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dimanche 16 août 2026

Incursion serbe


Après deux jours de vent gris et glacial, nous voici au seuil de l’automne, finies les baignades qui venaient à peine de commencer... Mais l’air est vivifiant et doré, comme au mois d’octobre en France. Je n’ai pas eu le temps d’écrire, j’avais à faire une traduction, les sous-titres d’une émission de la chaîne Spas sur saint Augustin. La transcription était pleine de fautes, heureusement que j’avais lu saint Augustin autrefois, que j’ai appris le latin au lycée et que je connaissais bien l’antiquité gréco-romaine… J’aime bien saint Augustin, et ses Confessions sont très intéressantes et vivantes, elles nous projettent dans ces temps reculés comme si nous venions juste d’en sortir, et parfois, je me demande d’ailleurs si nous en sommes vraiment sortis.

En plus de la traduction, j’ai eu l’excellente surprise de voir arriver Slobodan et sa compagne, la belle Ioulia. Presque à l’improviste. En fait, Slobodan se trouve dans l’isba familiale que Ioulia répare au diable-vauvert, et ils en ont eu tous les deux ras le bol de leurs artisans, de l’isolement, et comme ici se trouvent également nos amis suisses, ils ont pris la route. Comme ils ne venaient pas longtemps, le programme a été chargé. Ioulia s’intéressait aux maisons de Katia et Aricha, car elle est obsédée par les travaux de la sienne. Je les ai emmenés chez Katia. Aricha n’était pas sur place, mais elle a envoyé un reportage sur sa maison qui la présente très bien.

Moustachon regarde venir l'automne

Il faisait si bon, chez Katia, c’était notre dernier jour d’été, juste avant que la pluie ne s’abattît sur nous et que déferlât ce vent glacial, pour annoncer ce qui nous attend. Nous avons pris le thé sur sa terrasse, après qu’elle eut répondu en détails à toutes les questions de Ioulia, séduite par son isba, et elle a commencé à interroger Slobodan sur les événements, et leur issue, qu’en pensait-il ? En fait, Slobodan m’a paru plus pessimiste que dans ses briefings ou ses articles, bien qu’il fût porté au rire, à la joie, aux plaisirs de la vie. Il m’a dit que la caste était constituée de véritables monstres, ce qui est bien mon avis. En face de cette caste prête à toutes les vilenies et tous les crimes, il trouve les Russes indolents, et encore beaucoup trop imprégnés de communisme. Les Serbes ont éliminé toutes les traces de cette oppression idéologique. Je crois que les Serbes, comme les autres pays de l’est, sont arrivés dans l’orbite communiste après la guerre, juste avant la mort de Staline, ils n’ont pas connu les répressions et la rééducation féroces qu’ont subi les Russes. Slobodan pense que malgré sa brutalité, Staline a mis fin aux délires sociétaux des bolcheviques, d’une certaine manière, il a joué le rôle de Napoléon Bonaparte après la Terreur. C’était l’avis de mon ami Slava, l’historien et cinéaste Viatcheslav Lopatine, « amant posthume » de Catherine II, sur laquelle il a écrit je ne sais combien d’ouvrages. De plus, la seconde guerre mondiale a certainement beaucoup contribué à consolider un communisme d’ailleurs quelque peu russifié par les sacrifices inouïs qu’ont supportés les gens à ce moment-là. Et enfin, si après la Perestroïka, beaucoup de choses étaient remises en question, l’attitude de l’Occident et son instrumentalisation de l’Ukraine, ses mensonges et ses fourberies, son soutien hypocrite aux formations néonazies ou paranazies pilotées par des bandits à double ou triple passeport ont fait le maximum pour favoriser un certain révisionnisme dans l’autre sens…

Slobodan me semble extrêmement attentif et délicat, sensible, et il aime rire. Ioulia a quelque chose de félin et de malicieux, avec une sorte d’ironie exultante qui lui monte parfois aux lèvres et aux yeux. Leur venue m’a remonté le moral, que j’avais plutôt bas, car nous avons échangé, parlé, ri, partagé de bons moments au restau avec les Suisses et l’architecte Pavel Baranov, bref nous avons vécu. En occident, on tue la vie, et ici, je suis parfois très affectée par les nouvelles qui m’en proviennent, mais cela reste vivant. Et calme, je dirais d’une espèce de puissante nonchalance. Les maisons sont moches mais les gens extraordinairement gentils. Nombre d’hommes de tous âge me tiennent la porte des magasins avec un air protecteur, ou m'aident spontanément, il ya chez beaucoup de Russes une sorte de bienveillance instinctive. Ce matin, c'était l'évêque qui officiait à la liturgie de l'aube chantante, et j'avais la sensation de me trouver dans une espèce de bulle d'amour qui me soulevait doucement au-dessus des aléas de la vie. Pourtant, j'avais failli ne pas venir tellement cela m'a coûté de me lever et de me précipiter à l'église dans un demi sommeil vaseux et grognon.

 J’ai l’impression de me trouver, ici, à Pereslavl, « sur les falaises de marbre ».  


La maison d’Aricha



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