Je reçois deux personnes venues profiter des derniers beaux jours de cet étonnant mois d'octobre. Des moscovites qui sont restés coincés hier six heures dans les embouteillages, car ils n'étaient pas les seuls à avoir eu cette idée. Il fait beau, et c'est seulement mardi que nous commencerons la descente accélérée vers les ténèbres glaciales. Mais quand il fait beau à cette période de l'année, on dirait que tout est délavé. Le ciel est bleu clair, les nuages nacrés, la lumière pâle et rasante.
Ce matin, à l'église, où je me suis rendue frigorifiée par les premiers frimas, le sermon correspondait, comme c'est souvent le cas, en tous points à mon état intérieur. Cette impression d'être nulle et de ne plus pouvoir rien y changer, d'être fossilisée dans mon imperfection. Seul Dieu peut nous aider dans notre impuissance. Oui, sans doute, mais Il ne se dépêche pas de le faire, Il doit avoir Ses plans... En attendant, Il tient quand même la barre, car Il m'a inspirée la fameuse idée de hâter mon voyage en France, qui a eu lieu avant les émeutes. Et depuis que je suis rentrée, je suis apaisée, je ne doute plus de mon choix.
L'actualité est souvent si honteuse, atroce et déprimante que je ne sais même plus comment réagir. L'esprit et l'âme ne peuvent plus traiter ce qui se déverse sur eux, cette avalanche d'informations révoltantes. La compassion aussi bien que l'horreur deviennent des abîmes où s'engouffrent des démons hurlants, et leur tohu-bohu laisse en nos coeurs un silence atterré. On détourne les yeux, avec un signe de croix. C'est Halloween en permanence. Le film d'épouvante et la science-fiction. Bientôt plus d'abeilles, plus de vers luisants, plus de lucioles. Les data centers, les éoliennes, les panneaux solaires qui ravagent impunément des hectares de forêt, privant de leur habitat la faune et la flore, la France qui brûle de partout, les gens plus maltraités que des animaux. Non, pas plus, car c'est impossible, mais presqu'autant, et en ce domaine, nous n'avons encore rien vu... et nous ne voulons rien voir. Mais c'est l'époque du grand dévoilement. Et nous verrons.
Ma cousine me disait que le salut viendrait peut-être des pays de l'est, et j'aurais tendance à prudemment soutenir cet avis, encore que l'on puisse facilement se tromper, dans le contexte de fourberie et de mensonge où nous nous trouvons en permanence. Mais quitter l'Union Soviétique pour l'Union Européenne, c'était passer de Charybde en Scylla. Et à la différence des Européens, ceux qui l'ont fait ont vite reconnu, dans la seconde alternative, la jumelle de la première, en peut-être pire. L'orbite soviétique avait relativement gardé ces pays satellites du consumérisme outrancier, de la "déconstruction" culturelle et morale, et aussi de l'invasion migratoire organisée. Car on ne peut comparer le soviétisme et le gauchisme occidental, largement issu du trotskysme qui, du reste, se caractérise par une haine rabique de tout ce qui est russe, haine qui, à mon avis, était le ferment le plus actif de la révolution de 17. Ni même le soviétisme brejnievien assoupi et le bolchevisme des décennies révolutionnaires. En réalité, quand on regarde le cinéma soviétique de la grande période, le contenu en est quasiment conservateur: la patrie, la famille, l'héroïsme, l'altruisme, l'amitié, l'amour entre des hommes virils et attentifs et des jeunes filles pures et dévouées, le culte de l'histoire, aussi, des grandes figures nationales, des écrivains, des artistes. Le Destin d'un homme ou la Ballade du Soldat ne me révélaient pas vraiment un univers à la Gérard Lauzier, quand j'allais les voir, dans mes années d'étudiante. Rien à voir avec la Grande bouffe ou les Valseuses. Qu'il y eût un hiatus entre ce que montraient les films et ce qu'était la réalité, c'est un fait. N'empêche que le modèle proposé était quand même plus élevé que celui du cinéma français des années soixante-dix et suivantes... Restés plus traditionnels et plus homogènes, malgré le progressisme communiste, les peuples des pays satellites qui n'avaient pas subi la période la plus radicale du soviétisme, celle de l'avant-guerre, n'ont pas été travaillés, jusqu'à l'effondrement du mur de Berlin, par les démons gauchistes et atlantistes qui ont complètement vermoulu les nôtres. Ils restent peut-être capables de raisonner, de réagir, de s'unir. Certes, la maison Soros et ses associés sont prêts à foutre la merde, comme ils ont tenté de le faire partout. Mais cela ne marche pas toujours, comme on l'a vu en Géorgie. Dieu veuille que la Pologne et la Serbie suivent l'exemple de cette dernière. Et avec elles, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie. Cela leur évitera le sort de l'Ukraine, qui risque fort d'être celui de la France, de l'Angleterre, et de toute l'Europe occidentale. Le salut est dans l'oubli de l'illusion européenne et de ses "valeurs".
Pourquoi c'est plus grave pour la France, la vidéo que je propose l'analyse assez bien. Cela correspond en tous cas à ce que j'observe, d'après divers reportages et leurs commentaires. La première des raisons me semble la trahison de l'Eglise catholique, qui n'a pas proposé de contrepoison ni d'assise spirituelle ferme à la résistance. Certes, la Pologne est catholique, mais je ne pense pas que l'on trouve là-bas beaucoup de curés de gauche complaisants à n'importe quoi. Suis la déconstruction culturelle et morale que j'ai vue s'installer à partir de mai 68, avec une intolérance active et hargneuse qui me rappelait fort les Démons de Dostoievski, en plus minable. Le résultat, c'est l'enfant loup culturel et spirituel déstructuré qui ne sait plus ni qui il est ni d'où il vient, et porte généralement un prénom étranger ou inventé, parce qu'un prénom français, ce n'est pas cool, ce n'est pas original, ça fait vieux. Je ne crois pas que ce soit le cas des Polonais ou des Serbes. Je regarde leurs manifs, à nos enfants-loups, ils sont mignons et frais, et même gentils, mais ils ne disent que des conneries, en fait ils répètent une espèce de catéchisme. En face, la "droite", mais c'est quoi, la droite? Est-ce que la Macronie, c'est la droite? Ce ramassis de soixante-huitards aux discours wokistes? Les vieux boomers anciens gauchistes, anciens hippies? Le RN prosterné devant tout cela et tremblant de déplaire aux satrapes de Netanyaou? Les enfants-loups en sont convaincus, ils répètent les slogans de la gogauche qui les a élevés, ou plutôt dressés. Mais ils sont pleins de bons sentiments. La "droite", les boomers ou je ne sais comment appeler ces imbéciles, font l'amalgame avec les "islamo-gauchistes" et LFI. Justifiant allègrement les pires violences policières, dans la lignée de la répression des Gilets Jaunes ou des agriculteurs qui étaient loin de tous représenter l'électorat LFI, entre parenthèses. Ces mêmes personnes trouvent absolument normal de génocider la Palestine, confondant les populations musulmanes du Moyen Orient avec des criquets susceptibles de s'abattre sur nous, mais depuis le temps que j'observe ce qui se passe là-bas, et comment les criquets sont arrivés chez nous, et qui les a amenés, et qui nous les a imposés à coup de terrorisme intellectuel, j'ai un peu de mal à marcher dans cette combine. En même temps, quand on considère chez nous le comportement de beaucoup de représentants de ces populations importées, on comprend que le Français lambda voie rouge et ne voie plus que cela. Franchement, il est parfois difficile de ne pas être raciste, en face d'un racisme au moins égal à celui qu'on lui reproche en permanence. Et pourtant, en ce qui me concerne, et bien qu'avec douleur je ne reconnaisse plus mon pays, ni toutes ses merveilleuses particularités régionales méticuleusement bousillées en un quart de siècle de patient et haineux travail, je n'ai pas le tempérament à être systématiquement raciste, car je vois trop dans l'interlocuteur réel qu'il m'arrive de rencontrer ou même d'écouter sur les réseaux, une personne humaine dont la couleur et l'origine ne déterminent pas forcément une vilenie ou une imbécilité foncières, je suis obligée de l'admettre, car c'est la réalité. Et je discerne aussi une autre réalité: l'avantage que tire de l'attisement permanent de la haine interethnique une caste infâme qui a fait venir tous ces étrangers dans le seul but de nous créer cette situation, à nous, mais aussi maintenant à eux. Je pense que les gens comme BHL, qui proclamaient leur aversion pour le biniou, le béret et la baguette dans les années soixante-dix précipitent maintenant le franchouillard sur la djellaba et le voile islamique et inversement. Pour leur bénéfice exclusif, et sans se soucier des milliers de morts et des atrocités inimaginables que cela finira par entraîner. Et si l'on ne veut pas en arriver là, il faudra que tous les gens normaux de toutes tendances et couleurs comprennent qu'ils doivent se supporter et s'unir contre la racaille d'en haut et la racaille d'en bas, quelles que soient les orientations religieuses et politiques de leurs membres, ou les prétextes idéologiques qu'elles donnent à leur saloperie.

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