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samedi 27 juin 2026

Après-midi à Filimonovo

 


La pénurie d'essence a atteint Pereslavl et j'ai renoncé à aller à Moscou, car je n'en ai pas assez pour faire l'aller et retour. Je suis néanmoins allée voir Katia et sa mère à Filimonovo, et cela m'a fait beaucoup de bien, car c'est beau et calme, avec de vastes horizons, des nuages grandioses, quelque chose à la fois de simple et d'immense. Pendant que Katia fauchait son pré, je me suis installée pour dessiner. Katia ne connaît rien au jardin, mais elle a appris à faucher avec une faux, ce qui lui permettra, au cours de cette activité très utile sur le plan physique, d'écouter les oiseaux et le vent, et elle n'emmerdera personne avec le bruit infernal d'une débroussailleuse. 


Quand je l'ai vu arracher les "mauvaises herbes" de la "pelouse" que lui a plantée une amie pépiniériste, je lui ai conseillé de laisser tomber et de tondre: la pelouse se constituera d'elle-même, tout juste pourrait-elle à la limite semer du trèfle. Ici, il faut quand même entretenir la tonte, à cause de la berce du Caucase, cette peste végétale introduite par un brillant fonctionnaire du fond de son bureau moscovite...

Son chat Kossia est très heureux à la campagne, il a tiré le bon numéro. Complètement amoureux de sa maîtresse, il veille sur son domaine, et il est venu s'installer à mes pieds quand je dessinais. Bien sûr, si j'étais plus jeune, j'irais vivre à Filimonovo, car il y a tant de beauté à dessiner que je ne manquerais jamais de sujets. Les couchers de soleil derrière l'église, les herbes folles, les nuées, la tombée du soir, les arbres qui frémissent au vent. Nul n'abat ici les tilleuls centenaires qui embaument toute la terrasse où nous prenions le thé sur la table joliment décorée par Ania Ossipova de motifs traditionnels...


Au retour, le crépuscule des longs jours du solstice s'éternisait, bleuâtre, et sous la lune, s'étendaient de longues brumes blanches. Tout ce qui est extérieur à la vie et lui fait constemment offense semblait s'être aboli. Toutes les disgrâces et les horreurs d'une humanité cravachée par le démon vers ses gouffres sans retour. Les enfants bourreaux d'enfants. La caste satanique. Les animaux martyrisés. Les destructions et les profanations. Les radios et les motos.

Au fond, j'ai l'impression que ce qui se passe en France est l'écho de ce qui s'est passé en Russie après 17. Installation du chaos, de la peur et de mesures absurdes et injustes qui déroutent les gens et leur font perdre tous repères. Persécutions minutieuses, implacables de certaines catégories sociales, destruction de la famille, endoctrinement des enfants. Spoliations des biens, suppressions des moyens de subsistance. J'aimerais penser que cela ne sera pas pire. En effet, ici, le bolchevisme s'est transformé, à l'abri du rideau de fer, en un communisme russifié qui, les dernières décennies, était devenu supportable. Pas sûr que l'Europe mondialisée et envahie prenne le même virage







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