Ce matin, à l'aube tardive de cette nouvelle année, je suis allée promener Nini Peau d'chien, qui me donne l’impression d'avoir adopté un SDF autiste, mais après sept ans à la chaîne à prendre des torgnoles, elle apprécie beaucoup les virées dans le marécage enneigé, et gambade presque comme un jeune chiot. L'hiver est si merveilleux et si féerique que je me sens réconciliée avec cette saison habituellement difficile. Tout scintille sous un ciel rose tendu de brumes bleues et mauves, le soleil d'or se prend aux branchages enneigés et aux herbes hautes cristallisées par le givre, c'est la Reine des Neiges, je redeviens Gerda à la recherche de Kay, que je n'ai jamais trouvé. Il fait froid, mais c'est très supportable, et même vivifiant. Après quoi, je suis allée chez Vladimir et Mariana, au village de Dobrilovo, à travers une plaine immaculée et sans limites. Volodia m'avait réservé une suprise: son ami, le peintre Mark Margoulis, lui avait demandé de me transmettre le dernier exemplaire de son album sur sa collection de dessins d'enfants et un dépliant sur une exposition où figuraient des aquarelles qu'il m'avait prises autrefois et qu'il avait incluses, à mon insu total, dans une exposition à la galerie Tretiakov. Il m'avait fait participer autrefois à une exposition de travaux d'enfants où j'avais montré ceux des miens, car je partageais sa passion pour cette forme d'art méconnue. Sur l'album, il m'a mis une dédicace de dix kilomètres, et je suis vraiment extrêmement touchée et encouragée. Car aussitôt qu'il a compris que Volodia me connaissait, il s'est répandu en commentaires enthousiastes, il est allé chercher les aquarelles pour les lui montrer, et l'album pour me le transmettre.
Je suis tombée sur une citation, dans facebook, de Savitri Devi : « le divin dort dans la pierre, s’éveille dans la plante, sent dans l’animal et pense dans l’homme ». Cela me paraît d’une profonde vérité, c’est ce que je ressens en permanence. J’ajouterais que le divin, dans l’homme, crée. Peut-être même en premier lieu. En même temps, je me demande si cela est compatible avec le christianisme. Et pourtant, je crois que cela est vrai. De même que je suis tous les ancêtres qui m’ont précédée, je suis toute la Création, chaque être la récapitule en soi et est appelé à l'accomplir. Le grand péché de l’homme moderne est de ne plus ressentir cela, de se croire d’une autre essence, à qui tout est permis. Il se conduit envers le Vivant comme une cellule cancéreuse. Lorsque j’ai été si émue par l’écoute de la Mer de Debussy, j’ai senti que cette oeuvre dépassait largement son auteur qui en fut le médium doué. C’était la Mer qui chantait en lui, et en la Mer, le divin dont elle émane.
Les gens de Pereslavl, y compris moi-même, boycottent largement les parkings payants du gouverneur de Iaroslavl. Ils sont presque vides. Mais quand il y a aura beaucoup de monde, cela va devenir invivable. D’abord, évidemment, les cours d’immeubles brusquement envahies vont se doter de barrières mobiles. On ne saura plus où se mettre. En hiver, parfois, c’est très glissant et je n’ai pas envie de faire du patinage artistique sur les trottoirs...
J’ai vu mes panneaux installés, au café, et je suis très fière de moi. Dany m’a dit que j’avais mis de l’âme dans cet endroit, Anne que c’était un morceau de France poétique dans la lointaine Russie. Le personnel du café est très enthousiaste, j’attends les réactions de la clientèle.
J’ai écouté les larmes aux
yeux une déclaration de Philippe de Villers. Je ne sais pas s’ils ferait un bon
président, mais à la différence de tous
les autres politiciens, il sait parler avec poésie, passion et une apparente
conviction de la France, dans ce qu’elle a de charnel et de spirituel, de sa
civilisation, de nos lignées d’ancêtres, de nos héros, de nos saints, de nos
génies, raison pour laquelle les tarés de la caste le traitent d’illuminé. Mais
c’est de ce langage-là dont les gens ont besoin. Je croyais entendre parler un
Russe de son pays, comme ils le font encore souvent sans complexes. Et
tout de suite, on sent déferler le vent, on voit arriver la lumière, on sent
circuler la vie. Les autres parlent géopolitique, économie, politique
intérieure, et cela pue la mort.
J'ai parlé à Vladimir et Mariana de ce qui se passait en France, et ils étaient médusés: "On croirait les années vingt et trente en Russie... Tout cela est venu de chez vous, et puis maintenant, c'est retourné au point de départ. Mais les dégâts que nous avons subis sont tels que nous n'en sommes toujours pas vraiment remis, beaucoup de savoir-faire ont été irrémédiablement perdus. Le plus sidérant, c'est qu'ils nous accusent nous, de ce que eux pratiquent chez vous! C'est d'une fourberie absolument confondante!"

Cette fourberie et cette mauvaise foi, cette profonde vilenie ont imprégné une grande partie de la population française, élevée dans ce triste esprit, et aussi cette mentalité systématique d'imprécateurs et de commissaires du peuple, toujours à juger et condamner. Certes, je me régale à lire beaucoup de commentaires pleins de verve et de lucidité sous les mensonges énormes de la presse aux ordres. Mais quand même, la secte a de nombreux zombies. Je le vois à propos de la mort de Brigitte Bardot qu'à peine refroidie, on s'empresse de couvrir de boue, parce qu'elle avait l'esprit beaucoup trop libre, et la parole trop franche pour le mougeon de service. Je n'en rafolais pas comme actrice, mais pour moi, c'est toute la France de mon enfance qui s'en va avec elle, assassinée aujourd'hui par ces gnomes, celle des paysans en béret, des mémés en robe de satin fermière parmi les géraniums des ruelles de pierre blonde, des magasins et des restaus du coin de la rue, des cafés du commerce, et de la "plage ensoleillée", avec ses coquillages et ses crustacés. Il paraît qu'elle était raciste, pourquoi? Parce qu'elle a traité de sauvages les réunionnais qui enfilent un crochet dans la truffe des chats et des chiens pour s'en servir d'appât à la chasse aux requins. Mais elle avait absolument raison, et ce n'est pas une question de couleur ou d'ethnie. N'importe quel sadique qui se livre à ce genre d'occupation, qu'il soit noir, blanc, rouge, jaune ou vert ne mérite pas d'autre qualificatif, sinon quelque chose de pire que cela, car les vrais sauvages ne sont pas aussi dégueulasses.
Nicolas Bonnal m'envoie cet article remarquable sur la paysannerie:
https://lesakerfrancophone.fr/michel-serres-et-le-monde-perdu-de-la-paysannerie
Cela ne m'intéresse pas de vivre dans un monde sans paysans, et je suis finalement soulagée de ne pas y laisser de descendants. Ce monde-là sera peut-être hautement technologique, si ne le frappe pas le feu du Ciel ou les conséquences de ses actes ignobles, mais il sera totalement moche, sinistre et inhumain, d'une cruauté et d'une bassesse sans aucun précédent, et cela ne m'inspire nulle admiration, juste un dégoût immense. Même la culture classique que respectaient encore les idéologues tarés du siècle dernier n'aurait pas existé sans la paysannerie. Elle y plongeait ses racines. Elle en était nourrie. Je ne pardonnerai jamais ce qu'ont fait les deux dernières révolutions, la française et la russe, à la paysannerie, et je ne pardonnerai jamais à notre caste criminelle de l'achever sous nos yeux de cette manière infâme.
Chaque année, depuis presque une décennie, étant pire que la précédente, je me contenterai de souhaiter bon courage. Mais le pire n'est pas toujours certain... Je suis comme Léon Bloy, j'attends les cosaques et le Saint-Esprit.


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