Translate

jeudi 9 avril 2026

Cène

 


Ici, on nous promeut Max, à la place de telegram et de Wahttsapp, bon, Whattsapp, on comprend, c'est l'ennemi. Mais telegram? Au début, je ne comprenais pas que les gens en fissent une telle histoire, Max avait le défaut à mes yeux ne ne pas me permettre d'appeler mes proches en France, mais à part ça, bon, pourquoi pas? Mais non, me dit-on de toutes parts, il ne faut pas, pas Max, et c'est promu par un ancien lieutenant du mafieux libéral Khodokorski (que fait-il dans la périphérie du gouvernement?), et c'est une tentative d'asservissement numérique. Sur les conseils de l'entourage, je télécharge Imo, et au début tout va bien, mais voilà que nos messages oraux, à Dany et à moi, deviennent incompréhensibles. Nous repassons sur la messagerie de VK, même combat.  Hier, voilà que plus rien ne s'ouvre et que de toutes parts, on me demande de donner identifiants et mots de passe, et puis de confirmer iceux, et ensuite, de scanner un QR code, et j'arrive ainsi, après avoir galéré des temps sur ces divers sites, à une fenêtre de yandex me demandant de faire une identification biométrique. J'ai tout arrêté, tant pis pour Yandex et tout le reste. Je me sentais piégée. Dirrigée habilement dans la direction qu'on veut faire prendre aux boeufs. En réalité, le problème ne se serait pas posé à moi si Dany arrivait à télécharger un VPN digne de ce nom sur ses téléphones pourris. Car à part avec elle, je me sers toujours de telegram. Et même de Whattsapp. Qui plus est, les promoteurs de Max s'en servent aussi. Tout le monde s'en sert. Car lorsque on essaie de faire aux gens violence en les manipulant et en leur imposant des parcours et des interdits absurdes, s'ils restent normaux, ils cherchent des parades et ils les trouvent. 

Un correspondant français me dit que tous les gouvernements tentent de nous coincer de cette manière, en effet, c'est logique. Heureusement, je suis trop vieille pour vivre bien longtemps dans ce "merveilleux nouveau monde". Car outre le déplaisir d'être surveillée par des personnages à qui je ne serrerais pas la main dans une soirée, cela nous rend la vie impossible. On en passe des heures à essayer de se repérer sur des sites qui nous mènent en bateau et ne marchent souvent pas bien. Sans compter les sites administratifs occidentaux auxquels on ne sait comment avoir accès. Il n'y a que la Sberbank qui soit simple et efficace, soit dit en passant. Je vais finir par me contenter des courriels et d'un téléphone filaire, et je ferai l'imbécile, quand on est vieux, c'est assez admis.

Je serais plus jeune que j'irais "planter des poireaux au Khamtchatka", comme ma cousine Françoise, dans notre jeune temps, me prédisait que je finirais par le faire. Peut-être pas au Khamtchatka, mais dans le nord, ou le sud, le désert, la forêt, loin. Là où les holdings de l'alimentaire ne trouveraient pas avantageux de massacrer vaches et paysans pour se faire de la place. Vous me direz, où? Le pays artificiel qui bombarde tout autour de lui et s'infiltre partout, dans l'optique d'un empire globaliste intelligent et supérieur, n'aura bientôt plus d'autre solution que le Birobodjan ou la Patagonie qu'on incendie déjà pour lui. Les Patagons se croyaient sans doute bien tranquilles. Eh bien non. Après les Palestiniens, les Libanais, les Syriens, les Iraniens, et à mon avis les Ukrainiens, ce sera le tour des Patagons. Le Birobidjan ne semble pas envisagé. Il faut dire que faire la révolution en Russie et se voir proposer; en fin de compte, le Birobidjan par un Géorgien moustachu quand on pensait tout rafler, cela n'est certainement pas très bien passé.

J'aime bien le père Andreï, car à l'inverse de ce qui se passe avec ses autres pénitentes, souvent plaintives, en tous cas sérieuses, nos séances de confession sont souvent agrémentées de pintes de rigolade. Je lui disais que j'avais un brin d'acédie, un peu d'anxiété: "Vous avez entendu l'explosion? On nous dit que c'était un avion qui passait le mur du son, mais j'ai quelques doutes..."

Il baisse la tête et pouffe de rire: "Un avion qui fait trembler les maisons et vibrer les vitres?.. Enfin de toute façon, vous savez ce que nous dit le Christ: "N'ayez pas peur." N'ayez pas peur, Laurence. Il nous a ouvert la voie et nous sommes dans sa main."

C'était la veille de la liturgie de la Cène, où je me suis rendue ce matin, mais j'ai choisi d'aller à l'église du Signe. Elle me plaît aussi beaucoup, cette église, elle est pour moi plus pratique, le trajet, le parking, l'horaire, elle est très jolie, et pleine de gens très gentils. Mais ils sont très gentils aussi à la cathédrale, c'est crucial... Qui plus est, j'ai réussi à coincer la femme du père Alexeï, Lena, qui dirige le choeur, et elle était un peu raide et impatiente; "Qu'y a-t-il? Je suis très pressée...

- Je voulais vous proposer de travailler avec vous la prononciation de  votre tropaire de Pâques en français..."

Son visage sérieux et contrarié s'est illuminé d'un sourire de petite fille à qui on propose la plus belle poupée du monde, j'en étais bouleversée. Elle m'a emmenée dans le choeur pour me faire écouter. C'est bien en l'honneur de leur seule Française qu'ils vont chanter cela dans ma langue. J'ai donc de véritables liens avec la cathédrale!

J'ai quand même bien fait d'aller au Signe, car il y régnait une atmosphère particulièrement recueillie et douce, toute dans la mélancolie du dernier repas avant la prochaine crucifixion et la lumineuse attente de la Résurrection qui suivra, et dans les moments où je ne somnolais pas sur l'escalier où je m'étais assise, je versais des larmes de béatitude, en joignant à mes souvenirs de Solan, ceux des miens morts et vivants qui se succédaient, muets, dans mon âme. J'en oubliais la dictature numérique, et toutes les horreurs d'Ukraine et du Moyen Orient. Et pourtant, tous ces jours-ci, j'étais hantée par la discussion d'Ivan et Aliocha Karamazov sur la souffrance des enfants, je suis tellement proche de Dostoievski, que je pourrais affirmer que je suis son âme soeur française. Et dans cette crucifixion, ce supplice abominable, sont emportées vers le haut, vers l'inconcevable abîme divin, toutes les autres, toutes nos souffrances, et d'abord celles des innocents. Je ne sais pas comment on se remet, même dans l'autre monde, de ce que traversent et voient certains êtres, à vrai dire beaucoup trop nombreux, mais cela fait partie du mystère de la Croix, de sa ténèbre d'or. 

Sacrifices

 

Les hurlements dans la nuit noire

Ne troublent pas la tripe molle

De ceux qui ont le cœur à boire

Du sang d’enfants dont ils raffolent.

 

Ce sang coulant sous les trottoirs

Ne tache pas leurs escarpins,

Ces pleurs ne gâchent pas le soir

Les bons moments entre copains.

 

Ecartelés dans les ténèbres,

Sous les assauts de gros crapauds,

Ils crient sans que les gens célèbres

Soient retenus par leurs sanglots.

 

Les démons se mouchent et s’essuient

Sur l’âme tendre des victimes

Et personne ne s’en soucie

Dans le fracas de notre abîme.

 

Les enfants serrant leurs nounours

Ne voient les anges qu’en mourant,

Laissant leurs corps aux durs vautours

Qui les lacèrent en jouissant.

 

Jésus va me sauver, dit-elle,

Trépassant sur le carrelage,

Quand son gardien prend sous son aile

Son âme froissée d’enfant sage.

 

Par-delà les ricanements

Des ogres et puis des vampires

C’est bien Jésus qui les attend

Dessus la croix où il expire.

 

C’est son sang que rejoint le leur,

Aux gouffres du profond enfer

Que fertile la pluie des pleurs

Sur les débris des cœurs de fer.

 

C’est vers la lumière qu’emporte

La blanche ascension de sa Pâques

Les petits que la mort déporte

Sur l’eau rouge de ce cloaque.

 

Tous les grands feux de Babylone

Ne cuiront pas les séraphins

Venus cueillir les chérubins

Sous les nuées qui déjà tonnent.

 

 

 

 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire