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mardi 27 janvier 2026

Sous la neige

 


Gilles m’avait dit : « Viens au café, un de tes anciens collègues est à Pereslavl avec sa femme et des amies. » Il y avait aussi un concert de jazz au bar et nous y avons mangé des pizzas.  J’ai eu un coup de nostalgie, peut-être, au lycée, j'étais encore jeune. Mais au bout de quelques temps, j'ai retrouvé l'impression d'être l'étranger de Camus ou bien l'anarque d'Ernst Junger et me suis demandé comment j'avais fait pour travailler vingt ans dans l'Education Nationale. Nécessité fait loi. Et puis il y avait les enfants, et même parfois leurs parents... 

Auparavant, j’étais allée aux vigiles, à la cathédrale. J’ai confessé à l’évêque que je me consacrais plus à la création qu’à la prière, et que j’étais sujette à la distraction à tous les sens du terme. Il ne m’a pas fait de commentaires. Mais c’est peut-être un effet de la Théophanie, je me sentais joyeuse et apaisée. Le lendemain, j’étais à l’église du Signe. Le père Serge semble très content de m’y voir. Il a été, je crois, très sensible au fait que j’ai publié sur la page de sa paroisse le dessin que j’avais fait du magnifique sapin de Noël installé par sa femme. J’ai entrevu Katia, et  transporté Olga Victorovna à l’église saint-Syméon-le-Stylite, elle devait en rencontrer le prêtre. Il faisait moins vingt, je me sentais engoncée dans mes vêtements et pourtant, je n’avais pas très chaud.

J’aime bien l’église du Signe, et ses paroissiens, ravis de m'adopter, mais j’aime aussi beaucoup la cathédrale, et me sens tiraillée entre les deux.

Après cela, je suis rentrée me mettre à l’aise et au chaud, avec un café. Et j’ai reçu un coup de fil d’une bonne femme qui m’avait entendue chanter et voulait me rencontrer. Elle avait même bu un coup de champagne pour se donner le courage de m'appeler, et devant un tel effort, je n'ai pas pu refuser. J’ai accepté, et je suis allée chez elle, sur le bord de la rivière. Elle a une drôle de maison, toute en hauteur, une espèce de phare. Du haut de la terrasse, tout en haut, se découvre une vue magique sur Pereslavl, la rivière, le lac, les coupoles dorées du monastère Saint-Nicolas. De cette maison, elle occupe une seule pièce avec une atmosphère hippie, des trucs qui brillent, des rideaux et des plantes vertes. Elle a plusieurs petites maisons en plus de celle-ci, elles lui permettent d’héberger des hôtes payants, et elle voudrait créer un village d’artistes, de cinéastes. Elle fait elle-même des films. C’est le genre qui a des tas et des tas d’idées pour changer le monde et promouvoir l’art et la culture. Sa spiritualité est plutôt new age, c’est le cas de beaucoup de quadragénaires venus ici depuis Moscou.

Elle m’a fait de grands compliments de mes pastels : «C’est bizarre, moi, je ne vois pas ce que vous voyez, vous donnez à tous vos paysages quelque chose de féérique, de fantastique...

- Eh bien d’abord, je fais une transposition symbolique, fatalement, et puis vous savez, je pense que nous développons tous une vision utilitaire des choses, et à l’occasion de moments de révélation, nous découvrons que nous passons à travers le monde sans le voir. »

Je n'en reviens pas de l'intérêt que tous semblent porter à mes pastels. Non que je les en trouve indignes, mais j'ai été marginalisée toute ma vie, et voilà que tout d'un coup, on me porte au pinacle...

Sur VK, j’ai vu une déclaration d’une infirmière sur les enfants abandonnés à la naissance qui m’a tellement serré le coeur que cela m’a poursuivie toute la journée. Elle dit que les pauvres bébés comprennent très bien ce qui leur arrive et pleurent jusqu’à l’épuisement désespéré d’avoir perdu l’odeur, la voix et la chaleur de leur mère, quels que soient les soins qu’on leur prodigue. Ils savent, ils sentent, et la vie commence pour eux dans l’épouvante de la solitude et d’un destin incertain. Je pensais à cette monstruosité qu’est la gestation pour autrui et à cette autre abomination qu’est l’utérus artificiel, sans parler des avortements de plus en plus tardifs. On nous ment quand on nous dit que la vie encore insconsciente ne sent pas ce qu’on lui fait. Et pour ceux qui sont dans le coma et qu’on décide d’euthanasier, il est bien possible qu’ils se rendent compte de ce qui se produit. Je comprenais aussi mon immense angoisse, lorsque j’ai perdu mon père, à l’âge « inconscient » d’un an. Car j’avais déjà en moi l’empreinte de sa voix, de son odeur, de sa vue, de ses gestes. Et tout-à-coup, plus rien, et de tout ceci je ne me souviens plus consciemment. Mais mes terreurs nocturnes, et la peur que maman mourût pendant la nuit provenaient sans doute de là.

Dany est très choquée par la violence des commentaires qui exigent le "droit à l'euthanasie", les insultes contre les "religions", que personne ne connaît plus qu'à travers des séries débiles et une propagande systématique, et les "bonnes soeurs". J'ai vu que depuis la révolution, le choix de l'archevêque de Paris était soumis à l'approbation de la république maçonnique, c'est pourquoi, sans doute, de tous les pays catholiques d'Europe, la France est le plus complaisant à toutes les errances et le plus déchristianisé. En dehors de toutes considérations religieuses, je suis fascinée par cet enthousiasme pour la "mort dans la dignité", surtout après tous les excès honteux du covid, et l'incitation aux transitions de sexe chez les mineurs, avec toutes les conséquences affreuses qu'ils dénoncent souvent eux-mêmes par la suite. Qui vous dit, mougeons, que la loi sur l'euthanasie vous fera "mourir dans la dignité"? Qui vous garantira contre les faciles économies budgétaires, les héritiers pressés? Et on montre une brave dame qui choisit de mourir, pour cela, elle est allée en Belgique. "Voici le grand jour, que prendrez-vous pour votre dernier petit déjeuner? 

- Ah je veux tout, des croissants, de la confiture, du café, tout, tout, tout"! 

Je ne sais pas si j'aurais beaucoup d'appétit, devant la perspective, c'est-à-dire que je n'aurais pas vraiment la tête à ça. Je crois que je ferais plutôt venir un prêtre. Ce n'est pas une opération de l'appendicite, c'est l'injection fatale, débouchant soit sur l'anéantissement, soit sur un monde inimaginable auquel on est mal préparé même quand on s'y prépare plus ou moins...

Parallèlement, l'Etat envoie ses cognes par bataillons entiers tabasser les paysans, c'est à vomir. Je comprends la sympathie de l'Europe pour l'Ukraine et ses bataillons punitifs, elle est fondée sur de réelles affinités, peut-être même a-t-on recrutés les gendarmes masqués parmi ce joyeux public de la croix gammée exotique. Dans un fil de commentaires où une amie faisait allusion aux nazis ukrainiens, un abruti de service a finement répliqué: "Pourquoi ne parlez-vous pas des nazis russes?" C'est une réponse que je vois souvent, et qui ne répond à rien de réel, ou de façon si confidentielle que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Le nazisme n'a pas trop bonne presse dans un pays qui a laissé des millions de gens dans la résistance à l'invasion allemande. C'est ce que j'ai écrit: "Les Russes ne font pas du nazisme une idéologie officielle, ils ne font pas de défilés aux flambeaux avec des croix gammées, ils n'ont jamais sauté, à la façon des Ukrainiens du Maïdan, sur la place Rouge en scandant: "les Ukrainiens au poteau", même à présent, alors que beaucoup d'Ukrainiens sont réfugiés chez eux, et ils ne les ont jamais fait griller comme l'ont fait les Ukrainiens nazis des prorusses, dans la maison des syndicats, à Odessa."

Ce commentaire a été effacé par le Figaro. Sans doute parce que trop vrai et trop documenté. J'expérimentais déjà ce genre de choses en 2014, et les années qui ont suivi. C'est quand je vois tout cela, que j'ai du mal à espérer un sursaut français. Les gens marchent dans les pires combines, croient n'importe quoi et poursuivent les réfractaires de leur hargne vertueuse avec zèle. Ils n'ont rien fait pour les gilets jaunes, rien fait pour les soignants persécutés, rien fait pour les agriculteurs, ils sont mûrs pour la tyrannie, mais donnent des leçons de morale et de démocratie avec un aplomb de commissaires du peuple, sur des sujets où ils sont aussi ignorants que manipulés.

Je suis allée faire graver une médaille avec mon numéro de téléphone, pour Nini, au cas où elle se perdrait, mais cela m'étonnerait, car elle me suit à la trace. Le gars fait des clés, vend des bracelets montre, j'ai souvent affaire à lui. Quand je lui ai expliqué ce que je voulais, que c'était pour ma chienne, il a eu un fin sourire et m'a tendu un papier, pour inscrire la commande. Et il me l'a remise avec un air satisfait et ravi. Il avait écrit "NINI", en grandes lettres décoratives, avec tant de gentillesse! Une belle médaille! Ce n'est certes pas un robot qui pourrait me donner la joie que m'a procurée ce bon monsieur! 

Ce matin, ce n'était pas le Kamtchatka, mais cela commencçait à y ressembler. Il était tombé tellement de neige que je ne voyais plus les chemins que j'avais tracés, j'ai passé deux heures à les dégager, et je n'ai pas osé prendre ma voiture, alors que j'ai diverses courses et démarches à faire, mais l'idée de me retrouver à nouveau coincée dans une congère à attendre l'aide des voisins me refroidit quelque peu, c'est le cas de le dire.




 

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