J'entends au soir le souffle profond des mongolfières qui passent dans un ciel éboulé, instable et brillant qui ne devient jamais vraiment noir, mais garde une transparence de verre, et un reflet rose au nord. C'est un son noble, pacifique, vivant, au contraire de tous les autres bruits des inventions humaines. Je suppose qu'il en était de même avec les caravelles et les frégates qui prenaient la mer. Ou les moulins à vent.
Ma journée s'est écoulée en divers soucis domestiques et démarches, avec un petit déjeuner au café, en compagnie de la belle et sensible Iana, qui reprend le chemin de Moscou. Je suis fière d'avoir résolu seule le problème de la vieille sensationnelle que j'ai acquise chez Sacha Joukovski: le maître avait mal posé les cotons! C'est une chose qui m'arrivait tout le temps, au début, et la vielle s'étouffait quand je jouais, mais je n'imaginais pas que cela pût lui arriver à lui, et je cherchais une autre cause, et puis j'ai décidé d'essayer... En revanche, je ne suis pas encore tout à fait au point pour l'accorder, mais quand même, elle a un son magnifique. C'est l'été à Pereslavl, un été frais et changeant, un coup de pluie, un coup de vent, un coup de soleil. Finalement, j'aime autant ça que la canicule française... C'est drôle, ces canicules, on finirait par penser qu'elles arrivent sur commande. Comme les virus, les incendies d'églises et les assassinats de petites filles.
Ce matin, je prends ma douche de nouvelles merdiques, de calomnies et de coups fourrés, tout ce qui vient de l'occident. Le jeune, joli et sensible visage d'un gosse de dix-sept ans tabassé à mort par une meute de démons aux mufles brutaux et stupides qui mériteraient la bastonnade en place publique et vont attendrir psychologues, magistrats et gauchistes. Ils choisissent toujours des gamins ou des gamines beaux et sympathiques, le contraire de ce qu'ils sont, des bourreaux de chats et de chiens qui passent au meurtre et au viol en bande organisée, après les travaux pratiques. Je dois dire qu'on a beau être chrétien, ce genre de créatures des ténèbres est assez difficile à aimer.
Puis un Anglais à la noble figure, qui prend de la prison pour avoir nettoyé un cours d'eau et l'avoir rendu à la vie. C'est que nos seigneurs et maîtres de la caste, la vie, ils la détestent. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour l'anéantir, derrière le paravent haillonneux de leur écologie de façade. Ils détestent également la noblesse. Et la beauté.
Un vieillard puni parce qu'il donnait un coup de main à la ferme de ses enfants: travail dissimulé...Des paysans évoquent les tracasseries et les persécutions dont ils sont l'objet, avec leurs bonnes têtes de types droits et virils qui ne peuvent envisager une certaine infamie, parce qu'ils n'en ont pas les codes. "On dirait qu'on veut nous faire disparaître". Mais oui, c'est ce qu'on veut. C'est ça le projet. Les paysans, la campagne, les animaux, les vielles à roue et les cabrettes: au feu!
Deux homosexuels violent à mort le gosse de trois ans qu'ils avaient adoptés. Les petites de l'ASE sont mises sur le trottoir sans que personne ne fasse rien. D'ailleurs, l'affaire Epstein passe à l'as. Et on tente d'étouffer les révélations de Tutsi Gabar sur les labos maudits de l'Ukraine si chère aux coeurs européens, car nous avons avec elle des "valeurs communes". Il ne faudrait surtout pas ouvrir les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Et puis, et puis... qu'on ne me dise pas qu'il en a toujours été ainsi. Autrefois, j'arrivais à regarder des actualités sans avoir envie de vomir et de descendre du train en marche.
Et puis tous ces paysages, ceux que n'ont pas ravagé les éoliennes des shadocks bêtes et méchants, ni vitrifiés leurs panneaux solaires, ces magnifiques paysages de l'Ardèche, du Cantal, du Gard, du Vaucluse, les abbayes, les églises encore debout, les émaux de Limoges, les sculptures médiévales, c'est si beau que le coeur se serre et l'on se demande à la fois combien de temps s'écoulera avant que tout cela ne soit anéanti, et où est passé l'esprit qui a donné naissance à de tels chefs d'oeuvre, les âmes dont ils sont le reflet?
Dernièrement, j'ai passé trois soirées à vérifier et commenter des traductions de trois poèmes de Marie Noël, avec Macha, la fille du père Valentin, qui enseigne le français à l'université saint Tikhon. C'est la thèse d'une de ses élèves. Qui connaît encore Marie Noël de nos jours? Dejà, de son vivant, elle ne tenait pas le haut du pavé dans les cercles intellectuels, et étant donné le gîte fâcheux que prenait déjà le pays, cela se comprend. Souvent, quand je lis des poèmes contemporains, je les trouve parfois pas mal, mais toujours dans le registre de l'imprécation furieuse, des images de cauchemar, des ambiances sulfureuses et des allusions pornographiques. Très loin de Marie Noël, car Marie Noël, morte quand j'étais encore une petite fille, c'est-à-dire il n'y a pas si longtemps, en fin de compte, venait tout droit de cette France des paysages enchanteurs, des abbayes et des cathédrales, des chapiteaux sculptés, des enluminures et des Vierges sages, de la simplicité, de la noblesse, de l'harmonie, de la pudeur, d'une foi paysanne inscrite dans le cosmos, en un mot, du Moyen Age. Tout ce qui a brûlé avec Notre Dame et dont les affreux vitraux de Macron, plats, vulgaires, dénués de toute espèce de spiritualité, et pourtant approuvés par l'archevêque de Paris et un certain contingent de cathos hagards, sont en quelque sorte l'abominable pierre tombale.

Lolo écoute les Doors,led zeppelin, Pink Floyd les Stones ce que je fais tout les soirs,ça me tient la tête hors de l eau!
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