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lundi 5 octobre 2026

Reliques


Une amie Belge est venue visiter Pereslavl. Elle travaille à Moscou, et elle a un permis de séjour. Au café français, elle a soupiré que cela sentait la France, la décoration, l'ambiance, la musique calme et moelleuse. En effet, il y a beaucoup de restaurants à Pereslavl, et la plupart sont bons. Mais à La Forêt, on trouve un peu de ce que représente le troquet du coin en France. On commande et paie tout de suite, un repas, ou juste un café, ou un café avec des pâtisseries, on n'attend pas de serveur, de menu, ni l'addition à la fin, on est libre, on s'asseoit seul, ou bien on donne rendez-vous à quelqu'un, ou bien on y rencontre un ami de façon inattendue, c'est un lieu de vie sociale, d'échanges. Mon amie ne regrette pas la Belgique. Elle est contente d'y aller, mais ne pourrait plus y vivre.

Auparavant, nous étions allées chez notre amie commune Hélène, la fille de la regrettée matouchkka Alexandra. Nous y avons vu une jeune femme, née de l'émigration blanche, qui a épousé un Russe et rejoint de la sorte la patrie de ses ancêtres. Elle nous a parlé avec une certaine nostalgie de l'élégance française, qui, à vrai dire, disparaît à vue d'oeil.  Nous nous sommes rendues toutes ensemble sur la tombe de la matouchka. Il faisait soleil, avec un vent froid sur les forêts dorées, et les drapeaux des tombes de soldats, dans le carré d'à côté, nombreuses, trop nombreuses, mais rien à voir avec les nécropoles ukrainiennes à perte de vue...

Hélène voulait planter sur la tombe de sa mère. Nous avons chanté "mémoire éternelle". Je pensais que la matouchka devait en être contente, elle aimait beaucoup le chant liturgique et elle nous aimait beaucoup. Saluée de la sorte, sa tombe gardait sous le soleil quelque chose de l'allégresse de ses funérailles.


Ce matin, nous nous sommes rendues à la liturgie de l'aube chantante, submergée par les gosses de l'orphelinat. Le père Alexis nous a communiqué qu'à la faveur de la réparation des églises, on avait entrepris des fouilles près de celle du métropolite Pierre, et que le dernier prêtre à en avoir été le recteur, fusillé par les bolcheviques, et enfoui par derrière, allait être bientôt exhumé. Ce prêtre a été canonisé parmi les nouveaux martyrs de Russie, il s'agit de saint Constantin de Pereslavl. 

Mon amie a tenu à aller vénérer son icône, qui se trouve dans la cathédrale Saint Alexandre Nevski, juste à côté. Je l'ai présentée au père Andreï. "L'invention de ces reliques est pour nous très importante et pleine de sens, nous a dit le père Andreï. Cet événement fait suite à la découverte de l'inscription médiévale, sur les murs de l'église de la Transfiguration, dénonçant les assassins du prince André Bogolioubski, et tout cela s'est produit après qu'on eu créé l'évêché de Pereslavl-Ouglitch. Sur le fond de tout ce qui se passe en ce moment, il est probable que c'est destiné à nous prévenir autant qu'à nous encourager... Il faut savoir que saint Constantin a été tué avant la famille impériale, c'était encore la Russie d'avant...

- Oui, et en plus, on a aussi récemment retrouvé les reliques de saint Dmitri Donskoï. C'est très important pour la Russie, et c'est important pour moi. Car je suis allée en France, avec les reliques de saint Luc de Crimée, qui a exercé ici, afin de les remettre au monastère de la Transfiguration. Mon voyage m'a beaucoup émue, et même bouleversée, mais quand je suis rentrée, j'ai éprouvé la calme certitude que ma présence ici était providentielle et que je revenais vraiment chez moi. Or, voyez, juste après mon retour, voici que les reliques de saint Constantin sont retrouvées..."

J'ai vu que le père Andreï avalait et digérait ce que je venais de dire, l'oeil pensif et attendri: "Attendez-moi, je vais vous offrir mon dernier livre". Nous avons eu chacune le nôtre. Un livre sur Andreï Bogolioubski.  

A Moscou, il y a deux jours, j'ai dîné avec la dissidence française chez Iouri et Dany. Iouri a parlé des trahisons russes du Donbass, qui ont eu lieu à plusieurs reprises, contrairement au contenu des contes bleus qu'on répand en occident sur la question. Ainsi que je l'ai dit souvent, Moscou ne voulait pas de guerre, et d'autant moins que nombre de politiciens et d'oligarques avaient du bien en occident, et leurs enfants dans des universités occidentales. Ils voulaient commercer et passer leurs vacances sur la côte d'Azur. Ils n'arrivaient pas à comprendre que l'ouest ne voulait pas d'eux et entendait mettre le pays en coupe réglée en se servant de l'Ukraine comme cheval de Troie. D'après Iouri, cet état d'esprit perdure. Cependant, il mésestime la stupidité hystérique des ennemis de son pays, et l'état de déliquescence dans lequel ils ont mis les leurs. Je crois comme Moïsseïev que la Russie ne sera pas forcément sauvée grâce à ses dirigeants mais grâce à Dieu, et grâce à l'aveuglement délirant de la caste qui ne saura pas gérer le problème et dont les membres se dévoreront les uns les autres, dans leur cupidité et leur bassesse...

Sur le fond de ce qui se passe en France, j'en suis de plus en plus persuadée. On dirait que tout le monde devient fou, de tous les côtés, dans tous les partis, on dirait que le pays s'ukrainise, sombre dans une espèce de méchanceté hallucinée et de bassesse ricanante qui me fait penser au Maïdan. Quelle honte, et quelle douleur... A droite, on est content de voir casser du jeune, le jeune étant forcément un petit con de gauche manipulé par LFI, ou une racaille. Or, d'après ce que j'ai lu, les revendications des lycéens sont justifiées: des locaux insalubres, des classes surpeuplées, pénurie d'enseignants, d'infirmières scolaires etc... Ces ados sont loin d'être tous des racailles, mais naturellement, le gouvernement a lâché les siennes sur les manifs, pour envenimer le truc, comme d'habitude. Les vraies racailles ne sont pas du tout l'objet de ces rigueurs policières, personne ne va les éborgner ou les édenter dans leurs quartiers, et les lycéens seraient moins férocement réprimés s'ils avaient massacré une grand-mère ou violé leur voisine. Les vraies racailles sont utiles à la caste pour mettre le boxon, et faire trembler les zones pavillonnaires. Je crois facilement que les lycées sont à présent complètement sinistrés. Comme les hôpitaux, comme l'agriculture, l'industrie, comme les centre-villes déserts. L'argent public part ailleurs, chez Zelensky par exemple. La France est vendue, pillée. L'Etat a laissé tomber l'école. Et pour former qui? Les enfants des gueux? Tout le monde s'en fout, plus ils seront abrutis, mieux ce sera. Les enfants de la caste ne vont pas dans les établissements concernés. De sorte que les enfants du public, même décidés à bosser, même doués, n'ont aucune chance de s'en sortir, d'autant plus que les métiers dignes sont l'objet de persécutions fiscales et administratives impitoyables, et que les métiers d'esclaves connaissent un chômage sans précédent. Et quand ils commencent à le comprendre et à faire du foin, on les éborgne, les défigure et les tabasse, comme on l'a fait des gilets jaunes, des soignants et des éleveurs. Avec la même brutalité délirante, ce qui nous démontre que de notre avis, de nos votes, nos manifestations et nos pétitions, de notre vie et de notre avenir, on se fout royalement en haut lieu.  Ainsi petit à petit, ce qu'ont subi gilets jaunes, éleveurs et lycéens sera appliqué à toutes les catégories sociales, pour finir par les banlieues, quand ses bandes auront rempli leur office de gardes rouges ou de chemises brunes, destinés à effrayer les castors. Et c'est facile à mettre en place, puisqu'aucune de ces catégories sociales ne comprend vraiment la manoeuvre, et que chacune se réjouit de voir taper sur le voisin, qui l'a forcément bien mérité. La France entière peut commander des yeux de verre et des implants dentaires, ses maîtres se réjouissent déjà de voir borgnes, édentés, manchots et unijambistes se taper dessus comme ils peuvent et approuver avec enthousiasme les répressions exercées sur l’ennemi de classe.

Il y a quelque chose pour moi de particulièrement consternant à voir le nombre de gens qui se réjouissent et font de l'esprit devant des adolescents défigurés à quatorze ou quinze ans par des tirs de LBD ou de grenades lacrymogènes. Ils vont bientôt leur souhaiter une bonne guerre, à la grande satisfaction du gouvernement, qui ne rêve que de cela. Quand ces pères fouettards appartiennent à ma génération, je trouve cela particulièrement succulent, avec tout ce que j'ai vu et entendu dans les facs des années soixante-dix ou les cénacles intellectuels, ou les villas du Vaucluse ou de la côte d'Azur, toutes les bêtises des cultivateurs de haschich, des partouzeurs distingués, des trotskistes de salon. Les voilà qui ne parlent plus que du travail et de la patrie, et de la nécessité de la schlague, allez les bourres, hardi, hardi, cognez. Comme par hasard, ce sont les mêmes qui ne voulaient rien savoir sur le Donbass, et fermaient pudiquement les yeux sur l’attirail nazi des bataillons punitifs ukrainiens. Ou bien sont favorables à une invasion musulmane de la France mais se taisent sur les génocides au moyen orient. Ou bien encore approuvent ces génocides d’Arabes qui veulent rester chez eux par détestation de ceux qui sont venus chez nous. En Allemagne, les jeunes protestent, qu'ils soient ou non pro russes, contre la guerre où on veut les entraîner. Le parti "d'extrême droite" s'est allié au parti "d'extrême gauche" contre l'extrême saloperie et l'extrême malfaisance du pouvoir actuel. Théoriquement de droite, je trouve des imbéciles hallucinés de haine des deux côtés, et ne vais pas adopter des positions de principe, quand je vois qu'on nous mène en bateau et nous rend complices de véritables méfaits, parce que ma "famille politique" se déshonore. D'ailleurs, si je reconnais la famille, le village, le royaume, la paroisse, je ne sais pas ce que c'est qu'une famille politique.

Il y a cinq ans, ces memes lycéen, encore a l’ecole, etaient masqués du matin au soir. Interdiction de respirer. Et je m’étonnais que leurs enseignants et leurs parents admissent ce dressage. Si l’on ajoute a cela que ce sont généralement des enfants ́loups culturels à qui on n’a rien appris ni rien transmis, il est même sidérant qu’ils arrivent encore a se mobiliser pour avoir des conditions d’apprentissage normales. Etonnant aussi que de si nombreux jeunes soient allés acclamer le pape. Je préfere les voir catholiques que complètement mécréants. Cependant, vis-à-vis de l’Eglise romaine, j’eprouve le meme malaise que le blogueur Francois Cotard. Je pense que si elle n’etait pas tombée dans tous les travers de l’époque, elle aurait apporté un point de résistance plus ferme et plus lumineux aux dérives sataniques auxquelles nous assistons.

Hier, Slobodan m'a envoyé fort à propos une copie d'écran:



Pour ce qui est de l'Ukraine, j'ai trouvé sur Facebook une réflexion qui rejoint tout-à-fait les miennes. On ne comprend rien à ce qui se produit là-bas, ni à ce qui se produit chez nous en écho, si l'on ne prend pas conscience de ce fait qui jette un tout autre jour sur nos histoires d'extrême droite et d'extrême gauche, de président juif et de bataillons nazis:

23 h 
Bigre ! Pour le "Nouveau Parti anticapitaliste", le soutien à l'Ukraine va jusqu'à l'apologie d'une armée de fanatiques sous perfusion de l'OTAN, et dirigée par les adeptes du criminel fasciste Stepan Bandera. Dire qu'on accusait jadis les staliniens de mauvaise foi lorsqu'ils dénonçaient les trotskistes pour leurs accointances supposées avec l'hitlérisme... Se serait-on trompé ? C'est tragique, mais chaque fois qu'on s'est employé à conquérir l'indépendance et à bâtir le socialisme, au prix de mille difficultés, il a fallu se débarrasser de cette gangrène gauchiste, inutile dans le meilleur des cas, mais souvent nuisible : URSS, Chine, Vietnam, Cuba, etc, à chaque fois, on a dû donner un salutaire coup de balai parmi les pseudo-révolutionnaires. S'agissant de la Russie, il faut dire que les trotskistes ont vraiment un problème avec ce pays depuis leur cuisante défaite politique en URSS à la fin des années 1920... Un sérieux traumatisme à coup sûr, et un véritable point aveugle qui inhibe le raisonnement, poussant aujourd'hui le NPA à encenser une "résistance ukrainienne" qui brandit fièrement des emblèmes fascistes. Mais peu importe : si le pouvoir russe est intrinsèquement malfaisant depuis Staline, tout ce qui le combat est auréolé de vertu révolutionnaire ! Comme si, dans l'imaginaire trotskiste, demeurait encore vivace la fameuse formule des "étoiles jumelles" qui renvoyait dos à dos Hitler et Staline. Dans les faits, pourtant, il n'y a pas d'impérialisme russe, mais une intervention militaire qui poursuit deux objectifs légitimes : la défense des intérêts stratégiques de la Russie menacés par l'otanisation de l'Ukraine et la protection de la minorité russophone du Donbass martyrisée par le régime bandériste de Kiev.