Mes Français sont partis ce matin. Hier, je leur ai fait faire la route qui longe le lac, par dessus lequel flottaient des nuages énormes, les coupoles du monastère Nikitski luisaient dans de longues écharpes de vapeurs bleues et de grandes fleurs roulaient à la lisière des champs leur écume jaune. J’ai terriblement mal à la tête, je m’endors tout le temps. J’ai mal partout. Il pleut des cordes, et je n’ai aucun courage, alors que j’ai plein de choses à faire. Je n’ai pas trouvé la force d’aller à l’église hier, ou plutôt, la veille mes Français qui avaient faim m’ont entraînée au restaurant, je ne me sentais pas d’aller prendre la communion en touriste, par dessus la jambe. Nous sommes allés, à l’instigation de Gilles, au concert du groupe Raices, racines, je crois que ce sont des Mauritaniens. Je ne l’ai pas regrettée, j’étais hypnotisée par leur musique du désert et des étoiles, et je sentais qu’elle avait quelque chose de profondément bénéfique, comme toutes les musiques traditionnelles. Et puis les musiciens eux-mêmes me fascinaient. Je les trouvais beaux, ils avaient quelque chose de noble, de digne, de naturel et de chaleureux qui me rappelait les cosaques Nekrasovtsi que Skountsev m’avait présentés, ou la merveilleuse grand-mère de Sérioja. Des gens proches de la terre, orientés vers le ciel, en communion avec tout, des gens normaux. C’est en voyant de telles personnes que l’on comprend à quel point nous avons dégénéré. Il y avait un homme au type arabe, deux autres plutôt africains, et des femmes à la fois bien en chair, légères et gracieuses, leurs danses évoquaient l’antiquité, elles venaient du fond des siècles, et tous tiraient une grande joie de la participation des spectateurs, qui tapaient dans leurs mains, une jeune femme est venue danser avec eux. Ils se sont pris en photos avec des gens du public, et le drapeau de leur pays qui n’est reconnu par personne, en tous cas pas par l’ONU, ce truc au service des USA. Ils avaient de beaux vêtements. Cet Arabe, et ces deux noirs, vêtus d’oripeaux contemporains, se fondraient dans la foule triste du métro et perdraient leur grâce et leur noblesse, mais dans leurs draperies traditionnelles, ils avaient fière allure, comme leurs ancêtres et comme autrefois les nôtres. Le problème n'est vraiment pas, pour les hommes, de porter des robes, mais d'en porter de viriles, et pas des jupettes grotesques avec des escarpins. Les femmes, recouvertes de voiles, avec des bijoux qu’on voit déjà chez les Egyptiens et les Sumériens, n’avaient visiblement aucun complexe, elles ne rasaient pas les murs, elles existaient vraiment, l’une d’elles, qui parlait russe, avait fait ses études à Moscou. Nous avons échangé, les Russes, les Français, les Mauritaniens, dans un respect mutuel, et je comprenais mieux que jamais à quel point il était important qu’ils fussent de vrais Mauritaniens, et que nous gardions ou retrouvions notre nature de Français et de Russes, notre culture, notre authentique diversité et que nous mettions fin au méfait véritablement raciste qui consiste à nous mélanger de force en effaçant tout ce qui fait notre originalité et notre beauté spécifiques, en détruisant notre héritage qui remonte parfois à des milliers d’années. Ces gestes, cette musique, nés du sable et du ciel, à la fois anciens et éternels, et la tradition russe, éclose dans les forêts humides et neigeuses, dans les steppes eurasiatiques, chacun de ceux qui gardent tout cela est irrigué par le cosmos entier, son instant présent contient l’abîme des âges.
Une vidéo m’a sauté aux yeux, un bébé qu’on a retiré à sa mère porteuse pour le donner à celui qui l’avait acheté d'avance, un homosexuel qui joue à être maman, et toute cette ignoble affaire fait fi de la merveilleuse alchimie de la nature, des échanges de cellules entre l’embryon et la mère, de tout ce que ce bébé avait déjà perçu in utero, des liens déjà créés. Et l’enfant hurlait, séparé de celle avec laquelle il avait commencé à vivre, pour être donné à ce type qui n’aura jamais les qualités d’une mère, même si, au delà du caprice, il se prend d’affection pour ce petit être. Il hurle, et je pense à sa vie déjà si gravement oblitérée, par des idéologies de tarés qui violent en permanence les lois de l’existence.
Et puis un paysan revient sur le massacre de nos animaux domestiques par la même clique de nuisibles qui dispose ainsi de l'existence des enfants, et en fait le trafic, ou le justifie. On va en éliminer des centaines de milliers, pour faire place nette, et l’on fait fi ici des liens qui existent depuis des millénaires entre nos animaux et nous, on traite ces humbles créatures d’une manière si infâme qu’en effet, consommer de la viande devient une sorte de crime, car nous n’avons pas le droit de transformer la création de Dieu en marchandise. Tout être adéquat le sent avec ses tripes et avec la mémoire de ses myriades d'ancêtres, avec les prolongements métaphysiques de son âme, la honte, la colère et le chagrin le submergent. Mais ils n'ont plus d'âme, et c'est là l'essentiel du problème. Ceux qui ont pris le pouvoir et poussent les troupeaux au massacre, les troupeaux d'animaux et les troupeaux d'hommes dénaturés et abrutis, n'ont pas d'âme.
Oui, l'âme ça s'enlève. Une spécialité française.
RépondreSupprimer