Je n'ai pas trop mal tenu le coup pendant l'office de Pâques. La vieille Antonina m'a dit: "le principal est d'avoir survécu jusqu'au bout!" La procession s'est faite, comme d'habitude, au pas de course, je me suis retrouvée, avec ma petite lanterne, à 50 mètres derrière, et un vieux barbu m'a jeté: "Et qu'est-ce que tu fais en dehors du troupeau, comme ça?
- Eh bien je suis vieille, je ne peux pas courir, c'est fini, et les prêtres ont tous la manie, ici, de galoper comme des élans!"
J'ai coupé à travers la pelouse, pour rattraper la procession à l'entrée de la cathédrale. Il y avait beaucoup de monde, mais comme d'habitude, la moitié de l'assistance s'était dispersée en cours de route. Des paroissiennes de ma connaissance m'ont embrassée:"Christ est ressuscité"! J'étais émue, mais je dois dire que l'office de Pâques a toujours pour moi quelque chose de décevant. On parle toujours de la Pâque russe. Eh bien je crois que je préfère la Pâque grecque. Je pensais à Solan, ses éclairages naturels, les chemins de petites lampes dans la cour du monastère, et puis la mélodie byzantine, allègre, mais profonde et grave, qui laisse comprendre le texte magnifique du canon. Il n'y a pas qu'en France que le XVIII° siècle a éré une catastrophe, c'est un grand malheur que le déferlement de l'influence occidentale sur la liturgie russe, sous Pierre le Grand et ses successeurs. Avec toutes ces fioritures et ces trilles, j'imagine le chantre en perruque poudrée, tout fier de ses effets, qui gambade sur ses bas de soie en agitant les mains. Par moments, j'avais l'impression que les "Seigneur aie pitié" ne tenaient certes pas du french-cancan, mais presque de la noce bavaroise, parce que l'office de Pâques est censé être joyeux, alors on en fait quelque chose de gai, de primesautier, qui n'a plus rien de spirituel, et le texte devient totalement incompréhensible, il est débité à toute vitesse, même si le choeur essaie de rester retenu: on a composé le truc comme cela. Par dessus le marché, on nous allume tous les lustres, on nous déverse dessus une lumière aveuglante de hall de gare. De sorte qu'on sent une démobilisation générale, un peu incongrue après le recueillement des jours précédents. Je crois que c'était parfait, au départ, pour la noblesse de Pétersbourg qui avait hâte de retrouver la table, ses cristaux, ses vins et ses oies farcies. Enfin je caricature un peu, naturellement. Le début de la cérémonie est toujours très beau et très noble, c'est après que ça se gâte.
La jeune Macha, qui s'est proposée pour traduire mes souvenirs, m'avait invitée dans la journée chez ses parents, dans leur belle isba restée authentique et pleine de charme. Son père m'a paru pessimiste. Il est intelligent, fin et profond, et à ce titre, traumatisé par la modernité et les perspectives sinistres qu'elle commence à nous révéler. Il pense que nos pays ont été assassinés, nos paysanneries liquidées, et que la guerre fait partie d'un plan de dépopulation générale axé prioritairement sur les Européens, et en premier lieu, les slaves orthodoxes. En cela, il me rappelait Moïsseïev, sauf que Moïsseïev est du genre indomptable, jamais démoralisé, et il croit que tout cela se terminera bien, grâce à Dieu. Précisément grâce à Dieu. Par-delà les gouvernements en jeu, le père Laurent me dit que Dieu aime les nations, il aime les peuples, il a condamné la tour de Babel. Et cela me va tout-à-fait, les peuples sont à mes yeux des entités spirituelles qui ont leur mission et leur chemin particuliers et dont la culture n'est universelle que parce qu'elle est particulière. L'occident, avec ses "valeurs", n'est pas celui qui impose sa culture aux autres, il impose à tout le monde le naufrage culturel qu'il s'est infligé.
Discutant avec ma cousine Anne, la prof d'histoire, du satanisme de l'occident, nous comparions les pays musulmans du Moyen-orient actuellement attaqués et le personnel politico-médiatique, et l'intelligentsia, de nos phares de la civilisation. C'est que les Iraniens, par exemple, outre qu'ils sont beaux et raffinés comme nous ne le sommes plus, ont tout simplement des têtes normales d'hommes sérieux, alors que nous produisons des mafieux de série B et des gargouilles de films d'horreur, comparables au cocher de Dracula ou au traître cauteleux des films de cape et d'épée. Même chose si je regarde les Libanais volatilisés avec leurs maisons et leurs immeubles, sous les applaudissements de notre droite distinguée qui prie Trump et Netanyahu de "finir le boulot". C'est qu'ils sont beaucoup plus distingués que nous, ces gens, question culture, ils n'ont pas l'air du tout en retard. Beaucoup sont chrétiens, par dessus le marché, il est vrai que le christianisme traditionnel n'a rien à voir avec le machin judéo-protestant qu'on voit s'exprimer en Amérique, avec ses prédicateurs hallucinés, on se croirait dans la Nuit du chasseur... En fait, on a fini par considérer que le costume occidental, pourtant éminemment ridicule et disgracieux, dépourvu de toute espèce de noblesse et de naturel, était un garant de vertu démocratique et de compétence politico-économique... Ainsi, on a pris le coupeur de têtes qui gouverne maintenant la Syrie, on l'a sorti de sa djellaba, on lui a mis un costar, une cravate, on l'a emmené chez le barbier, et le voilà tout-à-fait présentable, on peut accrocher la légion d'honneur dessus, ça passera crème. Mais faisons l'opération inverse, et habillons Macron et sa bande, et puis tous les malfaiteurs de l'UE, de costumes médiévaux, et vous verrez le beau casting de cauchemar que nous obtiendrons, Barrot et sa tête de gargouille sous acide coiffée d'un capuchon, Macron, le shériff de Nottingham rêvé, tous les dégénérés, tous les mignons, toutes les sorcières et toutes les brutes habillés avec le pittoresque correspondant, ce sera Jérôme Bosch, ces tableaux de la Renaissance où le Christ est le seul à avoir un visage humain au milieu d'un sabbat de monstres.
Pâque nous a ramené le soleil, c'est la sortie définitive de l'hiver, je m'attends à voir tout le jardin pousser désormais à toute vitesse, et j'aurai même du mal à suivre.
Pour comprendre à fond ce qui nous arrive:

Toujours aussi prodigieux et lumineux en cette fête de Pâques orthodoxe!! Peut-être nous confierez-vous votre sentiment sur les élections hongroises et la pente dangereuse sur laquelle se sont rendus les habitants, Matthias Corvin et Istvan se retournent d'ores et déjà dans leur tombe ... RIP Magyarorszag
RépondreSupprimerJe suis absolument consternée. Quand j'ai vu Macron élu, j'ai su qu'il nous apportait la mort, je pourrais en dire autant du clone qu'on a fait élire à un peuple qui, en fin de compte, a perdu le jugement autant que nous.
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