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mercredi 8 novembre 2023

La lumière

 


Je voulais montrer à Valérie le plateau large et magnifique qui domine la "colline d'Alexandre" et le lac. Un endroit qui donnait envie d'ouvrir ses ailes et de planer. J'en avais fait de belles photos en 17, quand le cosaque Boris me l'avait fait découvrir. Beaucoup de mes amis aimaient à aller y contempler le coucher de soleil. Mais nous n'avons pas pu passer, parce que des sauvages y construisent une zone pavillonnaire. Terminé. Le site est absolument fichu. Ce qui donnera prétexte à continuer joyeusement le saccage.

Je me souviens que le peintre Alexandre Pesterev m'avait dit, à Ferapontovo: "Ils détruiront tout." Oui, nous avons, en "éteignant au ciel des étoiles qui ne se rallumeront jamais", lâché des démons insatiables. Je n'ai plus les forces de partir plus loin, et continuerai donc, cernée par les barbares, à conserver mon microcosme fleuri, naturel et poétique, mon refuge pour les papillons, les mésanges, les couleuvres, les hérissons. 

Pour nous consoler de cet affreux spectacle, nous avons suivi le circuit nature des bords du lac, qui reste inviolé mais payant, où l'on peut contempler une nature russe digne des illustrations de Bilibine, et du prince Alexandre, qui allait méditer à l'endroit que les cupides et les stupides, comme toujours dans le merveilleux nouveau monde, se sont alliés pour massacrer. Il y faisait frais, gris et venteux, l'eau prenait des teintes verdâtres austères et transparentes. Pauvre lac, pauvre ville, pauvre nature, pauvre Russie, pauvre de nous tous.

Petite déprime saisonnière, tout me paraît insurmontable. De plus l’interminable déclin de ma vieille chatte Chocha est difficile à vivre. Elle est très dépendante de moi, elle pisse partout dans la maison, quémande sans cesse mon affection, se frotte contre moi quand je travaille d’une façon obsessionnelle et j’en suis parfois complètement horripilée. En même temps, je ressens cette épreuve comme une façon de racheter mes défaillances avec maman, ma négligence avec mon petit chien Doggie, toutes mes trahisons à l’égard de ces êtres qui m’aimaient avec la confiance la plus totale.

Normalement, je devais aller à un concert à Rybinsk avec Katia, mais avec la chatte et ma chienne Rita, c'est un peu compliqué. J’adore le groupe qui se produit, Ottava Io, mais je me demande si je ne préfère pas désormais écouter tout cela tranquille chez moi. Je n’ai pas envie de faire de la marche à pieds dans Rybinsk, par un temps pluvieux, de passer plusieurs heures dans le bruit et une ambiance survoltée. J’ai sans doute surestimé mes forces.  Il me faudra laisser Rita dans la voiture. Et puis il me faudra aussi  laisser Chocha trois jours, et cela m’angoisse, d’autant plus que la semaine suivante, je fais une présentation de livres à Moscou. J’avais pensé, par la même occasion, faire le dimanche suivant la même chose chez Iouri et Dany, mais cela me ferait rester quatre jours là bas, avec cette chatte mourante qui n’arrive plus à rejoindre son coussin sans mon aide, mange peu et souvent, je ne voudrais surtout pas la retrouver morte dans la solitude, à mon retour. 

Il fait un temps anormalement doux, et naturellement pluvieux, bien qu’il y ait des éclaircies, et un pâle soleil, dont je profite autant que je peux.

Avec Katia et son amie Elena, nous avons discuté de la folie qui s’empare du monde et de l’étrange calme dont nous jouissons ici, au milieu de cette tourmente générale. Slobodan Despot et ses collaborateurs continuent à faire la tableau clinique de l’Occident hystérique que le reste des nations regarde avec une appréhension grandissante. Il dit que, contrairement à ce que lui dicte sa paranoïa, personne autour de lui ne souhaite la chute de « l’occident collectif », car elle aura des répercussions sur tous ses voisins.

En France, les gens commencent à réaliser que leur pays dissous dans l’UE est une colonie anglo-sioniste où ceux-là même qui hurlaient à la shoah pour nous sidérer depuis des décennies, sont prêts à exterminer les Palestiniens jusqu’au dernier, comme l’ont fait des indiens leur alter ego protestant américain. On a beau avoir été dressé à avaler des couleuvres, elles prennent ces temps-ci des dimensions de boa constrictor. Les Français regardent des sionistes éructer à longueur d’antenne, vouer leurs ennemis, ou plus généralement leurs contradicteurs, aux gémonies, et réalisent que ces gens constituent, en fin de compte, un état dans l’état, que leurs intérêts sont différents des leurs et priment sur eux, cela les rend nerveux, et du coup, les colons peuvent dénoncer l’antisémitisme à grands cris, car s’ils ne nous aiment pas beaucoup, c’est clair, nous, nous sommes censés les aimer, les servir, et mourir pour eux, et la moindre critique d’un membre de la communauté, qu’il soit ou non pourri, mafieux et sanguinaire, implique, dans leur narratif, un futur holocauste.

Katia et son amie psychologue observent la même chose ici, toutes proportions gardées, des intellectuels et journalistes juifs russes, jusque là calmes et de bonne compagnie, qui se mettent à éructer et à appeler au massacre. Naturellement, ce n’est pas chez la communauté en question une attitude monolithique, tout le monde n’est pas sioniste chez les juifs, certains juifs se sentent même avant tout français, russes ou même éventuellement soviétiques. Ce qui me désole, c’est la naïveté des Français qui se solidarisent, par crainte du grand remplacement, avec ceux qui se sont si volontiers proposé de le favoriser chez nous, et qui le mettent en oeuvre dans leur Terre promise en éliminant le peuple qui y vivait avant leur venue. Un tel propose que nous mettions tous une kippa par solidarité, les a-t-on vus porter la croix quand on a égorgé des prêtres ou brûlé des églises ? Tel autre envisage de vitrifier la Palestine avec une bombe atomique, et devant l’effet produit, même sur les plus serviles, parle de « métaphore ». Pardonnerait-on à Poutine de telles « métaphores », s’il se les permettait lui-même ?




.J'ai raccompagné Valérie à Serguiev Possad, chez la matouchka Alexandra. Nous sommes allées voir la magnifique exposition du peintre Constantin Soutiaguine, au musée local. Nous y avons été tellement bien accueillies par le personnel: d'abord, c'était gratuit pour les vieux, et puis, découvrant que nous étions françaises, c'est tout juste si l'on ne nous a pas déployé le tapis rouge. Partout, ensuite, à la Laure, dans les magasins, c'était l'enthousiasme francophile, malgré Macron et tous les idiots hystériques des médias fançais.

J'avais déjà vu les tableaux de Kostia consacrés à la Bible et l'Evangile, mais il y en avait quelques uns de nouveaux, de merveilleux rois mages à cheval, guidés par une extraordinaire étoile de Noël palpitante dans un air que l'on devinait frais et qui semblait pétiller de lumière. Kostia, qui est fondamentalement bon, simple, joyeux et bienveillant, met de la lumière, une lumière spirituelle, inspirée, dans tout ce qu'il regarde et peint, son appartement, communautaire, la fenêtre neigeuse, le bouquet de lilas sur la table, auquel fait écho un lointain lilas dans la rue, et je songeais qu'il fallait juste faire pareil, envers et contre tout, dans notre monde apocalyptique.

La salle suivante était consacrée aux oeuvres des élèves iconographes de la Laure, mais si tout cela était bien doré et bien peint, je n'y sentais pas la lumière de Kostia, qui n'est pas iconographe, je n'y sentais à vrai dire pas grand chose, je préfère carrément les icônes naïves, celles que j'ai dans ma cuisine, par exemple. Quand je pense à l'effet que produit sur moi n'importe quelle icône du musée de Pereslavl, pourvu qu'elle soit du XVI° siècle maximum, parce que dès qu'on passe au XVII°, c'est fini, tout devient opaque. Et alors le XVIII°... Mais dans toute l'Europe, c'est le début de la fin, et justement les Romanov ont décidé à ce moment-là d'accrocher leur wagon à ce mauvais train.

Constantin Soutiaguine, les trois Anges à la table d'Abraham

Constantin Soutiaguine, les lilas


 La mère Alexandra me demande comment ça va, et m'interrompt: "Dis-moi plutôt: ca va comme en novembre. Comment peut-on aller, en novembre?"

Et lorsque je lui parlais de mes diverses douleurs: "J'ai la solution, tu ouvres ton passeport et tu regardes ta date de naissance. Eh bien voilà, tout est clair, pas besoin de médecin!"

lundi 30 octobre 2023

Sur Mars

 

Chocha, il y a trois ans...

Chocha est, je crois, bien près de mourir. Elle a des crises d’étouffement, elle dort tout le temps, mange à peine. Je pourrais l’emmener chez le vétérinaire pour abréger son agonie, et en même temps, elle est si accrochée à moi, elle ne demande qu’à rester près de moi, à être caressée et aimée, et je lui donne tout cela, avant qu’elle ne glisse dans cet autre part dont on ne revient pas, je prends congé. Je préfèrerais qu’elle mourût ici, sans le stress du panier, de la voiture, du froid, de l’inconnu. Elle a au moins dix-huit ans, car il y a dix-sept ans, quand je l’ai adoptée, c’était une jeune adulte, elle avait eu au moins une portée de chatons. Elle avait peut-être même deux ans. Elle a eu une longue vie, en sécurité, la plupart du temps dans des maisons avec jardin. J’ai rempli mon contrat, et je sais qu’il ne lui arrivera jamais le malheur d’être abandonnée. Je devrais le prendre avec philosophie, avec résignation, et même reconnaissance, et je pleure tout le temps. C’était une si jolie chatte, et dans un sens, si elle a eu la chance d’être adoptée, elle a toujours été jalousée, d’abord par Picasso, ensuite par Georgette, elle n’a jamais eu ce qu’elle désirait le plus, mon attention exclusive. Et maintenant, elle l’a. Alors je n’abrège rien.

Valérie, venue s’occuper de sa maison, me dit que les jeunes gens d’aujourd’hui, généralement, n’ont plus aucun réferents culturels. Que même les imbéciles de boomers n’étaient pas dans ce cas, même s’ils ont épousé des idéologies douteuses, ils ont tous bénéficié d’une instruction normale, et savent qui sont Racine, Molière, Flaubert, Rimbaud, Baudelaire, mais pas leurs descendants. Leurs idéologies appliquées ont produit en série des enfants-loups privés des acquis nécessaires en temps approprié. De sorte qu’ils n’ont aucun recul sur ce qui nous arrive et gobent n’importe quoi. J’ai déjà observé sur des quadragénaires intelligents, des lacunes culturelles énormes qui les gênent pour comprendre le monde et avoir une vie intérieure, une philosophie, une spiritualité cohérentes. Mais ce sont des quadragénaires. Les jeunes générations sont probablement déjà des fétus à vau-l’eau dont on fait ce qu’on veut en changeant la direction du courant. Enfin naturellement, il y a des exceptions, mais elles doivent se sentir parfois bien seules.

Elle m’a parlé d’un prêtre ukrainien envoyé dans sa paroisse russe, il est ukrainien de nationalité mais russe d’origine, un Russe qui se renie. Intelligent par certains côtés, il est fat, content de lui, méprise la paysannerie, la simplicité, la tradition, ne parle que de réformes, d’oecuménisme, d’orthodoxie « intelligente et éclairée », il méprise aussi les Russes, bien entendu, et les traite comme des gens de seconde sorte, à l’intérieur de la paroisse. J’ai eu comme cela une assistante maternelle, une vieille soviétique dont le mari avait travaillé au KGB ; elle considérait les enfants français comme des princes du sang, leur servait les biscuits du goûter sur un plateau avec des manières de dame de compagnie de l’impératrice, mais elle était brusque et grossière avec les élèves russes, et j’avais fini par l’engueuler en lui disant : «Je suis monarchiste, mais dans ma classe, c’est la démocratie, et la seule personne à qui vous pourriez faire ce cirque, c’est moi, et je n’en ai pas besoin ».

Je soupçonne que l’on trouve de tels émissaires dans beaucoup de paroisses orthodoxes en France. Ce ne sont pas à proprement parler des agents conscients, mais ils sont choisis sur des critères particuliers, comme on choisit partout, en France, dans les milieux culturels, depuis des décennies un certain type d’étudiants, de journalistes, d’artistes en excluant les autres, j’ai même entendu une prof de l’IUFM s’en vanter... Et partout, ils répandent le mépris et la détestation des Russes, du reste des Russes pourraient aussi le faire, si on choisissait d’envoyer en Europe ce genre d’individus. Et ceux qui y vont spontanément pour y trouver le paradis démocratique ne doivent pas s'en priver.

En réponse à ma chronique précédente, un lecteur d’Annonay m’a confirmé le massacre de cette ville où je ne retrouverais pas grand chose de ce que j’ai connu dans mon enfance. Je n’arrive pas à achever mes souvenirs de cette époque, parce que d’une part, je fais le représentant de commerce pour mes autres livres, entre deux traductions, corrections et chroniques, et d’autre part, j’ai peur de m’abîmer dans un océan de tristesse ; je pense à la femme de Lot, qui, se retournant sur Sodome, fut changée en statue de sel.

Il me semble parfois observer le naufrage du Titanic depuis une chaloupe, mais la musique qui s'en échappe n'a rien de digne, le capitaine et l'équipage ne s'abîmeront pas avec le bâtiment, ils partiront en hélicoptère s'installer en Nouvelle-Zélande pour jouir des fruits de leur sale travail, en tous cas, c'est ce qu'ils croient. Moi, je n'en suis pas sûre. Je pense qu'il leur sera même difficile, après ce qu'ils ont déclenché, de trouver un endroit de la Terre qui les supporte encore. Peut-être leur faudra-t-il aller faire les transhumanistes sur la planète Mars. Cela leur irait bien, et ici, on aurait peut-être enfin la paix.

dimanche 29 octobre 2023

Rétroviseur

 

C'est parti...

D'après ma soeur, les quatre grands chênes, derrière chez elle, qui avaient été plantés sous Louis XIV, ont été sciés par l’Arabe qui a racheté la moitié du terrain voisin, et qui, avec la sûre détestation du barbare pour tout ce qui est beau, vivant, vénérable s’est jeté sur ces monuments de notre histoire, sur ces microcosmes splendides, n’en pouvant supporter la vue à proximité du pavillon de merde qu’il va faire construire. Dany a raison de dire que la Cerisaie de Tchekhov est une pièce prophétique. Le crétin moderne, quelle que soit son origine et sa nationalité, déteste la vie, la poésie, la noblesse, la vérité, la beauté et tout ce qui lui rappelle, par sa seule existence, qu'il est un crétin, avec de l'os à la place du cerveau, et une pierre à la place du coeur.

D’après ma soeur, Pierrelatte est envahi au delà du possible, les gens ne s’y sentent plus chez eux, à juste titre, mais je devine qu’ils se solidarisent avec Israël,  par haine commune des musulmans, bien que ce soit précisément l’empire judéo-protestant qui nous ait livrés pieds et poings liés, et bouche cousue, à l’invasion et à la destruction qui s’annoncent. L’Europe a chopé une maladie qui s’appelle le judéo-protestantisme avec son culte vétérotestamentaire sanglant et impitoyable aux faibles, aux pauvres et aux hérétiques, considérés comme des sous-hommes. Le catholicisme s’est judéo-protestantisé, avec Vatican II, et nous n’avons aucun refuge sur place, là bas, car je dirais que même les orthodoxes sont infiltrés, j’en vois de consternants signaux dans le soutien déshonorant de beaucoup de ceux-ci à la cause ukrainienne manipulée.

Ma soeur me dit que tout le monde autour d'elle évite d’en parler, pour garder le moral, et de toute façon, où aller ?

Elle est montée à Annonay, poser des chrysanthèmes sur nos tombes, elle a vu nos cousins. Le petit village de Davezieux dont je garde l’image bucolique, est devenu une énorme zone commerciale.  En revanche, le centre est complètement désert, les boutiques toutes fermées, et dans cette ville déjà si saccagée, ils ont décidé de détruire une partie de la rue principale pour faire je ne sais quoi, un parc.

Ce genre de nouvelles me tire des larmes. Le père Basile dit que notre patrie se trouve là où est notre Eglise. Mon Eglise est en Russie. Mais ma langue est française, et je doute d’arriver à parler ou écrire le russe comme ma langue maternelle, je suis à l’âge où en est heureux de sauver encore ce qu’on a acquis.

J’ai vu hier une vidéo qui explique de façon brillante ce qui nous arrive, et avec humour, courage, pénétration, je ne m’y attendais pas, car le titre est austère et je ne pige rien à l’économie. Mais là, j’ai pigé, j’ai bien pigé, grâce à une langue précise, simple, si française dans sa concision efficace. J’ai pigé comment l’escroquerie hypocrite régnante a transformé les élites européennes en mafia, et leurs peuples en clochards dégénérés.  Il s’agit de l’intelligent et viril Pierre-Yves Rougeron et du non moins intelligent Pierre Joanovic. Mais le propos dépasse de beaucoup l’économie, et démontre comment tout cela vient de loin, et justement de l’Europe réformée, anglo-saxonne, germanique, et de ses affinités, par la prédilection protestante pour l’ancien testament, avec le judaïsme. C’est un véritable tableau clinique. L’Ancien Testament est une chose absolument insupportable à lire sans la lumière de l’Evangile, et l’on se demande même par quel mystère celui-ci a pu germer sur un tel terreau. Entendre les sangloteurs hargneux de la Shoah justifier et encourager, l’écume aux lèvres, l’épuration ethnique de la bande de Gaza serait un plaisir de fin gourmet, s’il n’y avait autant de morts à la clé, de morts actuels et de morts futurs, parmi nous et parmi eux. Ces amis de l’humanité et ces champions de la démocratie ont fait de l’Europe une poudrière. Nous sommes victimes de notre expansion morbide amorcée à la Renaissance, de cette tumeur maligne américaine et de sa métastase israélienne, le tout à la sauce franc-maçonne, et dire que c’est à cela que Pierre le Grand a ouvert sa « fenêtre sur l’Europe » !



Parallèlement, un chroniqueur du Donbass bloque une amie, sur les réseaux sociaux, sans qu’elle comprenne pourquoi. Il m’a bloquée il y a longtemps car je défendais le christianisme contre son néopaganisme en toc, tout néopaganisme étant en toc par définition, une espèce de reconstruction d’intellos, il n’y a qu’à voir ce que le retour au paganisme antique a donné à la Renaissance... Comme il vient de bloquer un type qui avait pour pseudonyme « Psaume 23 », et pour cette raison même, il m’est venu à l’esprit que cette amie était simplement victime de son nom de famille à consonnance hébraïque, bien qu’elle soit patriote, monarchiste et orthodoxe fervente. Mais enfin ce dernier détail ne fait rien pour adoucir le tableau, naturellement. Les gens deviennent complètement fous, complètement absurdes, et j’ai une pensée émue pour Stefan Zweig, juif germanophile contraint à l’exil par l’Allemagne hitlérienne. Quoique peu portée sur l’islam et les musulmans, je trouve chez Idriss Aberkane et Youssef Hindi peut-être les meilleures analyses de ce qui nous arrive, et dans un français remarquable de correction et de précision. Mais il y a des imbéciles droitards pour les traiter de bougnoules...

https://www.youtube.com/live/OOpB8KteYUU?si=d0AMb4DWAoxE7C5E

Slobodan Despot dit que les pays extra européens créent un cordon sanitaire autour d'un occident devenu fou, et que Poutine prend pour s'adresser à ses dirigeants le ton d'un commissaire de police s'efforçant de calmer un forcené qui s'est enfermé chez lui et menace de se faire exploser avec toute sa famille...

Mais pourquoi l'Europe est-elle devenue folle? Que s'est-il passé? Ce n'est plus d'une boule de cristal dont nous avons besoin, mais d'un rétroviseur géant.

jeudi 26 octobre 2023

Kitej

 


Ce matin, tout était gelé, la terrasse craquait sous mes pas, le ciel était jonché d’étoiles ; il y en avait suffisemment pour que je pusse les voir, malgré la pollution lumineuse de l’éclairage urbain, de celui des voisins, aussi. Je ne sais pas ce qui se passe, je suis depuis bientôt quinze jours, complètement asthénique, et somnolente. La semaine qui a précédé mon expédition au séminaire de Iaroslavl, j’ai beaucoup travaillé dans le jardin, peut-être n’ai-je pas tenu compte de mon âge. Et puis le climat d’ici, le changement de temps, de pression atmosphérique, les "tempêtes magnétiques", les ténèbres, tout ça...

Chocha décline et le spectacle de sa décrépitude, au sein de laquelle son attachement à moi est le seul intérêt qu’elle trouve encore à la vie, me déprime probablement plus que je ne pourrais le penser. Elle dort tout le temps, et quand je me vois faire pareil, le moral ne remonte pas vraiment. Elle est aveugle, et si ma vue baisse, je n’en suis pas encore là. Elle pisse partout, pour l’instant, moi pas.

En revanche, je pleure souvent, je me sens coupable de tout, je revois mon existence comme une succession d’actes qui me causent soit du regret, soit du remords, et quand on dit que les remords valent mieux que les regrets, je n’en suis pas sûre. Je demande à Dieu non pas seulement de pardonner mais de réparer, c’est réparer, que je voudrais; pardonner, mais tout le monde l’a fait. D’ailleurs, je me sens coupable même de ce que font les autres, des chiens à la chaîne, des chiens et des chats abandonnés ou maltraités que je ne peux pas tous prendre, des gens à que je n'ai pas donné, des emmerdeurs que j'ai engueulés, des arbres coupés, des sites pollués, des enfants pervertis, des soldats tués, des métropolites arrêtés, de la maison de fous générale.

Je pense souvent à la réponse du métropolite Antoine de Souroj : « L’enfer peut se définir en deux mots : trop tard... »

Heureusement que j’ai confiance en Dieu.

Après les étoiles du matin, j’ai eu du soleil, enfin de la lumière, une lumière pâle, une espèce de regard qui s’allumme entre deux lourdes paupières de ténèbres, et dans cet iris doré, la voltige permanente des mésanges qui me lorgnent avec curiosité, quand je suis à mon bureau, elles se maintiennent au niveau de la vitre, se posent sur le rebord de la fenêtre qu’elles cognent du bec, et ce n’est pas pour avoir de la bouffe, car elles en ont: je n’arrête pas de déverser des graines de tournesol dans leur mangeoire. A mon avis, elles sont envoyées par les anges, c’est le KGB céleste.

Entre deux coups de culpabilité, je me fais le café français, ou la vatrouchka de la voisine, ou un dîner pantagruélique chez Ania Ossipova et ses adorables parents, dans leur maison chaleureuse et leur village encore plus ou moins intact, ou un restau avec Katia... Je pleure ou je bouffe, et entremie, je prie, ou j’écris, ou je fais de la musique, ou du dessin, pas assez, et la traduction. Finalement, peut-être que je me surmène, elle n’a plus vingt ans, mémère..

.L’autre nuit, après avoir raccompagné Katia, venue dîner, je ne trouvais plus Chocha. J’ai dû en venir à la conclusion que cette vieille peau de chat avait trouvé le moyen, elle qui ne sort jamais plus, de se glisser dehors quand j’étais sur la terrasse à regarder Katia prendre son taxi. J’étais effondrée : comment la retrouver, dans les ténèbres, elle allait mourir seule sous la pluie glaciale, j’appelais d’un côté et de l’autre, je me préparais à faire le tour de la maison avec mon téléphone allumé, quand j’ai entendu un miaulement enroué. Elle était derrière la porte, elle devait être sous la terrasse, car elle n’était pas tellement mouillée, mais elle tremblait de peur et de détresse, et quand je l’ai ramenée sur son coussin, qu’elle ne quitte presque plus, elle s’y est blottie avec un soulagement évident. Pauvre vieille Chocha, qu’est-ce qui lui a pris de sortir à 11 heures du soir, par un temps pareil ?

Mon éditeur de Moscou a fermé boutique sans me prévenir. Katia pense que je dois trouver un éditeur ayant pignon sur rue, le samizdat coûte trop cher, mais ici comme en France, les gros éditeurs sont entre les mains des libéraux qui ne laissent pas arriver les gens qui ne partagent pas leurs orientations politiques. Donc les chroniques, ou même Yarilo, Parthène et Epitaphe... Katia a contacté un ami qui édite dans une maison plutôt orthodoxe. Il paraît que le directeur était très intéressé par Epitaphe. Mais quand je lui ai dit que je ne l’avais qu’en version française, j’ai compris qu’il n’avait pas de lecteur approprié dans son comité. J’avais traduit le premier chapitre mais je sens que ce sera un peu mince. Pourtant, c’est un livre qui, ici, s’il bénéficiait d’une certaine diffusion, serait certainement très apprécié. Katia est enthousiasmée par le premier chapitre et n’en doute pas une minute, mais voilà... Dommage qu’elle ait appris l’italien et pas le français.

Ania m'a envoyé un merveilleux documentaire sur le lac Svetloyar et la légende de la ville invisible de Kitej. Légende n'est pas le mot approprié, peut etre mythe, ou parabole. Pour se mettre à l'abri des invasions tatares, toute une ville disparaît dans le lac Svetloyar, mais on peut entendre ses cloches ou les chants de ses moines, elle continue à vivre, dans une autre dimension, une autre vie que la nôtre, une vie sainte. Même le prêtre du coin a l'air d'y croire, et d'une certaine façon, je le comprends, car cette autre dimension existe, et c'est notre dernier refuge, l'ailleurs dont parlait Slobodan dans son dernier article. Le village où se réfugient les héros d'Epitaphe connaît le destin de Kitej. Il me semble parfois que même ma maison, ici, avec ses chats, ses oiseaux et ses fleurs, est une sorte de Kitej, prête à appareiller.

samedi 21 octobre 2023

Derniers feux


Alors que la grisaille et le froid s'installent, et les ténèbres, voilà qu'aujourd'hui, le soleil prend congé, et je me rejoue Poucette, se préparant à hiberner dans le terrier de la souris et disant adieu à la nature. J'ai cueilli un bouquet d'orpin, mon orpin est énorme, somptueux, mais le gel va venir, et ces fleurs se conserveront encore quelques temps chez moi, prolongeant l'écho de la fête automnale de leurs grosses ombelles de velours pourpre, distinguées, surannées, comme un chapeau des années 1900. Les asters géants qui bordent ma palissade croulent en cascades violettes, parmi les ultimes feux des feuillages déteints. J'ai jardiné sans doute pour la dernière fois de l'année, malgré la fatigue, puis je me suis installée sur la terrasse, au soleil qui chauffe encore, mais le vent me gelait les doigts. J'ai fait un rapide dessin, pour le continuer plus tard. J'ai joué des gousli, au milieu des animaux, qui saisissaient l'occasion de lézarder, même la vieille Chocha aveugle est sortie un peu. Avec quelle splendeur chatoyaient devant mes yeux tous les détails de mon jardin! Et je ne savais plus si ce qui volait, plongeait, se posait autour de moi, traversant les cages ajourées des frondaisons et les rayons bleus dont elles étaient infusées, étaient des feuilles mortes ou des mésanges jaunes. Cela frémissait, fulgurait et tournoyait dans tous les sens. J'ai vu parmi elles un geai des chênes, ce n'est pas la première fois. Il était là cet hiver. Il paraît que cela mange des glands et des noix et noisettes, c'est peut-être pour cela que je n'en ai pas eu eu une seule, cette année, elles ont toutes disparu. Il faut dire que mon noisetier n'est pas encore très vieux, ni très fourni. 
Vers le soir, alors que le couchant miroitait comme une feuille d'or froissée, une énorme demie lune est apparue au sud. La lune, ici, je ne sais pourquoi, est beaucoup plus grosse que chez nous. 
Slobodan évoquait la nécessité de se garder un "ailleurs" pour ne pas succomber à la folie ambiante. Ici, tout reste plutôt calme, pour l'instant, mais je suis inquiète, bien sûr, qui ne le serait pas? Mon ailleurs, hormis la foi et la création, c'est précisément ce jardin, ces oiseaux, le ciel, les nuages, le vent. Je pense assez souvent, depuis que je les ai vus, et entendus, aux cèdres du monastère de Tolga, à ces créatures austères, majestueuses et bénéfiques, dont la voix m'a fait vibrer comme une corde d'une note recueillie, au diapason du cosmos. De tels cèdres ne pousseraient pas dans mon marécage, et mon terrain est trop petit pour ces géants, mais j'ai un gardien des mystères en la personne d'un genevrier qui m'a séduite par son feuillage ébouriffé et bleuâtre, sa grâce. Je l'ai acheté trop cher et presque mort, et je n'étais pas du tout sûre qu'il prendrait ici. Or, planté entre l'ouest et l'est, il prend, il fait de nouvelles branches, sa tête s'effile, pousse des antennes dans la lumière oblique, et je suis sûre qu'il chantera bien. 
 






vendredi 20 octobre 2023

Vrais pasteurs

Il y a des moments où il est difficile de garder son calme. Que penser de ce que je trouve ce matin dans ma boîte mail? Est-ce que cela ne passe pas toutes les bornes du supportable? Que peut-il se passer dans l'âme d'un patriarche qui agit de cette manière?

Juste au moment où vous pensez que cela ne peut pas être pire dans l'Orthodoxie, c'est le cas.  Non content d'avoir aidé et encouragé le martyre au ralenti du Métropolite Onuphre, le patriarche Bartholomée rend maintenant la situation de l'Église orthodoxe ukrainienne canonique infiniment pire.

Le monde va mal en ce moment - vraiment mal.  Il n'est pas nécessaire d'être un scientifique pour s'en rendre compte.  Ce dont il n'a pas besoin, c'est que les chefs religieux jettent de l'huile sur le feu.  Or, c'est exactement ce qu'a fait Bartholomée. 

Selon Orthodox Times, Bartholomée a déclaré qu'il pensait que plusieurs évêques ukrainiens devraient être emprisonnés. [https://spzh.news/en/news/76512 -patriarch-bartholomew-approves-criminal-cases-against-uoc-hierarchs]

Bigre, c'est un coup de pied dans la fourmilière.  Que diriez-vous d'un coup de pied dans la tête ?  Avec des patriarches comme celui-ci, qui a besoin de Néron ?  Quelle est la prochaine étape ?  L'incarcération des chrétiens ukrainiens ? 

Depuis des années, j'essaie d'être aussi charitable que possible envers cet homme.  Après tout, je me suis rendu à Istanbul et j'ai vu les contraintes auxquelles il a dû se soumettre.  À vrai dire, les chrétiens d'Istanbul ont eu la vie dure pendant plus de 500 ans et ils ont essayé d'en tirer le meilleur parti.

Bartholomée, lui, ne fait qu'empirer les choses, quelles qu'elles soient.  Sur le plan géopolitique, il a franchi une ligne rouge après l'autre. 

Mais ce dernier coup d'éclat va trop loin.

Que reste-t-il ?  L'apostasie ?  L'acceptation ouverte du mariage homosexuel, de l'avortement sur demande, ou des prêtresses ?

Je ne suis qu'un laïc, mais je n'hésite pas à demander à nos évêques de prendre les devants et de convoquer immédiatement un concile.  S'ils ne le font pas, les fissures qui existent actuellement au sein de l'Orthodoxie se durciront et deviendront des gouffres permanents.  Pire encore, des schismes éclateront au sein des Églises locales, en particulier les Églises de Grèce, de Chypre et même de Constantinople.  

Messieurs, la balle est dans votre camp.  Vous devrez répondre au verdict de l'histoire.  Mais il y a aussi un verdict final auquel vous devrez répondre*.  C'est celui-là qui m'inquiète le plus.


Version française Claude Lopez-Ginisdty

d'après

MONOMAKHOS


Et dans la foulée, voici ce que je trouve: https://orthochristian.com/156751.html?fbclid=IwAR0o9v6GmqY808hD_Olk5XB6Exa9RDOdbW-AE0V1KUt27kX1cLUK5rdZxJI

C'est-à-dire que le but est d'éradiquer l'Eglise, une Eglise particulièrement digne, et je le sais, parce que je suis les événements depuis des années. Pour acculer les gens soit à apostasier complètement, soit à se tourner vers un bouffon mitré, adoubé par l'instrument d'une mafia maléfique, vers une parodie de christianisme, une parodie grotesque, comme au temps de la révolution française et de la révolution russe, et pour les mêmes raisons. Mon amour, mon respect et ma compassion vont tout entiers au métropolite Onuphre, au métropolite Longin, au métropolite Paul, au métropolite Luc, au métropolite Bessarion, au métropolite Théodose, au métropolite Arséni, dont la Laure abrite des réfugiés, bombardés récemment dans cet asile, qui sera sans doute fermé et profané, comme la laure de Kiev, où se trémoussent à présent des donzelles avec des diadèmes jaunes et bleus, au rythme d'une musique stupide. Après cela, me dit une amie, on ne peut plus éspérer que le retour du Christ, pour mettre fin à ces abominations.

Un autre asile est bombardé de la même manière, ailleurs. Un autre métropolite choisit son troupeau et parle en son nom. Il y a des hiérarques qui sont de vrais pasteurs, et d'autres qui s'allient aux chacals et aux hyènes : https://orthochristian.com/156751.html?fbclid=IwAR0n0bYNCABfuHTfxlsoSRPGZpSzYWJ96vcJ3RCKrMkxUeBF4LESNVoOG4Q

Qu'il y ait un lien entre ces différents événements et que tous soient motivés par la haine du Christ, des chrétiens, en premier lieu, et plus généralement le mépris de l'humanité, j'en suis de plus en plus persuadée. Mais il y a des hiérarques qui sont de vrais pasteurs: https://orthodoxe-ordinaire.blogspot.com/2023/10/alleluia-goire-dieu-un-vrai-eveque.html

Et voici une vidéo bien instructive:

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jeudi 19 octobre 2023

Folie

 L'hiver arrive avec une rapide brutalité. Hier, un peu de soleil transfigurait les derniers feuillages, et je me suis assise sur la terrasse, il est vrai avec ma doudoune, car j'avais la visite de Boris le cosaque, venu me parler de mon livre 'l'Autre Planète" année 17, et lui aussi aime à prendre l'air et la lumière. Je regardais le ciel, traversé de rayons, les asters, le sedum, tout ce qui va bientôt constituer une bouillie brune sous des couches de neige, et puis le ballet des mésanges autour de leur mangeoire, parmi les feuilles jaunes tourbillonnantes. On ne pouvait pas dire qu'il faisait chaud, quelque chose comme une journée venteuse de décembre dans la basse Drôme. La femme de Boris et Boris lui-même ont adoré le récit que j'ai fait de ma rencontre avec leur famille, la trouvant très justement décrite.

Boris reste perplexe devant les tentatives répétées de blanchiment de rouges, qui font pendant aux blanchiment de bruns, en même temps que de fric, dans l'Ukaine infestée, comme quoi, de chaque côté, on aime bien conserver son ennemi sous la caricature admise, c'est plus confortable pour faire marcher les couillons. Je lui ai dit: "Vous savez, je ne pense pas que le truc puisse revenir sous sa forme précédente, on cherche à justifier tout cela parce que la plupart de ceux qui sont au pouvoir sont issus de la nomenklatura, dont tous les parents avaient trempé là dedans." C'est la thèse de Nazarov, et elle est sans doute juste.

Un de mes correspondants sur VK ne cesse de me casser les pieds avec son révisionnisme, il me chante les louanges de Béria, et j'ai encore à la mémoire le témoignage d'une vieille actrice qu'il avait violée quand elle était jeune et expédiée illico au goulag, et qui en pleurait encore; j'avais utilisé cette histoire dans mon roman "Lueurs à la dérive". Demain, il me dira que Staline avait restauré l'Eglise dans ses droits, parce qu'il avait permis l'ouverture de quelques sanctuaires, pour mieux mobiliser les chrétiens obstinés, mais on continuait à arrêter et fusiller prêtres et croyants et à déporter et affamer les paysans. Dieu que je déteste les idéologies politiques et les idéologues! Je les vomis positivement, depuis la révolution française, jusqu'à nos jours, et j'inclus là dedans les brillants intellectuels du XVIII° siècle et leurs lecteurs frémissants qui ont rendu tous ces cauchemars possibles. Je n'ai même jamais compris l'engouement de mes pareils pour les mensonges politiques, et dire que ce sont ceux-là même qui critiquent la foi religieuse! Ils ne croient pas au caractère sacré et mystérieux du monde, mais ils écoutent avec vénération n'importe quel dictateur braillard et retors, n'importe quel satrape de la ploutocratie.

Depuis au moins deux cents ans que cela dure, enfin depuis qu'on a détruit les gardes-fous qu'étaient les monarchies, on en arrive maintenant au délire absolu, surtout en occident. Du reste, ici, en dépit des dérives néostaliniennes, le personnel politique ne perd, de nos jours et pour l'instant, ni la boule ni la mesure, quoiqu'on puisse lui reprocher par ailleurs; ainsi que le disait Slobodan Despot, "au moins, ils ne sont pas dingues", et je ne crois même pas qu'ils détestent leur peuple. Dans les pire des cas, ils se foutent des gens tant qu'ils ne les gênent pas. Mais en occident... j'ai l'impression que tout le monde devient fou. On entend tout et le contraire de tout. Des gens affirmer avec impudence des contre-vérités, des mensonges énormes, et cela passe, tout le monde gobe. Ceux-là même qui exigeaient qu'on ne fît pas d'amalgames quand les attentats et les incivilités frappaient des franchouillards, crient haro sur le palestinien, comme ils criaient haro sur l'Irak et la Syrie, ou sur le Russe, considèrent toute tentative de conciliation, de prise de recul, de réflexion, comme de la trahison pure et simple, et nous traitent de soumis quand nous refusons de nous faire manipuler et de pousser des clameurs à la commande.  

Je travaillais encore à Moscou quand je remarquais que les traqueurs de fachos chez nous, les pourfendeurs de patriotes, d'identitaires et de cathos tradis, étaient totalement aveugles aux monuments qu'érigeaient les pays baltes à la Waffen SS ou aux discours banderistes qui se faisaient jour en Ukraine. Ce qui me devint encore plus évident après le Maïdan, avec les voyages extatiques de BHL au pays 404, lui qui traquait chez nous le drapeau français, les vielles-à-roue et les cornemuses, il ne trouvait rien à redire aux défilés avec croix gammées, aux drapeaux bleu et jaune, aux chemises brodées, pourvu que tout cela servît le chaos projeté et les intérêts obscurs de sa mafia propre sur elle. Silence radio de toutes ces grandes consciences sur les massacres au Donbass, sur les appels au meurtre délirants de la classe politico-médiatique ukrainienne, dont la nôtre était complice. J'avais d'ores et déjà bien compris qu'il y avait les bons et les mauvais morts, et récemment Enthoven me l'a confirmé, en affirmant qu'il y avait d'un côté des victimes, sur lesquels nous devions pleurer à juste titre, et les "dégâts collatéraux". Admirable. Mais le dernier symbole que j'ai vu, et qu'il faudrait encadrer, c'est la projection, à Lvov, du drapeau israélien sur une statue de Bandera. On peut dire là, que la boucle est bouclée. 

Je tire mon chapeau à Sébastien Recchia, à son dernier "Restez couchés", où il démasque et pourfend tous ces guignols sinistres, contre lesquels notre population n'a pas encore, ou déjà plus, les anticorps nécessaires pour survivre à leurs miasmes. Il est vrai que les anticorps d'un peuple, c'est sa culture, son histoire et sa spiritualité, nous n'avons plus ni les uns ni les autres, qu'est-ce qui pourrait encore nous unir et nous sauver? 

Je dis cela pour la France, mais cela menace le monde entier. Nous sommes la proie d'une maladie mentale planétaire qui nous atteint à des degrés divers. On peut sentir ça et là des signes annonciateurs de prise de conscience et de guérison. Dommage que les barrissements de rhinocéros, les ricanements de hyènes et les hurlements de possédés en étoufffent trop souvent l'écho.



Lvov