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samedi 27 avril 2019

La semaine sainte et ses péripéties

Notre évêque. Photo de l'éparchie
.J’ai été avertie qu’un tadjik organisait une expédition certificats médicaux, pour l'immigration, rendez-vous le lendemain, c’est-à-dire le Grand Vendredi, à quatre heures du matin. Les deux autres tadjiks de l’équipe, injoignables au téléphone, nous ont fait poireauter trois quarts d’heure. Ils nous ont finalement rejoints à Yaroslavl même au centre du SIDA, pris d’assaut par des hordes de leurs compatriotes, et aussi des ouzbeks, car d’une part, les fêtes de mai sont à l’horizon, et d’autre part, l’été et les divers chantiers où ils se font embaucher. L’opération s’est terminée à quatre heures et demie du soir. Je n’ai même pas pu me reposer, libérer ma chienne, manger quelque chose ni mettre une jupe avant d’aller à l’office du Grand Vendredi, et j’avais apporté un livre pour suivre, mais parfois je m’endormais sur les pages. Les vieilles me font maintenant de la place avec un sourire narquois : «Venez, venez, ne restez donc pas debout, hé, hé, on n’a plus vingt ans… » Je fais plus jeune qu’elles par mon style de vêtements, mais mon squelette est dans le même état que le leur, et elles le savent bien !

La veille, j’avais suivi les Évangiles de la Passion de la même manière. Il n’y a pas beaucoup de monde à ces offices qui, pourtant, me plaisent plus que celui de Pâques, car ils sont plus recueillis et les chants plus retenus. La joie pascale a donné matière à toutes sortes de trilles et de débordements mondains aux compositeurs du XVIII° siècle importés par Pierre le Grand et Catherine II, et en plus, on allume généralement tous les lustres électriques, et cette « lumière de la Résurrection » me rappelle trop souvent celle d’un hall de gare…
Tout est très modeste dans notre humble cathédrale, où, à la place de l’autel, les soviétiques avaient installé des douches et des toilettes. Elle est restaurée n’importe comment et à moitié. Les paroissiens sont fauchés, les prêtres aussi, d’ailleurs, ça va ensemble ! Même notre évêque, si j’ose dire, tire le diable par la queue… Mais que de ferveur, il se produit ici une sorte de précipité spirituel, parce que Dieu nous a donné un bon évêque, humain, profond, intelligent et simple, et que les gens le sentent, et se bousculent pour avoir sa bénédiction, moi la première.  Sa bénédiction chaleureuse me fait penser à celle de la mère Hypandia.  L’un et l’autre pourraient être mes enfants, et j’éprouve pour eux une admiration de petite fille pour des êtres sages et bons qui, spirituellement, m’ont largement dépassée.
On fait beaucoup de sermons dans notre cathédrale, sans doute pour éduquer la province, ceux de l’évêque sont substantiels et courts (en général ça va de pair), et Katia le suit dans ses déplacements à travers nos diverses paroisses, pour en bénéficier.
Malgré la pauvreté du diocèse et de sa cathédrale, la beauté de l’Orthodoxie subsiste, cette beauté noble et médiévale dont tout, à l’extérieur, conspire à nous priver. Celles des rites, des vêtements. J’aime particulièrement les chasubles de carême, à la fois sombres et brillantes. Quelque chose comme les moirures du ciel étoilé qui descend sur nos prêtres, avec  sa sérénité pleine de mystère.
Le père Constantin lui-même s’émerveille de ce qui se passe en ce moment chez nous, comme si Dieu nous avait conduits les uns vers les autres, afin de nous permettre de supporter ensemble l’abomination de la désolation qui se précise de plus en plus. Je le crois profondément. Il fait de petits paquets, à travers le monde, autour des lampes allumées de ses derniers sanctuaires. D’un côté Solan et Cantauques, de l’autre le métropolite Onuphre et ses fidèles, et ici, à Pereslavl, l’évêque Théoctyste et les siens, et il y en a bien entendu, encore beaucoup d’autres, partout où de vrais pasteurs et de vrais moines rassemblent autour d’eux des fidèles souvent désemparés ou faibles...

Diverses photos de l'éparchie

le père Ioann

le père Constantin

le père Andreï

de simples fidèles....




***


Ramsès
Mon déménagement est enfin arrivé, mais il manque des affaires, en particulier tous mes tableaux, et les aquarelles que j’ai faites au cours de ma vie, du moins celles que je n’ai pas données ou vendues.
J’essaie de répartir tout cela dans la maison, et je vois surgir des épaves de France, des souvenirs de maman, ou de mes grands-parents, des choses qui me tirent des larmes, et cela devient vrai: je suis une émigrée..
Rita étant courtisée par un affreux basset de basse estrace, je me suis dépêchée de lui trouver, dans mon désarroi, car l’empêcher de sortir était très compliqué, un fiancé digne de son rang qui répond au noble nom de Ramsès. Ses patrons veulent un chiot pour eux, ma voisine également, et les spitz en font très peu. Ce sont deux jeunes gens modestes, qui vivent dans un appartement soviétique de base. La jeune femme est ravissante, et ses deux enfants ont l’air très intelligent. Le petit dernier a dans les neuf mois, et déjà un regard attentif impressionnant, et un sourire plein d’humour.
Comme je le prévoyais, Rita s’est crue abandonnée, et a poussé toute la nuit des sanglots déchirants, pour aller se cacher en grognant, au matin, sous le divan. Elle a manifesté une joie touchante en retrouvant sa maison, ses chats et une "vkousniachka" pour la consoler...




Tout cela m'a coûté tellement cher, prend si peu de place, et me cause une telle pagaille.... avant, après.

les étagères se garnissent


J'avais offert cette lampe à maman dans les années 70, le vase orange 1900
me vient de la tante Camille, d'Annonay...

Tout me vient de maman, même la statuette, qui est d'elle. La photo est celle de
ma grand-mère en communiante, l'original a plus de cent ans... Le napperon
m'a été offert par Emmanuelle, il est ardéchois.

La seule aquarelle qui me soit parvenue, une vue de
la Garde Adhémar...




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