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dimanche 27 septembre 2026

Retour en automne

 


Avec Gilles, nous avons parlé de la propagande française enragée et stupide. J'avais vu un article comme quoi le viol était pour les Russes une façon de faire la guerre, et qu'ils violaient en masse,  au Donbass, les femmes de quatre à quatre-vingt-deux ans. Sans mettre cela le moins du monde en question, un commentateur disait qu'ils pratiquaient cela depuis quarante-cinq. Je lui ai répondu: "Etant donné que cette nouvelle est complètement fausse, (et je le sais, j'ai vu suffisemment de témoignages sur la conduite des bataillons punitifs ukrainiens, qui, eux, violaient dans les grandes largeurs, et sur les soldats russes, généralement accueillis dans le Donbass en libérateurs), je commence à metttre sérieusement en doute ce qu'on nous a raconté sur les viols de l'Armée rouge"

- D'autant plus, me dit Gilles, que les Russes sont beaucoup plus portés sur la bouteille que sur la chose. Et puis naturellement, les Américains en France, c'étaient de vrais gentlemen qui épousaient de petites Françaises, après une chaste correspondance et des livraisons de bas nylon et de chewing gums...

- Sans compter les troupes africaines de l'armée française qui violaient en réunion les paysannes italiennes." 

Je viens de voir un entretien avec Didier Raoult qui expose calmement le fait que nous sommes entièrement inféodés à une mafia atroce. Et il déclare: "A moins de finir comme Cioran, on ne peut pas passer sa vie à être lucide. Il y a des choses qu'on préfère ne pas savoir." Ce qui m'a rappelé le mot de Solénitsyne: "On a le droit d'être informé, mais aussi celui de ne pas savoir". C'est un problème délicat, l'ignorance des faits permet aux vautours de faire ce qu'ils veulent. Mais les abîmes de saloperie qu'on découvre dans les caves du pouvoir peuvent rendre fous les gens normaux, incapables d'une telle vilenie.

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J'ai vu arriver mon ami l'higoumène Parthène du monastère Anastassov. Il était accompagné d'une jeune fille angélique, guide à Toula, Galina, et du moine Isaïe, ancien prêtre, qui a conservé sa paroisse près de Moscou. Tous trois venaient m'interviewer, sur ma conversion, le rôle de la culture russe dans ma vie et notemment de Dostoievski dans ma conversion, et aussi de Tarkovski. C'était fatigant mais très intéressant, et ces trois personnes étaient si sympathiques, si vraies, chacune dans leur genre... Je fus contente d'apprendre que la jeune Galina était fiancée, car elle est si empathique, si hypersensible, si sincère et si pure qu'elle me semble avoir bien besoin d'un homme à ses côtés, et ce sont précisément les filles comme elles qui ont le plus de mal à en trouver un.

Galina était fascinée par l'histoire du samovar de Toula qui m'accompagnait depuis moin adolescence, et que j'avais offert à mon ami Sérioja, quand j'ai quitté la Russie en 2010. Je voulais laisser cet objet dans sa patrie. Maman l'avait trouvé sous la pluie, dans la cour d'une vieille dame tombée dans la débine. Celle-ci le lui avait donné, et nous l'avions restauré. Il avait le sceau des fabricants, avec un aigle à deux têtes. C'était le samovar d'une gouvernante française, qui l'avait emporté avec elle quand elle avait fui la révolution de 1917. Galina donnerait n'importe quoi pour avoir ce samovar au musée de Toula, il me faudra en parler à Sérioja...

"Vous pouvez apporter tellement aux Russes par le regard que vous portez sur eux, leur histoire et leur littérature, me dit le moine Isaïe, cela apparaît jusque dans vos paysages, vous voyez en notre nature ce qui ne nous est pas évident, vous êtes une sorte d'apôtre". Cela me paraît un bien grand mot, mais sur le fond de mon expédition chez le père Elie à Terrasson, cela me confirme dans mon rôle de témoin, de messagère. Et depuis que je suis rentrée, j'éprouve une sorte d'appaisement. Laisser les miens me fut difficile, ils me manquent et je les aime, la guerre que le Satan de l'Elysée veut absolument obtenir peut nous séparer pour longtemps ou quelquefois pour toujours, mais j'ai reçu l'assurance qu'ici est ma place.

Katia est passée me dire bonjour, puis le père Vassili, sa matouchka et deux de leurs enfants sont venus chercher leur commande d'eau de toilette Roger et Gallet, j'en ai même acheté pour moi-même dans l'élan, c'est frais, discret, convenable pour une jeune fille qui fait ses études à la Laure de la Trinité-saint-Serge, l'épouse d'un prêtre ou une vieille dame.

J’ai eu aussi la visite de jeunes gens venus m’interviewer. Des étudiants d’un institut de formation aux métiers du cinéma et de la télévision. Maximum vingt ans, frais comme des roses, et l’un d’eux blond et bouclé comme un angelot. Mais ils m’ont mise sur les rotules. Il leur fallait aussi tourner en extérieur, je les ai emmenés à la plage municipale, où tout le tendre azur et les ors de l’automne se refléchissaient dans l’eau lisse du lac. Puis, épuisée, je me suis rendue à la pendaison de crémaillere de l’artiste peintre Ioulia. Elle habite dans le village artistique de Pereslavl, Kriouchkino, et j’ai vu qu’on y vendait une isba. Ce village a été tres abimé mais le quartier des artistes tient bon.

Ioulia est tres malade, c’est pourquoi je suis allée chez elle malgré la fatigue. Elle m’a dit qu’elle avait appris, a cause de sa santé, a vivre au jour le jour, comme Marie-Jeanne à Pierrelatte, devant la vieillesse. Il faut se réjouir de la vie qu’il nous reste, comme, selon les mots du Belge Nicolas, de la beauté qui subsiste encore.


Le mari de Ioulia, le peintre Pacha Morozov, m’a offert un tableau pour me remercier de leur en avoir donné un. Il avait l’impression qu’il ne me plaisait pas. Si, il me plaisait, mais je me demandais où j’allais le mettre. J’ai trouvé la seule place disponible, et elle est idéale.

Il faisait chez eux un froid terrible. Ils ont trouvé une maison en bon état et dans leur prix mais c’est une datcha d’été. Heureusement, la partie centrale, en rondins, est mieux isolée. Et le gaz arrive dans le village. J’ai vu que se vendait une isba dans leur rue.

Je reprends mes marques, mon voyage en France m'a profondément émue, je suis contente de l'avoir fait. Et apaisée. Il fallait le faire, et revenir.  

Souvenir de Cobjours...



2 commentaires:

  1. Bonjour Madame , c'est un soulagement de vous lire à nouveau. Inquiet de ne plus avoir de vos nouvelles depuis trois semaines. J'étais peut-être passé à coté de l'info concernant votre voyage en France. Et comme on ne dit jamais assez aux bien aimés qu'ils sont appréciés, permettez moi de vous remercier pour votre blog. Ici en France, tout est moche, il faut trouver le beau pour être rasséréner. Dans les Alpes, nous avons eu ces derniers jours de magnifiques aubes. De la lumière...

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    1. Bonjour. Quand je vais en France, je préfère ne rien dire, et faire un rapport au retour! J'avais fait pareil quand je suis allée au Donbass... La chronique précédente relate mes impressions de France.

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