Aujourd'hui, c'est le dernier jour de l'hiver. Il fait encore très froid, vent et neige. Le matin, j'ai vu de très jolis oiseaux, plus gros que les bouvreuils, avec une petite huppe sur la tête. Ils étaient nombreux, tout un vol posé sur le poirier. J'ai pensé que c'étaient des oiseaux migrateurs qui venaient se restaurer, surpris de trouver encore des températures pareilles, heureusement pour eux que cela se radoucit demain. J'aimerais bien savoir leur nom.
Dimanche matin, je suis allée à l’église. La veille au soir, je n’en avais pas eu le courage. L’idée de trouver une place au milieu des congères gigantesques et de tituber sur la glace me refroidit, on peut le dire. Le père Andreï a été très compréhensif. Pendant la confession, il a soudain changé de visage et pris un air stupéfait : « Vitali ! Mais qu’est-ce qui t’arrive? » Et suivant son regard, j’ai vu notre vieux sacristain, en chasuble de carême violette ornée de broderies dorées, qui se déplaçait à quatre pattes autour du lutrin. Evidemment, il cherchait quelque chose, mais le spectacle était si saisissant que le père Andreï et moi avons pris un véritable fou-rire.
J’essaie de ne pas trop penser à la façon dont cela peut tourner au Moyen-Orient. Je n’avais pas une extrême sympathie pour la république islamique et ses mollahs, mais je crois que la situation avait pas mal changé, en quarante ans, et j’ai vu raconter tellement de bobards fantasmagoriques sur la Russie et l’Ukraine, organiser des manipulations et des campagnes de calomnies tellement ignobles, que je ne crois plus rien. Voilà Trump, cravaché par Netanyahu, qui bombarde l’Iran. Et l’Iran se défend bien, ils se sont attaqués à un gros morceau. Les bombes pleuvent sur Israël et les bases américaines de la région. Ce qui va soulager la Russie en Ukraine, et puis comme le détroit d’Ormuz est fermé, Poutine récolte tout le marché du pétrole et du gaz. Bien joué, la coalition Epstein, comme on dit. Ce que je crains, c’est un possible bombardement nucléaire désespéré de la part de ces tarés. Quand je pense que dans ma jeunesse, on redoutait de voir des pays folkloriques du tiers-Monde posséder l’arme fatale en leurs mains déraisonnables ! Et voilà qu'à présent cet instrument de mort se retrouve entre celles de mafieux délirants qui, selon l’expression russe, ont complètement "perdu les berges". La « conseillère spirituelle » de Trump débite des incantations à connotation vaguement chrétienne, enfin judéo-chrétienne, enfin ce qu’on appelle chrétien là-bas, et qui ressemblent à une espèce de rap frénétique destiné à provoquer la transe chez une bande de pseudo chamanes désorientés : c’est ce genre de personnes qui déclenche la guerre sainte contre les barbus, et dispose de tout un arsenal nucléaire ? Je pense bien souvent au sheik malais Imran Hosein qui appelait les musulmans à faire la distinction entre le judéo-protestantisme occidental et le christianisme des roumis byzantins.
Beaucoup de gens de droite se réjouissent de voir libérées les femmes voilées et annuler les mariages d'hommes adultes avec des fillettes, toutes les horreurs de l'islam maudit, écrasé par les chevaliers blancs du libéralisme démocratique, mais tout de même, et bien que je n'approuve ni le voile obligatoire ni le mariage imposé, je pose la question: ne faudrait-il pas s'occuper de libérer les enfants livrés aux appétits sadiques de l'upper class occidentale avant de se soucier de la poutre dans l'oeil des musulmans? Et que dire de la propagande du changement de sexe chez les enfants et autres abominations sociétales?
Tucker Carson dit que l'annihilation systématique de lieux antiques et sacrés dans de vieux pays magnifiques par des pays neufs et moches souligne le caractère spirituel de cette guerre. Je suis d'accord et ceci d'autant plus qu'à l'intérieur des vieux pays, des créatures des ténèbres s'empressent de détruire le traditionnel et le poétique au nom de l'utilitaire et du nouveau, se faisant ainsi les complices du côté sombre.
Car quels que soient les reproches qu'on peut adresser à l'islam et ce qu'on peut en penser sur le plan de la civilisation et des moeurs, il faut singulièrement s'aveugler pour croire encore que "l'occident collectif" représente le camp du bien. Dans un sens, cela me désole, mais il y a un moment que j'ai commencé à m'en rendre compte. Maintenant, cela devient vraiment criant. Dans le dernier Antipresse, Slobodan Despot fait de tout cela une analyse remarquable, qu'il faut s'abonner pour la lire. On assiste à une descente aux enfers de la folie furieuse, au déchainement de l'ubris de la tragédie grecque, une sorte de sabbat de la mort. J'en donnerai un extrait, mais j'ai eu du mal à choisir:
On tend à l’oublier en ces temps de platitude technologique, mais le destin (ou la Providence, ou le karma, ou Dieu, ou les dieux…) collabore avec les actions humaines, surtout celles qui ont une signification existentielle. On peut faire du destin son allié ou, au contraire, se l’aliéner en sortant de la voie humaine (voie juste, rectitude, tao). Toute notre littérature antique, comme les traditions orientales, ne nous parle que de ça. Le destin, généralement, favorise celui qui s’oublie lui-même et punit celui qui se grandit. C’est ce que les Grecs appelaient l’hybris. La puissance engendre l’arrogance, l’arrogance engendre la bêtise et la bêtise jette un râteau aux pieds de la puissance… Nous avons vu comment le guide spirituel des Iraniens a façonné son destin. Voyons maintenant, au terme de cette première semaine, comment la galaxie Epstein est allée à la rencontre de sa némésis. La guerre est un massacre autorisé, mais, étrangement, il existe au sein de ce massacre des règles. L’humanité n’a pas attendu l’époque moderne «éclairée» pour les observer, implicitement ou non. Dans l’Iliade comme dans les Accords de Genève, il y a ce qu’on peut faire à son ennemi et ce qu’on ne doit en aucun cas lui faire. Il s’agit, tout au fond, de ne pas tuer l’humanité en nous-mêmes, de ne pas faire du destin notre ennemi. L’école de Minab, où 165 jeunes filles furent tuées au premier jour, n’était pas une bavure. Par une vantardise du secrétaire à la guerre Pete Hegseth, on sait qu’elle était inscrite dans le plan de bombar dement. D’autres destructions d’écoles ont d’ailleurs suivi. Selon les Iraniens, un tiers des victimes civiles de cette semaine sont des enfants. Le massacre de Minab est l’un des plus graves crimes uniques contre l’enfance jamais enregistrés dans l’histoire des guerres. La galaxie Epstein ne s’en est pas excusée, pas davantage que les Américains n’ont présenté d’excuses formelles pour la destruction, en 1988, d’un vol civil iranien avec 290 passagers à bord, dont 66 enfants. Au contraire, on a pu entendre des commen taires cyniques comme celui du républicain Matt Schlapp: «si elles étaient vivantes, elles seraient en burqa». Nulle part ailleurs que dans la galaxie Epstein vous n’entendrez exprimer publiquement un tel mépris pour des vies d’enfants.
C'est consciente de tout cela qu'anticommuniste, j'ai soutenu le Donbass, et que, sans avoir aucune attirance pour l'islam, je n'épouse pas la cause de l'occident, parce que cette cause n'est pas juste, et que ce n'est d'ailleurs même pas une cause, mais un acte de piraterie.
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