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| Le regard énamouré de Robert. |
J'ai rêvé que je serrais un nourrisson sur mon coeur, mais ce n'était pas le mien. Je pleurais de n'en avoir pas eu. Dans la foulée, j'ai entendu une saucisse officielle proclamer que les tenants de la famille traditionnelle, en France, étaient des fachos d'extrême droite. Beurk... Le nombre de filles paumées et de gosses mal aimés que j'ai vus, depuis soixante-huit, souffrir de ce genre de discours! Je dois être d'extrême droite, car j'aime la famille, c'est d'ailleurs la seule institution que j'ai jamais reconnue, avec l'Eglise, Corps du Christ. L'Etat, jamais. L'administration, non plus. L'armée, dans la mesure où elle est soumise à l'un et à l'autre, pas bien davantage. Idem pour la police, surtout de nos jours: des hommes de main, des sbires, des oppresseurs de paysans et de petites gens. L'école, je n'en parle même pas.
J'ai voulu regarder le débat entre Guénolé et Soral. Je ne connaissais pas ce Guénolé. J'ai vite senti qu'il incarnait tout ce que je déteste en France, et qui d'ailleurs n'est pas vraiment français mais a pris le dessus partout, chez nous: une espèce d'arrogance de profaillon, de satisfaction de soi intolérante et supérieure. Le gars commence bille en tête par donner la définition de l'antisémitisme établie à Jérusalem par un concile de deux cents universitaires comme s'il citait la Bible à un hérétique. Avec l"assurance touchante que cela ne pouvait être qu'incontestable et sans réplique, et réclamer une condamnation immédiate et totale de l'accusé assis en face de lui. Je n'ai pas eu le courage, pour l'instant, d'aller plus loin. Parce que pour moi, il n'est pas de pires bourrins idéologiquement formatés que les universitaires qui ont passé tous les tests de conformité aux dogmes pour avoir leur fichu diplôme. Un petit commissaire du peuple (élu) imbuvable. Je me demande d'ailleurs pourquoi de pareils conciles ne se rassemblent pas au sujet de la christianophobie qui sévit de plus en plus, des persécutions à l'égard de l'Eglise Ukrainienne originelle. De la russophobie qui atteint une vilenie et une stupidité indécentes. Pourquoi ni les chrétiens ni les Russes ne jugent utile de les réclamer avec des accents vengeurs.
Soral a bien fait de se barrer, il est vivant, lui, et il a de la personnalité, ce n'est pas une petite mécanique à citer des articles et à proférer des anathèmes. Mais il ne parle pas le russe, et il n'a pas le moral, cela m'a serré le coeur de l'entendre évoquer son malaise, dans une autre émission. Car je parle le russe, j'ai aimé et choisi la Russie qui me le rend bien, mais l'aggravation de la situation fait de la France un endroit terriblement lointain et inaccessible, et ce n'est pas toujours simple.
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Au téléphone, ma cousine me déclare: "La France, c'est fini. Elle est morte." Je venais de lui dire que je passais mon temps au restau avec mes amis suisses: "Ah eh bien d'accord, quelle horreur, c'est vraiment le goulag, là bas!"
Slobodan et Ioulia sont passés à leur retour du nord. Ioulia semble décontenancée par l'afflux d'étrangers, en partie suisses, dans la ville de Pereslavl-Zalesski. Je viens de m'apercevoir que je polis parfois mes icônes avec un bouchon étiqueté Bovy, sans doute celui d'une bouteille que Jean-Marc Bovy m'avait fait passer par des lecteurs de l'Antipresse, la revue salutaire du dissident foncier. Des dizaines de bouchons auraient pu servir à la place de celui-ci et je m'en suis servie plusieurs fois en l'espace de quatre ou cinq ans, avant de remarquer qu'il était une émanation chiffrée de la bande d'intellectuels suspects.
Toutes les églises de Pereslavl ont été plus ou moins repeintes, d'après ce que j'ai entendu dire, sur ordre du président, à l'occasion du 150 eme anniversaire de la naissance du saint évêque Luc de Crimée, prix Staline de chirurgie, qui a travaillé ici quelques années, et qui est très vénéré dans la ville. Mais notre malheureuse cathédrale a vu ses coupoles barbouillées d'un vert infâme, pire que le précédent, parce que plus vif, et brillant, qui tue le ciel, les feuillages, les murs, tout ce qu'il y a autour. J'en ai parlé en confession au père Andreï qui a poussé un soupir: "S'il s'était agi de deniers privés, on aurait pu discuter..." Eh oui. On aurait pu mettre un vert foncé, comme aux Quarante Martyrs, ou un gris, ou les deux, un ton harmonieux. Mais c'est l'administration, dont je reconnais le goût habituel, qui a dû avoir au rabais cette teinte de hall de gare, celle-la même qui nous met partout des arbres en plastique, et nous installe dans la rivière des fontaines psychédéliques qui changent constemment de couleur. L'esthétique de la boîte de nuit, de la zone industrielle, du parc d'attractions.
Une jeune japonaise a fait une vidéo sur la façon dont les Français râlent. On ne râle pas, au Japon. En Russie non plus. Mais moi, je râle. Ce doit être génétique.


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