Macha m'a envoyé des photos de ses enfants, qui ont tourné dans un film historique sur la princesse Olga de Kiev. C'est étonnant comme le costume russe leur va bien et les rend beaux. A vrai dire, il est, comme d'habitude dans les films, trop terne, car les couleurs étaient vives, et les vêtements brodés. Néanmoins, j'en retire l'impression que ces enfants ne sont pas déguisés par le costume de leurs ancêtres encore en usage il n'y a pas si longtemps dans le peuple, mais révélés par lui. Ils sont habillés normalement. C'est nous qui sommes déguisés.
Je m'apprêtais à sortir du café, quand un jeune homme ouvrait de son côté la porte en face de moi et me disait: "Allez-y..." en français.
- Vous parlez français?
- Un peu...
- Mais comment avez-vous su que j'étais française?
- Je n'en savais rien, mais comme j'allais entrer dans un café français, j'ai parlé français! Ce café est très connu, à Moscou, vous savez..."
Il était grand et beau comme un astre, avec d'adorables enfants ouverts et bien élevés.
Un monsieur m'a envoyé une lettre qui m'a profondément émue. D'abord par l'évocation finale de notre hotel du Rocher, qui me revient brusquement à travers la mémoire de quelqu'un d'autre qui l'a connu avant moi. Car en 1952, année de ma naissance, maman n'en avait pas encore pris la direction, elle l'a fait après la mort de mon père, en 1953, probablement en 1954, j'ai dû y venir la première fois en 1955, ce que j'ai gardé en mémoire et raconté dans mon livre Album de famille. Je me souviens de l'allée qui menait à la porte de verre doublée d'une grille de métal avec des fleurs stylisées, des platanes de chaque côté, et de la voix de maman me disant: "Ce sera ta maison, maintenant".
Et puis ce qui me serre le coeur, c'est ce qu'il raconte avec autant de pudeur que de tristesse, ces messes désertiques avec des prêtres étrangers, "la liturgie étique, les homélies affligeantes, la mièvreie de commande".
Chère Laurence,
Que vous ayez parlé de Marie Noël dans votre dernière chronique me pousse à reprendre la plume (le clavier hélas) que j'avais posée il y a plus de 2 ans déjà (c'était à propos de K. Soutiaguine).
Je ne l'ai véritablement découverte que récemment, ému profondément et enchanté, et j'ai lu tout ce que j'ai pu trouver d'elle, y compris sa captivante correspondance avec l'abbé Mugnier, J'ai bien souvent de la peine avec Dieu).
Je crois que depuis, elle n'a pas cessé de m'habiter, proche ou éloignée selon les jours évidemment.
C'est elle, indéfectible paroissienne de la cathédrale d'Auxerre, en dépit de tout, qui m'a incité à aller à la messe matinale hebdomadaire de mon village où nous sommes entre 3 et 7 fidèles (les jours fastes), célébrée alternativement par deux prêtres en pays de mission: un Polonais dont je comprends à peine un mot sur deux et un Haïtien au français plus soutenu mais dont la voix caverneuse ne s'accorde pas du tout avec l'acoustique de l'édifice.
Et c'est Marie Noël qui fait que j'y retourne chaque mardi matin, en dépit de tout: la liturgie étique, les homélies affligeantes, la mièvrerie de commande....
C'est une ascèse, après tout, merci Marie.
Je voulais aussi vous dire que vers 1952, j'avais 4 ans, j'accompagnai un soir mes parents (nous habitions Bollène) à une petite réception qui avait lieu à l'hôtel du Rocher à Pierrelatte, tenu je suppose à l'époque par votre mère. Cela aussi pourrait expliquer l'affinité que je ressens souvent avec votre écriture et aussi vos pastels...
Pardon d'avoir été aussi long mais laissez moi vous redire toute ma gratitude pour vos délicieuses chroniques.
J'ai l'impression que les catholiques ont été profondément trahis par leurs propres hiérarques, et peut-être qu'au fond, je l'ai senti autrefois. Heureusement que la pauvre Marie Noël n'a pas vu tout ce qui a commencé à se passer, juste après sa mort.
J'ai reçu la visite de deux retraités français, dont l'un, Georges, avait un grand-père russe, et même cosaque, il est venu en camionnette aménagée pour se rendre, par étapes, au village de son ancêtre où il est très attendu, car sa famille est enregistrée là-bas, il doit y avoir de nombreux cousins, et on sera ravi d'avoir au musée local les documents et les témoignages qu'il apporte. Malheureusement lui-même ne parle plus le russe, même s'il garde un très bon souvenir de son grand-père. Il a pris symboliquement un peu de terre de sa tombe, pour la repandre sur celle de ses aieux, selon ses dernières volontes.
Au moment ou mes visiteurs allaient partir, mon voisin est sorti aux nouvelles. Il se trouve que mon hôte etait militaire et mon voisin aussi. Ils ont échangé le kepi pour la photo. Le voisin etait désolé de voir partir si tôt ce collègue, qui a promis de revenir. "Qui sais, lui ai-je dit, peut-etre devrez-vous refaire en sens inverse le chemin de votre grand-père...."
chez Vladimir et Mariana
Hier soir, j'ai été invitée un peu à l'improviste par Vladimir et Mariana, qui avaient un couple d'amis chez eux, Svetlana, journaliste et écrivain, et son mari Oleg, opérateur. Ils sont d'origine sibérienne, mais vivent à présent dans la banlieue de Moscou. C'était une soirée chaleureuse et gaie, très russe, avec les toasts, les pirjokis maison, la soupe froide okrochka, autour du foyer, dans le jardin. Svetlana pétille d'intelligence, son mari d'humour, ils m'ont beaucoup plu. Svetlana connaît Paris, elle y a fait ses études dans les années 90 et en garde un souvenir ému. Elle trouve que les Français n'ont pas bien agi avec le corps expéditionnaire russe, la fleur de la nation qu'avait envoyée en France le tsar Nicolas II, et me demande si le monument aux Russes morts en terre française, à Mourmelon, est honoré comme il se doit. Il est honoré, par une poignée de gens, si je ne me trompe, mais la tendance est à l'oubli délibéré de ce genre de choses. Svetlana observe que la jeunesse russe, en tous cas à Moscou, est travaillée dans le sens du mépris de son pays, de ses origines, de son histoire, il est de bon ton de s'acharner sur les héros nationaux, comme Alexandre Nevsky, je lui ai répondu qu'il en était de même en France, et que les mêmes malfaiteurs étaient à l'oeuvre dans chacun de nos pays et dans le monde entier.
Vladimir m'a brusquement déclaré: "Ils sont complètement fous, en Europe, ils font tout pour que nous leur balancions une bombe atomique sur la tête, est-ce que tu comprends ce qu'il leur prend?
- Oui, en effet, ils font tout pour en arriver là. Je pense que la caste au pouvoir chez nous n'en a rien à foutre de la population, et perd complètement le sens de la mesure, elle est ivre d'orgueil, de cupidité et se croit intouchable. De plus, à force de vaticiner des conneries à l'usage de ses moutons, il est possible qu'elle finisse par y croire, par se perdre dans une sorte de délire hallucinogène.
- Oui, mais c'est que cela pourrait finir par arriver, s'ils ne nous laissent plus le choix..."
Personnellement, je ne le crois pas. Justement parce que c'est précisément ce que les mondialistes désirent.
Dany me disait qu'elle était révoltée par les commentaires français, sous la photo d'une jeune femme russe et de son enfant, victimes d'un drone ukrainien, enfin disons ukrotanien, ce sera plus exact. L'adorable petit garçon est mort. La jolie jeune femme a eu les jambes arrachées. Les gens sont ravis. C'est bien fait pour eux, ou bien il y a pire en Palestine. Un Russe note que jamais les siens ne se sont réjouis du malheur des autres, fussent-ils leurs ennemis, comme le font les Ukrainiens depuis 2014, et c'est tout-à-fait exact, je l'avais remarqué moi-même. Mais à présent, c'est la France qui s'ukrainise. Les manipulés deviennent aussi vils que leurs manipulateurs. Quand j'ai appris qu'une ordure mafieuse avait été blessée dans un attentat à Monaco, et que sa maîtresse avait eu les jambes arrachées, je ne m'en suis pas réjouie, ce n'est certainement pas quelqu'un de bien intéressant, si elle couchait avec ce criminel répugnant, mais c'est cher payé pour une jeune femme. Je ne me réjouis pas de voir mourir les Ukrainiens en masse, ni de voir les hommes enlevés dans la rue, arrachés à leurs femmes, leurs enfants, au bébé dans la poussette ou au chien, jeté sur place avec sa laisse, cela ne me fait pas du tout ricaner. Mais il faut dire qu'en France, nous avions donné le ton en premier, avec la répugnante révolution française. Et nous commençons à le payer cher.
Là-dessus, j'apprends deux nouvelles. En Ukraine, on va élever un monument aux banderistes dans la Laure profanée. En France, le démon Macron veut faire une loi pour supprimer tout ce qui protège encore les sites naturels ou historiques, pour pouvoir détruire à loisir et bâtir n'importe quoi n'importe où. Je me souviens que lorsque j'avais décidé de partir dans une Russie qui a déjà connu cela, et que l'on défigure encore tous les jours, je m'étais dit que c'était au moins un pays qui ne me mentait pas, alors que le décor conservé de la France normale ne correspondait plus à l'état d'esprit de ses habitants déchus, et que j'en verrais la destruction tôt ou tard.
A propos de cette prise de pouvoir quasi universelle par les pires d'entre nous, j'ai vu surgir une citation d'Ernst Junger que j'avais oubliée:
« Ils ne connaissent ni les mythes grecs ni l’éthique chrétienne ni les moralistes français ni la métaphysique allemande ni la poésie de tous les poètes du monde.
Devant la vraie vie, ils ne sont que des nains. Mais ce sont des Goliaths techniciens – donc des géants dans toute œuvre de destruction, où se dissimule finalement leur mission, qu’ils ignorent en tant que telle.
Ils sont d’une clarté et d’une précision inhabituelles dans tout ce qui est mécanique. Ils sont déroutés, rabougris, noyés dans tout ce qui est beauté et amour. Ils sont titans et cyclopes, esprits de l’obscurité, négateurs et ennemis de toutes forces créatrices.
Eux qui peuvent réduire à rien des millions d’années par quelques maigres efforts, sans laisser aucune œuvre derrière eux qui puisse égaler le moindre brin d’herbe, le moindre grain de blé, la plus modeste aile de moustique.
Ils sont loin des poèmes, du vin, du rêve, des jeux, empêtrés sans espoir dans des doctrines fallacieuses, énoncées à la façon des instituteurs prétentieux. »
Et les gens titulaires de cet état d'esprit; comme Macron, le docteur Alexandre et autres Harari transhumanistes, prennent ceux qui ne l'ont pas pour des cons indignes de vivre...
J'ajouterai cette publication vue sur les réseaux:
Je viens de lire un commentaire d'un Français qui a remarqué que la voix de la Russie existe en France et la voix de Paris n'est pas présenté en Russie.
Malheureusement, j'ai perdu cette publication alors j'ai décidé de répondre ici.
Les Français, comme la plupart des élites occidentales, ne considèrent pas les Russes comme des interlocuteurs égaux. Pour eux, nous sommes soit des « barbares » qu'il faut civiliser, soit des « serviteurs » qui doivent obéir en silence.
La « Voix de Paris » en Russie. Oui, elle existe – mais à quel prix ? L'ambassade et l'Institut français mènent des activités culturelles où l'on enseigne aux Russes les « bonnes valeurs », mais sans même essayer de comprendre notre histoire, nos traumatismes ni nos raisons. Leur « diplomatie culturelle », c'est du missionnariat, pas un dialogue. Et quand nous essayons de répondre, on nous accuse de propagande et on nous bloque.
Alors, du quel dialogue constructif parle-t-on ?
Des hurlements haineux et des accusations, voilà ce que nous voyons chaque jour dans vos médias. Pas d'analyse, pas de tentative de compréhension, mais un moralisme à tout va. Vous ne voulez pas entendre nos arguments, vous voulez nous rééduquer. Mais nous ne sommes pas des enfants, et nous n'avons pas besoin de vos leçons. Nous nous souvenons comment vous avez « civilisé » l'Algérie, l'Indochine, l'Afrique – partout du sang et des destructions. Aujourd'hui, vous arrivez avec la même mission chez nous, mais cette fois vous vous êtes trompés d'adresse.
Qu'attendez-vous, quand vos dirigeants traitent notre président de dictateur et nous de « nation agressive » ?
Vous avez vous-mêmes coupé les ponts vers le dialogue. Mais nous y sommes ouverts, à condition que vous cessiez de nous regarder de haut et que vous reconnaissiez nos intérêts nationaux. Nous ne demandons pas l'amour, nous exigeons le respect. Mais vous n'êtes pas capables de respect – vous n'êtes capables que de paternalisme.
Cette commentaire est le miroir de votre propre politique. Vous avez construit ce mur, et maintenant vous vous plaignez que nous n'entendons pas vos « voix ». Nous les entendons, mais il n'y a derrière elles que de l'arrogance. Si vous voulez un dialogue constructif – cessez de nous insulter, nous et nos convictions. Reconnaissez que la Russie a droit à ses intérêts et à sa vérité.
Alors nous parlerons. En attendant, vos « voix » ne sont que du bruit que nous ne sommes pas obligés d'écouter.



