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lundi 7 août 2017

La blanquette, le Christ cosmique et le canard.



Le pic de Burgarach
Henri Barthas est un homme que j'ai connu par Facebook, et qui habite Limoux, "le pays des fous", de la blanquette, du canard et du Christ cosmique. A Limoux, on boit de la blanquette, inventée par Dom Pérignon, le père du champagne. "C'était une ébauche, la blanquette?
- Mais non, malheureuse, c'était son premier chef d'oeuvre!"
Le pays se caractérise m'a-t-il expliqué, par ses nombreux chasseurs anticléricaux et socialistes, l'amour de la population pour la fricassée, la viande et le canard, sans lesquels un repas ne saurait porter ce nom. Et par un maire qui a défrayé la chronique...
Henri m’a emmenée visiter un peu la région qui est magnifique et préservée, encore plus que le Gard. Les villages sont restés comme dans les années 50. Sauf que naturellement, on a commencé à y répartir des migrants. 
Le paysage a quelque chose de sauvage et de magique. On n’est pas loin de la mer, les pins parasols et les cyprès poussent à travers les collines accidentées, rocheuses, mais on n’est pas loin de la montagne non plus, et l'on y voit des pins sylvestres. Les essences méridionales prennent plus de développement que de notre côté, et forment des forêts hautes et profondes, mystérieuses. Je suis descendue avec lui jusqu’à une rivière salée et son pont romain, par un sentier à travers des bois ténébreux. Nous nous étions arrêtés près du pic de Burgarach, une montagne à la forme étrange et impressionnante qui a une réputation magique ou paranormale, piste d’atterrissage pour les OVNI ou autres légendes sensationnelles. Dans le coin habite le « Christ cosmique », un bonhomme qui se présente ainsi, « je suis le Christ cosmique, le grand monarque, le Messie », et que nous avons croisé deux fois, en short et chemise baba cool, les cheveux hirsutes autour d’une figure parfaitement ordinaire, qu'on ne croirait pas sortie, les apparences sont trompeuses, de l'usine à surhommes d'Aldébaran...
Henri m’a emmenée au monastère orthodoxe de Cantauques qui a conquis mon cœur. Le lieu est à la fois paisible, lumineux et désert, avec un cèdre et un cyprès majestueux. L’église simple et belle, les chants liturgiques dépouillés et harmonieux, une spiritualité palpable en toutes choses, et puis quels moines… Le père Samuel, affable et chaleureux, le père Syméon, si délicieusement malicieux et plein d’humour, le magnifique père Moïse, si beau, si noble, avec une barbe digne du nom qu’il porte, un visage de roi légendaire. J’écoutais l’épître de Pierre qui témoignait de la Transfiguration : un témoignage direct attesté par une vie de proscrit et une mort de martyr. Comment en douter ? Le Christ de la fresque, derrière l’autel, semblait me dire : « Tu vois ? »
Nous avons pris un petit verre du quina du père Syméon, dans le cloître fleuri où tout le monde se retrouve après la liturgie, dans l’odeur des lavandes.
En fin d’après-midi, nous avons visité le village de Rennes le Château, dont le curé, au début du XX° siècle, avait embelli l’église dans un style plus naïf que sulpicien, à mes yeux infiniment préférable aux squelettes d’églises hantées par quelques affiches avec des slogans religieux ou par des photos, qui ont suivi Vatican II. Personne ne sachant comment le curé avait trouvé les fonds, plein de gens soupçonnent qu’il ait pu découvrir le trésor des templiers. Cette église, le petit jardin attenant, le presbytère et sa véranda colorée m’évoquaient fortement la France disparue que je voyais à Annonay dans mon enfance. Hélas, deux choses me ramenaient au temps présent : l’omniprésence des touristes et surtout les déprédations apportées par une « déséquilibrée » au chef-d’œuvre de l’abbé : le diable écrasé sous le bénitier a perdu sa tête, et aussi Marie-Madeleine, sur l’autel.
Les paysages des Corbières sont gâchés par des éoliennes « écologiques » gigantesques en grand nombre. Il conviendrait naturellement de promouvoir à grande échelle la production d’énergie autonome individuelle, chacun sa petite éolienne, ses panneaux solaires, sa maison construite dans cette perspective, et le paysage n’en serait pas gâché, mais l’énergie et ses profits ne seraient plus un monopole. A ce problème, beaucoup de gens du pays ont la réponse: "Faren tout pétar"...
En traversant ces villages, ces forêts si belles dans leur variété, ces étendues sauvages, pleines de rochers grandioses sous les nuages orageux, de ruines médiévales perchées, je sentais mon lien atavique avec tout cela, en dépit de celui que j’ai avec la Russie, et j’éprouvais une souffrance profonde à l’idée que nous étions en train de perdre notre pays...
Henri est un produit local, né ici, de parents eux-mêmes originaires du coin, il a le physique du lieu, les expressions et l’humour du sud ouest. Il est le résultat de générations de Français des Corbières. C’est ce que veut détruire la caste au pouvoir, pour créer artificiellement une société de métis déracinés qui n’aura plus aucun lien avec ces paysages, ces maisons, ces églises et ces châteaux.
Avec Henri, j’ai des discussions que je n’ai pas avec beaucoup de Français, mais c’est que beaucoup de Français ne l’ont déjà plus, ce lien, cinquante ans d’américanisation médiatique ont fait leur œuvre, et aussi la destruction programmée de la paysannerie et la démission de l’Eglise catholique, sa compromission avec la modernité.
Henri, sa femme et moi, nous nous sommes entendus comme larrons en foire, et nous avons beaucoup ri. J’espère qu’ils viendront me voir en Russie, ces vrais Français comme on n’en fait plus.
Henri m’a raconté, ce que j’ignorais, que la liturgie gallicane avait beaucoup plus de points communs avec la liturgie byzantine, elle comportait notamment le trisagion, mais elle avait développé sa forme originale, à partir des successeurs de saint Irénée de Lyon. Elle a été extirpée par Rome, après bien des résistances locales. De sorte qu’Henri et moi-même retrouvons dans la liturgie orthodoxe quelque chose qui nous enracine aussi dans cette lointaine France pré-schismatique avec laquelle le lien est quasiment perdu.

Henri sur le pont romain
La rivière salée (la Sals)



Type anthropologique de Français du sud-ouest (orthodoxe)

Henri, Patou et le chat Ouinou
Dans l'église de Rennes le Château





Tour en dessous du village
Au monastère de saint Martin et de la Mère de Dieu à Cantauques





lundi 31 juillet 2017

Bilan épistolaire

Mon blog me met en relation avec des correspondants intéressants, et à l'occasion d'un échange de lettres avec un monsieur, j'ai eu l'occasion de préciser un certain nombre de choses qui sont déjà un petit bilan de mon expérience. J'ai décidé de publier ce bilan.
Je suis trop souvent sur Facebook, pour toutes sortes de raisons. J'y ai des échanges intellectuels, ou spirituels, des assauts de mots d'esprit, ce que je n'ai pas toujours la possibilité de faire dans le quotidien. Je tente de diffuser de la réinformation, au sujet de la Russie, du Donbass. J'observe ce qui se passe et voit se composer petit à petit le puzzle terrible dont la vision de plus en plus précise fait de nous ces Cassandre que nous évoquons ensemble. Je diffuse aussi des articles ou réflexions spirituelles, des nouvelles de ce qui se passe sur ce plan-là et dont on ne parle nulle part ailleurs ou presque. J'avais ainsi fait tout un reportage sur la grande procession organisée en Ukraine par le métropolite Onuphre pour la fête du baptême de la Russie (qui était alors une entité où n'existait de divisions qu'entre différentes principautés toutes slaves, orthodoxes et russes sans aucune Ukraine fabriquée façon Golem, ce qui est devenu par la suite les Russie du tsar de toutes les Russie ou du patriarche de toutes les Russie) et pour le retour de la paix. 200 000 personnes y avaient participé dans tous le pays (100 000 à Kiev cette année) bravant le pouvoir, les néonazis des bataillons punitifs. Je recueillais à travers diverses pages de prêtres, de moines ou de simples laïcs participants des témoignages que je traduisais et des photos, pour en garder une trace, d'ailleurs tiens, bonne idée, je vais mettre cela sur mon blog. Je traduis également des témoignages sur les martyrs de Russie et tout ce qui me paraît faciliter la compréhension spirituelle et profonde de ce qui arrive à notre monde. Mais je suis perpétuellement déstabilisée, irritée, indignée ou effarée par ce que je vois. comme dit mon père spirituel, qui s'indigne pourtant aussi beaucoup, l'indignation est un sentiment ambigue et dangereux. Je perds énormément de temps que je pourrais consacrer au reste soit la prière, le chant traditionnel, la peinture, l'écriture. Il faut dire que quand l'écriture m'absorbe vraiment, cela est si tyrannique que même facebook recule, mais je n'écris pas toujours dans cet état de transe, qui est lui-même parfois éprouvant et dangereux mais dont surgit un résultat concret... Facebook est un truc essentiellement satanique qui sert pourtant parfois mystérieusement de contrepoison au monde qui l'a  engendré. J'aimerais pouvoir continuer à m'en servir sans me laisser sucer par ce tohu-bohu, image de celui qui règne ici-bas. Mais finalement, ce combat est sans doute celui de toute personne qui mène une vie spirituelle, même sans facebook. Vos enfants ont en partie raison, puisque les médias nous mentent à tire larigot, il faut aller chercher soi-même les infos réelles et crédibles, et parfois se fier à son instinct et à sa conscience pour déterminer si elles le sont, si la pièce entre dans le puzzle.
C'est vrai que les gens ont la flemme de donner des nouvelles autrement, j'ai un ami qui ne va jamais sur Internet, et le coincer au téléphone est difficile, eh bien ça complique les choses! Nous nous revoyons depuis que je suis en Russie. 
J'espère avoir ce permis de séjour pour sortir de la situation entre deux chaises. Je vous dirai que tout ceci n'est pas simple. J'ai dû vaincre mon appréhension et mon désir d'avoir la paix, c'est-à-dire d'attendre tranquillement sur place la cata finale en allant au monastère de Solan, en me promenant tous les jours dans les pinèdes et les guarrigues. En allant en Russie, je me suis mise en conformité avec moi-même, avec le chemin de ma vie, et en effet, j'y ai beaucoup plus de perspectives, je chante à nouveau, je fréquente à nouveau des ethnomusiciens, je fréquente des artistes et des intellectuels vrais et profonds, j'ai de sérieuses chances de publier et de toucher des gens que concernent ce que j'écris. Je pense aussi réaliser un témoignage, par mon choix, devant les Français qui me lisent, mais aussi devant les Russes qu'un tel choix sidère. Une artiste peintre m'a déclaré: "Vous m'avez donné l'occasion de voir qu'une véritable idéaliste peut exister en chair et en os." Mais j'ai eu l'impression de repartir au combat alors que je n'aspirais qu"au repos, et c'est bien de cela qu'il s'agit. D'un point de vue matériel et administratif, les choses vont peu à peu se résoudre, naturellement, et ma maison est plus agréable à habiter que celle que j'avais dans le Gard, plus claire, plus grande, mieux chauffée, paradoxalement moins humide (peut-être le bois à la place de la pierre), alors que je vis dans un marécage, une sorte de Camargue froide pleine de roseaux. Je pense que je m'en sortirai mieux sur un plan financier, mais l'aventure me coûte quand même cher, tout changement me fait perdre des plumes, car je gère tout cela très mal. Je suis extrêmement fatiguée par les travaux, les démarches, les allées et venues, le climat, les émotions diverses. Cela va se tasser plus ou moins. Mais je me rends compte que le combat se situera bientôt ailleurs: je deviens peu à peu là bas un phénomène, si mon livre est publié, je le deviendrai encore plus et je serai attaquée par les libéraux qui sont scandalisés de m'avoir vu choisir "ce pays", "cette populace" et "cette religion" (rétrograde qui pue la sainte Russie). Je serai également attaquée de l'autre côté par les néocommunistes et négationnistes staliniens par mon refus de participer à cela et de cracher, pour justifier leur idéologie sur les tombes des nombreuses victimes innocentes qu'elle a laissée derrière elle. Pourtant, j'avais fini par faire la paix avec les communistes qui au moins, partageaient avec moi le respect des valeurs humaines établies telle que la famille et la patrie, du moins en ce qui concerne ceux d'aujourd'hui, pas les bolcheviques, évidemment. Et le capitalisme libéral me dégoute tellement, me parait tellement corrupteur et de plus en plus totalitaire, que je me ficherais complètement de voir le pays revenir à une sorte de communisme non idéologique, où les ressources et les organismes  d'intérêt général seraient nationalisés, où nulle fortune hypertrophiée et tentaculaire ne serait plus pêrmise et où tout le monde vivrait modestement. Mais c'est que ces gens là viennent systématiquement aboyer dans mes commentaires quand j'évoque Nicolas II ou la collectivisation, colporter d'ignobles calomnies sur tous ces morts et j'en ai même un qui a osé me dire que l'URSS était l'apothéose de l'histoire russe! Mon refus de me laisser embrigader là dedans (si je ne suis pas libérale, alors il me faut être stalinienne) les déçoit et les indigne! Ma position est tout à fait simple: je suis orthodoxe et tsariste, je suis slavophile et médiévale. Tout le reste vient pour moi du démon. Il y a des gens comme moi en Russie, il y en a même pas mal, et je dirais que ce sont les Russes véritables, entre les mondialistes qui n'ont plus ni culture ni patrie et les mutants post-soviétiques. Mais l'existence des deux mouvements issus du progressisme matérialiste et du rationnalisme dont nous crevons tous compromet le mouvement précédent qui allait dans le sens du repentir, de la réconciliation et du retour aux sources. Dans le désastre eltsinien, on n'entendait plus glapir les nostalgiques du goulag et des éxécutions de masse, on entendait seulement les libéraux, cela ne fait pas beaucoup de monde, même s'ils tiennent le moitié des médias. Cependant, les uns nourrissent les autres, et se justifient mutuellement:  l'existence de traîtres caractérisés justifie a posteriori la politique de répression stalinienne aux yeux de beaucoup de gens simples exaspérés. Fort heureusement, à l'intérieur de ces deux groupes égarés, il y a des nuances individuelles, qui permettent une osmose par capillarité. Des communistes et même des néostaliniens qui regrettent l'immonde assassinat de la famille impériale ou les diverses purges, et n'ont pas d'antipahie pour l'Eglise Orthodoxe. Des libéraux qui ne renient pas complètement leur patrie mais se laissent embarquer par leur milieu, l'indignation suscitée par la conduite souvent extrêmement répréhensibles des fonctionnaires et qui ne voient pas plus loin que ce qui se passe sour leur nez. Mais partout où se développe la confusion fleurit le mensonge et la haine. Certains commentaires antireligieux délirent positivement de haine: Eglise Orthodoxe = sainte Russie = tout ce qui nous fait honte, alors que nous devrions en être fiers. Cela nous fait honte, parce que nous voudrions être des Américains ou des Allemands (grand Dieu pourquoi?) ou cela nous fait honte, parce que nous avons laissé assassiner tout cela par des aventuriers pour un résultat sinistre et médiocre qui a débouché sur un désastre.



samedi 29 juillet 2017

Course à l'abîme

Mon amie Dany m’écrit à propos de la clique de Bruxelles, les compradores de l'UE : « Quand ils vont commencer à reculer, il y aura un grand précipice derrière eux! »
Cela m’a fait penser à la course à l’abîme de la Damnation de Faust, que me faisait écouter un ami mélomane et qui m’impressionnait beaucoup. Je lui ai donc envoyé un dessin animé sur ce passage et je l’ai réécouté pour la première fois depuis… trente ans, quarante ans ? J’ai perdu le goût de l’opéra, mais je l’ai beaucoup aimé. J’ai perdu le goût des voix artificielles et de ce que l’on écoute en s’ennuyant un peu dans un fauteuil inconfortable, devant une scène, alors que l’ensemble des gens ne font plus aucune musique. Mais c’est beau, puissant, cela parle à l’imagination, cela vient d’une certaine manière, du fond du moyen âge, mais avec une emphase étrange, une emphase démoniaque. La course à l’abîme. Nous y courons tous, à l’abîme, dans le vacarme de nos musiques dégénérées et de nos machines tonitruantes et nous n’entendons plus que par bouffées, parfois, le chant discret des anges, et la cloche qui un moment, un court instant, arrête Faust dans sa course mais hop, hop, elle reprend, de plus en plus sinistre, vers l’abîme irrémédiable. Dans la foulée, je me suis souvenue d’un autre Méphistophélès, c’était celui de… voyons ? Ah oui, Busoni. Ce même ami mélomane m’avait fait écouter cette apparition d’un Méphisophélès qui n’avait rien du guignol à cornes et à collant rouge qu’on voit ricaner dans le Faust de Gounod. C’était un esprit à la voix suraiguë, inhumaine, qu’on voyait apparaître dans un tumulte de cristaux noirs, du moins c’est ainsi que je me l’étais représenté en écoutant ce morceau, lorsque j’avais… dix-huit ans ? Vingt ans ?
Je suis allée sur youtube essayer de trouver ce Méphistophélès. Il me faudrait écouter tout l’opéra, car on n’a pas isolé ce moment de l’apparition, dommage, et je ne sais pas où elle est située. Et du reste, peut-être ne la reconnaîtrais-je pas telle que j’en ai conservé la vision. J’ai écouté un extrait d’une demie heure : une musique de la fin du XIX° siècle, étrange, envoûtante, un peu désaccordée, avec cette emphase, cette emphase un peu psychotique, et tout à coup j’ai pensé à Wagner, aux sortilèges de Wagner, que j’ai tant aimé, oui, précisément des sortilèges et des envoûtements. Et après tous ces enchantements raffinés, passionnés et puissants, voilà que la musique a commencé à se briser, à devenir discordante et de plus en plus difficile, de plus en plus sinistre aussi, et on ne l’a plus entendue que dans des cercles très restreints. Tandis que parallèlement, nous inondait le jazz, c’est sympa le jazz, mais ce n’est pas vraiment notre truc, et voilà que nos campagnes ont cessé de bruire et de chanter, que les rues se sont emplies d’une musique « gaie », vulgaire, primitive, obsédante, partout, dans les magasins, les fêtes votives, une musique fabriquée comme tout le reste en usine, et comme tout le reste tonitruante et abrutissante, notre danse macabre est devenue somnambule, frénétique, hagarde. C’est la course à l’abîme. Le tohu-bohu des illusions, des désirs toujours plus tyranniques et plus insatisfaits. Où est passé Wagner ? Où sont Berlioz, Busoni ? Sur quoi ont débouché toute cette emphase et tous ces sortilèges, quand avons-nous perdu la mesure et le sol sous nos pieds ? A quel moment de l’histoire ?
Je me suis prise de passion pour le chant traditionnel russe, car il ne demande que la voix de l’homme ou de simples instruments de terre ou de bois, et qu’il est plein de vent, d’espace, d’eau courante, de prés et de forêts. Et voici que je trouve sur Facebook ce chant gallois, avec ce merveilleux langage ruisselant et presque disparu qui me rappelle celui des elfes de Tolkien, ce chant pur et simple, venu du fond de nos âges, de nos âges à nous. De ce moment où nous vivions les pieds dans la terre et la tête dans le ciel et où les chants perdus circulaient de l’un à l’autre comme des anges, notre humble et profond trésor, méprisé à l’égal de la fleur des champs et des animaux sauvages. Quand tout le monde chantait, quand tout le monde dansait, à tout moment, au champ avec les vaches, au lavoir, à l’église, au marché. Quand les salles de concert n’existaient pas. Et pas non plus les machines tonitruantes, ni tout le grand tohu-bohu factice de Méphistophélès qui nous mène à l’abîme.










jeudi 27 juillet 2017

Capsule spatio-temporelle

Le midi brûle, et les départs de feu sont si judicieusement répartis qu’on peut difficilement douter de leur préméditation. Nous avons laissé entrer le cheval de Troie et voici la suite. La France à feu avant de l’être à sang. Le midi, la côte, nos plus merveilleux endroits, ceux où maman et mes tantes passaient avant guerre des étés enchantés, où je communiais avec la mer et le vent...
 Je suis restée deux jours chez mon oncle et ma tante, à Marseille.  A cause de la chaleur, ils tiennent tout fermé. Après il y a eu du mistral, occasion pour les envahisseurs d’incendier tout le midi, mais il faisait plus frais, seulement Henry ne supporte pas le vent. Dans notre contexte de science-fiction, j’ai l’impression, chez eux, de me trouver dans une capsule spatio-temporelle, qui s'apprête à prendre le large dans la dimension éternelle, portée par une grande et mystique montgolfière annonéenne. Une vieille maison bourgeoise du XIX° siècle depuis laquelle on ne voit pas la ville, avec son jardin enclavé. Elle pourrait se trouver dans un village, ou même à Annonay, dont sont originaires Henry et Mano, n’était la végétation méridionale. A l’intérieur, des meubles et des objets anciens, parfois achetés par Mano et Henry, parfois hérités, tout cela disposé avec goût, sans ostentation. Henry, quatre-vingt-douze ans et Mano quatre-vingt-quatre, s’y déplacent au ralenti. Comme auparavant, mon bon oncle Henry me fait son cocktail personnel, la ricounette, un mélange de rosé et de crème de cassis, pas n’importe quelle crème, pas n’importe quel rosé, qui me saoule complètement en quelques secondes, le tout accompagné d’amuse-gueules irrésistibles et suivi d’un repas où l’on ne plaint ni le beurre, ni l’huile, ni le sucre. Des tas de choses me rappellent des souvenirs, des aquarelles que je leur ai données, la photo de mamie en communiante (1918). La magnifique lampe à pétrole à motifs verts sur fond crème, survivante du magasin de mon arrière-grand-père, contraint de jeter son stock à l’avènement de l’électricité. Et des meubles que je voyais chez eux à Annonay, quand je passais avec ma grand-mère après ses courses rituelles du vendredi après-midi. Ce tableau qui était dans le salon de mon grand-père, et qui représente une cour enneigée, si paisible, si française, un peu ennuyeuse, mais qui incite au rêve, avec son portillon de métal orange, et les façades extérieures dissoutes dans la lumière hivernale, au rêve et à l’évasion. Quand à nos conversations, elles me rappellent également des gens morts depuis longtemps et qui m’étaient chers, qui m’en parlera encore lorsqu’ils les auront rejoints ? Nous perdons non seulement nos derniers anciens normaux, mais le pays qui allait avec…

A l’extérieur de cet îlot précieux et fragile, la France brûle, la France disparaît, la France semble rongée par les termites du diable, qui ne trouvent pas de résistance dans ses tissus mous et à moitié pourris. Mes anciens ne verront sans doute pas le résultat final et tant mieux pour eux, ce ne sera pas un spectacle pour les gens corrects du temps passé. Je le verrai peut-être, j’espère depuis la Russie, notre dernier bastion, avec lequel j'entends résister de mes dernières vieilles forces...

Madeleine Combe


lundi 24 juillet 2017

Passage à Solan

Ici, c’est l’été. Je supporte bien la chaleur et ne la trouve pas excessive. J’ai pris la route de Solan, et me suis arrêtée à Saint-Pons-la-Calm, chez Emmanuelle. Nous sommes allées à Goudargues, à Cornillon. J’ai vu se déployer les chemins que je parcourais à pied ou à vélo, avec petit Doggie. Je pense à lui sans arrêt, et il en est de même chez ma sœur, où il repose. Tout me parle de petit Doggie, de sa triste mort prématurée et de notre vie ensemble.
La beauté des paysages, des villages, des anciennes maisons de pierre me subjugue, où est passé l’esprit du peuple qui a façonné les uns et bâti les autres dans une harmonie réciproque, où sont ses chants et ses danses, ses liturgies, ces pierres sont muettes, à Goudargues, les orchestres de rue jouent du country américain, dans les champs et les vergers, on n’entend que les oiseaux, le vent ou les engins agricoles, mais plus le chant de l’homme, son âme s’est tue, elle ne chante ni ne prie.
C’est à ce genre de détails que je discerne notre terrible malédiction. Nous nous sommes donnés à l’argent et aux idéologies de l’enfer, à ses contrefaçons, et s’il en est de même en Russie, au moins des processions parcourent-elles encore les villes et les campagnes sinistrées, des gens cherchent-ils à ranimer les quelques braises de la sainte Russie qui subsistent encore.

Je vais à Solan, et puis à Marseille, chez Henry et Mano, survivants d’une époque encore normale où notre mort était cependant déjà à l’œuvre. L’optimisme niais des années 50 et 60 nous aveuglait, nous croyions la fête éternelle… Mais à dire vrai, je n’étais pas aveuglée. Dès mon enfance, j’ai senti que tout cela nous mentait, que c’était de la fausse monnaie, que notre fête était vulgaire et sans véritable joie.

Revoir Solan, ses moniales, ses paroissiens m’a beaucoup émue. Que c’est beau, tout est harmonieux, organique, pas une faute de goût, et quelle lumière, quelle ferveur. Une lampe allumée dans nos ténèbres.

vendredi 21 juillet 2017

POUR TA FOI, UNE BALLE DANS LA TETE

Le père Philosoph Ornatski et sa famille
On demanda à l'archiprêtre Philosoph (Ornatski): "qui va-t-on fusiller en premier, vous ou bien vos fils?"
"Mes fils" répondit-il.
Pendant que l'on tuait Nikolaï et Boris, leur père, à genoux, priait pour le repos de leur âme, il lisait les prières des mourants. La division de gardes rouges refusa de tirer sur le prêtre prosterné, refusèrent également les soldats chinois. Alors le jeune commissaire s'approcha lui-même du père Philosoph et lui tira un coup de revolver à bout portant.


A une question sur les vers qui lui furent consacrés par le hiéromoine Romain (Matiouchine) je répondis brièvement: "Le poème a été écrit après la lecture de quelques vies des nouveaux martyrs. Il avait été stupéfait par la fermeté d'esprit, l'exploit de la foi des amis de Dieu.















POUR TA FOI, UNE BALLE DANS LA TETE
hiéromoine Romain (Matiouchine)

La sentence inique était prête
Pour ta foi, une balle dans la tête.
Et les bourreaux de persifler
Pope, dis-nous qui tuer en premier ?

Décide, comme tu voudras :
Tes fils en premier ou bien toi ?
Merci, bonnes gens, pour cela
Mes fils d’abord et ensuite moi.

Ne craignez pas la mort subite
Petits enfants, allez au Christ
Pleine de grâce est notre mort
Je vous suivrai, allez d’abord.

La salve gronde très bientôt
Tombent ses fils sans un mot
Accompagnés de ses prières,
« Je suis prêt » déclare leur père.

Le Seigneur bénit vos couronnes
Il faut partir quand l’heure sonne
O trois fois bienheureux chrétiens
O grandeur de l’amour très saint !


Post traduit par moi-même

Протоиерея Философа (Орнатского) спросили:
«Кого расстрелять сначала — вас или сыновей?»
«Сыновей», — ответил он.
Пока убивали Николая и Бориса, отец, встав на колени,
молился об их упокоении,читал отходную.
Взвод красноармейцев отказался стрелять
в коленопреклоненного священника, отказались и китайские солдаты.
Тогда молодой комиссар сам подошел к отцу Философу
и в упор выстрелил в него из револьвера.
На вопрос о посвящении стихотворения иеромонах Роман (Матюшин) ответил кратко: «Стихотворение написано после прочтения некоторых житий новомучеников. Был потрясён стойкостью духа, подвигом веры боголюбцев».
"ЗА ВЕРУ В БОГА - ПУЛЯ В ЛОБ..."
Иеромонах Роман (Матюшин)
Судом постыдным осудили:
За веру в Бога — пуля в лоб.
И палачи ещё шутили:
— Кого сначала шлёпнуть, поп?
Решай, как скажешь, так и будет,
Тебя или сынов твоих?
— Спасибо и на этом, люди.
Меня — потом, сначала — их.
Не бойтесь, детки, смерть мгновенна,
Я отправляю вас к Христу,
Кончина за Него блаженна,
А я за вами вслед приду.
И грянул залп, и был он меток,
Упали молча сыновья.
Отец отпел себя и деток:
— Ну вот, теперь готов и я.
За землю нечего держаться —
Господь венцы благословил.
О, треблаженные страдальцы!
О, высота святой Любви!


mercredi 19 juillet 2017

L’imbécile qui se confie au diable paie l’addition deux fois


https://tsargrad.tv/articles/bes-bespokajanstva_74958

On tira à l’empereur une balle en pleine figure, lui emportant la moitié de la tête. On considéra que le danger, pour le bonheur universel, des quatre grandes-duchesses, des jeunes filles de 22, 21,  19 et 17 ans, était si grand qu’on donna le coup de grâce à chacune, dans la tête. La princesse Olga était une grande et forte jeune fille et pour l’achever, on lui brisa les côtes à coups de baïonnette. On brûla les corps du tsarévitch Alexis et de la princesse Maria. On aspergea d’acide le visage des autres. Pour les rendre méconnaissables.
On va maintenant publier de plus en plus d’informations sur le crime monstrueux qui fut commis dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, dans la cave de la maison Ipatiev, à Ekaterinbourg. Et chaque nouveau document, chaque nouvelle expertise éclairera toujours davantage le tableau de cette boucherie cruelle que l’on ne peut se décider à appeler une exécution ou un passage par les armes. Il n’y a pas de régicides romantiques, mais l’hécatombe qu’organisèrent les prêtres du culte rouge défie l’imagination par son ignominie et sa sauvagerie.
Il est important de le rappeler, car les aspects mystiques, moraux, historiosophistes de la tragédie d’Ekaterinbourg nous en cachent souvent l’aspect humain et criminel. Les apologistes ricanants des assassins aiment à répéter la formule : « Ce n’est pas l’empereur qui a été tué mais le citoyen Romanov », éructation de cet amour soviétique obséquieux des chefs, comme si la mort d’un citoyen ordinaire signifiait moins que celle d’une personne titrée et haut placée. C'est pourquoi en effet, allons-y, oublions une seconde que fut tué l’empereur de toutes les Russies, dont les confirmations de l’abdication n’ont, bien sûr, aucune force juridique véritable, que le tsar russe a fini en martyr…Nous parlerons de la mort du « citoyen Romanov ».
Un couple d’époux âgés fut tué, sans jugement ni accusation, de façon bestiale, en même temps que ses enfants, quatre jeune filles en âge de se marier et un adolescent malade, et de plus, avec ses familiers, le médecin, le cuisinier, la femme de chambre et le valet de chambre. Même à l’époque de la célèbre année 37, on ne vit pas de massacres familiaux de cette ampleur.  Dans le cadre de cette époque, cela rappelle davantage les  sanglants massacres collectifs commis par les banderistes[1] et les « frères de la forêt ». Aujourd’hui, un meurtre collectif de cette ampleur mettrait sur les dents  toutes les chaînes fédérales pendant plusieurs jours, le commandement du comité d’Enquête prendrait l’affaire sous son contrôle personnel, la presse en discuterait les détails pendant des mois.  Voilà quelle serait la signification du meurtre de ces « simples citoyens ».
Est-ce ainsi que la société considère le meurtre de la famille impériale ?
Il y a, bien entendu, ceux qui en éprouvent un chagrin sincère, pour qui les « journées du tsar » sont un moment de concentration spirituelle personnelle et de deuil. Mais à lire notre internet, il est impossible de ne pas remarquer cette vague de détritus d’activité mentale secondaire, moquerie, persiflage, appels à ne pas « rappeler le passé » et en même temps, promesses de le « répéter » (c’est-à-dire qu’on ne parle plus du passé mais de l’avenir, ils peuvent refaire cela à nouveau) qui nous passe par-dessus la tête… Et des justifications infinies, des justifications de soi , des justifications de soi, comme si, sans avoir confirmé la justice du régicide, ces gens-là ne pouvaient vivre normalement.
Le déferlement même de ces autojustifications, exposées avec une impudence de truand expérimenté, nous dit que leur conscience les brûle et qu’en son for intérieur, notre société ne s’est pas réconciliée avec ce crime… Mais il y a ceux qui le voudraient bien. Tuer le tsar, tuer ses enfants et vivre heureux et tranquilles. Que ne vont-ils pas nous dire ici : ils vont rappeler la Khodynka, le dimanche sanglant, la fusillade de la Léna, Tsusima et Tannenberg, ils vont persifler sur Raspoutine, lancer pour la millième fois la fable stalinienne de l’exécution des chats, et mettront même en circulation le fils pendu de Marina Mnychek en 1614, pourvu que ce cruel infanticide du XVII° siècle pût justifier les assassins du XX° s’écroulant dans la barbarie…
On demande souvent : pourquoi se vautrer indéfiniment dans le repentir du régicide ? N’y a-t-il pas là quelque masochisme national, qui humilie le peuple russe sur la route hardie qui le conduit de l’époque du vélocipède à celle du giroscooter ? La vague de démence  ricanante qui s’élève à chaque évocation du souverain, montre qu’en réalité, nous ne sommes pas encore repentis une seule fois. Nous n’avons entendu d'estimation juridique et politique claire du régicide ni au niveau gouvernemental, ni au niveau humain, où les cœurs endurcis, devant le rappel de la cruauté et de l’iniquité, de l’infanticide et des coups de grâce tirés dans les crânes des jeunes filles, se répandent en nouveaux persiflages.  Notre société ne souffre pas d’un repentir exagéré, mais au contraire, de son absence enragée et provocante.
Il ne s’agit pas de se repentir des péchés des autres, des coups de revolver de Iourovski, de l’acide de Boïkov, des intrigues de Chaï Golochtchekine, de la noire volonté de Sverdlov, Bronstein et Oulianov… Il s’agit, pour commencer, de se repentir pour soi-même, des petits mots et des petites phrases insultantes, de la répétition irréfléchie et ignorante de cette légende noire que depuis la fin du XIX° siècle a assénée l’intelligentsia russe progressiste, pour rendre inévitable ce final sanglant, de l’invention de ces phrases cauteleuses et menteuses sur le thème « seuls les bolcheviques pouvaient sortir la Russie impériale de son impasse pour la mettre sur la voie de la modernisation ».  La haine du tsar est un virus mental grave qui infecte pratiquement toutes les couches de notre société, y compris même le clergé, les conservateurs, les nationalistes et parfois même… les monarchistes. Et voici que si l’on s’examine bien, alors on peut presque toujours trouver en chacun cette pourriture. Et si l’on ne se repent pas de cela, alors pourquoi se repentirait-on, en général ?
Représentons-nous des gens qui,  parlant  du péché originel avec agressivité et ardeur, diraient qu’Adam et Eve devaient obligatoirement goûter au fruit défendu, que le serpent disait des choses sensées et avait de bonnes intentions, mais que le méchant Dieu avait injustement maudit nos premiers ancêtres.  De telles gens existaient naturellement en quantité restreinte, mais à toutes les époques, on les regardait d’un mauvais œil. Dans notre ensemble, si nous croyons un tant soit peu au dogme du péché originel, comme en un fait historique ou au moins un symbole, nous aimerions qu’il n’eût pas eu lieu.  Et pourtant, Adam et Eve n’ont tué personne, n’ont percé le crâne de personne, n’ont pas brûlé de cadavres. Tout cela, il est vrai, Caïn l’a fait, mais son fan-club est plutôt limité.
Avec l’assassinat du tsar, c’est une autre histoire. Des centaines de milliers et des millions de lemmings virtuels et réels insistent avec une extrême obstination sur la nécessité historique et la justice de ce crime. Et cela implique des conséquences. Les politologues supposent que la nation se crée par la diffusion du haut vers le bas des privilèges de l’aristocratie et que le premier des aristocrates est le monarque. Eh bien, notre peuple a reçu tous les « privilèges » à pleine mesure. Nous nous sommes permis de calomnier notre tsar, et la saleté des calomnies russophobes s'accumule en couches de plus en plus épaisses et nauséabondes. Nous nous sommes permis de tuer notre tsar sans jugement ni enquête et nous errons en nous plaignant de l’absence totale, dans notre pays, de toute justice, nous nous étonnons de décisions iniques et de la corruption des tribunaux, c’est-à-dire de ce qui n’existait pas sous l’empereur Nicolas II, et ne pouvait pas exister.  Nous nous sommes permis de tuer d’innocentes jeunes filles, des adolescents invalides, des cuisiniers et des  femmes de chambre, et nous avons vu ensuite comment tout le pays est parti vers les exécutions sommaires dans les camps et la déportation, femmes, enfants, colonels et cuisiniers.
Nous avons bu et buvons encore aujourd’hui la coupe qu’ont bue jusqu’à la lie notre tsar et ses enfants. Et cela nous ramène aux questions d’Ivan Karamazov.  Personne n’a pu encore répondre à la question : en quoi  le coup de grâce dans la tête de la grande duchesse Tatiana était-il indispensable à l’avènement du bonheur des peuples ? Et au fait, où est-il, ce bonheur ? Bien sûr, si même il était advenu, il n’aurait pas valu cette même petite larme d’enfant. Mais tel qu’il n’existait pas autrefois, il n’existe pas non plus aujourd’hui. L’imbécile qui se confie au diable paie l’addition deux fois.
Notre société repose sur les ossements de ces enfants torturés, elle repose sur le marécage de l’effondrement moral, économique, social, national, et s’entête à ne pas vouloir faire la relation entre ces deux faits. Et quand elle essaie d’inventer une recette « populaire » de vie meilleure, c’est encore une autre recette d’assassinats massifs : « Qu’on les fusille ! » «Dans les camps ! » « Ah si Staline était là maintenant, ouh ! Ce qu’il en ferait ! » Mais c’est que chaque Staline commence avec Iourovski et des montagnes de cadavres d’enfants et s’achève de cette manière.
Il fut un temps où le thème du repentir dans notre société fut captée et profanée par les descendants des régicides. Ce sont eux, essuyant une fausse larme sur leur joue sale, qui exigeaient du peuple russe qu’il se repente, qu’il se repente pour « l’introduction des troupes en Tchécoslovaquie », pour les « trois millions de dénonciations » et beaucoup d’autres choses encore.  Et l’assassinat du tsar, avec les autres atrocités des bolcheviques, était mis au « compte » du peuple russe, présenté par les … descendants de ces mêmes bolcheviques. Et avec pour seul but de piller jusqu’au bout, d’humilier plus bas que le fond du fond, de façon à ce que les Russes ne se relèvent jamais. Ce genre de repentance devant les étrangers était dépourvu de grâce et porteur de mort.  Son essence consistait en la fabrication de « matériel »  en vue de la justification de n’importe quelle infamie future à l’encontre des Russes.
Mais la vague  de refus du repentir qui monte à notre rencontre, de provocation démonstrative envers ces crimes, ou de leur négation éhontée n’est en rien meilleure. Nous ne pouvons construire la Russie comme la maison natale du peuple russe sur les fondations du néobolchevisme, sur la justification de la collectivisation et le génocide de la campagne russe, sur l’athéisme militant et l’extermination massive des chrétiens fidèles, sur la démence marxiste et la destruction des meilleures parties de l’intelligentsia nationale. Et bien sûr, on ne peut construire la Russie sur la justification et la glorification du régicide, sur l’immunité de Voïkov et autres noms puants sur les cartes des rues de nos villes.
Mais on ne peut atteindre un véritable repentir, une métanoïa, c’est-à-dire un changement de direction dans la société, si l’on ne se repent pas dans son propre cœur, si l’on n’y laisse entrer la chaleur de l’amour pour les martyrs impériaux, si l’on n’y reçoit leur amour en retour, qui en chassera la légion des démons de la révolution.

Yegor Kholmogorov

Cet article percutant reflète une vérité qui m'inquiète. J'y vois un parallèle avec l'histoire de la France, qui meurt deux cents ans plus tard des suites de sa révolution et de ses crimes. J'avais pensé que dans son ensemble, la Russie avait fait ce que nous n'avons pas fait: acte de repentir. Mais à côté du travail de sape des libéraux, qui ont perdu la Russie en 17 et voudraient bien l'achever 100 ans plus tard, apparaît le facteur de division qu'est cette impudente vague néostalinienne et négationniste qui crache sur les nombreuses tombes communes, dont beaucoup restent encore anonymes, où l'on a jeté non seulement le tsar et ses enfants, une bonne partie de l'intelligentsia, complice ou non, et de l'aristocratie, mais les paysans, les chrétiens et les cosaques, les musiciens populaires et les artisans, tout ce qui faisait la sainte Russie, haïe d'une bande de russophobes et de zombies à leur service, comme aujourd'hui en Ukraine. Cette méchanceté indomptable qui renaît de ses cendres et trépigne peut compromettre le salut d'un pays qui est l'unique refuge des valeurs chères aux gens normaux.





[1] Partisans du nationaliste ukrainien pro nazi Bandera