Nous avons de la chance, il fait beau, et les tonnes de neige, pour l'instant, s'évaporent sans inondation. J'ai vu deux mouches, et de petites araignées noires qui couraient sur les congères. Les oiseaux commencent à déserter leur restaurant, et les chats à coloniser la terrasse ensoleillée. Moi aussi. Pour l'instant, pas de moustiques, pas de motos, pas de radios. La lumière, le vent.
C'était hier le dimanche de la Croix qui marque le milieu du Carême. Une fête que j'aime beaucoup. Je suis allée aux vigiles, la veille, et je me suis confessée au père Andreï. Il m'a dit de décrocher d'internet: "On s'indigne, on s'effraie, on discute, on profère des malédictions, et pendant ce temps-là, on ne fait pas en soi le silence qui permet à Dieu de nous parler."
C'est difficile en des temps comme les nôtres, surtout quand on est venu d'un pays que l'on voit sombrer, dans un autre pays que la classe dirigeante du premier conspue et calomnie en permanence. Mais c'est un juste conseil, je ne peux pas dire le contraire.
Le lendemain, je suis allée à l'église du Signe, le père Serge était absent, c'était un vieux prêtre qui officiait et nous a fait le sermon. Devant une assemblée de bonnes vieilles qui ont été plus ou moins toute leur vie confrontée à des choses plutôt dures, à commencer par le climat, et à toutes sortes de privations ou de vexations, qui sont nées en Union Soviétique, pendant la guerre, ou avant ou juste après, il n'a pas cessé d'agiter les démons à l'affût qu'il nous fallait combattre, les innombrables péchés dont nous nous rendons coupables, en dépit de tout ce que nous croyons faire de bien, les souffrances que nous méritons, et celles qui nous attendent dans un enfer vorace auquel peu de gens échapperont, et cela assorti de grands sourires et de mots caressants, car il est gentil, en fait. Il veut notre bien... Heureusement que je compte sur la miséricorde divine, sinon, je serais allée directement m'acheter un paquet de clopes, des chocolats et des caramels russes et peut-être même une bonne bouteille, bien que l'alcool me rende malade: perdu pour perdu, autant prendre un peu de bon temps. Je pense souvent à ma tante Marguerite, qui ne pouvait plus rien manger, et qui devenait aveugle. A quatre-vingt-douze ans, elle m'avait dit: "Tu vois, ma petite, je me suis remise à fumer. " Et je lui avais répondu: "A ton âge, je le ferai sans aucun complexe".
Néanmoins, je ne peux que constater l'effet bénéfique produit sur moi par les offices auxquels j'ai souvent tellement de mal à me rendre. Par les confessions, l'Eucharistie, et la gentillesse des paroissiens.
Le bruit court que Netanyahu est mort, on exhibe un fantôme à six doigts fabriqué par l'IA. Puis une autre vidéo pour contredire la rumeur. IA ou pas IA? C'est la fantasmagorie totale, le festival du faux-semblant, de l'illusionnisme et de la manipulation, mais les bombes qui tombent sur les populations sont tout ce qu'il y a de plus réelles, en revanche.
Beaucoup de gens soutiennent la guerre contre l'Iran par réflexe anti islamique, bien que fort peu d'Iraniens émigrent en Europe et contribuent à y faire monter les taux de la criminalité, et je disais la même chose de l'Irak pendant la guerre du Golfe, accompagnée déjà d'une propagande éhontée. Le seul Iranien que j'ai vu de ma vie était un être raffiné aux yeux bleus qui faisait la cour à ma cousine dans un français parfait et lui avait offert un magnifique briquet en laque rouge. On nous serine que les mollahs sont très méchants, les femmes très malheureuses, les nouveaux croisés apostats vont y mettre bon ordre, et les Iraniens les remercieront. Je ne peux pas dire que je sois fana de l'islam, mais je pense de plus en plus souvent à l'invasion de la Russie par l'Allemagne. On allait virer le dictateur Staline, et ses commissaires du peuple, et libérer le peuple russe du communisme odieux, en tous cas, c'était le prétexte. L'ennui, c'est que communistes ou pas, les Russes, voyant arriver des meutes d'Allemands chez eux, se sont tous regroupés derrière le dictateur, pour défendre leur pays. Auparavant, Napoléon avait aussi pensé apporter la liberté et les droits de l'homme aux moujiks opprimés de l'empire russe barbare, mais ô surprise et déception, ceux-ci avaient fait front avec leurs boyards pour le renvoyer de l'autre côté de la Bérézina.




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