Soleil radieux, pour la fin de ce drôle d'hiver. Je suis allée dessiner sur l'escarpement, au dessus du marécage. Le lac est encore gelé, luminescent, immaculé. Le soleil y descendait comme un ange, portant la croix du jour.
Benjamin le Suisse m’a invitée à venir manger la fondue qu’il m’avait confisquée quand ses compatriotes étaient là. Nous avons passé une bonne soirée, sa femme est au sanatorium, son petit garçon est vraiment éveillé et intelligent. Leur chatte abyssine, extraordinairement jolie, une petite princesse dorée et charmeuse, venait de mettre au monde un chaton mort. Mais à son agitation, et aux bosses que je sentais dans son ventre, j’ai vu qu’il y avait encore des colis à délivrer. Et le lendemain, Benjamin m’a dit au téléphone qu’elle avait eu deux bébés bien vivants pendant la nuit
Devant une vue très pittoresque de Rostov, publiée sur VK, j’ai tout de suite pensé : « pourvu que personne ne détruise les deux maisons du premier plan ou ne les défigure ! » Et parmi les commentaires, j'en ai lu qui vibraient de haine pour tous ceux qui s’extasient sur les maisons typiques et « se goinfrent dans les mégapoles ». Les gens qui s’expriment là ne voient absolument pas l’harmonie modeste, poétique et vivante de ce coin de ville, mais que les « croix des églises sont seules à briller sur cette misère » ! Pourtant, à Rostov, justement, les croix ne brillent pas tellement, elles sont plutôt rouillées, tout le magnifique kremlin nécessiterait des réparations, tout comme les isbas. Mais non, ceux-là détestent autant les unes que les autres, c’est-à-dire qu’en fin de compte, ils détestent la Russie, la Russie originale et fantasque qu’on leur a appris à renier pendant plusieurs générations, c’est sans doute aussi une des clés de la mentalité des libéraux, ou de celle des Ukrainiens qui veulent devenir européens à tout prix, de tous ces gens qui renient leur nature de Russes. Je reconnaissais la méchanceté, l'envie ulcérée, le mépris de la paysannerie d’autrefois que je vois parfois dans les commentaires qui accompagnent les publications des folkloristes et des jeunes gens qui font le retour à la terre, par exemple. Il est impossible pour certains d’entretenir, de réparer, d’aménager tout ce qui peut rappeler les moujiks, les popes, les cosaques et tout ce qui fait vieux et « médiéval », ou simplement rural, la laideur et la vulgarité contemporaines leur sont devenues complètement intrinsèques, c’est leur élément et ils s’y complaisent, rien ne doit venir leur rappeler qu'il existe autre chose. Leurs réfléxions ne laissant pas entrevoir une nature généreuse et compatissante, j’en conclus que c’est là le trésor qu’ils se préparent à emporter dans un enfer dont ils ont déjà l’habitude, puisqu’ils haïssent ce qui est beau, simple et vivant, et tous ceux qui y sont encore sensibles, peut-être même qu’une fois qu’ils y aboutiront, ils ne s’en apercevront même pas, qu'ils y prendront même du galon, comme dans le livre « mes aventures posthumes » de Voznessenskaïa.
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Vue de Rostov... |
Pratiquement le même jour, j'ai vu avec consternation un article qui annonçait la chose suivante:
LE GOUVERNEMENT RUSSE EST-IL EN TRAIN D’ANNULER LA RUSSIE ? Maintenant, vous allez avoir un choc car c'est difficile à croire (j'en ai eu un moi-même), mais vous pouvez le constater par vous-même sur le site Web du gouvernement. gouvernement.ru/docs/all/1...# Le 27 décembre, juste avant le Nouvel An, le gouvernement de la Fédération de Russie, à l'instigation du ministère de la Culture, a adopté une nouvelle version du règlement sur les zones de protection des sites du patrimoine culturel. normativ.kontur.ru/document?m... Elle entre en vigueur le 1er mars et supprime d'un seul coup les zones de protection de toute une série de types et de genres de sites du patrimoine culturel : des milliers de sites archéologiques, d'anciennes forteresses et colonies, des nécropoles, des champs de bataille, des sites commémoratifs, des monuments et des mémoriaux de guerre. Le décret détruit purement et simplement le système de protection des paysages culturels et des villes historiques qui existe depuis au moins les années 1940. Ils s’attaquent à ce qu’il y a de plus précieux, à la beauté et aux sanctuaires nationaux : les plus beaux paysages, les anciennes colonies et les tumulus funéraires – témoins de la naissance de l’État russe, de la formation de la culture russe et des cultures d’autres peuples, des villes anciennes. Ils frappent nos tombes ancestrales, nos nécropoles et les tombes de nos ancêtres talentueux et héroïques. Le gouvernement lève également l'interdiction de construire dans les zones naturelles protégées, autorise la construction d'installations linéaires dans les zones protégées et lève l'interdiction de démolir des objets urbains de valeur dans les zones protégées des villes historiques. Le gouvernement ne nous a pas oubliés non plus : il est désormais interdit aux citoyens de proposer des initiatives visant à développer des zones de protection, ce qui est contraire à la Constitution de la Fédération de Russie, mais les droits des promoteurs sont expressément énoncés. Sans plus de cérémonie ni d’explication, Mikhaïl Michoustine annule même les zones protégées des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO – les pétroglyphes du lac Onega et de la mer Blanche !
Pourtant, c'est en principe pour "le monde russe" que les jeunes gens vont combattre sur le front, ou bien j'ai mal compris? C'est quoi, le monde russe?
Depuis quelques temps, ce doit être l'âge, je suis fatiguée de m'indigner et de me battre contre les moulins à vent de la bêtise inlassable. Mais je n'aimerais pas naître maintenant dans le monde qu'ils nous font.
En Europe, c’est le crépuscule des odieux. La Van der Layen et toute sa compagnie continuent à faire tourner leur petit moulin comme si de rien n’était, tandis que tout s’écroule autour d’eux et se modifie à une vitesse vertigineuse. Ces gens ont mis nos pays bénis des dieux dans une telle merde et avec une telle vitesse que leurs habitants, si inquiets qu’ils puissent être, ne voient pas assez massivement l’ampleur du problème. Les commentaires des gogos bobos accompagnent de leurs murmures convenus les incantations de leurs chefs, dans leur tentative obstinée de dénier le réel jusqu’au bout. Les autres vivent le nez dans leur guidon. Ce qui est d’ailleurs plus compréhensible. Macron ne m’aura décidément jamais déçue, il se surpasse dans l’infâmie et descend toujours plus bas dans la honte, justifiant l’affreuse impression qu’il m’avait faite au premier regard.
Avec ses
collaborateurs, Slobodan étudie, comme dit Nicolas Bonnal, en entomologiste,
notre déclin et l’avènement d’un nouveau monde qui n’est peut-être qu’une
ultime convulsion apocalyptique. Son dernier article envisage des sortes de
dynasties naissantes, pour succéder à l’épisode révolutionnaire et
« démocratique » des deux derniers siècles. «La famille est tout» est la devise des clans, des mafias et de la
noblesse. L’élite contre-révolutionnaire américaine tient des trois à la fois. »
écrit-il dans son Antipresse. La
démocratie, je n’y crois plus, personnellement, depuis longtemps. Je pense que
nous assistons à la mort d’une illusion. C’était jouable en Suisse, ou à
Novgorod, dans des endroits restreints où tout le monde se connaît, et encore,
la liberté et l’égalité, ce n’était pas pour n’importe qui. Autrement, l'idée démocratique, c’est tôt ou tard la
porte ouverte aux oligarchies mafieuses. Des gens comme Etienne Chouard
préconisent une démocratie véritable, où tous les citoyens prennent en main le
gouvernement et l’édiction des lois, mais je n’y crois pas beaucoup ;
parce que les « citoyens » sont loin d’être tous compétents pour
cela, moi la première, d’ailleurs. Je suis monarchiste, parce que dans la
monarchie, le pouvoir a des contre-pouvoirs organiques et installés depuis des
siècles, qui ont fait leurs preuves. Le monarque n’a pas beosin d’intriguer
pour arriver au faîte de l’Etat. Le citoyen ordinaire peut s’occuper d’autre
chose que de politique. Mais comme le remarquait déjà Chateaubriand, on a cassé
le moule.
Slobodan prête attention à l’importance des enfants pour la nouvelle élite conservatrice. On dirait qu’ils sont préparés comme des princes héritiers à prendre la suite de leurs puissants parents. C’est une pente naturelle de l‘être humain, en effet. On voyait aussi cela se produire au temps des mérovingiens. Je me souviens des chroniques de Grégoire de Tours, de tous les règlements de compte des joyeux barbares blonds, entre frères, cousins, belles-mères, à grand renfort d’yeux crevés et de tonsures monastiques forcées... Ces gens-là ont fini, avec la patiente éducation chrétienne de leurs femmes et de leurs mères, par constituer une aristocratie fort convenable, mais justement, le christianisme n’est plus au programme, et on lui veut la peau.
Pierre-Yves Rougeron met à plat la situation européenne et en particulier française, avec une lucidité implacable, ce n’est plus de l’analyse politique, c’est une autopsie. Et dans quelle langue française percutante et précise... Le nombre d’ahuris diplômés qui ne comprennent rien et continuent à se raconter des histoires et à écouter celles qu’on leur raconte, dans la peur panique de voir ce qu’ils verront le jour où ils ouvriront les yeux... Mais ils ne les ouvriront que devant le couteau du boucher, et encore pas sû
https://youtu.be/-rzXhQisLLg?si=aFv93REzaNyAFEZXThierry
Meyssan, avec sérénité et douceur, fait la même chose en ce qui concerne l’affaire
ukrainienne.
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