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dimanche 26 février 2023

Paradis retrouvé

 


Dimanche du pardon, et demain la première semaine de Carême, la plus dure avec la semaine sainte. Ceux à qui je voudrais demander pardon ne sont souvent plus en vie, ou très loin. Mais j'ai pu offenser des gens sans le vouloir, ou par négligence, ou bien le pardon réciproque n'entre pas dans leurs catégories mentales... 

J'ai fait un saut à Moscou pour un concert de gousli de Dima Paramonov, Liéna et ses filles sont venues avec moi. C'était très joli, des chansons de noces, des vers spirituels. Une musique pleine de vent et d'espace, de larges cours d'eau, de pluie et d'oiseaux, une musique pure et bénéfique. Une toute petite fille dansait sans arrêt, entre deux rangées de fauteuils. 

Puis je suis allée à une soirée crêpe chez Xioucha, il y avait le père Valentin, le père Dmitri et sa femme, le diacre Sergueï, Thomas et un copain belge, Olia, et Irina Pavlova, dont j'ai récemment commenté la vidéo sur l'ostracisme par les libéraux des gens qui ne pensent pas comme eux. Xioucha voulait me la présenter, ça partait d'un bon sentiment, mais je n'ai pas pu lui parler, car tous étaient d'humeur à plaisanter et à raconter des blagues russes. Je me suis surtout entretenue avec Thomas des gens qui, malgré leur culture et leurs diplômes, restent aveugles à des choses évidentes. Il connaît ça dans sa famille. Lui-même est pourtant plutôt de gauche, et m'a dit que le communautarisme était dans la mentalité russe, ce qui n'est pas faux, c'est même le seul élément du communisme qui me semble cadrer avec cette mentalité telle qu'elle était avant rééducation violente, encore qu'il n'avait pas le même caractère, c'était la communauté paysanne traditionnelle que nous avons connue aussi, au moyen âge, et la "sobornost" orthodoxe, telle qu'on la voit à travers les romans de Dostoivevski. Je lui ai dit que ce sens de la communauté était sain, et que je n'avais vraiment rien contre, ce que je reprochais au communisme était d'un autre ordre, c'était le matérialisme progressiste au front bas, le désastre culturel, avec le mauvais goût qui en découle, la violence exercée sur ceux qui ne partagent pas l'idéologie obligatoire, l'ingéniérie sociale, le dressage des populations. Je soutiens l'économie traditionnelle, exterminée autant par les capitalistes que par les communistes, et la nationalisation des banques et de tout ce qui est d'importance nationale, énergie, chemins de fer, hôpitaux et éducation, bien que dans ce dernier cas, j'estime que doivent exister aussi des écoles privées ou la possibilité d'enseigner les enfants chez soi, pour éviter le formatage auquel l'état se livre facilement.

J'ai continué cette conversation plus tard avec le père Valentin. La confiscation de la culture par les "libéraux", comme en France, d'ailleurs, l'action délétère de la télévision et de ses programmes dégradants. Ce n'est pas le tout de prôner les "valeurs russes" encore faut-il le mettre en pratique. Nous avons évoqué l'abominable variété patriotique qu'on entend trop souvent, entre le mauvais rock et le mauvais rap, il faut bien avouer qu'au moins, pendant la seconde guerre mondiale, les chansons étaient d'un autre niveau, il y en avait de magnifiques. La soupe américanoïde qu'on nous sert encore est si étrangère à la Russie, le problème est qu'on nous a rendus, dans notre propre pays, étrangers à nous-mêmes, à notre génie, à notre histoire. J'ai vu le député Piotr Tolstoï agressé par les hyènes de BFMTV. Le seul souci de ces harpyes était de le déstabiliser et de le discréditer, et l'argument était que les élites russes condamnaient l'occident décadent mais y envoyaient leur argent et leurs enfants, et que Tolstoï lui-même avait vécu en France et appris le français. Je trouve que sur ce point, il n'a pas su leur répondre. D'abord parce qu'effectivement, les élites russes ont eu ce tort, et qu'il fallait le reconnaître. Mais ajouter que les Russes, comme lui épris de la culture européenne, avaient compris qu'entre les mains de leur caste, elle disparaissait complètement, et que les pires ennemis de la France, et de sa culture, c'était précisément leur engeance. Quand on aime la France, on ne peut aimer ni Macron et ses horribles séides et commanditaires, ni BFMTV, ni les instances de l'Union européenne, ni le mouvement Woke. 

Or la télé en Russie reste également entre les mains de gens qui détestent la Russie, la méprisent et évitent soigneusement de relever le niveau et de réintroduire sur les ondes la culture nationale authentique.

Néanmoins, comme Irina Pavlova, le père Valentin fait preuve d'un certain optimisme. Il pense que c'est une question de temps, que le pays va renaître. Il m'a raconté qu'un jeune homme de sa famille avait été coffré lors d'une manif de libéraux, et condamné à 13 jours de placard, mais traité avec tant d'égards que sa propre mère avait demandé qu'on lui imposât des travaux d'intérêt général. Je pense pour ma part qu'on devrait les envoyer passer deux semaines au Donbass, pas sur le front, mais simplement observer ce qui se passe là bas, et si ce que nous clamons depuis huit ans, c'est de la "propagande de Poutine"... Ceux qui le font reviennent généralement avec la tête à l'endroit.

Liéna va plusieurs fois par semaine travailler comme aide-soignante dans un hopital militaire où se trouvent de très grands blessés qui n'auront plus jamais une vie normale, dans le meilleur des cas. Je pense à ceux qui ont tout fait pour qu'une pareille chose arrive et qui font tout pour que cela se prolonge. 

Aujourd'hui, on fait mémoire d'Adam chassé du paradis et voilà que je tombe sur cette publication de Natalia Kornileva qui reflète complètement mon état d'esprit actuel:

C'est une chose étonnante: plus le monde se fait béant comme l'enfer, plus mon âme se remplit avec acuité d'une chose qu'il était devenu depuis longtemps indécent d'évoquer: les vagues d'un B-O-N-H-E-U-R si intense qu'on s'y dissout sans laisser de trace avec sa propre imperfection et la saleté du monde qui s'y colle.  

Tout cela fait place à l'insoutenable beauté d'une fleur, à la ligne d'horizon, à la miraculeuse légèreté des nuages. C'est comme si on nous envoyait des salutations de quelque part au dessus,de l'extérieur, nous indiquant: regardez ici, ne regardez pas en bas! Marchez sur l'eau, n'ayez pas peur!

De plus en plus souvent, on se fige au milieu de la journée, apercevant soudain la courbe délicate d'un arbre penché, la rayure rougissante du ciel sur le jardin. 

Et l'on comprend tout à coup que ce sont des fenêtres. Au travers desquelles on peut sortir (entrer?) et aussitôt se retrouver au paradis, dans ce même Royaume, où nous voulons tous tellement pénétrer. Un jour, quelque part... Et elles sont là, les voilà. Les fenêtres, les portes. Partout. Et chacun peut les franchir...


Удивительное дело: чем страшнее зияет гееной мiр, тем острее заполоняет душу то самое, что долгие годы и выговорить-то было неприлично: приливы такого пронзительного с-ч-а-с-т-ь-я, что растворяешься в нём без остатка, в котором и собственное несовершенство и налипшая от мiра грязь.

Всего этого больше нет, а есть невыносимая красота цветка, линии горизонта, нерукотворная лёгкость облаков. Тебе будто посылают приветы откуда-то сверху, извне, указуя: смотри сюда, не опускай взгляд! Иди по воде! Не бойся!

Все чаще замираешь посреди дня, вдруг выхватив зрением тонкий изгиб поникшего дерева, алеющую полоску неба над садом.
И вдруг понимаешь, что это окна. Через которые можно выйти (войти?) и немедленно оказаться в раю, в том самом Царстве, куда мы все так хотим когда-то попасть. Когда-то, где-то… А они – вот они. Окна, двери. Повсюду. И каждый может…

mercredi 22 février 2023

Ilots d'humanité


Le père Andreï, qui vient de sortir un livre, à la présentation duquel je me suis rendue lundi, à la maison de la culture, publie sur VK: "Il se passe de telles choses, et je suis là, avec mes livres, mais que que se passe-t-il, en fait? Tout va bien. L'incendie se déroule selon le plan. Mais il reste encore des îlots d'humanité intacte. C'est pour eux que j'écris..." 

Казалось бы. Тут такое происходит, а ты тут со своими книжками, а что, собственно, происходит? Всё нормально. Пожар идет по плану. Но есть еще нетронутые островки человечности. Туда, собствено, и пишу...



Tout aussi consciente que lui de ce fait, c'est pour eux que j'écris également, même pas pour la postérité, que nous n'aurons probablement pas, ou qui ne saura plus lire.

Un vieil ami lui a offert un évangile rafistolé, trouvé dans un coin, et lu à une époque où c'était presque un crime, celui-là même qu'il lui avait prêté dans leur adolescence, et qui avait converti le père Andreï. Ce vieux monsieur aurait voulu le faire restaurer, mais le père Adreï a décrété que ce livre vénérable lui plaisait précisément comme cela, couvert de cicatrices.


Je me suis rendue chez Ania Ossipova, je voulais lui acheter un ravissant coffret, et discuter avec elle. Le coin où elle vit est encore assez préservé, avec de petites maisons anciennes, des palissades en bois, pourtant neuves, une jolie nature, il y avait du soleil, un froid très vif, et lorsque je suis repartie, de somptueuses étoiles, que ne masquait aucun éclairage urbain. 

Elle a recueilli un chiot, visiblement avec du sang de laïka, tout à fait Rosie. Pas une minute de paix, Groucha s'agite tout le temps; elle réclame une attention constante, ne fait que des bêtises, mais c'est toute une famille qui fait face au problème, le père, la mère, Ania et son mari. Et la maison est dans un endroit si tranquille, que même si elle va défouler plus tard son trop plein d'énergie dans le périmètre, elle ne risque vraiment pas grand chose.

Ania m'avait fait des crêpes délicieuses, je les ai mangées avec elle et son père, dans leur pièce tout en bois, avec un poêle de briques. C'est un scientifique de haut vol et un communiste pur et dur qui l'a élevée strictement dans la ligne du parti. Or, m'a-t-elle dit plus tard, elle sentait, comme moi de mon côté, que quelque chose n'allait pas dans ce monde contemporain du progrès matérialiste, elle trouvait que tout était plat et ennuyeux. Elle rêvait de l'Occident, de liberté, de confort. Puis elle s'est jetée dans le rock'n roll, puis elle s'est intéressée à la Russie paysanne, avec un épisode shamaniste et néopaïen, avant de se faire baptiser orthodoxe, au grand dam de ses parents. "Notez, me dit-elle, que le shamanisme et le paganisme ne les dérangeaient pas, mais le christianisme, si". J'avais bien noté, car en France, c'est exactement pareil. Quand on stigmatise "les religions", c'est uniquement de la religion chrétienne qu'il s'agit. 

"Ce doit être chez vous la mémoire génétique qui se manifeste", lui dis-je. Car en effet, nous avons passé deux heures à feuilleter des livres sur les beautés fantastiques de la sainte Russie, très largement détruites ou méprisées par l'Union Soviétique. Merveilleux coffres anciens qui nous rendaient tout un monde naïf, exubérant, modeste et sage, images populaires imprimées, plus complexes et plus belles dans leur simplicité que ne le laissent deviner aujourd'hui ceux qui en font des imitations caricaturales, somptueuses étoffes persanes ou turques dont on confectionnait vêtements séculiers ou liturgiques, broderies et motifs pleins de sens, hiéroglyphes de croyances qui n'étaient pas si vaines et superstitieuses, car Ania, comme moi, ou comme Egueni Vodolazkine, auteur du superbe Lavr, publié en français sous le titre "les quatre vies d'Arsèni", est persuadée que la vie des gens d'autrefois était pleine de miracles qui ne se produisent pas dans la nôtre parce que tous les canaux sont bouchés, parce que nous ne sommes plus en harmonie avec la Source du monde. Elle m'a confié que sa rencontre avec son mari avait eu quelque chose de miraculeux qui avait fait dire à son père, très content quand même que la chose se fût produite: "J'aurai maintenant du mal à démontrer que tout cela est de la foutaise!"

Son père prétend que la foi est un trait de caractère que tout le monde ne partage pas, certains sont doués des récepteurs qu'il faut, d'autres non. Lui ne peut pas. Impossible. C'est ce que pensait ma tante Jackie, personne très cultivée, qui avait lu Mircea Eliade et beaucoup d'ouvrages sur différentes formes de spiritualité mais gardait une compréhension archéologique de la Bible, et n'était pas irriguée par l'Esprit de tout cela. En réalité, effectivement, certains êtres sont plus doués que d'autres sur ce plan-là, c'est sans doute ce que signifie la parabole des cinq talents. C'est pourquoi nous prions les uns pour les autres, c'est pourquoi les moines prient pour l'humanité entière. Car ainsi que le disait le père Vsévolod Schpiller, l'humanité est Une. Tout est lié, la lumière et les ténèbres sont également contagieuses, et ce que cherchent à faire les satan du monde moderne, c'est précisément à couper cette circulation entre les individus qui fait de nous tous une roue à mille rayons en mouvement autour du Centre de la Vie. Certains sont plus doués que d'autres, dans la famille Ossipov, toute la lumière s'est déversée dans le coeur ouvert d'Ania, son père, au demeurent honnête et bon, qui, dit-il à la façon Brassens, ne "se conduit guère plus mal que s'il avait la foi", reste clos à tout cela, mais je pense que c'est le résultat d'une mutilation générale, assortie d'un orgueil inconscient, d'un refus de remettre en question le pouvoir de sa raison, et les dogmes philosophique ou idéologiques reçus dans l'enfance. Plus l'absence de poésie. Je lui ai dit: "Oublions le christianisme. En dehors de tout christianisme, j'ai une conception poétique de la vie qui m'en fait appréhender le caractère sacré." Mais la modernité, qu'elle soit capitaliste ou communiste, assassine la poésie depuis des décennies sinon des siècles, et le saint ancien Porphyre disait: "Pour être chrétien, il faut être un peu poète". Les temps anciens cultivaient la poésie dans chaque geste de l'existence, et cela ouvrait l'âme aux souces vives et aux souffles puissants. "Le char de Dieu est fait de milliers de milliards qui rayonnent de joie..."



Le coffret à la licorne et la page de l'artiste:

https://vk.com/club68955152

J'ai vu que l'Alliance française d'un pays africain avait fait du poète national des Russes, Alexandre Pouchkine, un "franco africain d'origine russe"! Franco, parce qu'il parlait français, comme tous les aristocrates de Saint Pétersbourg, et africain, parce que son arrière-arrière-grand-père, l'était, c'était un esclave noir racheté par Pierre le Grand, qui avait fini par occuper de hautes fonctions en Russie. Parallèlement, le Metropolitan de New-York ukrainise les peintres russes du XIX° siècle, Répine, Aïzazovski, Koundji. Dans la mesure où tous ces gens font aussi occasionnellement de nos rois du moyen âge ou des héros de l'Illiade des africains, pourquoi pas? C'est absolument n'importe quoi, la maison de fous intégrale, mais qui s'apercevra, parmi les décérébrés, que la direction de l'asile a été prise par les aliénés?

Dany m'a envoyé un florilège de propagande et d'inversions accusatoires éhontées, qui au départ m'ont fait rire, puis m'ont fait honte, puis m'ont fait peur, car cette ignominie devient abyssale et touche à la psychopathie complète:

A la veille de l’invasion, certains experts américains déconseillaient d’apporter à l’Ukraine une aide militaire, arguant que la guerre allait se terminer prématurément. D’autres, en Europe et aux Etats-Unis, répétaient la propagande russe, se demandant si l’Ukraine méritait d’exister ou d’être défendue. Certains politiques occidentaux ont repris ces idées, et continuent à le faire. Que se serait-il passé si leurs positions avaient prévalu ? Si un autre président, qui ne se souciait pas de la sécurité européenne, avait été en place à la Maison-Blanche ? Si un autre président, qui ne plaidait pas la cause de son pays de façon aussi convaincante, ou qui ne voulait pas du tout se battre, avait été élu en Ukraine ? Imaginons juste un instant un monde dépourvu du courage ukrainien, ou des armes américaines et européennes, ou encore de l’unité et du soutien apporté par les démocraties à travers le monde. Sans résistance, l'Ukraine serait aujourd'hui parsemée de camps de concentration Si la Russie avait exécuté son projet, Kiev aurait été conquise en quelques jours seulement. Zelensky, sa femme et ses enfants auraient été assassinés par un des commandos de tueurs qui parcouraient la capitale. Les collaborateurs, qui avaient déjà choisi leurs appartements dans Kiev, se seraient emparés de l’Etat ukrainien. Puis, ville par ville, région par région, l’armée russe aurait combattu ce qui restait de l’armée ukrainienne jusqu’à conquérir l’intégralité du pays, au point d’atteindre la frontière polonaise. Si tout cela s’était passé comme prévu, l’Ukraine serait aujourd’hui parsemée de camps de concentration, de chambres de torture et de prisons de fortune, comme on en a découvert à Boutcha, Izioum, Kherson et dans tous les autres territoires temporairement occupés par la Russie et libérés depuis par l’armée ukrainienne. Une génération d’écrivains, d’artistes, de politiciens, de journalistes et de dirigeants civiques ukrainiens - les Russes avaient préparé des listes avec leurs noms - serait déjà enterrée dans des fosses communes. Les livres ukrainiens auraient été retirés de toutes les écoles et bibliothèques. La langue ukrainienne aurait été supprimée dans tous les espaces publics. Des centaines de milliers d’autres enfants ukrainiens auraient été enlevés et transportés en Russie ou victimes de trafics dans le monde entier. Les soldats russes, forts de leur éclatante victoire, seraient déjà aux frontières de la Pologne, installant de nouveaux postes de commandement, creusant de nouvelles tranchées. L’Otan serait plongée dans le chaos ; l’alliance entière serait obligée de dépenser des milliards pour se préparer à l’inévitable invasion de Varsovie, Vilnius ou Berlin. A l’intérieur de l’Ukraine occupée, les jeunes hommes seraient forcés de s’engager dans l’armée russe pour mener à bien ces conquêtes. Des millions de réfugiés ukrainiens vivraient dans des camps dans toute l’Europe, sans perspective de retour chez eux ; un gouvernement pro-russe en Moldavie serait peut-être déjà en train de planifier l’incorporation de ce pays dans une nouvelle fédération russo-biélorusse-ukrainienne, qu’un propagandiste russe a salué, trop tôt, le 26 février 2022. Ce désastre ne se serait pas limité à l’Europe. A l’autre bout du monde, les plans chinois d’invasion de Taïwan seraient en bonne voie, car Pékin supposerait qu’une Amérique peu disposée à défendre un allié européen, et désormais totalement enlisée dans une bataille à long terme contre une Russie enhardie, ne ferait jamais d’efforts pour voler au secours d’une île du Pacifique. Les mollahs iraniens, tout aussi réjouis par le succès de la Russie et la défaite de l’Ukraine, auraient annoncé avec audace s’être enfin dotés des armes nucléaires. Du Venezuela au Zimbabwe en passant par le Myanmar, les dictatures du monde entier auraient durci leur régime et intensifié la persécution de leurs opposants, désormais certains de la caducité des anciennes règles - conventions sur les droits de l’homme et le génocide, droit de la guerre, interdiction, tabou, de modifier des frontières par la force. De Washington à Londres, de Tokyo à Canberra, le monde démocratique aurait fait face à son obsolescence.

Les sauveurs du monde! Il faut retourner le discours pour avoir la situation réelle, il ne s'agit plus de lire entre les lignes mais de remettre à l'endroit ce qu'on a mis à l'envers. Les crimes commis et cités sont ceux des ukro otaniens, souvent sous faux drapeaux ou bien avant l'intervention russe, les bataillons Azov semant la terreur dans le Donbass, bombardements massifs de civils, viols, tortures, enlèvements, orphelinats vidés de leurs pensionnaires qu'on n'a jamais revus, langue russe (ou roumaine, ou hongroise) persécutée, religion orthodoxe persécutée (le machin du patriarche Bartholomée n'étant qu'une pantalonnade), autodafés de livres, destructions d'églises, arrestations ou assassinats de journalistes ou d'opposants, prisons secrètes; la liste avec les noms, ce sont eux qui l'ont faite, c'est le fameux site Mirotvorets où figurait Daria Douguine, assassinée par une poupée Barbie hagarde. Ce sont eux, également qui enrôlent de force des gamins ou des vieux.Tout ce que nous avons dénoncé pendant huit ans dans un silence assourdissant où planaient des sarcasmes, mis tranquillement sur le dos des Russes par de faux journalistes qui se prêtent à des manoeuvres répugnantes et, ayant sciemment passé tout cela sous silence, le relaient maintenant sous forme de calomnies.

Pour remettre l'église au milieu du village:

 



Ceci date de 2014: 

Et ceci pour laisser entrer de l'air frais: 

vendredi 17 février 2023

Dehors

 Hier, j'avais une forte migraine, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps, une migraine complètement épuisante, je n'ai rien pu faire de la journée. Ania est passée sur le soir, alors que j'en étais à mon deuxième anti inflammatoire, pour me demander de participer à une collecte d'argent pour acheter des vivres à nos soldats, ceux de la garnison de Pereslavl. Elle a fait le tour des voisins. Une voiture part bientôt pour le front. Dans le quartier aussi, on fabrique des bougies blindées, et l'on écrit des cartes postales. Maintenant, je crois que tout Pereslavl s'y est mis. Et ce doit être pareil dans les autres villes. Godefroid a proposé de donner des cakes-voyage fabriqués au café, mais Ania m'a dit qu'il valait mieux envoyer des pâtes et du corned beef. Je lui passerai le message.

A la suite de ma première participation à ce genre d'actions, j'ai eu la télé de Pereslavl, une dame du coin, avec un cameraman, ils m'ont filmée près de la cathédrale, c'est un très joli petit reportage, avec la neige et les églises. Maintenant, dans chaque magasin où je pénètre, les gens me disent qu'ils m'ont vue à la lucarne!



 

La guerre prend une tournure franchement mondiale, mais larvée, faux-cul, sans aucune règle, une guerre mafieuse implacable. Un tremblement de terre en Turquie et en Syrie est arrivé à point nommé pour punir Erdogan de ne pas prendre le parti de l’OTAN avec plus de décision, il y a quand même des hasards étranges... Ma cousine ne croit pas qu’on puisse déclencher un tremblement de terre d’une telle amplitude, mais ce que j’ai vu passer comme documents me laisse à penser que si, c'est fort probable. C’est évidemment monstrueux, mais les deux bombes atomiques sur le Japon, qui les a larguées, et n’était-ce pas tout aussi monstrueux et formidable ? Le père Boboc, spécialiste du transhumanisme, estimait que de nos jours TOUT est possible. C'est drôle, parce que j’ai toujours passé pour excessive, irréaliste auprès de ma famille, et je me rends compte que d’une part, mes appréhensions étaient au dessous de la réalité, et d’autre part, que c’est elle qui ne veut pas la regarder en face. Utiliser des catastrophes pseudo naturelles, manipuler des virus... En réalité, la fin du monde, ce sont les hommes qui la causeront. Le Christ est venu au moment où tout cela s’annonçait, et nous a donné un sursis de 1500 ans. Et puis la machine infernale s’est enclenchée... Lui seul peut arrêter maintenant son essor luciférien vers le néant. 

Cependant, un lecteur qui m'abandonne par moments pour garder le moral, et pourtant j'estime que j'ai l'espoir chevillé au corps, ce n'est pas incompatible avec la lucidité, m'envoie ce magnifique commentaire dont je fais profiter tout le monde:

...j'ai fait un rêve l'autre nuit, qui reste très fort et très prégnant dans mon esprit.

Un rêve qui refuse de s'effilocher et de partir.
Et si j'avais les moyens de m'offrir les talents d'un peintre professionnel, je lui ferais commande du tableau :

"Je voyais un ou une enfant pré-ado, occidental(e). C'est l'âge de tous les dangers, de tous les tourments. Son visage reflétait 3 sentiments : l'angoisse, la joie et la confiance. Il ou elle était à l'arrière d'une Harley-Davison, à guidon « corne-de-vache ». L'enfant serrait dans ses bras, de toutes ses forces, le grand bonhomme qui conduisait.
Et plus elle serrait plus elle souriait.
On ne voyait la moto que de 3 quart arrière.
Le grand bonhomme qui conduisait n'avait pas de casque, mais cheveux longs au vent, barbe de même, habillé d'une longue tunique blanche, on apercevait sa main gauche, posée sur le guidon, transpercée comme si un clou était passé au travers.

Je vous assure que l'enfant, dont l'Evangile nous dit que nous devons lui ressembler, était radieux malgré ses peurs.

Tranquille ! Sois tranquille, était-il écrit sur mon tableau, c'est Jésus qui conduit !

L'enfant ne connaissait pas la route... mais savait qu'il ou elle ne risquait pas d'accident, et que le Grand Bonhomme qu'il ou elle serrait très fort, l'emmenait chez Lui, et que DÉJÀ, tout était apaisé".

Voilà, en dehors de mon épouse et d'une amie que nous avions gardée à déjeuner après la messe, je n'ai raconté cette histoire à personne.

Vous avez donc, vous et votre lectorat, la primeur de ce "tableau" dans ma tête, mon cœur et mon âme, qui me conforte dans le fait de ne plus rien redouter du tout.




A l'époque où tout a été fait pour nous avilir, je suis tombée sur cette citation de Rozanov qui date du début du XX° siècle:

Chaque nation vit jusqu'à l'épuisement de sa noblesse. Cette noblesse n'est pas bruyante, elle ne réside ni dans les discours ni dans les batailles. Mais silencieuse, par devers soi...<...> C'est pourquoi, mon bon lecteur, c'est ce qu'il te faut préserver. Avec cette noblesse, tu préserves non seulement toi-même mais toute ta Patrie. comment, pourquoi: je ne sais pas. Mais je sens que Dieu abandonne le pays, le peuple, dans lequel ne reste plus de personne noble. Alors "des ennemis viennent et le détruisent". Mais ces ennemis, "c'est Dieu qui les a laissé entrer"...

J'ai aussitôt pensé à cette vieille dame qui avait dit au père Valentin qu'au moment de la révolution de 17, elle avait vu "la Beauté quitter le monde". Et au travail effectué en Russie depuis 30 ans pour pervertir les gens, les priver de leurs racines et de leur culture, le consumérisme s'efforçant de réaliser ce que le communisme n'avait pas vraiment réussi. Il y a des gens, ignobles, démoniaques, tels que Dostoievski les avait décrits, qui savent très bien ce qu'ils font avec nous tous, et ce n'est pas seulement une question d'argent. C'est un dressage consistant à faire perdre figure humaine à une biomasse méprisée, destinée à l'exploitation ou à la disparition. Quelle que soit l'idéologie politique affichée, le dessein est le même. Je vois des Russes exiger que leurs soldats se conduisent aussi mal que les Ukro otaniens, oeil pour oeil dent pour dent, qu'est-ce que c'est que ce bricolage? Pourquoi faire dans la dentelle? Et d'autres qui leur répondent que surtout pas, qu'il ne faut pas descendre au niveau d'abjection de l'adversaire, c'est pour l'instant la politique de l'armée russe, et elle a raison: dans la perspective de la citation de Rozanov, c'est ce qui sauvera le pays.

...

Aujourd'hui, j'émerge la tête claire, et dehors, le soleil... J'ai même pu rester un moment sur la terrasse à m'en gorger, dans une béatitude épuisée. Il faisait bon. La neige, pourtant, restait blanche et poudreuse, scintillante. Mais le ciel était infiniment bleu, la lumière vive, les mésanges chantaient, j'entendais le vent, les chiens, un coq, et les gouttes tombant sur le sol depuis les stalactites de glace qui bordaient le toit. C'était la première fois depuis l'automne que je pouvais m'asseoir à l'extérieur, Rita sur les genoux. Même si les beaux jours sont encore loin, de tels instants de grâce se produiront encore, tout d'abord espacés, puis de plus en plus nombreux, cela ressemble au chemin de notre vie que Dieu touche par instants de son doigt lumineux, pour nous rappeler qu'Il est là...


 "..Каждый народ живёт до тех пор, пока не истощилось в нём благородство. Благородство это ― не громкое, не в речах, не в битвах. А молчаливое, про себя... <...> Потому-то, добрый мой читатель, вот что тебе надо сохранять. При этом благородстве ты не только себя сохраняешь, а сохраняешь всё своё Отечество. Как, почему: я не знаю. Но чувствую, что Бог покидает ту страну, народ, в котором уже ни одного благородного человека более не осталось. Тогда "приходят враги и истребляют его". Но этих врагов "допустил Бог"...


mercredi 15 février 2023

Sainte Rencontre

 


Il y a toujours de la neige, et il y en a encore pour longtemps, mais quelque chose a changé, je viens d'entendre chanter les oiseaux que je nourris. De joyeux chiens se poursuivent dans mon quartier et dans toute la ville. Il y a du vent, et ce vent est plus frais que froid, il apporte des flocons en rafale, mais aussi de brusques apparitions d'un soleil qui chauffe et qui éclaire, qui piaffe derrière des nuages infusés de lumière. ll m'a littéralement sauté dessus comme un gros chien, pendant que je déneigeais la cour, et j'ai senti son haleine sur mes joues.

C'est la sainte Rencontre, une fête qui, en France coïncidait pour moi avec mon anniversaire, la Chandeleur, et avec celle de la mère Hypandia, à qui je pense toujours ce jour-là, mais ici, où nous suivons le calendrier julien, où nous vivons dans un autre temps qui se fout de l'exactitude astronomique, j'ai l'occasion d'y penser deux fois et de faire prier pour elle. La sainte Rencontre est une fête joyeuse et tendre, elle nous parle du printemps, et d'un Printemps cosmique promis inimaginable qu'il m'arrive d'attendre tout autant, quand je parviens à m'élever au dessus de la mêlée, ce qui n'était pourtant pas vraiment le cas ce matin à l'église. Mais bon, où ne sait jamais comment les semences fermentent en secret... 

Le vieillard Siméon prit le petit enfant

Qui portait les étoiles dedans son corps langé,

Et vit dans ce moment jusqu’au fond le passé

Qui monte vers demain sous le flot des instants.

 

La grande croix du temps qui perce nos destins

Irradiant nos larmes d’une lumière sans fin

Instrument de supplice qui jette sur nos vies

L’éclat écartelé qui les réconcilie

 

Verticale des siècles dans la mer éternelle

Astre des jours plongé sous l’écume actuelle

Qui tremble à la surface de l’océan profond

De l’antique existence au centre des éons.


Dans une dizaine de jours nous entrerons dans le carême qui nous fera sortir de l'hiver.

Lundi, j'ai reçu ceux qui s'étaient trompés de jour, ou qui avaient un régime à suivre, le jour de mon anniversaire, et pour celui qui était à Moscou, eh bien, il s'est débrouillé pour y aller encore, comme disent les Russes, "cherchez la femme"...

Le père Andreï m'avait apporté son dernier livre, c'est un prêtre écrivain de talent. Je lui ai donné le mien, il m'a confessé qu'il avait du mal à lire, et je lui ai répondu que moi aussi. Nous ferons ce que nous pourrons... 


Génia m'a offert une magnifique orchidée rose. Les orchidées viennent bien chez moi, alors que toutes les autres plantes ont du mal. J'en ai une blanche, offerte par Yan, le hollandais orthodoxe et sa femme, pour mon anniversaire précédent, elle tient le coup, et elle vient même de refleurir.

Le père Andreï est aussi un conteur, il aime bien parler. Il nous a raconté son entrevue avec Poutine, venu offrir à la cathédrale une relique d'Alexandre Nevsky, et faire des dévotions qui lui ont paru parfaitement naturelles et sincères. Il a attendu que le père Andreï ait fini de célébrer, celui-ci ne voulant pas, à juste titre, interrompre l'office pour ce visiteur de marque. Cela m'a fait penser à la lettre d'Ivan le Terrible à l'higoumène de Saint-Cyrille-du-Lac-Blanc où il lui rappelle comment le moine en charge du réféctoire avait refusé de le servir à part, parce qu'avec sa jeune tsarine et leur suite, ils s'étaient attardés à profiter du long crépuscule des nuits blanches nordiques et avaient laissé passer l'heure du repas du soir...

Il a évoqué le premier jeune officier de Pereslavl mort en Ukraine, qui avait été son élève, quand il enseignait, combien il était courageux et attentif aux autres. J'avais assisté à ses funérailles et j'étais pleine de compassion pour ce jeune homme et sa famille. "Vous savez, m'a-t-il répliqué, il était prêt à cela, "il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis". Moi, cela ne me rend pas triste, parce qu'il a accompli le destin qu'il s'était choisi."


vendredi 10 février 2023

Février

 


Février est le mois où généralement revient la lumière, où le soleil fait des incursions, où il chauffe même un peu. C'est aussi un mois venteux et neigeux. Ce matin, j'avais un soleil radieux, j'ai ressenti le besoin d'aller me promener. Il y avait du vent, pas très froid, mais pas de neige. J'ai pris beaucoup de plaisir à respirer l'air frais, à voir ce ciel nacré, dont le soleil s'enveloppait peu à peu jusqu'à presque disparaître, plus qu'une tête brillante aux boucles blanches dans un envol de draperies grises et roses. Le lac se distinguait de la neige par une sorte de très allusive phosphorescence bleue. J'avais mis de vraies bottes de feutre sans semelles de plastique, c'est vrai que cela tient très chaud, et ne glisse pas, et puis j'avais pris aussi des bâtons de ski, ce qui donne beaucoup de stabilité, décharge les genoux d'une partie du poids du corps, et fait travailler les bras et les épaules.

Je tire du congélateur des souvenirs de l'été précédent, en attendant le prochain. Des groseilles congelées dans le sucre, qu'elles m'ont donc paru bonnes, avec leur petit goût âpre et sauvage! Meilleures qu'en été ou l'abondance m'empêche de les apprécier. J'ai aussi des réserves de mente et de mélisse, de marjolaine que j'ai fait sécher, et dont le parfum s'échappe du bocal comme s'il ouvrait directement sur la belle saison.

Mon jardin est toujours hanté par les deux frères Nounours et Alba, les deux gentils et timides géants à la fourrure blanche. Hier, en rentrant de mes courses, j'ai vu Alba confortablement installé sur l'herbe sèche, dans la niche que j'avais mise pour Nounours, et où il n'a jamais voulu entrer. Alba a pris un air coupable, je lui ai dit qu'il pouvait rester...

J'ai aussi, outre les traditionnels bouvreuils, des compagnies de huppes qui viennent manger avec les mésanges dans mon restau du coeur.

J'avais l'intention de parler de ci, de ça et du reste, de tout ce qui nous inquiète, nous révolte, nous effraie, nous consterne et des imbécilités que je lis, ou des trahisons, mais là, brusquement, je n'ai plus envie. Que les imbéciles et les salauds aillent se faire voir sans moi chez les Grecs, qui en ont pourtant déjà bien assez vu, les pauvres. J'attends le printemps comme une fête, aujourd'hui j'en sentais un peu la présence, dans un mois tout va commencer à fondre, il y aura ces premiers merveilleux jours où l'on peut déjà s'asseoir sur la terrasse, où l'air reste encore froid mais le soleil est chaud et la lumière vive. Je travaille la musique, j'écris, je corrige, à chaque jour suffit sa peine. Ma tante Mano va mieux. On m'a transmis par internet une lettre de la mère Hypandia: "Nous sommes dans une époque incompréhensible si nous ne nous fions pas au regard du Christ pour la comprendre. Et encore le mot « comprendre » peut-il avoir un sens ? Il faut plutôt dire que nous recevons notre temps, tel que Dieu nous le donne aujourd’hui. Recevons-le de Sa main, pleine d’amour et réjouissons-nous et glorifions tout ce qui nous arrive".

Beaucoup de choses me rendent infiniment triste et je ne sais comment je les supporte ou les supporterai plus avant, mais sans doute de cette manière, et avec la certitude que derrière tous les désastres se lève quelque chose de mystérieux et de grandiose et qu'il ne faut pas se tromper de combat...


mercredi 8 février 2023

Bougies blindées

 On m'a passé un petit film charmant sur le Pereslavl que j'ai connu, même un peu avant que je le découvre, que c'était donc pittoresque, intéressant et paisible, encore plein de légendes et de traditions, malgré la période soviétique... С'est encore assez paisible, surtout quand on voit le contexte général, et les  gens intéressants ne manquent pas, mais les changements ne vont pas précisément dans le bon sens, comme partout ailleurs, constructions chaotiques et laides, monceaux d'ordures, mépris absolu de tout ce qui est simple, naturel et local... 

https://vk.com/loralira?z=video-74930543_456239357%2F6951c892c9eda24e57%2Fpl_post_-74930543_24878

Natalia Razouvakina a fait un article sur Gilles et le café la Forêt, point de rencontre de pas mal de personnalités artistiques ou pittoresques de la ville. La photo de Gilles et de sa femme Lika qui illustre l'article m'a tellement plu que je la pique pour ma chronique, Natacha est une excellente photographe, en plus d'être poète, elle a l'art de surprendre l'âme de ses modèles et de toujours les montrer sous leur meilleur jour. 

Elle évoque l'atmosphère de légèreté et de gaité françaises que l'on trouve au café, et que peut-être on ne trouve plus en France même...


https://vk.com/away.php?to=https%3A%2F%2Frusmir.media%2F2023%2F02%2F05%2Fvalter&cc_key=

Là bas, à l'épicentre du sabbat démoniaque où s'enfonce notre monde, meurent en masse des soldats enrôlés de force, des gamins jusqu'aux vieillards et bientôt aussi les femmes, ce qui permet de nettoyer l'Ukraine de sa population, et de mettre cela sur le dos des Russes, qui font la guerre, et qui la font pour la gagner, car ceux qui n'ont pas fichu le camp au paradis démocratique savent très bien que le sort de l'Ukraine sera celui de leur pays demain, s'ils ne sortent pas vainqueurs de ce conflit. Je pourrais dire la même chose de l'Europe qui ne le comprend qu'en partie, cela fait huit ans que je le proclame, l'Ukraine est le laboratoire de notre futur radieux, notre "brave New World"... Pour un certain projet nous ne comptons pas plus que les animaux de boucherie, nous ne sommes que de la biomasse.

Je suis allée chez les cosaques, qui étaient en train de fabriquer en famille des "bougies blindées", pour les soldats, au son des chansons soviétiques de la guerre de 40. "Nous n'avons pas le choix, me dit oncle Slava, il nous faut vaincre ou mourir". Les bougies blindées ne sont pas des cocktails Molotov mais des luminaires fabriquées à partir d'une boite de conserves, dans laquelle on met du carton ondulé enroulé et qu'on remplit de paraffine. Il paraît que cela brûle très longtemps et que même, ça chauffe. J'avais apporté des galettes à la frangipane, et trois des gosses présents ont demandé à en emporter un morceau pour leurs mères respectives, restées à la maison. Un des cosaques soutenait l'idée d'une guerre sans merci, sans les précautions et les lenteurs de l'armée russe. Les autres protestaient qu'on ne pouvait sacrifier une population largement prise en otage, et qu'on devait rester russes et magnanimes.

Dernièrement, on m'a envoyé l'interview d'une critique de cinéma russe, passée sur une chaîne israélienne. Elle s'appelle Irina Pavlova, et je lui tire mon chapeau. Son exposé était clair, intelligent, et surtout honnête. Elle expliquait que ses amis intellectuels avaient assez tôt fait la démonstration d'une étrange russophobie, d'une sorte d'aversion pour le peuple russe qui avait fini par la révulser, et je me suis moi-même souvent heurtée à ce phénomène dès les années 90. Elle avait apporté son soutien à une jeune actrice dont ces gens boycottent le spectacle, car ils lui en veulent d'avoir, après une visite au Donbass, changé complètement d'opinion devant les tristes faits observés, ceux qui relèvent pour eux de la "propagande de Poutine". A la suite de quoi, elle-même se fait insulter et ostraciser. Mais peu lui chaut. "J'ai des origines très mélangées, dit elle, un peu juive, un peu polonaise, un peu ukrainienne, et donc je ne suis pas vraiment ethniquement russe, mais ma culture, ma langue sont russes et je suis solidaire de la Russie. Comment peut-on quitter ce pays, et depuis l'étranger l'insulter et le vouer à sa perte, chacun de ces jeunes soldats qui sont là bas pourrait être mon fils. J'observe que oui, aujourd'hui, les jeunes sont incultes, coupés de leurs racines et on a tout fait pour obtenir ce résultat, on s'est donné beaucoup de mal, seulement malgré cela, c'est raté. Je veux dire que ceux qu'on a complètement rééduqués de la sorte sont partis, mais ceux qui restent, malgré leur inculture, ont mystérieusement gardé un coeur russe et l'amour de leur pays."

Cela m'a beaucoup frappée, parce qu'en réalité, et bien que je me désole de cette inculture, de cette ignorance, je réalise que c'est globalement vrai, quelque chose d'irrécuctiblement russe a résisté à tous les lavages de cerveau successifs.



mardi 7 février 2023

Réédition

 Si vous le lisez ou l'avez lu, n'hésitez pas à commenter dessous... Ce livre fait suite à Yarilo