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vendredi 29 juin 2018

Le soutien d'une main charitable



Hier soir, j’ai été invitée par des gens, au demeurant très accueillants qui pensent que tout est beaucoup mieux ailleurs, c’est-à-dire en occident.  Ils ne comprennent absolument pas ma démarche, il est vrai que lorsque je les vois et les entends, je pourrais me demander si elle est fondée ! Quand je leur réponds que leur pays est beau, là où tout n’a pas été  détruit, leur architecture unique, si originale, leurs églises, leurs maisons paysannes, ils me répondent, depuis leur pavillon en plastique avec nains de jardin, qu’elles ne sont pas confortables, sans envisager une minute qu’elles peuvent être aménagées assez facilement, je l'avais fait à Krasnoïé, et je vois qu’en fait, la beauté dont je leur parle leur échappe totalement, le lien est rompu avec la mère Russie. « Notre jeunesse n’a pas d’avenir », me disent-ils, justifiant que tout le monde parte en occident, où on n’a pas d’avenir non plus, parce que c’est toute la fichue civilisation progressiste matérialiste consumériste mondialiste hideuse qui est condamnée et que pour l'avenir, il faut envisager d’autres solutions, mais en retrouvant sa mémoire et son identité. Leur opinion est que leur gouvernement est un gouvernement colonial au service d’intérêts qui ne sont pas les leurs, on peut se poser la question, quand on voit qu’il répercute ou tente de répercuter les mêmes lois et la même politique qui ont fait le malheur de l’Europe. La loi sur l’allongement de l’âge de la retraite (déjà dérisoire en Russie depuis l’assaut libéral des années 90) est très impopulaire à juste titre. Mais alors, pourquoi est-ce que l’occident veut tellement la peau de la Russie, si leur gouvernement sert les intérêts du mondialisme ? Sans doute parce que ce n’est pas complètement gagné, qu’il y a encore quelque chose à détruire, c’est-à-dire de mon point de vue, à sauver. Mais ce ne sont pas ces gens-là qui y contribueront… encore qu'on ne sait jamais.
Je suis allée avec Svetlana, rencontrée à l’église de la Protection, voir une église qui n’a jamais fermée dans un village des environs. Je ne dirai pas où, ni le nom de l’église. Son prêtre, le jeune père Andreï , rayonnant de bonté, nous a demandé de ne pas publier de photos de ce qu'elle contient, car il redoute les cambriolages. Quand un lieu n’a été ni détruit, ni profané, ni saccagé, il est cambriolé. On a volé là douze icônes anciennes, correspondant aux douze évangiles de la passion, sans doute revendues à des crétins de collectionneurs à l’étranger. Elles ornaient l’effigie du tombeau du Christ utilisée pour les vigiles du samedi saint. C’est vrai qu’une église qui n’a jamais fermé garde les prières de tous ceux qui y sont venus pendant les trois cents ans de son existence. Et toutes sortes d’objets pieux d’époque qui ne proviennent pas de Sofrimo, la fabrique de bondieuseries contemporaine. L’église a conservé ses belles dalles de fonte ornées de reliefs, ses portes de fonte, avec des serrures spectaculaires, malheureusement maintes fois badigeonnées. Elle a été construite par des nobles qui étaient revenus vivants de la guerre  et voulaient manifester leur reconnaissance. Prévue à un autre endroit, elle s’est implantée dans celui-ci parce que le matériel disparaissait pendant la nuit et qu’on le retrouvait régulièrement plus loin, là où on l’a finalement édifiée. Il se trouve que c’est l’emplacement d’un « kourgane » où ont été ensevelis des guerriers de la bataille de Koulikovo. Le père trouve souvent des ossements en jardinant...
Il a un paroissien français occasionnel, français orthodoxe, un certain Jean-Pierre qui travaille à Moscou, et lui dit: "J'ai besoin d'être ici pour sentir l'Orthodoxie autour de moi". "Je le comprends, ai-je répliqué, mais dans l'environnement complètement désacralisé de la France, certains lieux orthodoxes sont des concentrés de lumière, et c'est en eux que je mets mon espoir".
Les fresques académiques me touchent peu. L’iconostase sculptée ancienne est belle, enfin c’est du beau travail, mais j’aime les choses plus simples, plus frustes. L’une des personnes qui m’accompagnaient, avec Svetlana, était la directrice du chœur de saint Théodore, elle a chanté un cantique. Il y avait aussi avec nous la fille de Svetlana et son petit garçon Timofeï. Il m’a beaucoup plu. J’ai senti l’enfant intelligent, capable d’émotions, de contemplation. Le père Andreï nous a proposé l’ascension du clocher, et je me suis inconsidérément lancée. C’était très haut, sur des marches de bois branlantes. Il me tenait la main. Là haut, le petit Timofeï a voulu sonner les cloches, et il l’a fait d’une façon très harmonieuse, sans chercher uniquement à faire du bruit, mais avec le souci de produire des sons variés. On voyait dans le lointain un lac, devenu inaccessible, parce que les gens construisent sur les berges et découpent les plages  avec leurs fichues palissades, se réservant une tranche de sable soustraite au commun des mortels.
Une fois ce moment de grand air passé, il a fallu redescendre, et là, ce fut une autre affaire. Le père Andreï me tenait fidèlement par la main. Je m’appuyais toujours sur la même jambe parce que j’avais peur d’être lâchée par l’autre, celle qui est la plus atteinte par l'arthrose, et de dévaler l’escalier. La directrice du chœur me recommandait, pour éviter de trébucher, d’avancer « hardiment », tout cela c’était dans la tête, plus vite, mémé. Mais au dernier palier, avant d’aborder les marches en pierre d’époque complètement usées, la bonne jambe exténuée s’est dérobée, et je suis tombée. J’ai repris ma descente, appuyée sur le prêtre, heureusement grand et baraqué : «C’est vexant, lui dis-je, comme ça, je parais plus jeune que mon âge et l’on ne croirait pas, mais mes jambes ne suivent plus…
- Comment ça, vexant ? Mais vous avez l’âge que vous avez, et c’est normal ! Au contraire, prenez cela comme une bénédiction ! Dieu vous fait sentir votre faiblesse pour que vous vous tourniez vers Lui… Les jeunes, par exemple, ils sont forts et agiles, ils pensent pouvoir se passer de Lui. Mais quand on vieillit, comme vous, on est bien obligé de compter sur Lui. Alors remerciez-Le… »
Et en effet, c’est bien sur Lui que je compte, car sinon, j’aurais bien plus d’angoisses que je n’en ai actuellement. Les paroles du prêtre m’en faisaient prendre conscience, tandis que je chancelais à sa suite, appuyée sur sa forte main, comme si quelque preux très doux de la sainte Russie, émissaire de ceux qui dorment dans le "kourgane", était venu, en assistant la vieille Française, lui démontrer que là haut, c’est-à-dire tout près, on s’occupait d’elle.

J'ai coupé le décor au maximum, tant pis pour vous...


mardi 26 juin 2018

Démarches... encore!

Tania, la juriste, est venue spécialement m'aider à terminer la mise en règle de ma maison, ce que nous avions commencé à faire l'an dernier. Mais c'était un tel parcours du combattant que nous n'avions réglé la question que de l'eau et de l'électricité, restait le gaz. Et les impôts.
Pour le gaz, nous sommes allées dans un premier endroit faire le "passeport technique", deux fois, parce qu'il fallait payer, et je n'avais pas de liquide. La dame qui nous a reçues a été très gentille, et travaillait alors qu'elle était théoriquement en vacances, mais elle avait dû remplacer une collègue défaillante.
En sortant de là, nous sommes allées avec Tania dans une église consacrée à saint Serge qui vient  juste d'être restituée au culte. Elle est dans le centre, près de la vénérable église de la Transfiguration où a été baptisé Alexandre Nevski, de la magnifique église pyramidale bâtie par Ivan le Terrible et enfin en cours de restauration parce que rendue au culte, de l'église saint Alexandre Nevski où seront bientôt exposées des reliques de saint Spiridon et de sainte Matrona. Il y avait encore d'autres églises, et un clocher qui ont été détruits. Celle de saint Serge, et c'est plein de signification, était devenu le local de la Sberbank, la Caisse d'Epargne.
Avec le passeport technique, nous devions aller à un autre endroit de la ville, conclure un contrat. Panique de la fonctionnaire de service: "Oh mais qu'est-ce que cela? Un passeport étranger? Vous êtes quoi? FRANCAISE? Mais qu'est-ce qui a bien pu vous amener ici?"
Passé ce moment d'angoisse, elle nous a fait cela aimablement, et nous a envoyées subir une "instruction", c'est-à-dire regarder un petit film sur les dangers du gaz, auprès d'un jeune homme blond typiquement russe, très touchant: "Dites-moi, je suis curieux, mais qu'est-ce qui peut amener une Française ici, alors que la plupart des gens veulent aller en France? Ici, c'est mieux?
- Eh bien, par certains côtés c'est mieux, et par d'autres c'est pire, mais d'abord, j'ai vécu 16 ans à Moscou, j'ai des liens amicaux, culturels, spirituels. Je ne dis pas que je n'ai pas parfois le mal du pays, mais quand j'étais là bas, la Russie me manquait. Et puis, ayant vécu 16 ans ici, je supportais mal d'entendre et de lire des mensonges russophobes partout dans les médias, je trouvais cela injuste et révoltant. Par dessus le marché, les gens qui croyaient les conneries sur la Russie, ne voyaient pas qu'on était en train de détruire leur propre pays, et moi je le voyais sans pouvoir faire grand chose. Alors psychologiquement, je me sens mieux ici."
Il m'a regardée avec gravité: "Je vous comprends..."
Après la séance de cinéma, nous avons porté le contrat et le passeport technique dans un autre lieu, où il fallait... eh bien au fond je ne sais pas, enregistrer tout cela, sans doute, et établir combien je devais, car je croyais mes factures payées par la banque, mais non, ça marchait pour l'électricité mais pas pour le gaz, parce que je n'avais pas de contrat. Je dois 400 euros, pratiquement pour toute l'année, chauffage et eau chaude.
Enfin nous avons fini par les impôts. Là j'étais répertoriée, grâce à ma datcha, mais mon prénom était sous une autre orthographe, car à la suite d'une erreur de transcription qui ne sera plus jamais rectifiée,  je suis enregistrée aux services d'immigration avec un e et pas un a...
Tania a  eu le temps de dîner avec moi sous le poirier dans la brise du soir. Un peu de campagne, un peu de répit, après une journée bien remplie. Puis elle est repartie à Moscou par le bus... Maintenant, tout est enfin en règle. Tania reviendra vénérer les reliques de saint Spiridon,qui nous a bien aidées!

L'église saint Serge 

on voit encore la trace de l'escalier de la Sberbank, avec un écriteau:
"Centre de développement de la ville"

lundi 25 juin 2018

A bicyclette

Je voulais trouver un chemin qui me permît de faire du vélo avec Rosie sans trop de risques, et j'ai pris сelui de la source de saint Corneille. Sans Rosie, car pour une fois que je voulais l'emmener, elle n'était pas dans les parages. J'ai vite vu que le nombre de maisons Lego en plastique et métal avait cru de façon dramatique au dessus de l'ancienne berge, dont les vagues désertes portaient  autrefois de gros nuages tout proches et quelques chèvres. Il y a encore deux ans, je m'émerveillais de voir surgir tout à coup les coupoles du monastère saint Nicétas au dessus des champs. Désormais, une de ces maisons m'en gâche la vue. De nombreux papillons voletaient autour de moi, comme dans la chanson de Montand "la bicyclette", et ce souvenir me ramenait la France au milieu de la Russie.
A un certain moment, il faut crapahuter en traînant le vélo, par un sentier accidenté. Je voyais des traces de pneus, sans doute les jeunes font-ils du VTT, mais moi, je ne veux pas risquer de fracture!  On se croirait presque en montagne, avec de belles perspectives sur le lac. Puis l'on rejoint un chemin praticable  et de là, on débouche sur la route qui longe le lac, et l'on peut rejoindre le monastère, puis la route de Yaroslavl; avec Rosie, il me faudrait m'arrêter à l'issue du chemin et revenir en arrière, pour éviter les voitures. Sans Rosie, j'ai poursuivi ma route. Les immondes barrières métalliques des promoteurs continuent à scarifier dans tous les sens ce vaste, féerique et envoûtant paysage du nord qui appartient à l'histoire, à la sainte Russie, au peuple russe depuis Alexandre Nevski jusqu'à nos jours. Des vaches paissent encore dans ces espaces promis aux "cottages", parkings et centres commerciaux prévus par les mutants pour ceux qui n'ont, comme eux, plus d'âme, et plus de mémoire, mais juste un sexe, un estomac et un portefeuille. Quand on a été élevé sous un régime qui trouvait normal de transformer les églises en dancing ou en toilettes publiques, ce n'est pas très étonnant, à moins d'avoir de puissants anticorps familiaux ou un bon héritage génétique...Le monastère est déjà flanqué d'un assez bon nombre de bâtisses hideuses qui ne tiennent compte ni de lui, ni des autres maisons, ni du paysage environnant. Leur laideur arrogante n'a pas de complexes. J'observais avec quel plaisir la lumière jouait sur les coupoles, transfigurant tout l'ensemble et se déployant dans les grands nuages d'argent froissé, alors que sur ces maisons sans grâce, elle ne fait que trébucher à regret. Je pensais à un ami du père Valentin, le Baron, qui comparait ces "villages de cottages" aux cimetières contemporains: une accumulation de mausolées pompeux avec des fleurs en plastique. Oui, ce n'est sans doute pas un hasard, si les demeures fabriquées par et pour des morts vivants ressemblent à des tombes...
Je songeais aussi à mon livre, avec soulagement et gratitude. Qu'il se soit écrit par mon intermédiaire donne une plénitude et un sens à ma vie, et la relie à tout ce qui m'entoure ici d'un lien plus profond que celui de certains natifs avec cet héritage dont ils n'ont pas le respect.
A chaque fois que je le crois terminé, quelque chose intervient pour me faire retarder l'étape de la publication et modifier le contenu. Cela ressemble à une architecture, dans laquelle s'inscrivent peu à peu les détails, les décorations, les fresques, les bas-reliefs, les chapiteaux et chaque petit ange ou chaque démon doit être à sa place, même si on ne le voit pas.






dimanche 24 juin 2018

Solstice

intérieur de l'église de la Protection
de la Mère de Dieu

Le solstice fait les nuits très courtes et donne une lumière particulière, éblouissante et douce, mystérieuse. Je passe beaucoup de temps dans le jardin à travailler et à bousiller ce qu'il me reste de cartilage mais aussi à rêvasser et à dormir.  Merveille de cet été du nord, lumineux et léger, plein de vent et de cris de mouette, avec encore quelques rossignols le soir, et grâce au vent, le souffle bienfaisant du lac, finalement assez peu de moustiques, ils arrivent le soir, ou par temps orageux, mais je peux passer de si heureux moments sur mon hamac, à regarder bouger les feuillages, les nuages, les fleurs encore trop peu nombreuses, les roseaux... J'ai chaud, après un tel hiver, porter une robe d'été dans une douce tiédeur est un plaisir rare, mais pas trop, sauf quand je m'agite, évidemment. Et je profite de chaque instant de douceur, de verdure, de chaque gorgée de vie. Dommage que Rosie ne me laisse pas faire de vélo tranquille... Mais elle me garde, étendue dans l'herbe, les chats aussi. Je l'ai vue hier, en ouvrant mon portillon, faire des amabilités à un jeune homme tatoué, balèze, rouge comme un homard, le crâne rasé. Mais dès qu'il est venu me parler, elle lui a montré qu'attention, pas touche! L'âge me met un peu à l'abri de ça (quoique...) mais avec Rosie, pas de problème, je ne risque pas de me faire violer!
Ce matin, à l'église de la Protection de la Mère de Dieu, je me suis fait encore une copine, une dame qui s'appelle Svetlana et qui m'a abordée, parce qu'elle était à ma soirée gousli de cet hiver. Elle m'a chanté les louanges de cette église et de son clergé, le père Alexandre et le père Pavel. C'est vrai qu'ils me plaisent bien l'un et l'autre, le "mystique" et le "bon vivant". Le père Alexandre, me dit-elle, est le surintendent des paroisses du coin pour l'évêque Théodore. Svetlana, comme d'ailleurs mon père Valentin, apprécie que l'église n'ai jamais été fermée, elle a traversé toute la période soviétique. "La Mère de Dieu, dit le père Valentin, dont la paroisse est aussi dédiée à la Protection de celle-ci, comme d'ailleurs, soit dit en passant, le monastère de Solan, protège bien les siens!" Cette église est donc une espèce de capsule spatio-temporelle. "Vous comprenez, me dit Svetlana, les églises qu'on refait, elles n'ont pas le même esprit, on dirait des musées. Ici tout à été fait par nos ancêtres. Si vous voulez, je pourrais vous emmener dans une église à 20 km d'ici qui n'a jamais fermé non plus, elle a conservé son magnifique iconostase en bois sculpté, et même des statues, c'est une merveille...
- Je serais heureuse de voir cela, car ce pays a été épouvantablement ravagé et cela continue... Que cette église ait été épargnée est bien un miracle.
- Oui, c'est terrible ce qui se passe avec Pereslavl, le maire n'aime pas ce qui est ancien...
- A mon avis, il n'aime que le fric..."
Le maire m'a l'air du mutant post-soviétique parfait, il est "du passé faisons table rase et place au business". Il se fout éperdument de ce qui est beau, d'ailleurs il ne le voit pas, il ne voit que ce qui fait riche. Il se fout complètement d'Alexandre Nevski, dont on va fêter le jubilé. Et encore plus de saint Nicétas le stylite. D'après les commentaires des artistes et collaborateurs des musées locaux, à Pereslavl, outre les destructions systématiques de vieilles maisons, et l'affreux projet de la berge du lac, on passe son temps à défoncer d'anciens cimetières et des sites archéologiques vite ravagés avant que ne débarquent des équipes de fouille, pour édifier des merdouilles rentables. Son mépris du passé s'étend également à la musique traditionnelle. Il préfère le tintamarre bien vulgaire, comme je l'ai constaté à la fête nationale.
Il paraît qu'à Ouglitch, c'est tout à fait différent, on restaure avec amour ce qui subsiste. Par moments, je regrette de ne pas avoir choisi un endroit plus préservé, Souzdal par exemple, ou Toutaïev. Mais d'un autre côté, si je suis tombée ici, c'est sans doute la volonté de Dieu, comme me le disait le père Valentin à propos de regrets d'un autre ordre. Je prie tous les jours Alexandre Nevski et le métropolite Philippe de débarrasser cette ville vénérable des brutes qui la défigurent et la vendent à l'encan.




vendredi 22 juin 2018

Chez mon père spirituel

Le père Valentin avec ses filles Liéna et Xioucha et le père Elie. Une photo
qui avait enchanté le père Placide...

J’ai fait un saut à Moscou pour la première révision de ma voiture et pour faire, en vue du déménagement de mes affaires, toujours en France,  une procuration notariée pour toute une équipe d’avocats. Faire venir ces malheureuses affaires, qui n’ont d’autre valeur que sentimentale et pour lesquelles on me demande une taxe exorbitante, promet d’être encore un autre chemin de croix.  Je suis déjà allée deux fois chez le notaire de Pereslavl qui semble toujours ou pris d’assaut, ou fermé, ou les deux.
M’étant arrêtée pour prendre un café sur la route, j’ai vu les deux bonnes femmes ouzbèkes qui servaient me regarder avec curiosité : «Vous conduisez ?
- Eh bien oui…
- Et vous n’avez pas peur ?
- J’en ai l’habitude… ca doit faire quarante ans que je conduis. »
Qu’une femme, et en plus une vieille, conduise une voiture leur semblait extraordinaire.
Après ma démarche chez le notaire, je suis allée chez le père Valentin, qui était seul dans l’appartement, avec son fils Kolia. Cela nous a permis de beaucoup discuter, en buvant un petit coup de vodka, parce qu’il respecte le carême mais la vodka, c’est végétal, et puis il fallait fêter dignement mon RVP.  Je lui ai raconté toutes sortes de choses qui me pesaient, et puis je lui ai parlé de mon livre, de la véritable possession dont j’avais été et suis encore l’objet, et qui me gênait, dans ma vie spirituelle, extrêmement peu développée pour mon âge. «Je suis spirituellement une adolescente, pas seulement spirituellement, d’ailleurs.
- L’état que vous décrivez est celui que traversent tous les créateurs, et vous n’avez pas d’autre choix que d’aller jusqu'au bout, et du reste, c’est sans doute votre fonction sur cette terre. N’allez pas, pour l'instant, sacrifier votre activité littéraire à la peinture d’icône, sous toutes sortes de prétextes. Il vous faut assumer cela. Du moins tant que vous en avez la nécessité intérieure.
- Mais c’est beaucoup plus perturbant, cela réveille des tas de choses en moi, et surtout me met en contact avec n’importe quoi ou n’importe qui venus des fins fonds du tréfond…
- Il ne faut pas perdre le lien avec Dieu. Mais il ne faut pas non plus vous détourner de ce qui vous a été donné. »
Bon, au moins, cela a le mérite d’être clair. Mais ce n’est pas simple. Cependant d’en avoir parlé, et d’avoir reçu cette réponse, m’a encouragée. Quand on comprend qu’on est dans sa voie, qu’on a reçu cette croix et pas une autre, on fait avec.
Puis nous avons parlé de l’âme russe, d'Ivan le Terrible, de la révolution, du communisme, des destructions du patrimoine, de la fin des temps. «Ne vous faites pas de souci pour la Russie, elle tiendra la coup. Il y a même des prophéties, là-dessus…  vous avez lu celles de Soloviev sur l’Apocalypse ?
- Non…
- Ah eh bien je vais vous donner ça, je l’ai en double. »
Et le voilà parti dans son labyrinthe, un long moment. Mais il a fini par trouver, il trouve toujours, je ne sais pas comment il fait.
Je me sentais pleine d’amour pour le père Valentin qui est si profond, et si droit, si propre, si respectueux de l’âme des autres. Lui et les siens sont vraiment devenus ma famille russe.
Je lui ai dit qu’on me servait périodiquement l’histoire des pauvres paysans russes, avec toutes sortes de statistiques et de témoignages que je ne pouvais réfuter car je ne suis pas historienne et n’ai pas un ordinateur dans la tête, mais que malgré tout, mon instinct me suggère depuis toujours qu’il y a là encore une belle escroquerie historique comparables aux fables républicaines sur le moyen âge français. «Vous comprenez, ces gens chantaient tous beaucoup, ils jouaient tous d’instruments de musique, ils dansaient, ils brodaient, sculptaient des choses admirables, étant moi-même une personnalité créative et archaïque, on ne me fera jamais croire qu’ils étaient tous au fin fond de la misère, car lorsqu'on a une vie parfaitement horrible, parfaitement misérable, on n’a plus le désir, l’énergie, l’élan qui permettent de faire ce genre de choses. Je ne dis pas que tout le monde était riche et heureux, il y avait sûrement des différences de situation, mais quand on voit les grandes et magnifique isbas du nord…
- Vous savez que le nord n’a jamais connu le servage ?
- Ah non, je ne savais pas, je pensais que c’était le cas des cosaques, de l’Ukraine…
- Le nord non plus, et pour ce qui est du servage, il faut aussi nuancer. Il n’a pas été aboli par Alexandre II pour des raisons économiques, comme le racontait l’histoire soviétique, mais pour des raisons morales, et c’est l’abolition qui a provoqué la crise. Du reste beaucoup de paysans ne la souhaitaient pas, car déjà Paul I° avait bien amélioré leur situation, et finalement, elle avait pour eux des avantages, certains serfs étaient plus riches que leur propriétaire.
- Oui, cela, je le savais. Paul I° n’était pas si mal que cela, alors…
- Il aimait les paysans. Derrière son assassinat, c’étaient les Anglais qui tiraient les ficelles…
- Comme pour Raspoutine…
- Pour les paysans, vous comprenez, le barine était loin, ils étaient dans un sens, protégés par tout un système... Après, ils se sont sentis livrés à eux-mêmes, sans utilité pour personne.
- Ce que vous me dites me fait penser à l’Anglais de mon livre. L’amitié d’Ivan le Terrible, en réalité, en fait son prisonnier. Il le veut à ses côtés, et donc il en devient complètement dépendant. Il lui donne une maison, des vêtements, des commandes, mais l’Anglais est à sa merci. Il écrit alors à sa sœur que curieusement, dans cette situation, il a l’esprit plus libre qu’il ne l’a jamais eu. Il est débarrassé de l’angoisse du lendemain, de l’angoisse de devoir faire carrière, effectuer des choix, toujours mauvais, chercher sa dame de coeur, qu’il ne trouve jamais, et le tsar lui dit : «Je vais t’en trouver une, de femme, parce que ça fait dix ans que tu t'acharnes à garder l’illusion du choix, et tu chercheras encore dix ans sans succès, alors tu prendras la jeune fille chrétienne que je vais te donner et tu gagneras du temps » Et mon Anglais dit qu’en fin de compte, n’ayant plus le souci de toutes ces choses, il peut pleinement créer, observer, dessiner, se consacrer à ses livres de botanique entre deux conversations avec le despote cultivé qui n’est pas un mauvais interlocuteur. Quand j’étais enfant et même jeune fille, j’avais le fantasme de la liberté, vous savez,  « la liberté ou la mort » etc.  C'est très français. Et puis après, je me suis rendu compte du mythe, et même de l’escroquerie que ce terme vague recouvrait. Par essence, nous sommes obligatoirement soumis à toutes sortes  de déterminismes et de contraintes. Quand j’étais obligée d’aller travailler à l’école, est-ce que j’étais libre ? Quand je me traînais là bas avec la migraine, coûte que coûte ? Ai-je été libre de me marier, dans la mesure où moi, j’en en avais envie, mais plus aucun bonhomme avec qui j’aurais pu raisonnablement m’entendre ne marchait là dedans parce que ce n’était plus la mode ? Ce qu’on nous présentait comme la liberté était devenu ma prison, une prison solitaire et terriblement triste et angoissante. Et en plus, on se sent coupable de n’avoir pas su quoi en faire, de cette liberté, dont du reste on a du mal à comprendre le sens: c’est quoi la liberté, la liberté de quoi ? »
Rire approbateur du père Valentin. Je poursuis: «Les Russes finalement, n’ont pas la même compréhension de la liberté que les Français. Ils ne pensent pas qu’on soit sur terre pour travailler et gagner de l’argent, un peu comme les indiens d’Amérique. Ils ont besoin d'une autre motivation que celle-là pour se donner du mal. Je veux dire les Russes classiques, bien sûr, pas les mutants. Ils tiennent avant tout à leur liberté intérieure. Ils n’aiment pas la politique, pour eux, c’est quelque chose de sale.  Cela compromet cette sorte d’unité qui règne entre eux, un sentiment familial d’appartenance à une même entité culturelle, spirituelle. Leur folklore et leur art étaient des moyens de communication puissamment fédérateurs, avec leur foi naturellement, et cela d’autant plus qu’ils n’ont pas de frontières naturelles. Les Français sont plus ancrés avant tout dans leur terroir, enfin ils l’étaient. La France est davantage une mosaïque de petits pays particuliers qu'une grande famille. Alors que pour les Russes, cet immense océan de terre qu’on appelle la terre russe est un bien commun, un héritage ancestral, d’autant plus qu’ils n’ont jamais été tellement attachés à une propriété précise, entre les mongols et leurs propres tsars qui les chassaient d’un côté et de l’autre, les déplaçaient sans arrêt,  jusqu’à la période communiste incluse. Ils ont toujours eu un grand sens de la précarité de leur vie et de leur situation, les racines enfoncées dans la terre russe, oui, mais le faîte déjà dans le ciel, parce qu’ils savaient que sur la terre, ils ne faisaient que passer.  Ils ont supporté les pires gouvernements et les pires fonctionnaires pourvu qu’ils soient préservés des attaques extérieures et qu’on leur foute la paix dans leur désordre chronique, fertile et créatif, qu’on les laisse rêver, ou prier, le temps qu’ils étaient sur terre, et s’ils mouraient prématurément, fauchés par l’un de ces tyrans, eh bien, cela faisait partie de l’ordre des choses, la Russie poursuivait sa route, un peu comme cette grande procession de paysans que les bolcheviques mitraillaient et qui continuaient à marcher, sans même s'arrêter pour les morts et les blessés. Or je pense être un peu comme eux. Prête à payer mon tribut aux imbéciles et aux prédateurs pourvu qu’on me fiche la paix pour ce qui concerne le plus essentiel. Mais si cela touche au plus essentiel, alors… »
A la faveur de cette conversation, où c'était d'ailleurs surtout moi qui parlais, j’ai pris pleinement conscience que ma voie actuellement était de terminer mon livre et de faire ce que je fais, c’est-à-dire témoigner de la Russie auprès des Français, mais aussi des Russes auprès d'eux-mêmes. Ces Russes  que l’on dénigre, et qui finissent par croire les tristes corbeaux qui croassent toute la journée leur haine de tout ce qu’ils représentent et que j’ai tellement aimé : j’ai aimé la Russie dans ce qu’elle a de russe, et il me faut le dire . Cela m’a apporté de la paix, je me suis souvenue du père Elisée : porter sa croix, c’est s’accepter tel que l’on est. C’est valable pour moi, et c’est valable plus généralement pour les Russes et aussi pour les Français, quand ils sont encore capables d’être quelque chose.
Le lendemain, en disant mes prières, j’ai senti cette paix se muer en consolante douceur. C’était bien cela, sans doute, c’était la confirmation, l’encouragement qui venaient me redonner de l’élan, un petit signe.
Au magasin Magnit, j'ai rencontré Nadia, avec laquelle j'étais allée à la source de saint Corneille. Je la rencontre là périodiquement, je crois qu'elle hésite à venir chez moi par timidité, et elle a une vie assez difficile. Je la voyais toujours recouverte de vêtements d'hiver, et tout à coup, je découvrais une femme longiligne, qui avait dû être très jolie, elle a gardé une longue tresse qui lui va très bien, nous sommes rentrées ensemble, elle m'a donné des hémérocalles. Dans l'entrée du magnit, un magasin provisoire de souvenirs "typiques" offrait l'habituel étalage d'horreurs qui n'ont plus rien à voir avec les merveilles d'autrefois, et comme je les regardais tristement, j'ai vu, tout en haut des étagères, dans un coin, de très jolies boîtes en écorce de bouleau tressée, sans petits sujets gnangnans en relief, sans décorations nounouilles, de vraies boîtes paysannes normales, et je les ai achetées. 
 Il ne fait pas souvent beau ici, mais quand il fait beau, cela ressemble à la grâce descendant sur vous après de longues et grises périodes d’ascèse ingrate ! Il souffle un vent doux et puissant, qui brasse toutes choses dans la lumière. J’avais invité Martha, la femme sud américaine du pâtissier Didier, à venir s’asseoir dans mon jardin plutôt que de rester dans son appartement, et pendant que nous discutions, je regardais les lupins jeter des feux mauves et roses sur le fond bleu de ma palissade, et derrière celle-ci, les ombres mouvantes des roseaux, et puis les chats qui venaient nous saluer, les pivoines qui s’épanouissaient enfin, assez parcimonieusement. A en oublier la lèpre satanique qui ronge le monde.



lundi 18 juin 2018

Du passé faisons table rase et place au business

la laure de la Trinité saint Serge

J'ai trouvé sur une page facebook le post suivant:
LE MINISTRE DE LA CULTURE EN TANT QUE DIAGNOSTIC

 « A la fin de 1964, "l'épuration  " de Moscou et de sa région allait bon train, en prévision de la mise au point et de la confirmation du nouveau plan général de reconstruction de la capitale. Cela nous obligea à rencontrer le ministre de la culture de l'URSS d'alors, E.A Fourtseva. Il nous était parvenu les nouvelles inquiétantes du démantèlement des églises de Souzdal, Vladimir, Pskov, Kalouga, Toula, Viazma. Le Mosoblsoviet essayait de déclasser l'ensemble de monuments de la laure de la Trinité Saint Serge. A Zagorsk (maintenant Serguiev Possad) on avait démantelé une église en bois du XVII° siècle sur le mont Iline. On avait fait sauter un marché du XVIII° siècle à Romanov sur la Volga (maintenant Toutaïev).
Dans la salle de réception de la ministre, on nous avertit que nous n'avions pas plus de dix minutes à notre disposition. Piotr Dmitrievitch (Baranovski) essaya d'expliquer quelque chose au collaborateur de la ministre, mais celui-ci, avec un geste des mains habituel, ouvrit la porte et nous nous retrouvâmes dans un vaste bureau. Yekaterina Alexeïevna  nous proposa de nous asseoir et demanda tout de suite ce qui nous amenait. Piotr Dmitrievitch commença à expliquer combien la situation était regrettable avec les monuments d'architecture. Yekaterina Alexeïevna fit la grimace, nous démontrant son complet déplaisir, et, interrompant Baranovski, lui dit qu'à son avis il y avait trop de monuments dans le pays et qu'on ne pouvait s'occuper de tous et qu'il n'y avait pas de raison de le faire. Le gouvernement avait des problèmes plus importants que la conservation des monuments. Ici, elle répéta une expression très courante à l'époque: "Nous approchons du communisme, et les gens ne savent pas où vivre!" A l'effroi de Baranovski et de toutes les personnes présentes, elle se mit à parler des intentions de détruire tout ce qui empêchait de construire des villes communistes. Quelqu'un de la commission demanda à Fourtseva ce que devait être, à son avis, une ville communiste. Elle répondit que les architectes le savaient mieux qu'elle, mais bien sûr, sans églises."

(Des mémoires du prof. A.S. Trofimov// Piotr Baranovski. Travaux, souvenirs de ses contemporains. M. 1996. P.186)

D'où l'on voit qu'il est très excessif de considérer l'URSS comme un conservatoire des traditions qui se perdaient en occident sous l'influence du matérialisme consumériste. Si cela s'est produit, c'est le résultat des effets secondaires de la grande catastrophe culturelle et humaine subie par le pays. C'est la fine fleur de l'architecture russe du passé, ou plutôt ce qu'il en restait après les destructions énormes des décennies précédentes, que ce ministre de la culture projetait sans frémir de sacrifier au triste béton de la ville communiste idéale. On voit par la même occasion, d'où provient le fonctionnaire actuel, si empressé de sacrifier ce qui a été miraculeusement épargné non plus au projet communiste mais aux projets immobiliers juteux des promoteurs, comme par exemple ici, à Pereslavl, sur la rive du lac, près du monastère saint Nicétas. Quand mon père Valentin disait à sa femme, devenue communiste par réaction au libéralisme, que ceux qui la scandalisaient alors étaient les mêmes apparatchiks qui la scandalisaient, au temps du communisme, quand elle était dissidente, il avait parfaitement raison. Entre le libéralisme capitaliste prédateur et le communisme qui faisait table rase de tout ce qui pouvait remémorer aux gens l'âme de leur pays, sa poésie et sa beauté, je ne vois pas de différence, ils s'entendent très bien, ils procèdent l'un de l'autre. Il est pour moi évident que cette Fourtseva n'avait plus rien de russe, à part peut-être son type physique et sa langue, c'était un mutant, comme le Français abruti qui rend "les religions" responsables de tous les malheurs humains, crache sur le "moyen âge", appelle son fils Parker ou Kévin et n'a jamais rien connu d'autre que la musique de merde importée ou la presse people. Ces gens-là, purs produits de la modernité, n'hésitent devant aucune destruction, plus rien n'est sacré à leurs yeux et par conséquent, même le sens de la patrie est chez eux très atrophié et remplacé par une conception purement idéologique ou des intérêts financiers.

МИНИСТР КУЛЬТУРЫ КАК ДИАГНОЗ

«На исходе 1964 г. полным ходом шла «чистка» Москвы и Подмосковья в преддверии разработки и утверждения нового генерального плана реконструкции столицы. Это заставило нас искать встречи с тогдашним министром культуры СССР Е.А. Фурцевой.
Поступали тревожные известия о разборке храмов в Суздале, Владимире, Пскове, Калуге, Туле, Вязьме. Мособлсовет пытался снять с охраны ансамбль памятников Троице-Сергиевой лавры. В Загорске (ныне Сергиев Посад) разобрали деревянную церковь ХVII в. на Ильинской горе. Были взорваны торговые ряды ХVIII в г. Романове на Волге (ныне г. Тутаев).
В приемной министра предупредили, что в нашем распоряжении будет не более 10 минут. Петр Дмитриевич [Барановский] попытался что-то объяснить помощнику министра, но тот привычным взмахом руки открыл дверь, и мы сразу очутились в просторном кабинете. Екатерина Алексеевна предложила сесть и сразу же спросила, что заставило нас прийти к ней. Петр Дмитриевич начал говорить о том, как неблагополучно у нас обстоят дела с памятниками архитектуры.
Екатерина Алексеевна сделала гримасу, обозначавшую полное неудовольствие, и, прервав Барановского, сказала, что, по ее мнению, памятников у нас в стране слишком много и всеми ими заниматься невозможно, да и ни к чему. У государства есть вопросы поважней сохранения памятников. Тут она повторила весьма расхожее в то время выражение: “Мы подходим к коммунизму, а людям жить негде!” К ужасу Барановского да и всех присутствующих, она стала говорить о намерении снести все, что нам мешает строить коммунистические города. Кто-то из комиссии спросил Фурцеву, каким же должны быть, по ее мнению, коммунистические города. Она ответила, что архитекторы должны это лучше знать, но уж конечно без церквей».
(Из воспоминаний проф. А.С. Трофимова // Петр Барановский. Труды, воспоминания современников. М. 1996. С. 186)


mercredi 13 juin 2018

La destruction de l’âme russe en tant qu’essence même du libéralisme



Un article de Mikhaïl Smoline pour Tsargrad. Je l'ai traduit pour attirer l'attention sur le fait que les forces de destruction à l'oeuvre en Russie opèrent de la même manière que chez nous et ceux qui en sont les vecteurs semblent issus du même élevage et avoir les mêmes commanditaires.
la sainte Trinité, bronze de Nikolaï Moukhine érigé à Yaroslavl

La conscience libérale a de manière ontologique, profonde, essentielle un rapport négatif au code orthodoxe de conduite morale et elle est hostile au rôle civilisationnel du monde russe.
Les valeurs de la Russie et la russophobie
La russophobie en Russie traverse une évolution déterminée, passant des grossières attaques émotionnelles aux tentatives de justifier sa haine par des opinions « objectives ».
Il y a dix ou quinze ans, dans les journaux moscovites de l’élite, on pouvait lire des recommandations de ce type :
« Il est temps de démolir la Russie. Tout le monde respirerait mieux dans le monde si la nation russe était finie. Même les Russes vivraient mieux, si demain il ne fallait plus tirer de soi un gouvernement national, mais si l’on pouvait terminer comme un petit peuple pareil aux Vods, aux Khanti ou aux Avars ».
Et un peu plus loin :
« La logique qui dirige maintenant mon ( ?) peuple s’apparente à celle d’un chien enragé. Le chien enragé est mortellement malade, il lui reste trois ou maximum sept jours à vivre… Il court sans savoir où il va, d’une démarche erratique caractéristique, produit une bave empoisonnée et se jette sur le premier venu. Avec cela, le chien souffre beaucoup, et ses souffrances cesseront quand on lui tirera un coup de fusil ».
C’est un extrait du regrettable article de Valeri Paniouchkine de la revue « GQ » (février 2005).
La russophobie de ce personnage, lauréat pour son œuvre du prix « la Plume d’or de Russie », dérive d’une misanthropie enfantine.
« Un jour, reconnaît-il dans un autre article, quand j’étais petit, je suis entré avec maman dans le métro à l’heure de pointe, j’ai vu une énorme foule de gens mal habillés qui sentaient mauvais et j’ai dit : « Maman, je ne veux pas aller dans le métro. Il y a là beaucoup de monde, je ne les aime pas». « Représente-toi, m’a dit maman, qu’ils sont tous d’anciens enfants et de futurs défunts. Et il te sera plus facile de les aimer. » A dire vrai, cette phrase de maman me réconcilie jusqu’à présent avec la nessécité de vivre parmi des gens mal habillés qui sentent mauvais » (Valeri Paniouchkine. Le refus// Journal « Gazeta » du 14 avril 2006).
S’étant de la sorte réconcilié avec les gens en tant que « futurs défunts », le libéral Paniouchkine essaya ensuite de gagner de l’argent autour des événements de « YUKOS », en écrivant un livre panégyrique « Mikhaïl Khodorovski. Le détenu du silence ». Mais au milieu des années 2000, sous l’effet, d’après ses propres paroles, de pressions excessives dans le domaine du journalisme politique, il se mit à écrire… de façon correcte. Il se mit à écrire des articles « larmoyants » sur les enfants malades, mais sans laisser passer l’occasion de persifler le « royaume des ténèbres » dans lequel il continue à souffrir depuis déjà un demi-siècle.
Les temps changent, et maintenant, la russophobie revêt l’aspect de rélexions « objectives » sur la nuisance de la « restauration orthodoxe », sur « l’impasse » et les « revers stratégiques » de la civilisation orthodoxe.
On peut prendre comme exemple l’article de l’ancien conseiller du président A.N. Hillarionov « l’erreur stratégique des deux Vladimir ».
Il est agacé même par les résolutions lointaines, non libérales, non libertaires de la Fédération de Russie du genre de la loi fédérale N° 327 de 2010, selon laquelle on construit et répare des églises.
Son antipathie pour l’Orthodoxie est consciente et porte un caractère général. De plus, la dominante orthodoxe du monde russe est bien comprise par Hillarionov. Il écrit ainsi dans son article, que :
« L’orthodoxie (comme toute autre religion) ce n’est pas seulement un système de représentations et de croyances, pas seulement des objets d’art et des modèles d’architecture, mais avant tout un choix déterminé de règles de conduite entre les croyants eux-mêmes, entre croyants et incroyants, entre les gens et le pouvoir. Ce code est un des plus puissants et des plus durables dans le temps et la force d’influence sur les divers aspects de l’existence humaine ».
Or ce « code de comportement dont les racines plongent dans leur attachement confessionnel » s’avère négatif dans son influence sur « le développement politique du pays ». Bien qu’on parle plus loin d’économie et absolument pas de politique.
La conclusion est la suivante :
« Le code de comportement qui se base sur les valeurs orthodoxes s’est révélé peu favorable au maintien d’un rythme élevé de croissance économique et, semble-t-il, est l’un des plus importants facteurs du retard économique prolongé des pays orthodoxes. »
Sont pris pour idéal les pays protestants (à 100%) et on indique que le PIB des pays orthodoxes est en moyenne deux fois plus lent.
L’auteur regrette qu’en Russie n’ait pas eu lieu la Réforme ou les réformes catholiques du Concile Vatican II et en tire la conclusion que « Vladimir le Quatrième (Poutine) (avec ses conseillers ou sans eux) accomplit une restauration orthodoxe alors que l’insuccès stratégique de l’orthodoxie, qui a contribué et contribue à l’accroissement du retard économique de la Russie par rapport aux pays plus performants est devenu plus qu’évident ». Tout cela n’est pas nouveau. En gros, ce n’est que la répétition de ce que dit depuis déjà plus de quinze ans Vladimir Pozner. En 2003, déjà, il affirmait dans son interview que « en Russie, les problèmes sont historiques. C’est le rôle fatal de l’Eglise Orthodoxe Russe. L’Orthodoxie a été le frein du développement du pays » (V.V.Pozner. Interview pour l’hebdomadaire « Kaloujski Perekriostok », 2003. Publié sur le site « Rousskoïe Niebo » le 24 juin 2003).
Tout en ce monde est tôt ou tard soumis à des changements, seule ne change pas cette « règle » libérale, avec laquelle on prend stratégiquement la fausse mesure du monde russe.
Le problème de notre libéralisme réside dans son rationalisme matérialiste et son athéisme métaphysique, à l’aune desquels la valeur de la Russie est nulle et suscite un agacement visible.
Maintenant, on nous propose une révolution à la sauce de l’efficacité. Fait la révolution, rejette le « code de comportement » orthodoxe et atteint « la fortune désirée », la richesse.
On ne nous propose déjà aucun sens, aucun idéal. Oui, à proprement parler, il n’est même pas expliqué comment, ayant rejeté un code de comportement, passer au suivant, visiblement « protestant ». Carrément comme le diable tenta le Christ, lui offrant le pouvoir sur le monde.
Comment peut-on échanger l’un, qui existe depuis plus de mille ans, contre l’autre, qu’on n’a jamais aprtagé, qui nous est extérieur ? Ou bien l’Occident va-t-il encore nous aider ?
M. Weber écrivait à propos de l’éthique protestante :
« Si Dieu vous montre cette voie, par laquelle vous pouvez sans dommage pour votre âme et sans nuire aux autres, d’une façon légale gagner plus d’argent, et que vous la refusez et choisissez une voie moins rentable, alors vous faites par làmême obstacle à l’un des buts de votre vocation, vous refusez d’être dirrigé par Dieu et de recevoir ses dons, afin d’avoir la possibilité de les utiliser pour son bien, quand Il le désirera. Ce n’est pas pour la satisfaction de la chair ou les joies pécheresses, qu’il vous faut travailler et vous enrichir, mais pour Dieu ».
(M .Weber. L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme).
Mais pourtant l’éthique protestante elle-même n’est pas dans un état statique, elle n’est pas dans le vide et connaît depuis longtemps les problèmes de la pression croissante de l’athéisme et de l’individualisme humaiste, qui travaille seulement pour lui-même. Et met seulement lui-même au centre du monde.
Le Dieu de la bible a interdit aux protestants les moyens malhonnêtes de s’enrichir, a interdit le gel des salaires, a interdit de régner sur ses subordonnés avec cruauté, le sentiment du devoir obligeait les protestants à travailler, et le droit défendiat leur travail des atteintes extérieures.
Le monde de l’économie actuel ressemble plus à une jungle, dans laquelle se déroulent d’infinies guerres économiques et pas seulement économiques. Qu’est-il resté là de « l’éthique protestante », à laquelle on nous propose de nous convertir ? Vaut-il la peine de passer du code orthodoxe au code protestant, que l’Occident lui-même a renié, se trouvant dans le stade final de ce processus ? L’éthique de l’Occident contemporain et particulièrement les relations économiques réciproques ont depuis longtemps pris congé non seulement de l’éthique chrétienne du catholicisme, mais aussi du protestantisme. La proposition de nos libertaires retarde de cent ans, c’est sûr. Le protestantisme s’est décomposé sous nos yeux, on ne peut plus se convertir à rien…
La différence entre les éthiques orthodoxe et protestante
Ici, il convient de remarquer une différence fondamentale ente les éthiques protestante et orthodoxe. Non dans le domaine économique mais justement dans celui de la vision du monde, ce qui est beaucoup plus important et plus relatif à sa cause première.
Le protestantisme, dans son évolution historique, est la renaissance de l’éthique de l’ancien Testament. Pour les théologiens protestants, Jésus Christ n’est guère plus qu’un rabbin juif, qui se contentait d’interpréter la loi vétérotestamentaire et n’apportait rien de nouveau à l’éthique vétérotestamentaire. De là découle l’économocentrisme de tout le monde occidental, n’ayant, par essence, d’autres buts que de gagner de l’argent.
Le Christ, en tant que Nouveau Législateur, d’un point de vue orthodoxe, ne parle pas de ce que doit ou ne doit pas faire l’homme durant sa vie terrestre, mais l’appelle au perfectionnement, à la déification, cela n’a rien à voir avec l’activité économique.
La loi du nouveau Testament est comparée par les théologiens orthodoxes à une nouvelle plante, pleine de verdeur, de fleurs et de fruits, et celle de l’ancien Testament à la graine d’où elle a cru et s’est développée.
L’incitation à se convertir à « l’éthique protestante », c’est l’incitation à couper l’arbre orthodoxe, à anéantir la civilisation orthodoxe et à chercher chez les « semenciers » occidentaux quelque vielle semence vétérotestamentaire sans aucun espoir qu’elle puisse jamais pousser dans notre « terreau ». Et d’essayer de vivre seulement d’économie, d’égoïsme individuel.
Soit dit en passant, c’est là la négation métaphysique de la venue du Christ dans le monde. C’est à travers le rachat de nos péchés qu’il nous a donné une nouvelle loi morale : «Agissez envers les autres comme vous voudriez les voir envers avec vous » (Mat. 7,12). La loi de l’amour du prochain, et non celle de son exploitation économique sans cesse perfectionnée.
Et qu’est-ce d’autre, à proprement parler, qu’une économie accomplie, sinon une exploitation accomplie ? Comment peut-on atteindre le bénéfice maximum sans exploitation maximum ? La vie n’a pas de sens, si elle se limite au travail, le gain de la quantité d’argent la plus grande possible.
Et bien sûr, nos indicateurs économiques ne vont jamais dépasser ceux des sociétés dans lesquelles l’individualisme égoïste se débrouille sans le moindre christianisme. Mais n’est-il pas suicidaire d’échanger le Christ contre Mammon ?
Le libéralisme amoral et son éthique raciste.
Les nombreuses bizarreries des libéraux russes contemporains, leur mépris envers la Russie et sa dominante civilisationnelle orthodoxe ne sont incompréhensibles que jusqu’au moment où l’on commence à prendre conscience de leur hostilité fondamentale à la moralité orthodoxe dans sa totalité.
L’hostilité ontologique des libéraux et des socialistes à la Russie orthodoxe provient d’une très simple référence. Nos libéraux se permettent ce qui ne correspond pas aux normes de la moralité chrétienne.
Ils proclament d’un côté le principe de la pleine liberté, et de l’autre, la limitent pour ceux qu’ils considèrent comme « à leur façon, inférieurs ».
Par essence, chez les libéraux et, ce qui est encore plus caractéristique, chez les libertaires, se dessine une "éthique raciale » particulière. Il y a les « seigneurs » et il y a « la foule », il y a les « personnes libres » et les « non libres », il y a les leaders et ceux qui ne le sont pas. Et à tous est donné un degré différent d’inégalité éthique.
Pour la morale libérale, il existe des droits moraux de la personne à l’usage des élus et, selon la règle, on prêche l’inégalité morale entre les gens. J’appelerais même la morale libérale un racisme nietszchéen ou éthique. Pour les libéraux, comme pour la majorité de leurs variantes contemporaines, l’éthique chrétienne est juste une morale d’esclave, tandis que la compassion et la pitié pour les gens sont l’apanage des faibles natures. Le regard libéral sur l’homme manifeste l’autonomie complète de la morale libérale par rapport à Dieu, à la religion, jusqu’à l’anarchisme moral absolu.
L’homme est réellement créé libre, mais pour le développement maximum en lui des aspirations matérialistes à gagner « tout l’or du monde ». Ce n’est pas logique, pour la raison déjà que l’homme est mortel, et tous les « biens » qu’il a reçus resteront, après sa mort, inutilisés. Pourquoi, se demande-t-on, construire alors toute sa vie en vue d’une aspiration à ce qu’on ne peut pas utiliser dans la mesure désirée ?
Cela signifie que la vie de l’homme ne peut se construire autour de l’économie. Les exigences matérielles ne requièrent pas l’homme tout entier, tout son temps, toutes ses forces vitales.
Le roi Salomon disait déjà : « Crains Dieu et respecte ses commandements, parce qu’en cela est tout ce qu’il faut à l’homme » (Eccl.12,13).
Est-ce qu’un juste accompli, dans la compréhension chrétienne, ressemble à tous ces « surhommes », « super personnalités », imaginés par toutes sortes de philosophes antichrétiens depuis Nietzsche jusqu’à nos jours ?
Ayn Rand, illustration des convictions de nos libéraux.
Pour les gens extérieurs à la religion, il est très important de trouver quelque système de vision du monde qu’ils puissent ressentir comme étant leur pensée. Le vide antichrétien exige l’intervention d’idées antichrétiennes correspondantes.
Pour nos libertaires, tels qu’Illarionov, l’un des gourous de « l’individualisme » s’avère l’anarchiste éthique radicale anglaise, fondatrice de ladite philosophie de « l’objectivisme », l’Américaine d’origine juive Ayn Rand (1905-1982). En 1926, elle quitta l’URSS, mais emporta avec elle bon nombre de dogmes marxistes matérialistes.
L’essence de son « éthique objective », à en juger par l’interview d’Ayn Rand dans la revue « Play-Boy » est dans la déclaration de l’un des héros de son roman « l’Atlante » qui dit :
« Je jure par ma vie et mon amour pour elle que je n’en viendrai jamais à vivre pour quelqu’un d’autre ni n’exigerai de l’autre qu’il vive pour moi. »
Pour la majorité des antichrétiens, la raison est le principal instrument de la survie, et la rationalité en devient la principale qualité. De là découle que l’homme doit vivre exclusivement pour lui-même. Son but principal est l’aspiration à son prorpe bonheur, et il n’a pas le droit de se sacrifier pour qui que ce soit. C’est le reniement complet des vérités évangéliques au nom d’un égoïsme érigé en absolu.
Le péché originel est nié. L’homme se déclare incapable de ressentir sa faute, c’est-à-dire sa nature pécheresse.
Se proclame « amour véritable » l’égoïsme pur qui ne doit apporter que le bonheur et le plaisir. On appelle amour non l’abnégation mais « l’affirmation profonde de vos propres exigences et valeurs ».
Il est caractéristique que le signe du dollar, en tant que symbole de la monnaie d’un pays libre, s’avère celui de l’esprit libre dans son système philosophique.
Ayn Rand était une antichrétienne agressive.
« Je considère la croix, disait-elle, comme le symbole d’un idéal apporté en sacrifice au non-idéal… Il (le Christ) a reçu la mort sur la croix non pour ses propres péchés mais pour ceux des autres, gens non idéaux. Autrement dit, l’homme d’une vertu idéale fut crucifié au nom d’autres gens vicieux, et on attend qu’ils reçoivent ce sacrifice. Si j’étais chrétienne, rien ne m’indignerait plus que l’idée même du sacrifice de l'idéal au non-idéal, de la vertu au vice. Et au nom de ce symbole, on exige des gens qu’ils se sacrifient à ceux qui sont pires qu’eux-mêmes. C’est précisément pourquoi cette symbolique est utilisée. Et c’est cela qui est une torture. »
En gros, elle considérait la foi comme nuisible « à la vie humaine, dans la mesure où elle est la négation de la raison ».
Dans le domaine politique, c’était une libertaire radicale. L’unique utilité qu’elle reconnaissait au gouvernement était « seulement… la défense des doits de la personne ». Rand se dressait contre le service militaire, le considérant comme une violation du droit à la vie.
En même temps, elle affirmait que tout pays libéral « libre » pouvait s’introduire sur le territoire d’une dictature, sans respecter les droits de l’homme. Ces pays, d’après elle, se touvent « hors la loi » et non « pas le droit de prétendre à quelque droit que ce soit ».
De sorte que l’exportation marxiste de la révolution dans d’autres pays était caractéristique aussi de le conscience des diffuseurs de « démocratie ».
Rand considérait que « la Russie devait reconnaître la Tchétchénie ». D’ailleurs nos libéraux étaient toujours d’accord avec elle.
L’un de nos activistes libéraux, Illarionov, déjà dans les années 1995 avait intitulé presque mot pour mot son article dans les « Moskovskikh vedomostiakh » : La Russie doit reconnaître l’indépendance de la Tchétchénie ».
Voici quelques passages de cet article :
« La Russie porte la pleine responsabilité des destructions colossales imposées au peuple et à l’économie de la République tchétchène. La poursuite de la guerre ne fait qu’augmenter le prix que le peuple russe va payer pour la reconstruction du minimum indispensable à l’existence humaine en Tchétchénie… Comme la responsabilité des crimes nazis fut partagée par tous les Allemands, la responsabilité de l’aventure tchétchène sera inévitablement portée et étendue à toute la Russie, à tout le peuple russe ».
Illarionov, d’ailleurs, a réitéré son appel à la séparation de la Tchétchénie de la Russie il y a relativement peu de temps, en 2016.
Pour résumer ce qui est dit plus haut, je remarquerai que la conscience libérale a une relation ontologiquement, profondément, essentiellement négative au code de conduite morale orthodoxe et elle est hostile au rôle civilisationnel de la Russie dans le monde russe. Et rien ne sépare mieux un véritable libéral de la Russie que l’enseignement de Jésus Christ avec son prêche de l’amour du prochain.
Et les libéraux grandis chez nous ont si peu envie d’aimer les Russes…