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lundi 27 avril 2026

Optimisme

 


A Moscou, j'ai assisté à la réunion de Xavier Moreau qui lançait sa candidature aux élections consulaires, avec une conférence de Nikola Mirkovic, qui nous incitait à faire preuve d'un patriotisme optimiste, mais le monsieur qui était assis à côté de moi, un catho tradi, ne semblait pas très convaincu. Moi, c'était pour prendre une dose d'optimisme que j'étais venue, mais je commence aussi à avoir parfois du mal à en faire preuve. J'ai dit à Xavier Moreau que je voterai pour lui rien que pour emmerder le gouvernement. Il m'a répondu que je ne serais pas déçue car son intention était de le faire dans les grandes largeurs.

La petite-fille du père Valentin, Zina, m'a invitée à la représentation théâtrale de son école orthodoxe, et bien sûr, je ne pouvais pas refuser, bien que la chose ne me tentât pas du tout. Difficile de dire à une enfant qu'on ne veut pas voir sa prestation préparée tout au long de l'année, mais ce genre d'événement est souvent profondément ennuyeux quand on n'est pas directement concerné. Cependant, je n'ai vraiment pas regretté d'avoir fait l'effort, car j'ai été subjuguée par la qualité du spectacle et de l'interprétation, par l'inventivité, l'humour et la poésie des costumes, l'entrain des danses, la spontanéité, la joie, le naturel des petits et des jeunes acteurs, leur fraîcheur, leur grâce slave elfique. Il s'agissait du voyage de Nils Holgeirson, livre dont j'avais raffolé à leur âge. Les oies sauvages se reconnaissaient à leurs casques d'aviateurs et à leurs grands pieds palmés! Je songeais qu'il était bien agréable de voir un Nils scandinave crédible, et non un Kirikou déplacé dans le contexte. Je ne doute pas qu'avoir participé à cette merveilleuse expérience laissera à tous ces enfants une trace positive profonde. 

Le matin de mon départ, j'ai été rejointe par une Belge émigrée en Biélorussie, où vit son mari russe, Patricia. Elle joue aussi des gousli, et le premier jour, a pu la faire sur ma terrasse, malgré un vent glacial, car il y avait encore du soleil. Mais ensuite, le temps s'est tellement gâté, qu'elle a décidé de rentrer chez elle, car nous ne pouvions rien faire, pas de visites possibles sous des trombes d'eau et de neige fondue. Nous sommes allées à un concert au bar du café, c'était Génia le balaliker, avec un autre virtuose de la balalaïka, ils ont commencé par des oeuvres de musique baroque pour montrer qu'on pouvait jouer n'importe quoi sur leur petit instrument populaire, puis des airs traditionnels, puis ce qu'ils improvisent sur des airs traditionnels, et c'est devenu complètement magique, l'équipier de Génia entrait en transes, j'étais fascinée par ses mains agiles, les sons incroyables qu'il obtenait, sa fusion organique avec la balalaïka, et les abîmes cosmiques dans lesquels nous projetaient ces deux types. Ce n'était pas du folklore interprété, modernisé, vulgarisé, trahi, c'était du folklore intériorisé qui trouvait sa prolongation contemporaine naturelle dans le jeu de ces deux garçons habités par lui, nés dans un milieu urbain, dans une époque désaxée, mais fécondés par toute la paysannerie qui les avait précédés. J'ai trouvé ma dose d'optimisme dans ces deux moments, le spectacle des enfants à l'école orthodoxe, le concert confidentiel des deux génies de la balalaïka dans le sous-sol voûté du café: c'était de l'eau vive, une résurgence, le fil frais et vivifiant de l'Esprit qui souffle où il veut.

Le lendemain, j'ai bravé les éléments, avec Patricia, pour aller à l'église à l'aube. Valérie nous a ensuite rejointes depuis Serguiev Possad, mais à cause du mauvais temps, elles sont parties aujourd'hui ensemble, craignant que leur bus ne soit pris dans la tourmente: tempête de neige toute la journée, des flaques d'eau glaciale, presque gelées, j'ai dû aller à nouveau nourrir les oiseaux...


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