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samedi 18 juillet 2026

Faciès

 J'ai vu sur Facebook la vidéo d'un vieux paysan français, avec un béret, qui raconte l'histoire suivante: une corneille prétend chanter mieux que le rossignol et croasse tandis que celui-ci dévide ses trilles. Personne ne consent à les départager, sauf un cochon qui cherchait des glands au pied de leur arbre. "Qui chante le mieux? demande la corneille.

- Toi", répond le cochon.

Du coup, le rossignol se tait. "Tu es vexé de ne pas avoir gagné? demande la corneille.

- Non. Je suis triste d'avoir été jugé par un porc."

Mes Français ont bien des problèmes. Pris par le temps, ils ont fait acheter leur maison par leur fille sur un passeport français, puisque leur passeport russe intérieur, nécessaire à la transaction, n'a été prêt que le matin de leur départ. Et maintenant, comme celle-ci est citoyenne d'un "pays inamical", des difficultés et des complications surgissent à chaque pas. Cela n'est pas très cohérent avec l'ukaze du président facilitant théoriquement l'émigration des sympathisants issus de ces mêmes pays, mais c'est comme ça. De mon côté, ayant fait retraduire tous mes documents afin d'harmoniser la transcription de mon prénom avec celle, erronée, de mon permis de séjour, j'espère qu'on ne me demandera pas de tout refaire en sens inverse. En fait, la transcription est le calque de l'orthographe française, sauf que le résultat en russe ne se prononce pas comme en français. Je ne connais pas de compatriotes qui n'aient pas eu de problèmes similaires.


J'ai fait une icône sur commande pour des amis russes de mes Suisses, il s'agit de la fête de la Théophanie, ou baptême du Christ, celle qui vit autrefois ma conversion à l'orthodoxie et m'apporte toujours quelque grâce. Aussi ai-je rempli cette commande volontiers. Les icônes sont utiles à ceux qui prient devant elles, et font beaucoup de bien à ceux qui les peignent. Et j'en ai bien besoin, car les temps que nous vivons sont étouffants, pesants et anxyogènes. La France brûle, avec ses paysages, sa faune, son charme, ses églises et ses vieilles demeures, comme la Grèce a brûlé, or la France et la Grèce sont certainement les deux pôles de l'Europe, je veux dire de l'Europe historique, culturelle et spirituelle, pas le sinistre machin dénommé UE, naturellement. Parfois, je me dis que je suis ici tranquille pendant que mon pays d'origine sombre dans le malheur. Enfin tranquille... si on veut. Vieillir n'est pas facile, surtout quand on est seul, et même si l'on est bien entouré, les amis, ce n'est pas la famille. Mais je me sens de toute façon complètement impuissante, je pense qu'en France, je finirais peut-être assez vite comme Anna Novikova et Vincent Perfetti, en bouc émissaire de la cause pourrie du mondialisme, ou que je serais obligée, comme Soral, de partir avec un sac-à-dos. Alors je prie pour la France, comme je prie pour la Russie, je prie saint Michel de l'arracher aux griffes où elle est tombée et de déjouer les entreprises des démons à notre égard, en Russie, et dans le monde entier. 

Pereslavl n'est pas un mauvais endroit pour attendre la fin du monde. On y voit la défiguration brutale et fantasmagorique de son caractère et de sa beauté, mais il reste le lac, les nuages, la rivière, la lumière. Et malgré tout, la paix. Une impression de liberté, de sécurité, de bienveillance chaleureuse. De vie plus ou moins normale, de vie sociale, avec des endroits où les gens se cotoient, des endroits où les gens se retrouvent, sans se faire pourrir trop la vie par l'Etat d'un côté et les malfrats de l'autre. Où si je croise une bande de garçons en goguette, je n'ai pas peur de me prendre des coups de pieds ou un coup de couteau. Cela dit, comme je l'ai maintes fois exprimé, cette ville ravissante a été saccagée par l'Union soviétique d'abord, et ensuite par l'anarchie post-soviétique et le mauvais goût invraisemblable qui a succédé à la beauté poétique de la tradition paysanne et chrétienne. Mais au milieu de ce désastre, les églises et les monastères entretiennent la flamme d'une vie spirituelle en fin de compte assez intense. J'entends les cloches au coin d'une rue, ou dans mon jardin, je participe à des processions, on voit même des immeubles neufs décorés d'icônes en céramique qui occupent tout un pan de façade. Et personne ne vient faire de procès au constructeur. Dans ses disgrâces contemporaines comme dans ses agréables survivances, Pereslavl est un condensé d'apocalypse, il n'y manque même pas les réfugiés d'Ukraine, les Arméniens et les Tadjiks, et les Occidentaux venus y chercher quelque chose que leurs pays ont perdu, une vie plus naturelle, plus humaine, plus simple, moins angoissante. Ils arrivent tous là, comme sur la berge d'une mer inconnue, pour attendre un vaisseau mystérieux, miraculeux, et s'étonnent de se retrouver au même endroit, à scruter les vagues ensemble. Et en attendant, se font un restau ou une journée à la plage.

Slobodan m'a envoyé un article de lui dont j'avais publié un extrait sur Facebook, tant je le trouve juste, et il ajoute qu'une amie lui avait déconseillé de prononcer trop souvent le nom de la créature, car cela revenait à invoquer des esprits ténébreux. C'est à propos de l'Apocalypse que j'écris cela, et sur Facebook, quelqu'un m'a fait observer que le prénom de Nécron était Emmanuel, soit "Dieu est avec nous". 

Je ne suis pas d'accord avec la citation de l'Ecclésiaste car ce n'est pas un enfant qui gouverne notre cité, ou fait semblant, c'est un quadragénaire, peut-être immature, mais je le crois surtout pervers, manipulateur, et profondément vil. Comme le décrit Slobodan, l'histoire et la littérature regorgent de ce genre de félons, qu'on pourrait croire impossible à rencontrer dans la vie réelle ordinaire. Mais, si, la preuve. On dit qu'il ne faut pas juger au faciès. Il le faut, c'est pourquoi existent les icônes, qui nous donnent un point de comparaison: là est la conformité au modèle divin. Il est vrai que certains visages sont trompeurs. Mais pas tant que cela, au fond. C'est pourquoi il convient de se fier à ce sursaut de l'âme qui nous avertit, à ce premier mouvement d'effroi ou de dégoût. On nous recommande cependant de voir en tout homme le visage du Christ. En certains masques, il est difficile de Le reconnaître, car trop de démons ont pris le dessus et ne laissent plus apercevoir que leurs grimaces.


Le Nécronomacron
Une théologie du néant à la manière de Lovecraft.
> «Malheur à la cité dont le prince est un enfant.» (Ecclésiaste 10:16)
> «Je suis la femme d’Emmanuel Macron et non sa mère ou sa grand-mère. L’amour n’a pas d’âge.» (Tweet de Brigitte Trogneux-Macron, le 30.4.2017, 18 h 46)
[15.07.2026 12:20] Slobodan Despot: Je connais les Macrons depuis la nuit des temps. Leurs métamorphoses ne me trompent pas. Je suis plus vieux que si j’avais mille ans, car j’en ai trois fois autant, l’âge de cette civilisation. Eux sont éternellement jeunes, ils le font savoir et on les croit.
L’obscène imposture! Moi seul vois clair dans leur jeu. Son jeu. Derrière ses tulkous, ses réplicants et ses incubes il est un. Ses pluralités, ses ouvertures, ses multitudes et ses étendards ne sont que les filaments de lumière sans pesanteur qui annoncent le trou noir, l’unique aboutissement de tout.
Il n’est qu’un oxymore en rotation, une contradiction absolue. Ce gouffre n’a aucune profondeur. Cette fraîcheur n’a pas d’âge. Malgré mes cicatrices et mes difformités, je suis encore trop jeune pour lui faire barrage. Je n’ai que le pouvoir de le suivre et de l’irriter. Je le reconnais dans ses mues et ses saisons, infailliblement. À quoi? À je ne sais quoi. Je plaisante: je le sais. À son regard tout à la fois naïf et cynique, enfantin et roué, aigu et désespérément stupide. Le regard, dit-on, est le miroir de l’âme. Quand l’âme n’y est pas, il se compose et du même coup se trahit. L’ennemi est habile à donner le change. «Il est vrai pourtant — a observé un de mes éclaireurs(1) —, qu’il ne peut s’empêcher de laisser échapper quelque sottise, qui est comme sa signature.»
Ses yeux sont frémissants et inquiets comme l’agent infiltré qui craint de perdre sa fausse moustache. Ses gestes sont surfaits, ses joies froides et ses colères infantiles. Ses pensées sont grégaires comme un banc de poissons. Il joue sa survie à coller au courant.
Vous ne le reconnaissez toujours pas?
Je l’ai croisé partout. Il était ce mignon de Socrate qui s’abreuva de ses paroles avant de me les rapporter quand j’étais juge d’Athènes. Il se prélassait grimé dans le Satyricon quand je gardais les palais de la débauche. Ce frileux a toujours vécu adossé aux foyers du pouvoir. Brantôme et Saint-Simon l’ont croisé dans les antichambres sans même le savoir. Il était gandin quand je revenais des campagnes de l’Empereur, les orteils gelés et le crâne fendu. Il est apparu à Balzac comme journaliste, à Daumier comme avoué. Partout où soufflait un vent de mode, il montait en selle et se laissait propulser. Un être de chair eût été trop lourd.
La modernité est son heure de gloire. Quand la morale se confond avec la vertu et le verbe avec l’action, il triomphe. Il nage dans les nombres et les quantités, il calibre, élague et normalise. L’imprévu l’irrite, la diversité le déroute, la bravoure l’épouvante, la gratuité le détruit. La sagesse à ses yeux se résume à rester sage. Il se garde de la folie humaine comme le vampire se calfeutre contre la lumière du jour. Il a aplati les arts, castré la pensée, transformé le destin en pronostic. Il a envahi les académies et aussitôt les temples de la science sont devenus les tombeaux de l’évidence. Et aussitôt les esprits les plus instruits sont devenus ses plus grosses dupes.
Le voici donc qui s’avance à découvert. Seuls les poètes et les écrivains s’alarment de son passage. Il est le diable en complet veston de Gogol, l’Européen moyen en qui Léontiev voyait l’idéal et l’outil de la destruction universelle. Il est l’inspirateur de toutes les philosophies du nivellement et de la trivialité. De Stuart Mill à Proudhon, de Cabet à Marx, le dix-neuvième siècle ne chante que sa médiocrité et la prolonge à travers les âges.
[15.07.2026 12:20] Slobodan Despot: Le voici donc à mes côtés, de plus en plus proche, de plus en plus nombreux. Il est mon collègue de HEC rêvant de sa première Jag, mon partenaire de squash, mon coloc équipé chez Roset et B&O, épris d’intérieurs blancs et de plantes vertes. Il est le gendre idéal dont rêvait ma mère, l’analyste financier qui rafle en un jour mes laborieux honoraires de six mois. Il aime tout le monde et ne veut blesser personne, mais son regard de bande dessinée continue de le trahir. Il rédige son moindre speech, affine son anglais d’aéroport, lit ce que chacun doit avoir lu mais porte ce que personne ne peut se payer. Il a trouvé sa fêlure dans un amour interdit, mais là encore le texte n’est pas de lui:
Réveille-toi Maggie, je crois que j’ai quelque chose à te dire
Septembre est presque fini et je devrais tout de même reprendre l’école
Je sais que je t’ai amusée, mais je me sens utilisé…
Le soleil du matin quand il frappe ton visage révèle ton âge…
Tu m’as enlevé de chez moi juste pour ne plus être seule
Tu as volé mon cœur et c’est cela qui blesse vraiment.

Non, Maggie May n’est pas Brigitte et Macron n’est pas Rod Stewart. Le Macron n’est personne. Le Macron® est un produit synthétique et breveté comme le Nylon, le Teflon ou le Dacron. Le Macron est le tissu même de la société sans hommes.

• Texte initialement publié dans le n° 166 de la revue Eléments (mai 2017).
NOTE
1 Il s’agit de René Guénon (note de 2022).

Cette merveille d'architecture industrielle va être détruite par Sobianine, à Moscou, pour construire quelle horreur à la place? Une personne de goût aurait récupéré et restauré le bâtiment pour un autre usage, musée, hôtel, seulement voilà...






C'est de la pure barbarie.



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