Dany relit Epitaphe et me dit que ce livre aurait tout pour faire un succès, s'il était soutenu, ce qu'il n'est pas du tout, parce que je ne suis pas passée par un éditeur mais par le samizdat du Net, que je ne peux rien organiser en France, et ne saurais même à quelles célébrités médiatiques l'envoyer, d'autant plus qu'il est si terriblement politiquement incorrect que les réactions risqueraient d'être violentes. Elle pense que lorsqu'on est une femme, qu'on n'a pas derrière soi une structure masculine, un mari, un père, un directeur littéraire, c'est très difficile. C'est sûr qu'être une femme créatrice n'est pas des plus faciles, je dis cela sans être outre mesure féministe. Mais je ne pense pas que cela joue un si grand rôle. Bien qu'en effet, j'ai remarqué dans mon jeune temps, que si on n'était pas un homme, ou un homosexuel, et si l'on n'appartenait pas à un certain milieu, les choses devenaient compliquées et que l'on se faisait même souvent accabler de mépris, comme un roturier en sabots qui se serait aventuré dans une fête galante. A moins, aussi, d'être le prolo de service auprès des dames patronesses de gauche, le fou du roi...
Personnellement, j'aime moins Epitaphe, que j'ai écrit pour me défouler, que Yarilo et Parthène qui, malgré leur contexte historique exotique, touche à des thématiques actuelles ou disons éternelles. Album de Famille pourrait plaire à beaucoup, dans ma génération, d'abord, enfin chez ceux qui n'appartiennent pas à l'espèce des soixante-huitards irréductibles, mais même à leurs descendants, curieux de savoir ce qui les a précédés, s'il en existe encore...
Ce qui me ferait de la pub serait d'avoir une audience audiovisuelle, mais je répugne un peu à me lancer là-dedans, parce que c'est Daniel dans la Fosse aux Lions. L'écrit met une certaine distance entre moi et le grand public, d'abord parce qu'il m'impose une certaine retenue et ensuite parce que pour avoir accès au contenu, il faut déjà savoir lire. Je tente une vidéo d'information. Ceux qui ont lu mes livres pourront la commenter, s'ils pensent qu'ils gagnent à être connus.
Pasolini ne m'inspirait pas de sympathie quand j'étais étudiante, car il passait pour un gauchiste et j'avais une overdose de cette sorte de gens. Et puis ses films me restaient étrangers, mais je crois que je vais les revoir. En fait, s'il est parti de la gauche, et moi de la droite, nous sommes l'un et l'autre arrivés au point où nous n'entrions dans aucune case, et nous faisions rejeter de tous ceux qui en ont de bien définies, à une sorte d'anarchisme conservateur. Avec l'âge, j'ai compris par exemple que le communisme avait fait peut-être moins de mal aux mentalités que le capitalisme consumériste, qui ne prétendait pas pratiquer la politique de la table rase, mais la pratiquait sournoisement et de façon plus efficace, comme je le disais dans ma précédente chronique. La droite de ma jeunesse n'était évidemment pas celle du capitalisme consumériste. C'était celle des réfractaires au tour qu'il donnait aux choses. Et en fin de compte, avec mon amour de la paysannerie, de la Tradition, et ma conscience du sacré de la vie, je n'étais pas loin de Pasolini.
Voici le moine assassiné à la Laure de Sviatogorsk.
Père Barsanuphe, je te remercie pour tout. Gloire à Dieu pour tout. Repose en paix. Que le Seigneur t'accorde le Royaume des Cieux.
Je veux prier et demander à chacun de prier pour qu'il n'y ait ni haine ni malice dans nos cœurs, même envers ceux qui ont commis ce meurtre brutal. Le Seigneur dit : « Aimez vos ennemis… et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent » (Matthieu 5, 44). Je ne veux pas que la haine et la malice augmentent. Au contraire, je veux qu'elles diminuent. « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien » (Romains 12, 21). 🕊️ C'est la seule façon de rester chrétiens et de donner l'exemple aux disciples du Christ : ne pas fomenter la haine, ne pas multiplier le mal, mais y répondre par la prière et l'amour. Pour une raison qui m'échappe, une anecdote toute simple concernant le Père Barsanuphius m'est revenue à l'esprit. Quand je venais manger, il ne me refusait jamais une deuxième portion. Je ne sais pas comment il se comportait avec les autres, mais il s'adressait toujours à moi avec respect, malgré son âge. Il venait me voir et me demandait : « Vous en voulez encore ?» Et quand il n'y avait plus rien à manger, il disait toujours : « Désolé, il n'y a plus de service aujourd'hui.»
Des mots qui paraissent si anodins. Rien de spécial. Et pourtant, c'est précisément dans ces petits gestes qu'on pouvait percevoir un amour et une bonté immenses pour son prochain. C'est peut-être pour cela que cette pensée m'est venue.


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