Dans le cadre des sinistres massacres de troupeaux qui font écho, en Sibérie, à ceux qui se pratiquent en France, a été assassiné le cerf apprivoisé d'une paroisse, où il était le favori des enfants. Parallèlement, les "écolos" gouvernementaux se demandent, chez Macron, s'il ne faudrait pas éliminer les chiens et les chats dont l'existence nuit à la planète. C'est-à-dire que tout ce qui gêne le business ou même utilise le même air, la même eau et le même espace qu'un certain type de gnomes doit être éliminé. En réalité, je pense que beaucoup de ces médiocres enragés qui arrivent aux postes de responsabilités un peu partout détestent la vie, surtout sous ses formes les plus belles, les plus nobles, et les plus innocentes. C'est pourquoi ils adorent la chasse aux bêtes sauvages. Et aux enfants.
Hier, j'ai passé presque toute la journée à l'église entre la liturgie de la Cène et la lecture des douze Evangiles. Pour l'office de la mise au tombeau, j'arriverai en retard, et lirai chez moi tout ce qui précède les stances, au moins, je comprendrai quelque chose. En fait, la lecture des évangiles, je la comprends pratiquement sans suivre le texte, mais ce soir, c'est plus compliqué.
J'ai vu un extrait d'interview de Philippe Jacottet sur la fonction spirituelle de la poésie.https://www.facebook.com/reel/1446169326979320
J'ai une immense admiration pour ce poète, dont l'oeuvre s'évade en permanence dans "l'au-delà des choses" évoquée par Rilke. Je me suis fait la réflexion que c'était là mon élément. Je ne suis pas une ascète et beaucoup de textes religieux m'ennuient ("ils m'ennuient aussi", m'a dit un jour l'évêque en riant. Et pourtant, c'est certainement un ascète...), mon appréhension du divin est essentiellement poétique, c'est pourquoi je suis particulièrement sensible aux psaumes. C'est comme ça. Chacun son truc. Mais ce qui me donne le vertige, c'est de constater que la poésie, qui faisait partie de la vie des gens, dont regorgeaient leurs chansons, leurs contes, leurs objets quotidiens, a été presque complètement éliminée de leur vie, au point qu'ils ne savent absolument plus ce que c'est, et parallèlement, d'ailleurs, la spiritualité aussi. C'était un besoin autrefois, et pas seulement dans les cénacles intellectuels, il suffit d'écouter les chansons réalistes, les chansons traditionnelles, de regarder tout ce qu'on faisait et portait, et ce qui se passait quand on se réunissait à table ou au coin du feu, l'humanité éprouvait le besoin de transcender tout ce qu'elle vivait. Les iraniens, dont j'adore la musique extrêmement ancienne, raffinée et contemplative, ont gardé ce réflexe et je vois des musiciens jouer dans les ruines de leur école détruite, ou devant les infrastructures qu'ils voudraient protéger. De sorte qu'en fin de compte, sans être musulmane, je me sens beaucoup plus proche d'eux que de ce qu'est devenu l'occidental mutilé de tout ce qui faisait notre humanité, notre grandeur. Le monde occidental est si étranger à la poésie qu'on ne peut plus y respirer. Je n'exclus pas totalement la Russie du problème, car beaucoup de mal a été fait par les gnomes au pays des elfes.
Heureusement qu'il y a l'église. J'ai un peu de mal à y aller, c'est comme la gymnastique ou la natation, il faut se pousser mais quand on revient, on est très content. Chaque église qu'on restaure est un peu de spiritualité et de poésie retrouvées dans un monde qui les persécute et les exècre à divers degrés. Ainsi, dans le centre dévasté de Pereslavl, le bulbe de l'église Saint-Serge, qui fut longtemps le siège de la Sberbank, apporte-t-il tout-à-coup une touche réconfortante pour les yeux et pour l'âme. La promesse en bouton d'une fleur mystique...
Il y a dans les Evangiles de la Passion une vérité non seulement spirituelle mais quasiment médico-légale, c'est presque un reportage. Les Evangiles ne sont pas exempts de passages orientaux un peu mythiques sur les bords, d'exagérations épiques, mais là, tout sent fortement la réalité, et pourtant, avec des signes, des symboles, des repères. Et l'on voit les gnomes à l'oeuvre et Dieu muet devant eux. Il n'a rien à dire aux gnomes, car les gnomes sont sourds au langage de Dieu comme ils le sont à la poésie. Et à l'amour. Et à l'innocence, à la pureté. Enfin oui, pour faire court, au langage de Dieu.
Il a fait très mauvais le jour de la Crucifixion. Aujourd'hui, le vent souffle et apporte le soleil dans la froidure, comme un grand mouvement de l'Esprit qui se lève.

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