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vendredi 9 juin 2017

Art contemporain


Expédition à Iaroslavl avec Liéna, qui remplaçait Ilya, pour les certificats médicaux nécessaires à l'obtention d'un permis de séjour temporaire. Nous avons mis des heures à trouver le dispensaire où faire la prise de sang destinée à garantir l'absence de SIDA, et le machin est ouvert jusqu'à 12 heures en semaine, 11 heures le vendredi, c'est-à-dire 10 heures sur l'affiche de la porte, donc trop tard. Or ceci est la première étape, et pas moyen de passer aux autres certificats sans avoir obtenu le premier, c'est comme ça.
Comme Liéna était accompagnée de son fils Génia, qui a d'ailleurs été très sage, nous sommes allées au Destki Mir pour lui acheter des petites voitures, et manger dans un café des trucs qui font grossir. Il y avait là une église du XVII° siècle ravissante, écrabouillée par le voisinage du centre commercial. Elle était sobre, et je l'aurais crue plus ancienne. Pas de traces d'influence baroque occidentale dégoulinante.
Après cela, nous avons vu une exposition dans une jolie maison du début du XX° siècle, c'est le musée d'art contemporain de la ville. J'ai demandé et oublié le nom de l'artiste, il est connu, mais je l'ai oublié. C'est un type de la génération d'après guerre, comme moi, élevé en URSS. Il a du talent, ce qu'il fait est puissant, rien à dire, mais je suis hérmétique à son inspiration. Le jeune homme qui me faisait visiter m'expliquait toutes ses intentions et ses symboles, mais justement, c'était cela qui m'emmerdait, trop d'intentions. J'aime l'art qui n'a pas d'intentions et laisse arriver par là le plus intéressant, c'est-à-dire le non intentionnel, l'irrationnel, le sacré.
Toutes ses femmes sont des amazones, des guerrières, la femme russe qui assume tout, qui soutient tout le pays, et j'en ai ras le bol des guerrières, j'aimerais voir plus de guerriers.
Evidemment, c'est aussi un néopaïen, et si je suis assez proche du paganisme, je trouve la démarche du néopaganisme artificielle, j'inclus très bien mon paganisme dans le christianisme, comme le christianisme l'a fait d'ailleurs dans son ensemble, comme mon enfance dans l'âge adulte, et le néopaganisme antichristique de ce produit du soviétisme me casse les pieds.
Enfin, clou de l'exposition, une sculpture représentant un poivrot, sa mégère qui fume, leur dégénéré de fils qui attend de leur ressembler. Les parents ont des jambes déformées, le gosse a carrément des pieds de chèvre, et il y a un pneu qui symbolise le cercle vicieux de la famille russe destinée à reproduire indéfiniment son vice intrinsèque. Très bien sculpté, mais ras le bol.
Le petit jeune homme était sympathique et touchant, il adore la France, les Français, comme d'habitude, et je me suis fait encore un copain, bien qu'Edouard et moi ayons de plus grandes affinités par Ivan le Redoutable interposé.
A mon retour, je me suis rendu compte que mon imprimante déconnait complètement et que je n'arriverais pas à sortir le matériel dont j'avais besoin pour mes séances de demain, le français créatif! La vielle est inaccordable, l'imprimante inflexible et tout à coup je me dis que tant d'obstacles ne peuvent signifier qu'une chose: не судьба. Ce n'est pas mon destin. Je sens derrière moi la présence narquoise (bien qu'attendrie tout de même) du tsar Ivan et de son favori Fédia: "tu ne croyais tout de même pas que nous allions te laisser te livrer à des billevesées, alors que nous attendions depuis trente ans que tu reviennes t'occuper de nous?"
Ces deux emmerdeurs me fichent tout en l'air. Ce n'est pas nouveau. Mais je les aime...


L'amazone russe coupe des choux, parce que les choux,
c'est le blé, c'est-à-dire le fric

la famille russe et son cercle vicieux


eux!!!
Ps: l'artiste, c'est Alexandre Roukavichnikov

jeudi 8 juin 2017

Rosie sort dans le monde

Aujourd'hui, première promenade de Rosie jusqu'au café français. Elle s'en est bien tirée. Elle était sur le qui-vive, mais très intéressée. Des chiens sont venus la renifler, elle s'est montrée intimidée, mais sociable, et caressante avec une chienne dont je me suis demandé si ce n'était pas sa mère.
D'après le petit voisin d'en face, son petit frère, ramassé par ses parents et offert à un ami de la campagne, viendra samedi et elle pourra le voir.
Rosie faisait des fêtes à tout le monde, elle ne se tenait pas trop loin de moi et venait quand je la sifflais. L'expédition lui a fait du bien, l'a calmée. Au café elle a été sage, une fois attachée au pied de la table... J'y ai retrouvé la femme du père Valéri, sa fille et une amie charmante. Ces deux dernières accompagnent un groupe d'enfants logés au monastère saint Nicolas. J'y ai vu aussi Macha, la jeune femme qui organise un centre éducatif et culturel, mais ma vielle reste indomptable, et je me demande bien ce que je vais faire, car elle semble compter dessus, bien que je puisse me débrouiller autrement.
Tout le monde me dit que Rosie a du chien de traîneau. Il y a un husky, dans le quartier, c'est peut-être son père...
Elle ne sait pas marcher en laisse mais y arrive mieux qu'à Moscou. Quand c'est possible, je la lâche.
Il fait plus chaud mais humide, soleil, averses, premiers moustiques...
Les lilas fleurissent, les sorbiers aussi. Les sorbiers ont une étrange odeur, sucrée et animale.

Pereslavl est plein de lilas qui poussent comme du chiendent partout. Ils fleurissent maintenant. Quand je suis arrivée en France début avril, leur floraison finissait!

mercredi 7 juin 2017

Retour chez le tsar


Edouard m'ayant invitée à la présentation d'un psautier imprimé sous Ivan le Terrible, le 25 ° exemplaire d'une série dont on n'en connaissait que 24, acquis aux enchères et offert au musée, je suis retournée à Alexandrov, en taxi, avec un ancien taulard, qui m'a parlé de sa vie en prison, dont il avait pris l'habitude, de ses filles pieuses et de la destruction des industries et de l'agriculture locale, du chômage. L'ex taulard croyait en la nature sacrée du monde, mais renâclait à aller à l'église. Cependant, l'une de ses filles ayant rêvé qu'elle ne vivrait encore que deux ans, et ayant un enfant en bas âge, il se demandait si ce n'était pas là le signe qu'il faudrait peut-être penser à prendre tout cela plus sérieusement.
Il faisait beau, ce qui changeait l'atmosphère de la Sloboda. A la cérémonie, dans la salle où jadis le tsar recevait les ambassadeurs, tout le monde se congratulait. Un choeur venu de Vladimir a fort bien chanté des chants religieux, qui auraient été cependant mieux à leur place à Tsaritsyno, chez Catherine II, qu'à la Sloboda, chez Ivan le Terrible. Il ne composait pas du tout dans ce style, c'était un "vieux-croyant" convaincu, puisqu'il avait convoqué, pour mettre les points sur les i, le concile des Cent Chapitres, sur lequel Alexis Mikhaïlovitch Romanov et son patriarche Nikon se sont assis sans se gêner et sans concile.
J'en ai profité pour photographier le magnifique linteau sculpté par les Italiens et qui donne dans la chapelle privée. Edouard m'a dit que cette salle voûtée des ambassadeurs avait été construite au siècle suivant. Les dalles sont d'origine, je marchais là où déambulaient le tsar et ses opritchniks, mais tout le reste était en bois, probablement polychrome, avec des sculptures, des piliers en forme de pommes de pin et d'ornements de Noël, peut-être des animaux fantastiques, mais plus probablement des figures religieuses.
Edouard m'a donné ensuite un billet gratuit pour toutes les expositions. L'isba paysanne, la boutique de marchand, le salon bourgeois, tout cela avec des collections locales. Les caves sous le palais des femmes, où une sono raconte la mort du tsar, caves d'origine également, celles où l'on torturait les gens, en principe. Mais non, en fait, on n'en est pas sûr. C'était peut-être plus grand, car ainsi que je l'ai remarqué, il y a la place pour les torturer, mais on les mettait où, quand on les arrêtait? Bonne question, très importante pour moi, car j'ai cela dans mon livre. Peut-être que cela ne se passait même pas là. Peut-être dans un bâtiment disparu depuis. Car il ne reste rien de toutes les maisons et les passages de bois qui occupaient ce qui est à présent un jardin. Je me base sur les dessins de Bilibine pour imaginer tout cela, mais Edouard pense que cela devait être plus sobre, que Bilibine en rajoute dans la déco.
La gardienne de l'isba paysanne m'a fait remarquer qu'on n'y vivait pas si mal, en famille, et qu'on s'entraidait pour les travaux de la vie quotidienne. Je disais au taxi taulard que le chômage n'existait pas, dans les temps anciens, parce que travailler, c'était cultiver son lopin pour en tirer sa subsistance, élever des animaux, filer la laine et le lin, tisser, confectionner, bâtir et fabriquer tout ce dont on avait besoin. Mais maintenant, plus d'agriculture, même vivrière, dans le pays, parce que Medvedev a déclaré que ce n'était pas rentable. Ah la rentabilité... Voilà un mot qui devrait être interdit. Nous ne nous en sortirons pas tant que nous raisonnerons en ces termes, et les gens continueront à courir s'entasser dans des villes monstrueuses pour y mener une vie de merde et échouer sur le trottoir en tant qu'SDF ou prostitués.

On voit ici le magnifique linteau et la copie du trône d'ivoire 
Eglise de la Protection de la Mère de Dieu



coupons d'imprimés traditionnels du XIX° siècle

Quenouilles décorées

Samovars

Les emballages des bonbons russes avaient le même pliage spécifique
qu'aujourd'hui...

Le poële russe

La table avec le "beau coin" des icônes. Une étagère faisait tout le tour de la pièce
on y mettait la vaisselle

L'atelier des hommes

Couronnes de lin

La chapelle du tsar.


mardi 6 juin 2017

Bilan animaux


J'ai l'impression que Rosie s'est trouvé des copains à l'extérieur, peut-être le gamin de l'isba en face. Elle est beaucoup plus dehors, elle a un air alerte, et elle me laisse davantage la paix. C'est une chienne qui a énormément besoin de jouer et qui ne sait pas trop jouer doucement. Il lui faudrait des enfants et un homme qui lui dresse le poil. Elle s'attaque à tout ce qu'elle trouve dans la maison, et dans le jardin. Néanmoins, un léger progrès se fait sentir. Heureusement, car je ne crois pas trop à la possibilité de lui trouver une famille convenable...
Je suis en revanche très contente de Blackos, voilà un gentil chat intelligent et affectueux, très content d'avoir enfin une maison bien chaude et des câlins. Evidemment, j'ai un peu trop de chats, mais au moins, le quatrième chat est un bon chat.
Je reste inconsolable de mon petit Doggie. J'ai retrouvé une touffe de duvet couleur de lune sur sa brosse et je ne peux la jeter, je la caresse et je pleure.
Je suis incapable de mettre en route la débroussailleuse que j'ai achetée, l'herbe pousse, d'autant plus qu'il pleut tout le temps, et du reste, on n'a vraiment pas chaud. Je pense qu'une fois de plus, il faudrait être Hercule pour faire démarrer l'engin. Et payer un type pour le faire, c'est envisageable, mais il faudra le suivre pas à pas, si je ne veux pas qu'il extermine tout ce que j'ai planté.





Rosie avec Akhilka, le fils de Xioucha, qu'elle adore

Chocha

Georgette















Blackos


dimanche 4 juin 2017

La Trinité

La Trinité de saint Andreï Roubliov où les trois
Personnes, le Père, le Fils et le Saint Esprit
apparaissent sous leur forme révélée des trois Anges
à la table d'Abraham 
Bonne fête de la Pentecôte ou de la Trinité

Mes fêtes préférées sont liées aux manifestations du Saint Esprit: la Pentecôte, la Transfiguration, la Théophanie.
L'église est décorée de branches de bouleaux et parfois jonchée de foin et de fleurs fauchés.

Les prêtres sont en vert

Voir ici les homélies correspondantes:http://stmaterne.blogspot.ru/search/label/Pentec%C3%B4t

samedi 3 juin 2017

Bilibine

Je suis allée voir l’exposition Bilibine, l’illustrateur russe qui m’a fait rêver depuis mon adolescence, au palais de Tsaritsyno, bâti par Catherine II. Je ne l’avais jamais visité. J’ai débouché d’abord dans une de ces zones de barres en béton périphériques bien moches, puis je suis arrivée dans un parc immense et merveilleux, avec de grands arbres, des étendues d’eau, sous un ciel nuageux, venteux et pluvieux, un temps que je n’aurais pas trouvé trop désagréable au mois d’octobre. J’aurais bien supporté des gants, une doudoune et un bonnet. J’ai emprunté un pont qui surplombait des jets d’eau, au son de Grieg puis Tchaïkovski, et vu de tous côtés des mariées en robe blanche venues pour la photo de circonstance. Le palais est d’une architecture originale et raffinée, où l’influence européenne est transposée en quelque chose de très particulier et d’assez féérique. On voyait déambuler des gens en costumes du XVIII° siècle plus ou moins convaincants, dont dépassaient parfois de grosses chaussures de sport.
L’exposition était petite, je m’attendais à plus de volume, mais cela m’a quand même bien intéressée. En fait, la Russie de Bilibine, celle des contes qui me faisait rêver au point que j’avais envie de m’enfuir dans l’illustration, a existé jusqu’en 1917. Car tout ce qu’il a dessiné lui était directement inspiré par ses expéditions ethnologiques principalement dans le nord. Il en rapportait des esquisses, des paysages mais aussi des objets d’art populaires. A la révolution, il a émigré loin de l’assassinat systématique et acharné de tout ce monde fantastique qu’il avait tant aimé, et il a fait en France des illustrations pour les éditions du père Castor. Puis il a fini par revenir en URSS, incapable de vivre sans la Russie, même défigurée.
Le raffinement de l’art populaire russe et des dessins de son chantre, leur originalité, leur charme à la fois oriental et scandinave me subjuguent toujours autant, et j’ai craqué pour un livre très complet sur la question.

Je suis revenue dans un état contemplatif profond, écoutant le son des cloches à travers les valses, et voyant apparaître, à la lisière du parc, les incompréhensibles clapiers pas fleuris de la Russie contemporaine qui cernent à Moscou les vestiges de sa grande beauté d’autrefois.




















Projet de décor pour Boris Godounov

La femme de Bilibine en costume traditionnel





Zamoskvoriétché


Venue à Moscou avec Rosie, je me rends compte que cela ne sera bientôt plus possible. Heureusement, elle trouve dans les enfants de Xioucha des partenaires à sa hauteur.
Kolia m’a abîmé ma vielle en la transportant. Je suis allée lui acheter un étui de violoncelle. Les jeunes gens qui les vendent sont adorables et ce sont intéressés de près à l’instrument et à tout ce que je leur racontais. «Comment pouvez-vous chanter et jouer sans savoir les notes ? C’est par là qu’on commence !
- Pas dans la tradition populaire, on fait tout à l’oreille.
- Alors ça veut dire que la vôtre est bonne ! »
Je leur ai promis de venir leur faire un petit récital quand j’aurai remis la vielle en état, et leur ai conseillé d’aller aux concerts que donne parfois Skountsev au Fond de Culture Slave, qui se trouve tout près de leur boutique.
Cette course m’a donné l’occasion de revoir le quartier de Zamoskvorietché, si pittoresque, peut-être le seul qui se soit vraiment conservé, quartier de marchands qui, fortune faite, édifiaient tous leur église et faisaient tous de l’humanitaire et du mécénat. En Russie orthodoxe, faire fortune ne pouvait être justifié moralement que par l’usage généreux qu’on faisait ensuite de son argent, et par l’honnêteté de celui qui l’avait gagné. Les marchands étaient souvent des vieux-croyants aux mœurs sévères. Ce quartier était le seul où je me sentais bien, quand je suis venue la première fois à Moscou, en 73, et je me disais qu'il pourrait devenir l'équivalent du quartier Latin.



Au loin, saint Basile le Bienheureux


boutique de porcelaine




Il faisait très frais, j’ai essuyé de la grêle, puis de la neige. De 4 à 6° au mois de juin. C'est dur, pour une méridionale. Mais on a souvent de beaux nuages et des arcs en ciel...
Zamoskvorietche tableau contemporain de Sergueï Barskov