces paysans sont beaucoup trop gentils, normaux et corrects pour la répugnante mafia à laquelle ils sont confrontés; et cela me rappelle la stupeur des gens du Donbass, en 2014, devant la méchanceté déchaînée et imbécile de leurs "compatriotes" ukrainiens. Je les regarde s'obstiner à essayer de convaincre une police qui n'est plus qu'une milice aux ordres de la mafia, comme d'ailleurs l'essentiel de notre armée. Autant parler à un mur. Tenter d'arrêter, comme les habitants de Marioupol en 2014, les chars d'assaut à mains nues, en comptant sur l'honnêteté et l'humanité de ceux qui les conduisent. Mais quand on est quelqu'un de correct, de digne, d'humain, il est bien difficile de s'imaginer qu'en face, on a affaire à des brutes et à des salauds capables de n'importe quoi d'atroce, de fourbe et de bas. Il faut, pour la méchanceté, des talents dont tout le monde n'est pas pourvu.

Sergueï Moïsseïev

Le lendemain de la Nativité, j'ai donc donné le petit concert dans le bar du café, en bas. A ma grande surprise, j'ai eu beaucoup de monde, et je ne me suis pas trompée dans mes chansons! Juste avant moi, il y avait une conférence de Sergueï Moïsseïev, journaliste et écrivain impliqué dans le "printemps russe" de Kharkov après le Maïdan. Il est à présent réfugié à Moscou, comme Ian Takhtior, Igor Drouz ou le père Andreï Tkatchev. J'ai appris que le drapeau qui lui sert de fond, et que l'on voit partout au Donbass, c'était lui qui l'avait conçu. Le père Nikita m'en avait offert un, quand j'étais là bas, pour l'accrocher sur ma façade. 

Sergueï Moïsseïev s'est battu pour obtenir l'édification dans la région de Kharkov d'un monument à Alexandre III. Pour lui, Kharkov est une ville russe, il s'appuie sur toutes sortes de détails historiques pour le démontrer. Il a toujours parlé le russe, il se considère comme russe. Il fait allusion au roman de Gogol Tarass Boulba, que je cite souvent moi-même pour corroborer le fait qu'à part les uniates de l'ouest autrefois sous domination polonaise et austro-hongroise, la petite-Russie et la Russie ont une même origine, une même foi et un même destin. Moïsseïev est monarchiste et rêve de réunir comme autrefois les trois Russie en lesquelles il voit l'arche où la civilisation chrétienne trouvera refuge. J'ai été impressionnée par sa force de conviction, sa foi, sa résistance, et j'ai pensé que je devais m'orienter sur ce genre de témoignages face au pessimisme universel, ou pire, à l'imbécilité et à la trahison... Comme il le dit, la femme de Lot, qui s'était retournée en arrière sur Sodome et Gomorhe, a été transformée en statue de sel. Et c'est ce que je fais, en suivant, le coeur saignant, l'épopée de nos derniers paysans trahis. Pourtant, si Dieu était prêt à sauver ces villes maudites pour dix justes, que ne le fait-Il pour 450 000 paysans? 

Sa femme m'a parlé de beaucoup de choses qui n'allaient pas dans la façon dont la Russie gère le Donbass récupéré, et des entraves que mettait, dans tout le pays, l'administration à l'existence et au travail des paysans, comme chez nous. Cependant, je ne suis pas sûre que ce soit au même point. Pour ce qui est des migrants, par exemple, de nombreux Russes me disent: "Mais chez nous, c'est comme chez vous!" Eh bien non. Je le vois bien ici, où je n'ai jamais peur, et même à Moscou. Bien sûr, j'ai parfois des échos de bagarres ou d'agressions, et potentiellement, si l'on n'arrête pas ce qui n'est ni plus ni moins qu'un processus d'invasion, on pourrait obtenir une situation comparable à celle de l'Europe, mais ce n'est pas le cas pour l'instant. Et pour le prouver, une jeune blogueuse française, Gabrielle Voisin, est partie se promener dans un "mauvais quartier" de Pétersboug, où ses amis russes lui déconseillaient vivement d'aller, et n'y a subi aucune agression ni même aucune incivilité. C'est la même chose avec la dictature numérique. Potentiellement, on peut nous l'installer. Mais pour l'instant, on ne sent rien de tel. 

Moïsseïev a déclaré que lui-même, qui n'est pas communiste, pensait que pendant la guerre de quarante avec l'Allemagne, au delà de l'idéologie, il y avait chez ses compatriotes quelque chose de profondément russe qui avait mis Dieu de leur côté, des vertus chrétiennes qui subsistaient et je pense que c'est vrai, cela se sent du reste assez fortement dans le cinéma soviétique sur cette époque, la Ballade du soldat, le Destin d'un homme... Aussi croit-il, et moi aussi, qu'actuellement, la guerre est métaphysique, morale, et que la personnalité des fonctionnaires et des dirigeants n'est pas ce qui joue le plus grand rôle dans son déroulement. 

Cependant, il est vrai qu'existent en Russie des forces négatives, des complicités avec les responsables de ce qui se passe en Occident, des recettes d'asservissement, de dépossession, d'avilissement que tel ou tel cherche à appliquer. D'après Dany, la télé est une entreprise de perversion totalement répugnante, où l'on voit s'étaler ce qui est officiellement condamné chez l'Europe pourrie, mais qui est toujours à la mode au sein d'un certain milieu et chez ceux qui en tirent profit. Mais tout cela se manifeste sans être vraiment appliqué comme un programme planifié.

Des personnages comme Moïsseïev me donnent des raisons d'espérer. Il comprend ce qui se passe, il est courageux, décidé, il fait partie de ces Russes habités par un idéal que rien n'arrête, et des Russes de ce genre, je crois qu'il y en a encore pas mal. Il nous a dit que les "commerçants" ne devraient jamais avoir accès au pouvoir, seulement ceux qui sont prêts à servir et élevés pour cela. Et je partage ce point de vue. Les usuriers et les marchands du temple ne devraient pas avoir accès au pouvoir, en aucune façon, seulement ceux qui ont été élevés pour servir, et ceux qui sont prêts à verser leur sang.

Une amie m'a envoyé une vidéo sur Pereslavl et le café la Forêt, elle est faite par un jeune influenceur, à l'usage des Français, dans leur langue, et je l'ai trouvée très sympa. J'ai écrit en commentaire que j'étais l'auteur des tableaux, et Azamat m'a répondu par une rafale de photos de moi prise par le père Nikita au Donbass, le monde est petit, il se trouve qu'ils sont amis. Mais qui ne connaît pas le père Nikita à Donetsk? Il ne peut pas faire un pas dans la rue sans que quelqu'un ne l'aborde...



mercredi 7 janvier 2026

Joyeux Noël

 


Nini s’anime un peu, surtout en promenade. Ce n'est pas le chien le plus intelligent que j'ai vu de ma vie, elle me rappelle un peu Rantanplan dans Lucky Luke. Mais elle est très contente, et me regarde comme la source de tous les bienfaits qu'il ne faut pas lâcher une minute, de sorte qu'elle me suit comme mon ombre. 

  

Génia, l’organisateur des concerts du café, a fait une annonce pour le petit concert de Noël que je vais y donner, en faisant allusion à mon engouement pour Ivan le Terrible, et à mes romans, et aussitôt, dans les commentaires, est tombée bien odorante une merde lâchée par la fille qui ne me pardonne pas d’avoir « diffamé » les Basmanov dans mon roman et m'avait organisé un tribunal populaire à la bibliothèque locale. 

Ce matin, à l’aube, je suis allée à la liturgie de Noël à l’église du Signe, invitée par Katia, qui y chante, j’y suis allée aussi la veille, pour les vêpres. J’aime beaucoup les icônes, surtout celle du saint tsar Nicolas II, qui est vraiment magnifique, et l’ambiance de cette église contemporaine, mais de style plutôt médiéval, et elle était très bien décorée par la femme du prêtre. De ravissants sapins, et sur l’iconostase, une guirlande de toutes petites ampoules serrées, comme des perles ou des fruits de lumière, un simple toit de branches pour l’icône de la Nativité, et une très jolie petite crèche à l’occidentale, avec des santons, mais au lieu de papier rocher, des rameaux de thuyas. Les gens m’ont accueillie à bras ouverts : « Oh ! vous êtes revenue ! Vous allez venir chez nous, maintenant ?" me dit une vieille en me prenant par la main. Olga Viktorovna, que j’avais vue cet été, me demande si je la reconnais, et m'invite chez elle pour chanter. Puis je rencontre Tatiana, la femme du cosaque Dmitri, et elle se réjouit de même. Je m’enquiers : « Comment va votre mari ? 


- Toujours sourd d’une oreille, et son bras droit ne marche pas... »

Mais dans les circonstances, c’est un moindre mal, il est vivant, pas trop lourdement handicapé, et il est revenu chez lui...

 Même le recteur, le père Serge, me regarde avec émotion en me tendant la croix. C’est un dilemme pour moi, car j’aime aussi la cathédrale, et puis il y a le père Jean qui m’attend toujours plus ou moins à Glebovskoié...

Baignée par toute cette sympathie, je contemple les petites lumières dans la pénombre dorée, je me laisse bercer par les chants et les prières, le temps passe tout seul, et dans la joie. Après l’office, nous avons tous pris le thé ensemble dans le réfectoire de la paroisse. 

Je devais aller à Serguiev Possad, fêter Noël avec Aurélie et Hélène, la fille de la matouchka Alexandra, mais à cause du chasse-neige qui avait créé une congère devant mon portail, j’ai embugné ma voiture pour la troisième fois depuis qu’on me l’a fait n’importe comment il y a huit ans. Et le matin, il y avait tempête de neige. De sorte que j’ai fêté Noël avec Tania et Olga, qui sont devenues très copines, sur la base d’origines cosaques communes, bien que Tania soit née dans l’émigration.

Gilles m’a proposé de me payer en partie mon travail en me donnant six mois de consommations gratuites au café !


la cathédrale...


samedi 3 janvier 2026

Gloria in excelsis Deo

nouvel an chez le voisin

Horrible événement en Suisse, où une discothèque, à la suite de l'incurie de propriétaires cupides, a englouti dans un incendie la vie de plusieurs dizaines d'adolescents inconscients qui, au lieu de quitter les lieux au plus vite, filmaient avec leur téléphone. J'ai toujours détesté les discothèques, et plusieurs ont brûlé de cette manière, sans compter qu'on peut y faire de très mauvaises rencontres. Bref les fêtes pour la jeunesse devraient avoir lieu soit à domicile, soit sur les places des village ou dans les bals de quartier, à condition, bien entendu, que la racaille ne vienne pas coller la zone...

Dans le même temps, les Ukrainiens ont bombardé un café où de paisibles civils de la région de Kharkov (théoriquement, selon les médias occidentaux, pourtant leurs compatriotes) fêtaient le nouvel an. 

Bonne année...

Ils ont aussi bombardé la résidence de Poutine et les lieux stratégiques qui l'entourent, une tentative de plus pour entraîner la Russie à faire le premier pas dans la guerre nucléaire dont rêvent les parasites de Kiev et leurs sponsors. C'est justement parce qu'ils ne pensent qu'à cela et ne savent plus comment le provoquer qu'à mon avis, les Russes ne le feront pas. Mais comme tous les êtres vils et médiocres, pleins d'astuce mais dénués de réelle intelligence, notre caste de mafieux prend cela pour de la faiblesse. Sur une courte vidéo, un jeune Ukrainien, dans un français impeccable, demande à Macron de se mêler de ses affaires et de ne pas entretenir la guerre plus longtemps. Mais ses affaires sont celles de Black Rock, Soros, Rothschild qui ont des affaires partout et des rancunes immémoriales et inexpiables envers toute l'humanité. Philippe de Villiers a révélé que 200 députés européens étaient au service de Soros, ce crapaud qui bave de l'acide chlorhydrique et chie des billets de banque que nul ne peut toucher sans se transformer en larve infernale.

Le colonel Jacques Baud, personnalité impeccable et sérieuse, qui ne prend pour source de ses ouvrages de géopolitique que des sources ukrainiennes et occidentales pour ne pas être accusé de "diffuser la propagande de Poutine", ne peut plus franchir de frontière, pour retourner par exemple dans sa patrie en Suisse, ni tirer d'argent, et ceux qui se risqueraient à lui en virer seraient exposés à cinq ans de prison, on bloque même les commandes alimentaires que des gens compatissants essaient de lui envoyer. Ceci sur simple lettre de cachet. Dans la belle démocratie de l'UE, on ne vous enfermera plus en camp, on vous laissera mourir de faim enfermé chez vous. Ou bien l'on vous "suicidera" dans votre voiture. Dans le même temps, Macron déclare qu'il mourra peut-être d'une balle dans la tête. Les risques du métier. Mais à mon avis, il n'a rien à craindre, car il est déjà mort. Des yeux de veau en gelée, vides et fuyants, un sourire faux, une tronche en biais, c'est un remake de la Nuit des morts vivants que nous vivons, et du Bal des vampires. Bon, c'est sûr que ces morts-là, il faudrait les arrêter de nuire, mais ce n'est pas une balle qui le fera. Il faudrait un pieu, un crucifix et une gousse d'ail. Et un exorciste.

Je pense que le pouvoir de ces rats se lézarde, mais ils font tout ce qu'ils peuvent pour nous détruire à fond avant de s'en aller dans des résidences outre-mer, ruminer leur défaite sur tout ce qu'ils nous auront volé. J'ai peur qu'il ne reste pas grand chose de ce qu'on appelait la France, et que les vieillards emportent avec eux en mourant.Il me semble revivre ce qu'éprouvaient sans doute les émigrés russes dans le Paris des années vingt, autour de leurs paroisses, de leurs épiceries et de leurs restaurants. Ma soeur, en voyant les photos des panneaux du café, m'a dit: "Tu m'as filé une telle nostalgie, la bonne femme en robe à pois, sur le bord de la mer, me rappelle maman, et le berger, Pedro... 


Moustachon rêvasse...

Dans cette perspective nostalgique, je répète des noëls, dont le fameux Les anges dans nos campagnes, que tout le monde connaissait quand j'étais petite, et je l'ai soudain entendu résonner dans le vide, le vide de la désolation, de l'abomination de la désolation, ce qui m'a inspiré encore un poème.

Gloria in excelsis Deo

 

Et les anges dans nos campagnes

Ne trouvent plus de doux bergers,

De moutons blancs sur les montagnes

Sous le ciel vide électrisé,

D’étoile guidant les Rois mages,

D’orient venus vers l’Enfant né.

Personne ne rend plus hommage

Dedans nos lieux saints profanés. 

Personne n’entend plus, la nuit,

De chants ténus ni de bruits d’ailes,

Plus de cantiques à minuit,

Ni de cloches qui nous appellent.

 

Mais dans les fermes dévastées,

Meuglent les vaches effrayées

Par les moteurs et les jurons,

Les cris et les supplications.

 

Noël ne nous fait plus rêver

Ni prier, ni chanter au vent

Qui sur les champs allait courant

Après la file des bergers.

Les églises au ciel brûlant

Comme cierges devant Marie

Eclairent les démons hurlant

Qui planent sur notre patrie

 

Sortez la croix et la bannière

Pour du moins mourir en beauté,

Parmi les chants et les prières

Que l’on vous a fait oublier.

Et tant pis si sur vous ricanent

Des millions de possédés,

Passez par dessus les chicanes

Qui nous volent l’éternité.

 

Gloire à Dieu au plus haut des cieux,

Paix sur la terre aux courageux

Qui fêtent Noël en dépit

De tout ce noir charivari.