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mercredi 24 août 2022

intrusion

 


Chaleur accablante, et même mon marécage souffre de la sècheresse. J'ai coincé Nounours chez moi, il venait déjà manger tous les matins, et si le portail était fermé, je le trouvais couché devant, mais il repartait quand même chez sa mère. Il est désormais trop gros pour passer sous le portail. Mais il a trouvé un trou dans la clôture pour aller voir son frère Alba chez le voisin de derrière, et Alba vient de même, ce qui ne me dérange pas, pourvu que personne n'aille se baguenauder dans la rue et que le cordon ombilical soit coupé. Il n'aime pas être seul, pépère, et pour l'instant, il n'arrive pas à comprendre comment monter les marches de la terrasse. Je les ai vus couchés ensemble chez le voisin. Ensuite j'ai entendu des cris affreux, et les ai vus détaler à travers mon jardin: c'est Moustachon qui les a mis en fuite, parce qu'ils essaient de jouer avec lui, et reçoivent régulièrement un coup de griffe. Ce sont des chiens très gentils, et ils ne saisissent pas trop pourquoi on les isole les uns des autres...  Pour l'instant, pas féroces, les gardiens, et Nounours n'est vraiment pas dominant, et tant mieux. Mais je crois que n'importe quel chien défend les siens, quand ça va mal.

Hier une artiste-peintre m'a amené deux bonnes femmes qui voulaient acheter mon livre, et je pense qu'il me faudra trouver une solution pour le diffuser autrement. En principe, Yarilo peut être acheté chez mon éditeur, mais je touche dessus un pourcentage réduit. Le blog, publié à Iaroslavl, n'est diffusé que par moi. Je commence à envisager, quand l'année 17 sera prête, de faire un tirage chez mon éditeur, avec l'année 16 incluse, des photos, et une belle édition, tout dépend du prix de l'opération. Cela me casse les pieds de vendre moi-même, cela prend beaucoup de temps, et puis je risque de devenir un but d'excursion, dont le livre est le prix! Ce que j'ai vu hier m'a glacé le sang. L'une des bonnes femmes m'avait déjà bondi une fois dessus, alors que je discutais avec Gilles au café, et ne m'avait plus lâchée. L'autre parle sans arrêt d'un ton péremptoire en me coupant la parole, à se demander pourquoi elle venait voir l'auteur, si c'était pour ne pas lui en laisser placer une. Entrant dans le salon avec le thé, je la vois debout face à mon divan, dont tous les coussins étaient disposés en rang d'oignons par dessus le dossier, je m'étonne, et elle me répond qu'elle a l'intention de les photographier. Je ne sais pas vous, mais moi, quand je vais prendre le thé chez quelqu'un, je me mets assez rarement à changer la disposition des lieux pour prendre des photos: la télé le fait, mais à part dans le cadre des tournages, je n'avais jamais vu ça, et même quand c'est la télé, pour des raisons professionnelles, ça m'énerve un brin. Elle se sert aussi elle-même dans les placards lorsqu'elle a besoin de quelque chose, sans doute pour m'éviter d'aller le chercher, mais on a l'impression de ne plus être chez soi. Après, elle m'a fait un cours sur Ivan le Terrible, et elle a déclaré d'un ton sans réplique que désormais, nous serions amies, comme si c'était vraiment une chance extraordinaire; et quand je les ai raccompagnées, elle s'est jetée sur mes framboisiers pour en casser la tige à pleines mains, clamant que sans cela, je n'aurais pas de fruits l'année prochaine! Cela m'a fortement rappelé les incursions de la voisine Violetta qui arrachait mes mauvaises herbes sans me consulter, détruisant mes fleurs par la même occasion. Au demeurant, j'ai tout a fait admis le conseil concernant les framboisiers, mais je n'aime pas trop voir de parfaits inconnus faire la loi chez moi, sans doute est-ce l'illustration de l'affirmation de Katia: les Russes ne connaissent pas les limites. Sacha a eu des problèmes de ce genre à Kourmych aussi, et quand elle a remis les emmerdeuses en place, elle s'est fait des ennemies mortelles, et c'est bien ce qui risque d'arriver avec cette "amie" intrusive. Ce comportement, que je trouve chez les femmes de ma génération, me semble le résultat du passage par le Komsomol, les jeunesses communistes: la conviction qu'il leur est légitime de se mêler de tout et de rééduquer tout le monde. Que c'est en quelque sorte leur mission sur terre.

Photos de Natacha Razouvakina, qui a fait une séance chez moi.









Je lis tant d'âneries sur la Russie, sur la malheureuse Daria Douguine et son pauvre père que j'en éprouve un découragement insondable. Tant de crétins intellectuels qui croient tout savoir et répétent seulement la doxa de leur presse distinguée, homologuée costar cravate et brushing! Pour ceux qui sont curieux de nature, je pose ce lien ici:

https://www.breizh-info.com/2022/08/23/207031/christian-bouchet-contrairement-a-ce-que-je-peux-lire-ici-et-la-alexandre-douguine-nest-pas-un-nationaliste-russe-bien-au-contraire-interview/?unapproved=116620&moderation-hash=89d8e43a3b965316fc3cd0488e94ec17#comment-116620

Je ne connais pas la pensée de Douguine à fond, loin de là, mais je sais qu'il n'est pas le "Raspoutine de Poutine" qui ne le consulte pas spécialement. Et qu'il n'a pas de morts sur la conscience, lui, ni de destruction de pays entiers, comme BHL et autres éminences grises de la république bananière française et de sa secte de franc-maçons plus ou moins mafieux. Il n'a vraiment rien fait qui justifie l'assassinat de sa fille sous ses yeux, ni les tombereaux de calomnies déversés sur eux pour insuffler aux Charlie de service que finalement, c'est bien fait pour eux, et même, qu'on n'en tue pas assez: passons vite à d'autres mauvais esprits.  Au fait, il y a beaucoup de monde, sur la liste "Mirotvorets" des Ukrainiens, ou disons des créatures  ainsi abusivement dénommées, qui ont triomphalement barré en rouge la photo de Daria. Des journalistes, des artistes, n'importe qui. Et même des enfants. Par leur bêtise et leur méchanceté, tous ces "ukronazis" et leurs soutiens occidentaux me font d'ailleurs énormément penser aux bolcheviques, est-ce un hasard? J'ai connu une trostkyste qui était devenue fasciste revendiquée. Il y a longtemps que pour moi, il s'agit d'un seul serpent avec plusieurs têtes. Et c'est aussi la conviction de Douguine. A qui le tour?

Je signale aussi cet article, qui fait bien le tour de la question: https://lesakerfrancophone.fr/des-terroristes-ukrainiens-assassinent-la-fille-du-philosophe-russe-alexandre-douguine?fbclid=IwAR2-sCSdDpeyAaTlx_0NH-5Q0m35kgThkcQROjO3s3Ca38-thefqMkeYQSk

Les Russes, à mon avis, ont tout essayé pour ne pas en arriver à une confrontation globale sans pour autant accepter des concessions impossibles à une Otanie de plus en plus insolente et délirante. Je pense que si les choses vont lentement en Ukraine, c'est d'abord parce qu'ils n'y font pas la guerre à la population, dont une partie leur est d'ailleurs acquise, et ce sont eux qui rebâtissent derrière, et aussi parce qu'ils éspèrent comme moi que les populations occidentales finiront par virer leur caste de vampires, au bord de l'effondrement. Cependant, cette caste de psychopathes hagards et de pervers narcissiques, qui sait que viendra le temps où ses membres ne pourront plus marcher dans la rue sans se faire lyncher, peut à présent provoquer n'importe quoi pour se sauver ou nous entraîner tous avec elle dans l'abîme. On le voit avec les bombardements de la centrale nucléaire, et avec l'assassinat ignoble d'une jeune intellectuelle sous les yeux de son père. A noter que tous les abrutis qui croient n'importe quoi sur les Russes, même quand le contraire a été amplement démontré, ou qu'on n'a aucune preuve sérieuse qui aille dans le sens de la propagande,  tiennent beaucoup, en l'occurrence, à ne pas condamner trop vite, sans les conclusions "d'enquêteurs neutres"! Sans doute va-t-on nous sortir que c'est encore Poutine qui a tué Daria Douguine. Je m'attends à tout.

lundi 22 août 2022

Retour à Kourmych

 


L'héroïque Sacha Viguilianskaïa, la belle Alexandrina, qui fait des miracles dans le village où ses ancêtres exerçaient leur ministère, fête l'inauguration du musée local, où elle a rassemblé des objets d'autrefois trouvés en restaurant l'église, ou donnés par des gens du cru. Objet d'une certaine hostilité sournoise, au début, et de potins invraisemblables, elle a gagné le coeur de nombreux habitants de cette bourgade qui maintenant la soutiennent et lui offrent son aide, mais elle subit aussi beaucoup de vexations et de trahisons. On fête le 650° anniversaire de la ville, appelons cela une ville, puisque c'est ce que c'était avant la révolution, une petite ville de marchands, avec un lycée. Il y avait cinq églises, il n'en reste plus que trois, dont celle de Sacha, qui était devenu un club, avec dancing et cinéma, et l'église saint Tikhon, en très mauvais état, mais on y célèbre à nouveau des liturgies. Le prêtre, le père Dmitri, au type tatar prononcé, fait des kilomètres quotidiennement pour remplir son office à différents endroits de la région.

Sacha, en l'honneur de cette fête, avait organisé pour la seconde fois depuis la révolution, une procession à travers la ville, d'une église à l'autre, et invité pour cela des représentants de la corporation des porte-bannières de Nijni-Novgorod. Cette confrérie avait son costume, un caftan bleu marine avec des franges et des pompons argentés ou dorés, et un intellectuel du coin a décidé de la restaurer, avec son apparat et ses coutumes, il espère que toute la Russie suivra son exemple. Il est fascinant de constater que si, en occident, les églises font tout pour se mettre à la page, l'Eglise orthodoxe ici fait de grands efforts pour retrouver les usages anciens. Il y a évidemment des modernistes, mais enfin dans l'ensemble, pour l'instant, le croyant cherche à retrouver son terreau d'origine.

La liturgie m'a semblé extrêmement fervente. Puis nous sommes partis, précédés de nos porte-bannières, par la rue lumineuse de cette bourgade délabrée, où subsistent de très jolies maisons, en plus ou moins mauvais état. La rue centrale porte le nom d'un bourreau bolchevique qui avait tellement exaspéré la population par ses exactions qu'on avait fini par l'assassiner, ce qui avait valu à la ville une répression sauvage, et une telle rééducation, que les grands-mères de mon âge vont encore porter des fleurs sur la tombe de cet individu, à quelques pas de la croix qui commémore ses victimes. Il faisait chaud mais de façon supportable, avec un vent violent et doux, la journée avait ce caractère de paix surnaturelle et radieuse que prend le temps à l'approche de l'automne. Il y avait très peu de monde dans les rues, nous marchions avec nos chants, nos icônes et nos bannières dans un pays fantôme, où tout prenait une captivante et étrange beauté; je ressentais l'arrachement puissant et calme de cette nef orthodoxe qui appareillait dans les décombres de ce qui fut, et le plus important actuellement me semblait de rester à bord. 

L'église de la Protection est très modeste, avec de charmantes iconostases et des icônes médiocres, mais celle de l'arrière grand oncle de Sacha, saint Alexis de Bortsourmani, offerte par un ami, m'a paru très belle, très lumineuse. Un artisan local a sculpté les Christ en croix que j'avais pris pour des exemplaires anciens naïfs et qui sont tellement plus touchants et vrais que le mauvais académisme ou le style Sofrimo.



      









Nous étions accompagnées par Artiom, baryton moscovite venu pour l'occasion, un grand type avenant et chaleureux qui a chanté pour l'ouverture du musée, et joué de l'accordéon. J'ai lâché l'affaire pour aller me reposer: le soir, Artiom et moi devions participer aux festivités de la ville. Se sont produits toutes sortes d'ensembles et de groupes, ce que j'ai vu était comme d'habitude du faux folklore insupportable, mais il paraît qu'il y avait des formations intéressantes. Quand notre tour est venu, après un repas pantagruélique avec les huiles locales, il y avait moins de monde, et c'était plutôt mieux pour moi, et puis le cognac bu auparavant m'avait bien décontractée. Nous avons eu un accueil enthousiaste. Une dame me faisait frénétiquement des coeurs avec ses doigts et m'envoyait des baisers!

Artiom

la manifestation vue par la télé locale:  https://rutube.ru/video/e95b328f5933f73925fd3177d87d0a10/?ysclid=l74r9wu75g542094640

Les invités de Sacha sont tous très sympathiques, son amie Maroussia vient d'adopter une chatonne perdue qui comprend bien son coup de chance et se blottit dans le cou de cette longue dame élégante et bouclée au sourire ironique et aux yeux blasés. Maroussia se fait un souci terrible pour l'orpheline, et craint que ne l'emportent les oiseaux de proie qui nichent dans le secteur, et que j'ai vu me couper la route sans complexes, des faucons ou des éperviers.Je suis retournée me baigner dans la merveilleuse rivière déserte, domaine des rapaces et des hérons.



Les parents de Sacha, le père Vladimir Viguilianski et son épouse, la célèbre poétesse et romancière Olessia Nikolaïeva, nous ont rejoints le lendemain, avec leur chauffeur Sergueï. Le père Vladimir a évoqué son grand-père français, Gustave Landau, fusillé à Katyn, comme nuisible et "espion polonais", parce qu'il correspondait avec ses parents réfugiés à Varsovie, et parce qu'en construisant la route de Minsk, il avait fait un petit détour pour des raisons techniques. A la question des enquêteurs: "Vous êtes polonais, ou français?" Il a répondu: "Je suis russe." Le père Vladimir est allé à Katyn pour apprendre tout cela, et m'a affirmé que c'étaient bien les soviétiques qui avaient fusillé les officiers polonais, et aussi des prisonniers politiques, comme son grand-père.

Artiom étant malade, j'ai assuré seule le concert au nouveau musée de Sacha, devant la population locale. Elle a entendu une vieille dire à l'autre: "Elle est plus russe que nous!" Les gens étaient très contents, car ils n'ont jamais l'occasion de voir ce genre de manifestations à Kourmych. Ils m'ont posé des tas de questions, évidemment, et quand j'ai évoqué le Donbass, et ma certitude, dès 2014, que l'attitude occidentale nous mènerait à la guerre, une connaissance libérale de Sacha s'est levée et elle est partie. Pourtant, c'est un fait, je le savais dès 2014 et dès 2014, j'avais vu combien délibérément et cyniquement on mentait sur la question et la dissimulait purement et simplement. Mais je me fiche maintenant complètement des humeurs des suppôts de satan, conscients ou inconscients.

le père Vladimir et Olessia au musée




le concert au musée https://vk.com/wall551636728_4131

J'ai appris l'horrible assassinat de Daria Douguina sous les yeux de son père. Sacha la connaissait personnellement. La presse française pourrie déverse sur son père des seaux d'eau sale, comme d'habitude. A cela, je répondrai en citant ce post d'un adversaire de Douguine: 

Je n'aime pas les idées politiques de Douguine et encore moins celle de son éditeur français, le sataniste Christian Bouchet. Mais il faut reconnaître qu'assassiner sa fille de trente ans est une belle saloperie. Une honte absolue. Comme les djihadistes soutenues par les mêmes commanditaires, le régime de Kiev prend un virage terroriste inquiétant. On ne tue pas un intellectuel et encore moins ses enfants, ont le combat sur le terrain des idées.

Une pensée pour lui et sa fille.

Pour moi, cet attentat jette un jour nouveau sur tous les autres, les prétendus attentats islamistes et tous les assassinats de lanceurs d'alertes, y compris ceux qu'on attribue généreusement aux chefs d'état qui gênent. C'est juste la caste qui gouverne l'occident qui est terroriste et fait marcher les Charlies et les concombres masqués en nous racontant des histoires de croquemitaine et en maniant avec perfidie l'inversion accusatoire. Cette caste est une vérole que l'humanité a attrapée. Notre survie dépend du sursaut vital de notre organisme dans son ensemble. Le jour où ces gens n'auront plus une place où se réfugier sur la planète tant le rejet sera massif et unanime, nous pourrons espérer que l'apocalypse n'est pas encore tout à fait pour demain.

Cet affreux événement m'a poursuivie pendant tout mon voyage de retour, qui fut pénible, cela commence à ne plus être de mon âge. Je conduis sans problème, mais je suis très fatiguée. Il faut dire que j'ai vu des vaches s'engager sur une route à quatre voies, et un malade mental me doubler par la droite pendant que je dépassais une file de camions... Et alors que j'étais enfin sur la route tranquille de Iouriev Polski, un écureuil s'est jeté sous mes roues, je n'ai pas pu l'éviter, et cela m'a poursuivie tout le reste de la journée.  


jeudi 18 août 2022

Escale à Mourom


Je suis partie à reculons pour Kourmych, où Sacha Viguilianskaïa fête le jubilé de la bourgade et l'ouverture de son musée. Aucune envie d'aller nulle part, et Nounours qui se précipite pour me dire bonjour avec des pattes boueuses au moment où je charge la bagnole... C'est terriblement loin, et je me suis perdue dans Vladimir, parce que les panneaux indiquaient une chose et le GPS une autre. Pour couper la route, j'ai fait un crochet par Mourom, seul endroit où j'ai trouvé un hôtel. Il me plaît beaucoup, cet hôtel, propre, pas cher, et dans un endroit très pittoresque. Comme par hasard, c'est la fête de la Transfiguration, et il est à deux pas du monastère du même nom, dont c'était par conséquent la fête votive, avec l'évêque local, un noble vieillard, et un choeur sensationnel. C'est un très joli monastère, on y a un peu abusé du marbre et de la fausse dorure, mais il est joyeux, paisible, avec des fleurs partout, et de vieilles églises restaurées, je dirais XVI° XVII°. J'ai assisté aux vigiles, et c'est toujours ça de pris. 

En me promenant, j'ai vu une église "en forme de tente", donc antérieure au schisme des vieux-croyants. Il y a de grosses bâtisses riches de très mauvais goût, et personne ne pense à restaurer une vieille maison de marchands plutôt que de bâtir un caca opulent. Mais dans l'ensemble, cela reste plein de charme, de fleurs capricieuses, de petites maisons, de coupoles perchées sur tout cela, translucides, aériennes, prêtes à s'élever dans le ciel. Je suis descendue par une passerelle assez raide jusqu'au quai, où m'attendait le restaurant Tchaïka, la mouette, seul endroit où l'on peut manger dans le prérimètre, et j'y étais déja venue, à mon premier passage dans cette ville. Bon, évidemment, pas très carémique. J'avais pris une délicieuse salade au poulet, Rita a mangé le poulet et moi les légumes et les croûtons.

De la terrasse, on voit l'Oka, rivière paisible qui baigne cette ville nonchalante et même somnolente où je reviendrais bien dessiner. C'est le calme et la douceur, et les gens sont très gentils, très obligeants. Cependant, il me semble qu'au XIX° siècle, au temps des marchands et de leurs péniches, cela devait grouiller de vie, ici, avec des airs d'accordéon, des gaillards qui dansaient, et des tsiganes...




Mourom by night

le monastère de la Transfiguration




vues du quartier




L'Oka




samedi 13 août 2022

La bicyclette

 


J'essaie d'aller chaque jour nager, car ce n'est pas seulement bon pour ma santé physique, mais pour mon état intérieur. Le trajet en vélo, par les chemins défoncés bordés de saules, de maisons et de jardinets où s'épanouissent flox, cosmos, dahlias et "boules d'or", les papillons et les oiseaux qui m'accompagnent, comme dans la chanson de Montand "la bicyclette": "faisant naître un bouquet changeant de libellules, de papillons et de reinettes", sauf que ce n'est pas la France, mais la Russie typique. Mon amie Claire est venue me voir et m'a parlé de la nostalgie qu'elle éprouve de ce qu'elle a à peine connu, la France vivante des petits commerces et des petites exploitations agricoles, des paroisses et des écoles de campagne, une ambiance qu'on retrouve ici, en toute nonchalante liberté, à Pereslavl Zalesski. Je rencontre des gens qui me saluent, les pêcheurs me demandent si l'eau est bonne, les vieux sportifs matinaux me grondent de ne pas venir assez régulièrement sacrifier au sain exercice: "Et alors, on ne vous a pas vue, hier? Il faut venir, on a encore une semaine d'été, après, on ne sait pas ce qui nous attend, l'eau "fleurit" déjà!"

Là où je laisse mon vélo,il y a un jardin potager, avec des pommes de terre et des choux, mais aussi des tournesols, des zinias, des dalhlias, des oeillets d'Inde, et autres fleurs disposées n'importe comment, d'ailleurs. Des chats se promènent. L'eau n'est pas si fraîche, mais comme les petits matins le sont de plus en plus, j'entre vite, je nage, et je ressens le froid plus tôt qu'auparavant, mais j'ai quand même le temps de glisser dans cette immensité bleue avec des canards flegmatiques, de voir jouer la lumière dans les saules liquides, et les nuages blancs s'effilocher entre les ailes rapides des mouettes.




Hier, un vieux crétin a failli écraser ma chienne. Beaucoup de moscovites qui ne peuvent plus aller à l'étranger se retrouvent ici, où ils conduisent et se conduisent très mal. Les grandes villes rendent les gens idiots. J'attendais une livraison, le type s'est arrêté sur la route pour me la délivrer, et je suis sortie la récupérer, suivie de Rita. Le vieil imbécile, dans une grosse bagnole, sur notre chemin écarté, au lieu d'attendre, ou a la rigueur de nous demander de nous pousser, s'est mis à forcer le passage, j'ai vu ma chienne disparaître sous le capot, sur lequel je me suis jetée en hurlant, et cette erreur de la nature nous a, de plus engueulés!

Les deux filles de Claire ont beaucoup apprécié Nounours et réciproquement. Elles ont joué avec lui, elles lui ont fait des câlins. Ce chien a le don d'apparaître sans bruit, il se matérialise tout d'un coup, une blanche présence au regard sentimental. Avec Ania, nous l'avons remis en présence de son frère César, et ils ont joué avec tant de joie...

Le soir, je suis allée au bar retrouver Gilles, Godfroy et Maxime, à la terrasse. Dania le balalaiker déchaînait les noctambules de Pereslavl au bord de la rivière. Un type bourré a demandé à Maxime si j'étais sa grand-mère, j'ai répondu que bien que vieille, je n'étais la grand-mère de personne. Et c'est vrai que je ne me sens pas du tout dans ce rôle.






vendredi 12 août 2022

Fils de paysans

 


J'ai reçu la visite d'une éditrice de Moscou, Elena, et d'un historien de Saint-Pétersbourg, Victor. Victor adore mes chroniques, il trouve que les traduire non seulement en russe mais en plusieurs langues serait une oeuvre de salut public, mais je pense qu'en Otanie, ce que je raconte n'a pas sa place, et ne poursuit son chemin que parce que cela reste encore au dessous des radars.

Il a fondé un musée Alexandre III, il est monarchiste, évidemment. Il m'a offert son livre sur Essénine, dont il est certain qu'il a été assassiné, et non suicidé. Il m'a dit que Maxime Gorki avait écrit à Boukharine, avant la révolution, que trop de fils de paysans devenaient des intellectuels, au détriment des prolétaires, et qu'il fallait surveiller cela. Ce qui d'ailleurs correspond à ce que me disent aussi les folkloristes, que les paysans lisaient les poèmes de Pouchkine ou Lermontov publiés dans les journaux et en faisaient des chants populaires. Victor déteste Maxime Gorki et Maïakovski, mais considère qu'Alexandre Blok, un moment égaré avec son malheureux poème des Douze, a connu un douloureux repentir et une fin tragique. Une brochure bolchevique de 1926 trace, en guise d'épitaphe, un acte d'accusation contre Essénine absolument répugnant et digne comme niveau de ce qu'on voit maintenant en Ukraine ou en occident, où je professe que s'est déplacé le mal qui sévissait alors ici:

 "Patriotisme chauvin et amour pour l'ancien mode de vie de la Russie paysanne;

Fils d'un village prospère, intellectuel plouc, d'origine à moitié koulak, n'a jamais pratiqué lui-même les travaux des champs. 

Conception de la vie religieuse et contemplative. 

Création de koulak religieux en vacances. 

Monstruosité idéologique et vide.

Crache sur tout ce qui lui était saint dans le passé. 

Propos antisémites en 1923.

A vu sa décompsition et sa pourriture. 

Essénie est un individualiste fini, hypertrophie de son ego. 

Essénine pendu au mur, c'est un symbole.

Il a quitté la vie  dans la pleine conscience de son inutilité et de  son désenchantement

oui le poète a raison, sa "poésie ne nous est plus nécessaire".

amour-propre maladif, stérilité créative, sur la base de sa monstruosité idéologique. 

pépiement amoureux de moineau.

Il a éclaté comme une bulle.

entouré de gens destinés à devenir le fumier de l'époque. 

Essenine n'a aucun avenir, il ne lui a fait aucun écho.

La révolution ne peut adopter Essénine

Il a toujours été réactionnaire

Ce n'est pas le poète des masses de travailleurs et de paysans. 

etc..."

Curieusement, j'ai entendu le même réquisitoire, de la part d'une crétine, dans ma fac des années 70, au cours de "conversation russe" toujours idéologiquement orientée d'une certaine Schatzmann. Moi qui la fermais toujours, car affligée des mêmes tares que le poète, je n'avais pas ma place dans la révolution, j'avais brusquement senti m'envahir une rage froide, et j'avais proféré dans un silence de mort et en entendant ma propre voix comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre: "Tu es qui, pour juger Essénine? Vous êtes qui? C'est quoi votre idéologie et quelle belle jambe vous fera l'avenir radieux quand vous serez tous bouffés par les vers et plus oubliés qu'il ne le sera jamais?"


Victor m'a également offert un livre sur une des figures les plus sympathiques du Donbass, Alexeï Mozgovoï, lâchement assassiné par les Ukrainiens, il s'agit de son journal et de ses poèmes. C'est dire si, avec Victor, nous étions sur la même longueur d'onde. Nos avis divergent un peu sur Ivan le Terrible, mais je lui ai dit que j'avais écrit un roman, pas un document historique. Je le lui ai offert, dans la foulée, ainsi qu'à Elena. Ce sont deux idéalistes, de vrais idéalistes russes, pas des idéologues.

Justement, j'ai regardé hier l'entretien remarquable d'Etienne Chouard avec Ariane Bilheran et Slobodan sur le totalitarisme, émission de salut public à voir absolument. Slobodan déclare que les facs sont les pépinières du totalitarisme, et c'est parfaitement exact. J'en garde un souvenir cauchemardesque: toute la sinistre comédie du macronisme était déjà en place, toute l'abomination du bolchevisme au front bas qui apparaît dans cette épitaphe d'Essénine, toujours à l'oeuvre, et depuis des décennies, ces gens-là, qui ont confisqué la culture, sélectionnent leur intelligentsia officielle selon les critères exprimés ici, excluant avec toute la hargne du médiocre ceux qui ne sont pas compatibles. Pas étonnant que, comme me l'a fait remarquer l'historien Victor, le personnel politique occidental soit si lamentable. Il observe d'ailleurs, en introduction à cette épitaphe honteuse, que la haine bestiale et stupide dont elle relève est un milieu où le russe normal ne peut pas respirer. En effet, le Russe normal ne peut y respirer, c'est pourtant l'état d'esprit officiel qui règne en Ukraine, et de plus en plus en Europe occidentale. A noter que le communiste russe de base en est aujourd'hui généralement dépourvu! Il faut croire qu'il redevient un Russe normal.




Pendant notre conversation sur la terrasse, j'assistais à de blanches apparitions de Nounours. Il passe


dans la verdure, se roule dans l'herbe, me donne ses grosses pattes, c'est un énorme bébé d'une grande douceur. Je suis tellement sollicitée que je ne peux pas le prendre complètement pour l'instant, j'ai à l'horizon encore le voyage à Kourmych, où Sacha Viguilianskaïa m'a demandé de venir chanter pour le jubilé de la ville, ce qui implique de répéter... Kourmych, ce n'est vraiment pas la porte à côté et je passerai une nuit à Mourom, seul endroit où j'ai trouvé de la place, c'est une très jolie ville que j'ai vue trop vite.

Aujourd'hui, j'ai eu la visite de RT, qui m'avait interviewée l'été dernier avec Yann Sotty, pour les Français, cette très bonne émission a été bloquée avec la chaîne qui l'avait commandée. Cette fois, c'était Karim qui tournait pour le moyen orient, et cela passera là bas, avec des sous-titres arabes! Mais c'était aussi très sympa. Karim est égyptien, il a épousé une Russe et quitté Londres pour Moscou. Il m'a dit qu'il adorait mon jardin, qui lui rappelait le midi de la France, certes pas par la végétation, mais par la structure, et la terrasse. Ce n'est pas faux, et les thuyas, dont les Russes font grand usage et que je déteste partout où je les vois en rangs d'oignons, jouent chez moi le rôle de cyprès, une verticale opaque au milieu de végétations mouvantes et translucides...

Ils m'ont demandé de jouer et de chanter, ce que j'ai fait, dans le jardin. Les collaborateurs de Karim voulaient la chanson "le corbeau noir", il y en a plusieurs, j'ai opté pour celle que je travaille en ce moment avec Skountsev, "le corbeau noir de Donetsk", qui est on ne peut plus de circonstances.

Il a aussi trouvé ma maison ravissante, pleine de sens et d'âme, il était très content. Evidemment, escale au café la Forêt, mais Gilles n'y était pas. Il m'a fait découvrir dans une arrière cour un magasin qui ne paie pas de mine, où l'on vend toutes sortes d'excellents fruits et légumes pour des prix défiant toute concurrence, je m'étonne même que cela soit encore possible, et m'a offert des croissants de Frédéric, ancien confiseur et actuel concurrent de Gilles, qui a un point de vente au même endroit.

Les Ukrainiens bombardent une usine atomique, et cela peut très mal se terminer. 

https://mirastnews.net/2022/08/10/la-russie-a-demande-une-reunion-du-conseil-de-securite-de-lonu-en-raison-des-attaques-de-kyiv-contre-la-centrale-nucleaire-de-zaporozhye/

L'occident devient complètement fou, et l'Ukraine en est l'abcès, l'épicentre, le trou noir, le projet abominable. Je lis toutes ces nouvelles fantasmagoriques, toutes ces réflexions idiotes de rhinocéros hagards, et dehors, le jardin parcouru de lumière sous un ciel radieux où trainent de légers nuages, m'apporte les visites de l'innocent chiot blanc au gros nez sombre, sous des yeux pensifs et tendres; il m'offre ma dose quotidienne de framboises charnues, dispose à mes pieds des chats nonchalants, déploie dans le couchant des rondes de flox aux couleurs préraphaélites. Le soir, le vent murmure avec douceur, et le soleil brode d'argent des bouquets de feuilles à contre-jour qui tout à coup paraissent givrés en plein été. Si le truc explose, là bas, l'Europe sera rayée de la carte peut-être même jusqu'ici, mais je serai restée vivante jusqu'au dernier moment, dans mon ilôt de Pereslavl, loin de Babylone.

Slobodan est en Russie, et nous nous sommes parlés au téléphone, mais nous n'aurons pas le temps de nous rencontrer. En revanche, il a pu voir Dany et Iouri, qui regrettaient mon absence; pour se consoler, ils se sont fendu la pêche à faire des considérations pleines d'humour sur mes divers exploits. Il vaut mieux faire rire que pleurer. 



mardi 9 août 2022

Il pensait mal.

 





Un prêtre suppléant, Sergueï Tarassov, a été assassiné.
C'est sa fille Anna qui l'a rapporté sur le compte facebook de ce dernier.
Elle écrit que le SBU (services secrets ukrainiens) est entré par effraction chez eux le 16 mars, 12 individus qui ont emmené son père, l'accusant de trahison, et le 22 mars, il a été assassiné. Comment l'a-t-elle su? La famille avait engagé un avocat, le corps du père a été retrouvé fin mai dans l'une des morgues de Kiev, où on a signalé qu'il avait été amené deux mois auparavant, aux dates indiquées. 
J'étais personnellement au courant.Sergueï, prêtre suppléant de L'EOU, professait la vérité historique que les petits-Russiens et les Biélorusses sont des Russes et combattait le processus de séparation de l'Eglise Ukrainienne et de l'Eglise russe. C'est la seule raison de son assassinat. C'est sa famille qui a retrouvé le corps de ce martyr.
Le sort des autres confesseurs de l'Orthodoxie et de la "triple unité" russe n'est que partiellement connu. On sait seulement que Ian Taksiour est en train de mourir, faute de soins, d'un cancer dans une prison du SBU, on ignore le sort de l'historien petit-Russien Alexandre Karevine, également arrêté par le SBU, ainsi que celui du moine du diocèse de Jitomir, l'archimandrite Lavr (Berezovski) et du père Vassili Mirochbitchenko, de celui de Tcherkassi, ainsi que d'autres confesseurs de la foi qui ne sont probablement plus en vie. 
Стратегия Белой России.
СБУ убила священника Сергия Тарасова

В Киеве убит заштатный священник Сергий Тарасов.
Об этом в его аккаунте Фейсбук "Сергий Тарасов" сообщила его дочь Анна.
Она пишет, что к ним домой СБУ ворвалась 16 марта, 12 человек, забрали папу, предъявив ему обвинение в измене Родине, а 22 марта он был убит. Как она об этом узнала?
Семья наняла адвоката, тело отца нашли в конце мая в одном из моргов Киева, где сообщили о том, что его привезли два месяца назад, в указанных числах.
Я лично знал о. Сергия, заштатного клирика УПЦ, он исповедовал историческую правду о том, что малороссы и белорусы - это русские и боролся с процессами отделения УПЦ, от Русской Церкви. За одно это его убили.
У него есть семья, которая нашла тело мученика.
Судьба других арестованных исповедников Православия и русского "триединства" известна лишь отчасти. Известно лишь, что Ян Таксюр помирает от рака и неоказания медицинской помощи в тюрьме СБУ, судьба малороссийского историка Александра Каревина, также арестованного СБУ, неизвестна, как и судьбы похищенных теробороной и СБУ клирика Житомирской епархии архимандрита Лавра (Березовского) и Черкасской о. Василия Мирошниченко, других исповедников, которых, вероятно, уже нет в живых.
     
https://sun1-90.userapi.com/impg/gsjENVisj_CfnAEnSlEKSfPc3UPvlmapsiAcvQ/Wx-ca6G7zLk.jpg?size=498x1080&quality=95&sign=040b173463789e4e1ca71471b67fedbc&type=album



Bien sûr, on peut affirmer la thèse contraire à celle de ce père Sergueï. Pourtant, je pense comme lui que c'est une vérité historique, non seulement historique, mais culturelle et spirituelle, ce qui était aussi l'opinion, si je ne m'abuse, de saint Laurent de Tchernigov, c'est celle de nombreux habitants de ce qu'on appelle l'Ukraine, même si cela rend enragé les tenants de l'opinion contraire, au point d'adopter les méthodes de ces bolcheviques qu'ils renient et qui leur ont pourtant bricolé ce golem en y fourrant des régions qui n'avaient rien à y faire. Parce que les USA, qui sont la tumeur cancéreuse de l'Europe occidentale, ont décidé qu'il fallait fragmenter l'immense pays dont les richesses ne sauraient être laissées à ceux qui l'occuppent, et, pour ce faire, briser les liens qui en unissent les différentes régions, et pourrir la mentalité de leur jeunesse, comme du reste partout ailleurs.

samedi 6 août 2022

Toska

 


Un correspondant russe a fait des réflexions sur la notion de "toska", tristesse, tristesse russe, qui tient de la nostalgie, d'une espèce de soif de l'absolu, de l'impossible, une notion complémentaire de celle de "l'âme russe" dont les jeunes gens libéraux contestent l'existence, parce que leur âme, ils l'ont perdue ou que leurs parents ne l'ont pas cultivée, alors elle a dépéri. 

J'ai pensé qu'en fait, c'était cette tristesse particulière qui m'avait rapprochée de ce pays, qui m'avait fait le reconnaître et l'aimer, car je suis née avec, et elle m'a toujours poursuivie, bien qu'à l'instar des Russes, j'ai toujours apprécié la gaité et le rire, mais cette nostalgie, c'est le fond de ma nature. Enfant, j'aimais les chants tristes, les paysages mélancoliques, j'y trouvais une douceur qui s'étalait comme la mer, pour rejoindre les nuages, une sorte d'état contemplatif ému qui attendait de la vie plus qu'elle ne pouvait apparemment donner, et dont se contentaient les autres: Sibélius! C'est pourquoi le père Valentin prétend qu'en dépit de mon origine méridionale, j'ai l'âme boréale.

Le folkloriste Alexandre Joukovski considère que la meilleure illustration de ce sentiment est la chanson qu'interprètent Skountsev et son ensemble dans cette vidéo, et ceci alors que le contenu n'est pas particulièrement triste:



De mon côté, je la trouve également en concentré dans cette chanson magnifiquement interprétée par Alexandre Matochkine, grand spécialiste de la chose:



Un autre correspondant sur VK, l'écrivain Serge Rivron, décrit assez exactement l'état d'esprit qui a contribué à me faire partir:

Il m'est pénible de constater jour après jour depuis une vingtaine d'années au moins, que je fais partie du camp géopolitique des agresseurs et du camp idéologique des dingues.
Il m'est encore plus pénible de constater que de le reconnaître me met face à un vertige d'impuissance absolue.
Comment arrêter l'énorme machine de guerre dont la plupart de mes concitoyens sont dupes et dont ils seront, et moi avec, très prochainement victimes ?
Que faire quand on fait partie du camp de ceux que toute l'histoire condamne, a toujours condamnés et condamnera une fois encore - si les dingues du camp auquel j'appartiens malgré moi, la laissent advenir ?
Que faire pour se mettre en travers de la folie des hommes ? Le peut-on ?
Juste se contenter d'avertir, essayer d'éclairer le chemin avec sa toute petite lumière, pour quelques-uns et de la tenir éclairée aussi pour soi, le plus longtemps possible.
(merci à Antipresse de me sentir chaque dimanche quelques instants moins seul. Le n° 348 est à lire toutes affaires cessantes)
J'ai rencontré au café une dame française et son mari russe, soit Frédérique et Ioura, de passage à Pereslavl. Ils habitent dans la région ouest de Moscou, l'endroit le plus chic et le plus cher, mais ils ont acheté il y a des années quand c'était très abordable. Elle a travaillé à l'ambassade, avant mon arrivée au lycée, et elle n'est pas repartie. Elle partage ma vue des choses, et celle de Serge Rivron. Je conseille d'ailleurs autant que lui la lecture de ce numéro de l'Antipresse et de tous les autres.
Ghislain et Olga sont arrivés à Pereslavl, et voulaient me présenter un couple d'amis russes, Vladimir et Svetlana. Vladimir avait vu ue émission sur moi, je ne sais plus laquelle, et son enthousiasme pour la France est tel qu'il ne comprend pas comment j'ai pu échanger ce paradis contre la Russie. Leur voyage date de trois ans, il s'en est passé des choses, en trois ans, mais déjà il y a trois ans, on pouvait dire que le paradis était déjà la proie de toutes sortes de vers infernaux. Autrement, oui, la France est un pays magnifique, avec des paysages infiniment variés, de si jolis villages, un art de vivre. Il m'a longuement parlé de Napoléon, pour qui il a une admiration totale, que puis-je dire, quand je suis moi-même fascinée par Ivan le Terrible, moi c'est Ivan le Terrible, lui, c'est Napoléon. Napoléon avait certes une forte personnalité, et il a eu le mérite de mettre un terme à la Terreur, et de rétablir l'ordre en France, c'est ce que certains Russes disent de Staline, d'ailleurs. D'après Jacques Bainville, s'il s'est lancé dans toutes ces conquêtes fatales, c'est qu'il était l'otage de la révolution et de son idéologie internationaliste, il fallait imposer la liberté, l'égalité et la fraternité à la terre entière, et deux cents ans plus tard, on continue, dans le même esprit, à emmerder toute la planète. C'est pourquoi j'ai horreur des idéologies, et que Napoléon n'est pas trop ma tasse de thé, mais les Russes l'adorent.
A un moment, je lui ai dit que si les Russes arrêtaient de massacrer leur patrimoine, peut-être qu'ils auraient un pays aussi pittoresque que le nôtre, et il a répondu qu'il fallait déjà avoir un certain âge pour apprécier les choses anciennes, mais moi, j'allais avec maman visiter châteaux et églises, vieux villages et boutiques d'antiquaires, je suis tombée dans la marmite quand j'étais petite et que les contemporains de Vladimir, joyeux pionniers et komsomols, s'extasiaient sur le béton et applaudissaient aux destructions des vestiges bourgeois ténébreux de l'époque prérévolutionnaire. Néanmoins, quand je suis venue travailler à Moscou, puis quand je suis revenue m'installer à Pereslavl, ce n'était en effet pas pour la beauté des sites, si souvent saccagés par des fonctionnaires barbares: au delà des idéologies respectives, le communisme, le capitalisme, et aujourd'hui, le cocopitalisme, c'est la modernité qui produit de la laideur en barres, c'est la domestication et le dressage auquel on soumet depuis cent ou deux cents ans des populations qui ne savent plus où elles en sont, s'abêtissent et s'enlaidissent, tout en étant persuadées d'être bien plus évoluées que leurs ancêtres. Malheureusement, si la France a été mieux préservée que la Russie, c'est en train de changer; et de façon faux-cul et sournoise: ainsi de mauvais esprits font remarquer qu'à l'endroit précis où des milliers d'hectares brûlent en Gironde, on projetait justement une "ferme" solaire qui exigeait l'abattage d'une énorme surface de forêt, on peut dire que le hasard fait bien les choses, pour le salut de notre écologie, dont tous ces gens de la caste ont évidemment le souci sincère. Et de l'écologie, et de notre bien.
Vladimir discerne tout cela, et au niveau mondial, et observe le remplacement de population en Europe, qu'il trouve incontestable, mais il pense qu'il se produit la même chose en Russie. J'ai l'impression que c'est ici moins organisé, les Russes ont avec les populations d'Asie centrale et du Caucase une longue histoire commune, faite d'invasions mutuelles, d'échanges, je dirais plutôt que se constitue ou se reconstitue un ensemble eurasien.
D'après lui et sa femme, le vaccin spoutnik V a eu les mêmes effets secondaires qu'en occident, et Olga pense que si son mari Oleg est mort subitement, c'est à la suite de son injection. Dany a entendu dire à la télé russe que la dernière vague de covid, celle dont nous avons souffert l'une et l'autre, était un cadeau des USA. Nous y avions pensé. Et Slobodan aussi.
Il a fait une journée torride, 33 degrés; j'ai perdu l'habitude de la chaleur, et vers le soir, j'ai vu dans le ciel ce nuage, pareil à un chat couché. Il a même devant lui une petite balle qui le nargue. 

Mon jardin a soif, ce qui lui arrive rarement, mais je n'ai pas d'installation d'arrosage.
Nounours vient bouffer, se faire caresser, mais je n'arrive toujours pas à le coincer. Cette fois, il a réussi à passer sous la planche que nous avons fixée au portail, avec la voisine Olga.