Saïd ne peut pas m’emmener à Iaroslavl, il n’a personne à convoyer en dehors de moi, et j’aimerais en finir avec la corvée, et
remettre mon dossier, car je crois qu’en mai, de toute façon, je dois prouver
que j’ai des revenus.
Sur les conseils de l’assurance, j’ai fait une
déclaration par téléphone au GAI pour le dommage que j’ai causé à ma propre
voiture en rentrant chez moi, et j’attends qu’un flic vienne constater, mais
personne ne me rappelle, or j’en ai absolument besoin pour me faire rembourser,
et ce n’est pas une petite somme.
J’ai je ne sais combien d’emmerdements du même
style, à peine on a fini avec l’un que cela commence avec l’autre. Et j’ai de
plus en plus de mal à y faire face.
Je pense que la vie ne devrait pas être soumise à
ces tracasseries, la vie ce n’est pas cela, la vie, c’est de trouver sa
subsistance, un partenaire à aimer pour ne faire qu'une seule chair, se reproduire et élever ses petits, de
contempler, de rêver, de faire de la musique et de belles choses et de chercher Dieu, en symbiose avec sa communauté, son milieu naturel, et au service de ceux-ci.
Or toute cette paperasserie qui nous vole notre
existence, ajoutée au travail d’esclave, dépourvu de sens et de grandeur, qui n’aura plus de fin, ce n’est encore
rien à côté de ce qu’on nous prépare, on va nous mettre sous contrôle électronique
complet, après le communisme et le nazisme, le capitalisme issu de la
renaissance humaniste et de son protestantisme nous sort le transhumanisme, qui
ne nous laissera d’autre choix que de l’accepter jusqu’à l’avilissement absolu,
ou de mourir. A moins que Dieu ne mette un terme à tout ceci par des cataclysmes
inouïs. Ou par un grain de sable dans la Machine…
Je voudrais descendre du train et retourner au
moyen âge, où n’était pas la perfection mais du moins ce qui s’en rapprochait
le plus sur cette terre, sur le plan de la dignité de l’homme, de sa
spiritualité, de la beauté de son art communautaire et plein de sens, qu’il fut
populaire ou religieux.
J’ai du mal à prier, souvent je le fais avec des
larmes, des larmes d’épouvante et d’horreur devant ce qui nous arrive, de
compassion et de honte devant ce que nous faisons de nous et de la nature, devant
ce qui nous attend, devant ma solitude et ma vie gâchée, mais pratiquement toutes
nos vies sont gâchées, il n’y a plus moyen d’avoir une vie normale, je porte la
croix commune des vies gâchées, la différence, c’est que je sais pourquoi il en
est ainsi.
Le père Constantin pense que mon livre est
providentiel, je pense aussi que je devais l’écrire et subir les profondes perturbations
qu’il a apportées dans ma vie intérieure, c’était sans doute prévu par Dieu, et
donc, je pense que le moment venu, il m’aidera à me rétablir. Peut-être même que
le livre aidera les âmes du tsar Ivan et de Féodor, et jouera un rôle sur un
plan mystérieux qui m’échappe.
Je pressens que je serai encore amenée à le
transformer, il m’a manqué de pouvoir le partager avec des Russes, avec des
gens qui connaissent la religion mieux que moi, les rites, et même avec des
littéraires.
Il y a des moments où Dieu fait le ménage en nous,
et des moments où il nous laisse seuls. Je vois tout un courant de croyants qui
prodiguent des conseils sévères et pratiquent un christianisme héroïque, et j’en
suis parfaitement incapable, j’ai cru que je l’étais quand Dieu me prenait en
mains, alors tout devient facile, car c’est lui qui agit. Il faut le laisser
agir dit-on, oui, mais comment ? Nous sommes des êtres de chair et de sang
pleins de faiblesse, et il le sait bien, c’est lui qui nous a faits.
J’ai lu un texte sur l’hypnose en politique, dont
nous voyons maints exemples effrayants et absurdes. L’hypnose en politique est
largement appliquée de nos jours et marche très bien sur des foules de zombies. L’auteur de l’article étendait cela
aux religions. Les « religions », je ne sais pas, mais pas la mienne.
Car je peux pratiquer les recettes du pari de Pascal pendant des temps, lire des prières,
aller aux offices, en me violentant, me poussant au cul, et restant sur des
pieds douloureux à me demander quand j’irai enfin chez moi mettre des
pantoufles, sans aucun résultat visible. Je ne dis pas que quelque chose ne
mûrit pas en moi, pendant ce temps, comme le levain dans la pâte, à mon insu,
mais cela ne relève pas de la technique de l’hypnose. Et puis un jour où l’on s’y
attend le moins, où l’on n’a rien fait pour, et sans aucune « technique »
particulière, voilà que Dieu entre en nous, et alors on sait, on comprend, ou
on ne comprend pas, mais cela n’a plus d’importance, car l’on sait avec notre cœur,
mais cela ne dure pas, en tous cas chez moi, cela ne dure pas.
Les sévères orthodoxes me diront qu’il faut faire
en sorte que cela dure. Sans doute. Mais comme je suis une artiste, il est
possible que mon destin s’apparente à ces vers d’une des plus belles chansons
de Brassens, le Testament :
Je veux partir pour l’autre monde
Par le chemin des écoliers
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RépondreSupprimerVotre vision du Moyen Age est belle, mais elle manque d'une dimension réaliste...
RépondreSupprimerEn ce moment je suis en train de traduire pour moi-même les registres de décès d'un petit village du Comté de Nice... Année 1671:28 décès dont 19 enfants de 3jours à 12 ans; l'année suivante pareil, les mêmes familles étant quelquefois touchées. Je n'aurais pas aimé mettre au monde 7 ou 8 enfants pour n'en voir que 2 ou 3 arriver à l'âge adulte.
On parle toujours de l'espérance de vie qui a gagné des décennies au XXème siècle; 'après ce que je constate, c'est que,sauf accident ou assassinat, au XVIIe siècle les gens du peuple arrivaient tous à la soixantaine, les gens aisés arrivaient à 80 ans et plus, mais qu'aucun jumeau ne dépassait 10 jours, chez les riches comme chez les pauvres.Les épidémies n'épargnaient personne: l'année 1675 se termine avec la variole, qui frappe la fille des barons, comme celle des enfants du métayer...et en janvier 1676 c'est l'hécatombe.
Bref, le bon vieux temps, c'étaient aussi des souffrances inimaginables.
erratum: comme les enfants du métayer...
SupprimerJe n'ai jamais dit que c'était le paradis non plus, il n'est d'ailleurs pas de ce monde. Et à cette époque, on ne courait d'ailleurs pas après le bonheur. Je me place sur un plan d'accomplissement spirituel et humain. De plus, nous avons tous les prémices d'un avenir qui nous fera envisager les époques précédentes comme des paradis perdus, en tous cas, je le ressens profondément.
RépondreSupprimerCela dépend sans doute de sa propre histoire familiale... Les guerres, les déplacements,l'exil, les morts prématurées, etc... me montrent que d'une part j'ai été très privilégiée par rapport à tant d'ancêtres, et d'autre part: qu'on peut survivre même dans les pires situations. C'est d'ailleurs le message que j'ai transmis à mes enfants: n'ayez peur de rien, vous avez en vous les capacités de surmonter ce qui anéantit d'autres: vos ancêtres l'ont fait, vous pouvez le faire.
SupprimerLe cher passé de mes ancêtres ce fut pour certains les Ottomans, pour d'autres les guerres interminables, les razzias, pour tous: les persécutions, les épidémies et les famines... Donc avant qu'on en arrive là, il y a de la marge, mais quand bien même...
Le bonheur ne dépend pas de conditions extérieures: c'est une aptitude en partie innée mais qu'on peut apprendre aux enfants, comme la musique. Les gens doués pour le bonheur s'adaptent à tout...C'est en cela que j'ai confiance dans l'avenir de mes enfants, la seule chose qui m'importe vraiment.