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mardi 19 juillet 2022

Apparition

Le ciel est ce soir si beau, et je trouve magique de le voir depuis ma fenêtre, j'en avais perdu l'habitude. A ses tons cuivrés répondent le joyeux bouquet d'étoiles des lys de Nadia. Je vais mettre plus de lys, ceux-ci poussent très bien. Je sens que nous arrivons déjà au versant automnal de notre bref été. 
J'ai fait la présentation de Yarilo, mais le moment le plus intense de la journée fut la liturgie du matin, où il n'y avait presque personne, où j'étais presque seule avec le métropolite Philippe, et je lui recommandais les miens, les personnages de mon livre, et puis aussi la pauvre propriétaire du chat que je croyais avoir sauvé et qui ne cesse de me hanter; pourtant là, vraiment, je n'y étais pour rien, mais c'était comme si je prenais ce chagrin et cette culpabilité sur moi, j'espère que cela allège mystérieusement les siens. Il y a quelque chose de si affreusement irrémédiable dans la mort, de si irréparable... Le chat était là, soyeux, éperdu, et puis quand sa maîtresse est arrivée, on ne pouvait plus rien pour lui. Et cela faisait écho dans mon coeur à la tragédie qui frappe mon amie et pour laquelle je ne trouve pas de mots...
J'aimerais avoir un signe des gens de ma famille que j'ai perdus. Parfois, je sens des présences très proches, le père Placide, le métropolite Philippe, et même parfois l'higoumène Boris, mais je n'arrive pas à trouver celle de mes parents qui me manquent tellement. Peut-être que les hommes de prière se relient plus facilement à nous par delà la mort et les siècles.
J'avais un peu moins de monde pour Yarilo que pour les chroniques, cela touche les gens de moins près. Mais j'ai eu des réactions très chaleureuses. Katia a magnifiquement lu son extrait, avec un vrai talent d'actrice. J'étais très fatiguée, et j'avais mal à la tête. J'ai même reculé devant le café français, j'avais envie de silence, je suis rentrée chez moi. Cette migraine a duré trois jours, je pense que je la dois au chat.
Ce soir, je suis repassée au café, Gilles m'avait vendu plusieurs livres, j'ai goûté le fraisier de Godfroi, alors que mon intention était de me mettre au régime. Et il a introduit un nouveau gâteau, le rocher, que j'ai remis à une date ultérieure, parce que, comme disait en passant à table le regretté père Gauthier, une de nos figures familiales, "un certain ascétisme convient".
Je voulais mettre une dédicace sur l'exemplaire de Vladimir, qui s'occupe du bar, et alors que je commençais à descendre l'escalier, une jeune femme assise en bas m'a regardée avec de grands yeux en murmurant "Laurence", comme si elle avait vu la sainte Vierge, j'ai eu un choc, je crois qu'il va falloir que je m'habitue!
C'était une relation facebook, qui, passant par Pereslavl, se demandait comment y rencontrer Laurence en chair et en os. Eh bien naturellement, en allant au café la Forêt, bien que je sois plus accro aux gâteaux du rez-de-chaussée qu'aux bières du sous-sol! Elle était tout à fait charmante, et avec Vladimir, nous avons parlé d'Ivan le Terrible. La jeune femme me disait qu'au vu de l'île de Siyavsk, qu'il avait couverte d'églises au moment de la conquête de Kazan, elle pouvait difficilement l'associer à un maniaque et c'est vrai qu'il a laissé partout d'admirables constructions. Il est exact que peu de documents fiables subsistent sur son règne. Moi, je le vois comme un personnage de Dostoievski, déchiré par toutes sortes de passions, mais idéaliste, et nostalgique de la pureté et de la sainteté. Un Russe, en somme.
J'ai quitté cette compagnie, parce que mes artisans devaient arriver à cinq heures, ce qu'ils n'ont naturellement pas fait. Kolia a mis sur le coup un type qui a l'air de connaître le boulot, mais il n'est pas venu, cela fait deux mois que ça traîne, et ils ont bien sûr laissé dans mon jardin des poutres et des tuyaux que je ne peux déplacer seule, qui me font cuire les yeux, et m'empêchent de tondre...


                                                                                                                                                                        
J'ai vu qu'un prêtre orthodoxe israélien, sur facebook, colportait toutes les calomnies ukrainiennes sur les Russes avec l'assurance absolue que ces derniers sont fondamentalement coupables de par leur nature intrinsèquement barbare. Les Russes brûlent le blé ukrainien. En effet, ce n'est pas le gentil président Zelenski qui ferait une chose pareille à ses administrés, c'est par définition impossible. Pourtant, le problème est qu'en Ukraine comme partout ailleurs en Europe, les dirigeants peuvent faire n'importe quelle saloperie à leurs populations, puisqu'ils n'ont plus aucun sentiment d'appartenance à une communauté nationale, ce sont tous les membres d'une caste hors sol, d'une espèce de secte. Ils sacrifieront allègrement tous les Ukrainiens à leur guerre médiatique contre la Russie, où d'ailleurs, des terroristes, venus du trou noir, ont installé des dispositifs dans les champs de blé pour obtenir le même résultat que chez eux. Les Russes, en revanche, n'ont aucun intérêt a s'aliéner des populations qui leur sont, dans la partie orientale où ils sont déployés, largement acquises ni à aggraver une pauvreté qu'il leur incombera d'assumer. De plus, ils n'ont aucune haine contre les populations ukrainiennes, et ne tiennent aucun discours en ce sens, alors qu'en face, depuis le maïdan et même avant, la haine est écumante et relève de la psychiatrie. En réalité, le président ukrainien se fout des gens comme d'une guigne, et sait très bien qu'en bombardant le Donbass ou en faisant brûler les champs de blés, il s'attaque non à des Ukrainiens agressés par des Russes, ce qui pourrait paraître absurde, mais à des Russes maintenus de force dans sa nation artificielle, et cela sur commande d'une mafia supranationale de banksters qui n'hésite pas à faire tirer sur les agriculteurs néerlandais à balles réelles par leur propre police..
Du reste, il n'y a pas qu'en Ukraine que brûlent les champs de blé, ils brûlent aussi en Roumanie, où on ne nous dira pas que ce sont les Russes, mais le réchauffement climatique, qui lui aussi a bon dos. Ou bien, comme l'envisage Boulevard Voltaire, à propos des incendies de forêt en France, le terrorisme islamique, son dos n'est pas mauvais non plus. Je crois qu'il n'y a qu'un seul terrorisme, qui utilise les cinglés là où il les trouve, et peu importe leur étiquette. Mais bon, naturellement, je suis complotiste...
Tout cela est aussi ignoble qu'atroce et je me fais beaucoup de souci pour ceux qui sont là bas, dans le paradis démocratique. En même temps, le tour qu'ont pris les événements m'a donné une espèce de sérénité. Un correspondant m'écrivait que l'on pourrait déboucher sur une catastrophe nucléaire, mais je n'y pense pas tellement, pas plus qu'à la chute d'un astéroïde géant, je vis au jour le jour. Si la Russie est vaincue, mais c'est peu probable, je n'aurai plus aucun endroit où me réfugier sur cette planète, entièrement au pouvoir de tout ce que j'abhorre. Auquel cas, peu m'importe la suite, je n'aurai plus qu'à mourir, et on s'occupera sans doute de me faciliter les choses. Si elle triomphe, le monde prendra une autre direction, sans doute plus acceptable pour les êtres humains, et je mourrai avec l'espoir que les enfants ont encore un avenir. Cependant, j'ai le coeur fendu par le sort de l'Europe, que ses dirigeants mènent à une perte totale et sans gloire.
Le dernier numéro de l'Antipresse est particulièrement riche et percutant. Slobodan Despot analyse avec humour le comportement aberrant du personnel politique occidental, si néfaste, et pose la question: le font-ils exprès? Je crois que oui mais l'on est rarement très intelligent quand on est méchant et vil, on est astucieux, mais on ne voit pas très loin, et surtout, on est incapable d'imaginer des comportements qui ne soient pas dictés par de bas intérêts ou des rancoeurs. Et c'est là qu'on fait des erreurs d'appréciation parfois fatales. 
Son article sur Soljénitsyne est également très profond, et me touche particulièrement par la définition qu'il donne de la fonction littéraire: 
La littérature est radicalement artistique, mais il existe des questions purement littéraires, qui ne se retrouvent pas dans les autres arts. L’écrivain est tenu de s’incliner devant la force suprême qui le traverse. Son devoir intérieur se traduit dans sa relation sacrée à l’écriture: Soljenitsyne en fait une obligation morale et spirituelle, une responsabilité littéraire devant Dieu, une relation à l’absolu. Dans le monde moderne, cette obligation morale s’est effondrée: on écrit n’importe quoi, on ne répond plus de ce que l’on écrit; les écrits s’envolent, d’autant plus depuis l’essor du numérique. Lorsque l’on écrit avec ses pieds, on ne risque pas de rencontrer les étoiles. De même, Soljenitsyne rappelle que ce qui est précieux rencontre toujours peu d’adeptes, et seulement un tout petit groupe de connaisseurs. À vouloir plaire à des millions de gens, les auteurs baissent le niveau culturel du livre. La culture de masse est une antinomie, un désastre, l’inverse du folklore qui recèle l’esprit d’une culture locale et survit au temps avec de vieilles chansons transmises de génération en génération. Pour Soljenitsyne, notre époque est effroyable par sa propension à tout faire disparaître sans s’en préoccuper, sans aucune garantie ni certitude que ce qui a disparu puisse revenir. Cela peut disparaître pour toujours. Un auteur littéraire peut ne pas avoir réalisé ce qu’il devait réaliser. Un véritable auteur a une mission spirituelle et sait qu’il en est investi. Sa littérature est un souffle qui l’envahit, est le produit de ses états d’âme autant qu’elle les façonne.
Ce passage recoupe ce que j'ai dit moi-même à la présentation de Yarilo, car c'est ainsi que j'ai toujours vu les choses. Un acte mystérieux qui nous relie avec l'océan de toutes les âmes, qui fait de nous l'organiste d'un instrument aux milliards de voix, un médium.
Mon collègue blogueur Panagiotis met les pieds dans le plat mafieux, avec sa dernière chronique de Greek Crisis:http://www.greekcrisis.fr/2022/07/Fr0977.html
Cela n'ouvre-t-il pas de vertigineuses perspectives sur l'abîme du trou noir?


                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

vendredi 15 juillet 2022

Le métropolite et les crocodiles


J'ai fait un aller et retour à Moscou pour récupérer mes livres et voir le père Valentin, et aussi Dany. Mon intelligent éditeur n'était pas en forme. Il a été malade. Son local a changé, il est juste en face du monastère Danilov et, comme à l'époque de Yarilo, on entend sans arrêt des carillons, car le monastère forme des sonneurs.

Le livre est très beau. L'éditeur Slava pense qu'il va se vendre.

J'ai passé une soirée chez Dany et Iouri, qui ont eu aussi des problèmes de santé, nous en avons tous, c'est le propre de notre tranche d'âge. D'après le psaume, nous commençons tous à être en sursis. "70 ans pour les plus robustes, le surplus n'est que peine et douleur".

Pendant la nuit, j'ai été réveillée par un grand fracas et des cris affreux. Cétait un chat tombé sur le bord de ma fenêtre depuis les étages superieurs, un chat magnifique, de race sphinx, avec un poil ras et frisé tout soyeux, un corps élégant et souple, très propre. Il m'a paru complètement affolé, j'ai essayé de le calmer, de le nettoyer, car il s'est mis aussitôt à déféquer et vomir, et pour l'isoler de la chienne, et du père Valentin aussi affolé que lui, je l'ai mis dans la salle de bains puis j'ai collé une affiche dans l'ascenseur, afin de signaler que nous l'avions recueilli. 

Au matin, je l'ai trouvé mort, ce qui a dû se produire tout de suite après que je l'eus laissé. J'étais consternée. C'était un chat magnifique, certainement très aimé. Et de fait, j'ai vu arriver  deux heures plus tard sa patronne qui, apprenant le drame, a éclaté en sanglots, et moi aussi. C'était une petite bonne femme entre deux âges, dont l'aspect ne correspondait pas à ce chat de luxe, et dont il était sans doute la plus grande joie, la consolation d'une vie terne. Elle s'accusait de sa mort, car à cause de la chaleur étouffante dans ces appartements, elle avait laissé la fenêtre entrouverte. Je connais bien tout cela, qui m'est déjà arrivé sous une forme ou une autre, et j'avais terriblement pitié et de la dame et du chat. Je suis restée au bord des larmes toute la journée à ruminer les événements du même ordre que j'ai traversé dans ma vie. 

Je pensais qu'il était mort de peur, mais en fait, il a certainement dû se blesser en tombant, ce sont des chats certainement fragiles, une race artificielle, comme les spitz miniatures... 

Je suis revenue chez moi heureuse de retrouver mon jardin et même mes chats cagueurs et pisseurs, à qui je n'ai pas souhaité la malemort. Il fait beau, un petit air frais, le lys de Nadia la chevrière fleurit et il est magnifique, un bouquet de trompettes d'or.

Le père Valentin m'a raconté que sa fille Olga avait assisté à l'arrestation d'une ado qui brandissait une pancarte "non à la guerre", et qui tremblait de peur à l'idée des conséquences: elle se voyait soumise aux sévices décrites dans la presse libérale pro occidentale; or après l'avoir sermonnée, les flics lui ont dit de rentrer chez elle. La gamine n'en croyait pas ses oreilles: "Vous ne me gardez pas?

- Et pourquoi faire?"

Quand on s'attend à l'échafaud ou au cul-de-basse-fosse, c'est sans doute même un peu vexant!

Nous avons parlé de l'Eglise Ukrainienne, le père Valentin est très heureux que le patriarche et les hiérarques russes n'aient point réagi ni crié au schisme, personne ne juge le métropolite Onuphre, et de plus, cela fait la démonstration de son indépendance effective, que tous les soutiens empressés de l'intervention pachydermique du patriarche Bartholomée dans le magasin de porcelaine ukrainien contestent.

Et à ce propos, mon téléphone ne recevant plus facebook, j'ai appris par Dany et vérifié ensuite que s'installait tout un échange de répliques auquel je ne pouvais participer, sous ma dernière chronique, où j'évoque le métropolite Philippe, entre une dame orthodoxe libérale et atlantiste; c'est-à-dire qu'à mes yeux, elle soutient les gens les plus infernaux qui soient sur la planète en ce moment, et des amies qui la contredisaient. D'après cette dame, le métropolite Philippe, martyrisé pour avoir résisté à Ivan le Terrible, n'aurait pas approuvé l'intervention russe au Donbass. Bien que je n'ai guère le temps de faire une réponse, je sens qu'elle s'impose, et elle servira pour tous les autres.

Chère corréligionnaire, je ne sais si cette chronique se prêtait tellement à une discussion de cette sorte, mais soit, allons-y. Mon histoire avec le métropolite Philippe est très ancienne, et méritait mieux qu'une telle réaction, je n'ai pas l'impression qu'il me désavoue, en l'occurrence.

Le métropolite Philippe défendait contre Ivan le Terrible les propres sujets de celui-ci et non pas les Polonais, les Lithuaniens ou les Suédois. Je ne pense pas que, dans la situation présente, il approuverait l'abandon de populations russes et orthodoxes aux exactions fantasmagoriques de personnages plus ou moins uniates, néonazis et néopaïens revendiqués, dont les tortures et les viols ne sont pas moins atroces et inventifs que ceux qu'on attribue à Ivan le Terrible et son Opritchnina.

Je n'avais pas connaissance de l'opinion de Poutine sur l'assassinat du métropolite Philippe, vous êtes visiblement plus à l'affût que moi de ses moindres dires. Par quel canal l'avez-vous apprise? Au reste, il a très bien pu le dire, c'est une opinion qui circule, certains pensent que Maliouta Skouratov aurait pris cette initiative, ce qui après tout, est possible, et n'innocente pas le tsar pour autant, comme le démontre tout le roman de Dostoievski les Frères Karamazov. Sans contester le martyre du saint homme, il en est aussi pour estimer que l'on ait pu exagérément noircir le tsar sur lequel en fin de compte, on a peu de documents irréfutables. C'est également possible. a partir du moment où on l'identifie à Staline, on assiste à des excès dans un sens comme dans l'autre, ceux qui en font une caricature, dans leur désir de noircir toute l'histoire russe et de prouver que le peuple russe est incapable de se gouverner normalement, et ceux qui voudraient le canoniser, ce qui est bien sûr, contestable. 

Cependant, comparer Ivan le Terrible à Staline me paraît abusif, car l'époque était différente, le tsar un monarque légitime, et Staline un dictateur qui a d'ailleurs fait beaucoup plus de victimes qu'Ivan le Terrible, et dans toutes les couches de la population. Mais comparer Poutine à Ivan le Terrible, ou à Staline, puisqu'il paraît que c'est la même chose, est absolument grotesque.

Pour juger Poutine, vous vous appuyez, ainsi que beaucoup d'intellectuels censés être équipés pour penser, et plus grave encore, d'orthodoxes qui devraient avoir du discernement et de la prudence, uniquement sur la propagande unilatérale, cynique et grossière de gens profondément antirusses et antichrétiens qui ont fait et continuent à faire, le malheur des pays qu'ils parasitent, et poursuivent la Russie, qu'ils n'ont pas pu encore achever, d'une haine infatigable. 

Vous me ramenez sainte Politkovskaïa et autres personnages dont cette propagande s'est emparés et qui ne représentaient pas grand chose, qui ne mobilisaient pas grand monde, et ne valaient pas la peine d'un assassinat, qu'on n'a jamais prouvé. C'est la raison pour laquelle, personnellement, je n'y crois pas, d'autant plus que le paysage audiovisuel russe, jusqu'à une date récente, grouillait de journalistes entièrement dévoués à votre cause, à croire qu'ils étaient payés par les mêmes ou mus par les mêmes sentiments haineux et les mêmes intérêts, peut-être tout cela à la fois. Ils diffusaient librement sur les ondes exactement les mêmes mensonges que dans les contrées européennes, et jusqu'à de faux reportages, comme le journaliste Ganapovski, et personne ne les assassinés, ni même arrêtés, dans le pire des cas, ils sont partis. Alors pourquoi Politkovskaïa plutôt qu'eux, et pourquoi Nemtsov, personnage discrédité, dont la mort n'était utile qu'à faire marcher les gens comme vous? Quand aux Skripal, c'était tellement cousu de fil blanc que je ne comprends même pas comment une personne dotée d'un cerveau peut prêter le moindre crédit à cette histoire. 

En revanche, vous vous foutez complètement des nombreux journalistes assassinés ou arrêtés en Ukraine, de ceux qui se sont exilés, des journalistes occidentaux persécutés par leurs gouvernements respectifs pour avoir dit la vérité sur le Donbass, ainsi que des opposants molestés et intimidés dans le charmant bastion otanesque dont vous prenez si ardemment la défense. Dès 2015, j'avais traduit un appel d'une député unkrainienne, Elena Bondarenko, qui essayait d'attirer l'attention des pays "démocratiques" sur les dérives totalitaires du sien, appel que personne ne voulait publier, évidemment, et qui est passé inapperçu, de même que toutes les horreurs commises pendant les huit ans qu'il a fallu à la Russie pour réagir, tenter d'y mettre fin, et d'éviter une contamination qui aurait fini par menacer sa propre existence. Je me répète, bien sûr, mais je vous invite une fois de plus à regarder l'intervention de l'avocate ukrainienne Tetyana Montian au conseil de sécurité de l'ONU, dont votre presse n'a bien sûr pas parlé. J'ajouterai que pour ce qui est des menaces, dont vous pensez être l'objet de la part d'amies civilisées, les gens qui se sont penchés sur le trou noir mafieux et ses péripéties en reçoivent de réelles, et les consignent à toutes fins utiles.



Vous me reprochez de mélanger la politique et la religion. Ah bon, et pas vous? Et pourquoi les bonnes âmes de l'orthodoxie libérale, intelligente et occidentale, ont-elles justifié la pagaille créée en Ukraine par le patriarche Bartholomée? De sa part, ce n'était pas de la politique? Comment a-t-on pu soutenir cette entreprise infâme commanditée par la CIA? Cela vous va bien, à tous, de baver sur le patriarche Cyrille, quand vous avez épousé cette mauvaise cause et ignoré les persécutions contre l'Eglise ukrainienne traditionnelle comme vous avez ignoré les bombardements de civils au Donbass. Que doit faire Cyrille, pour vous plaire? Bénir l'entreprise visant à nettoyer le Donbass de sa population pour faire place nette aux mafias d'outre Atlantique? Puis le démembrement de la Russie? L'imposition de toutes les "valeurs européennes" ignobles et délirantes que fuient en Russie une partie des orthodoxes européens et américains?

La réalité c'est que non seulement votre gouvernement censure et déforme tout avec une rare fourberie et le secours d'une presse unilatérale, mais vous vous censurez les uns les autres, et cela fait des décennies que cela dure et que les "intellectuels" s'auto-sélectionnent entre eux. De sorte que la société occidentale entière a complètement perdu tout bon sens et tout sens critique. Vous croyez systématiquement la pire propagande parce qu'on vous a persuadés que les Russes sont par essence, par nature, capables de tout. Hypnotisés sur la révolution d'octobre, dont on met complaisemment les affreuses conséquences sur le dos des seuls Russes, alors que toutes les régions de l'empire y ont participé, et que ses cadres étaient majoritairement non russes et russophobes, vous êtes incapables de voir ce qui se commet aujourd'hui, sous l'impulsion de malfaiteurs supranationaux, autrement dangereux et atroces que Poutine. Comme disait déjà Céline, Staline a le dos large. Les Russes aussi.

Pourquoi croyez-vous que je vis ici, au pays du vilain méchant Poutine, par masochisme? J'écris sous la dictée d'un tchékiste qui me braque un revolver sur la tempe? Ou bien je suis soudoyée peut-être? 

J'ai horreur de la politique, et n'en parlerais jamais, si je n'avais les yeux grand ouverts sur des infamies que je ne peux cautionner, et depuis longtemps. C'est d'ailleurs pour cela que je suis monarchiste, la monarchie nous délivrait de la politique. Vous préférez prendre les vessies pour des lanternes, grand bien vous fasse. Je comprends que mon blog vous chagrine, mais que voulez-vous, sans renier du tout la France, mes ancêtres et ma culture, comme tous les étrangers qui s'obstinent ici, je suis patriote de la Russie, et cela d'autant plus, qu'on fait de l'occident un asile de fous où même les orthodoxes deviennent absurdes. Non seulement, Politkovskaïa ou pas, je préfère Poutine à Macron, Biden et autres fantoches des banksters du nouvel ordre mondial, mais je leur préfère aussi Bachar El Assad et même le défunt Saddam Hussein. Je leur préfèrerais aussi bien un crocodile, d'ailleurs. 

 

mardi 12 juillet 2022

Philippulus


Après conversation avec ma tante Mano, Félicie s'avère sa grand-tante, mon arrière grand-tante, mon arrière-grand-mère, c'était Suzanne, Félicie était sa soeur.
Dimanche, je suis allée voir le père Vassili, le prêtre ukrainien, comme m'y avait invitée sa matouchka. Ils habitent à dix minutes de chez moi, sur les hauteurs, là où je vais contempler le lac. Ils ont la vue sur les monastères de Pereslavl, mais les maisons autour sont affreuses, et question voisins, cela semble pire qu'ici. Ils en ont un très proche qui leur colle la radio en boucle sans se demander s'ils préfèrent le silence. Apparemment, ceux qui se posent ce genre de questions ne sont vraiment pas la majorité. Moi, j'ai le déverseur de camions de glaise, et le massacreur de bouleaux. Mais toute la compagnie d'heureux propriétaires de patous des Pyrénées est plutôt normale...



Je dis que les maisons sont affreuses, et en effet, elles le sont, mais il y en a une qui a été bien réparée, ou bien construite, bois apparent, toiture en zinc, j'ai voulu faire une photo, mais à cause du cotre-jour, on ne voit rien. J'ai vu ce type de restauration sur les bords de la rivière Troubej, ce doit être la mode chez les moscovites, ils récupèrent le bois brut et posent de belles toitures en zinc. Derrière l'isba d'origine, on a monté une maison qui en reprend la forme et la prolonge harmonieusement, ce qui permet d'avoir plus d'espace sans saccager tout.
L'artiste peintre Ioulia m'a raconté que, dessinant une vieille maison pittoresque, ce qui est sa spécialité, elle a été abordée par le propriétaire de la maison voisine, horriblement rénovée, qui, jaloux de ne pas être l'objet de son attention, lui a crié: "Hé! L'artiste! Moi, si j'enlève le plastique, j'ai aussi des rondins de bois!"
Le père Vassili fait des icônes, il a de très gentils enfants qui aident à l'église et au jardin, pour ce qui est des garçons, et à la maison, pour ce qui est des filles. La matouchka a emmené toute la tribu pour m'accompagner jusqu'à ma rue. En passant par les prés, les enfants m'ont cueilli des fraises des bois.
Une amie très chère, femme tendre et délicieuse, a été frappée par une tragédie qui me poursuit, et qui prend à mes yeux, sur le fond de ce qui se passe dans le monde, un sens particulièrement sinistre, on dirait que l'Europe se mue en maison de fous. A Pereslavl, nous sommes pour l'instant protégés, peut-être parce que nous avons ici de nombreux saints qui intercèdent pour nous. La seule chose que je pourrais crier à tous les échos, c'est "priez"! Mais l'on me prendrait en France pour Philippulus le prophète, et ce n'est pas mon genre... d'autant plus qu'il est vain de hurler à l'oreille d'un sourd.
Lorsque je nageais dans le lac, un nuage a brusquement et brièvement lâché sur moi de la pluie, comme un prêtre une giclée d'eau bénite. Je me suis apperçue, en consultant la calendrier des offices à la cathédrale, que la date choisie pour la première présentation de Yarilo, au café, était celle du transfert des reliques de saint Philippe de Moscou. Je reçois en ce moment toutes sortes de signes. Je prie chaque jour saint Philippe pour la sainte Russie, pour moi qui suis venue y vivre, pour mon livre et ceux que j'y ai fait figurer.

ici, tout le bois a été décapé, et une construction ajoutée derrière; la palissade reste traditionnelle

ici, on a conservé l'isba, très jolie et d'un beau ton gris, et ajouté derrière une maison qui en reprend le style
 
restauration en cours, le bâtiment ajouté reprend la forme du batiment existant




Philippulus le prophète

dimanche 10 juillet 2022

Bain de bonheur

 

lune rousse

Le frère de Nounours, celui qui est chez Ania, est vraiment bien tombé, Ania et son mari voient leur ado s'émanciper, et le chien va leur servir de substitut, ils l'adorent. Aliocha l'a nommé Tsézar, César. César, ça ferait très chien rural français, mon beau-père a eu un cocker ombrageux qui portait ce nom, dans les années 60. La prononciation russe donne un autre caractère, bien sûr. Le voisin Sacha appelle Nounours Noursik...

Avec Tsézar, nous sommes allées chez Nadia la chevrière chercher des pieds de mélisse et du fromage maison. Elle nous a submergées de ses productions avec une bonté bougonne. Je regardais sa modeste maison, reconstruite après l'incendie, son potager abondant, je sais qu'elle n'a pas eu la vie facile, et pourtant, elle respire la sérénité, écrit des poèmes, tient un journal et bénit chaque jour le Créateur de lui offrir de splendides couchers de soleil qu'elle regarde avec ses chèvres. Est-elle heureuse ou malheureuse? Elle vit...

Il me faut absolument aller tous les jours à la rivière, car c'est un bain de bonheur. C'est beau, paisible, j'étais captivée par les tout petits nuages parfaits que le lac exhalait par bouffées, leurs liserés gris et roses, leur volume tendre, ces petites pensées enfantines, nées d'une surface bleue et lisse où glissent des pêcheurs amicaux . Et puis ces fleurs aquatiques d'un jaune gras et joyeux où s'ébattent les canards, l'église en pain d'épices, les feuillages liquides et brillants des saules, les flâneurs sur la promenade en béton qu'ornent des croix de place en place... mon âme s'épanouit et devient bienveillante à la terre entière, elle s'emplit de reconnaissance envers Dieu qui lui offre toutes ces joies en sa fin de parcours. Je suis partie en vélo au son cristallin des cloches de l'église de la Protection et revenue avec une escale au supermarché Magnit. Sur les chemins cabossés, je respirais de douces effluves fleuries, tilleul, seringat, j'ai l'impression, avec la nonchalance et le désordre russe en plus, de retrouver la France des années 50 ou 60. J'ai vu avec satisfaction que des esthètes avaient magnifiquement restauré une vieille maison, si cela pouvait servir d'exemple aux autres...

Au bord de la rivière, j'ai rencontré une baigneuse matinale qui m'a tenu la jambe un bon moment. Une Russe du Kazakhstan, une ancienne hôtesse de l'air. Elle est depuis 15 ans à Pereslavl. Elle m'a dit qu'elle allait chaque année passer un moment à Kertch, par une agence du coin, que c'était facile, pas cher et merveilleux, la mer d'Azov d'un côté, la mer Noire de l'autre. Elle avalait les mots et je la comprenais mal. Ou alors je deviens sourde, mais je ne crois pas. Apparemment, elle aime Pereslavl, mais elle a la nostalgie du sud et des montagnes. Elle trouve les gens du cru peu ouverts, bien qu'elle ait quitté le Kazakhstan à cause de l'hostilité musulmane, suscitée et entretenue par ceux qui ont tout intérêt à semer la zizanie, là bas comme partout ailleurs. 

Au café, tout change avec l'arrivée de Godfroi, Maxime a pris la vente en mains, je crois que les gens sont contents de voir un vrai Français dans cet établissement français et cela ne désemplit pas. Un concert de free jazz a permis d'inaugurer le bar, au sous-sol. Une amie française de Gilles revenue vivre en Russie après y avoir vécu et travaillé longtemps; m'a dit qu'elle avait l'impression d'une résurrection, qu'elle se sentait complètement euphorique...

le nouveau staff du café

Je me demande combien de temps durera notre petit miracle de Pereslavl-Zalesski où, en dépit de tout, nous avons une existence paisible, où je laisse mon vélo appuyé contre un arbre sans antivol. Un pays encore normal, c'est un pays où les chevrières subsistent sur leur petit troupeau et leur potager. Où des pêcheurs nonchalants vous lancent une plaisanterie en prenant le large du lac. Où le fils de la voisine peut aller s'essayer à la pâtisserie, dans une ambiance exigeante mais détendue de petite structure. Où règnent malgré tout la confiance, la bonhommie et la solidarité. Même si tout n'est pas parfait ici, loin de là. Quand je lis le blog de Panagiotis, et que je vois en Europe brûler les récoltes et périr les troupeaux selon ce qui semble bien un plan organisé, je comprends à qui et pourquoi la Russie fait la guerre et sacrifie de jeunes soldats pour lesquels je prie tous les jours, les morts et les vivants, de tous bords. Poutine a déclaré qu'on ne pensait pas assez à eux, qu'on profitait de l'été en toute quiétude, pendant qu'ils risquaient leur vie là bas. Certes, et ce n'est pas que je n'y pense pas, j'y pense beaucoup, cela fait huit ans que j'y pense, mais on ne sait pas de quoi demain sera fait et l'appréhension, et l'horreur, nous prennent trop à la gorge, si l'on ne trouve pas de dérivatifs, soit dans la prière, soit dans la joie du bel instant, soit éventuellement dans les deux.

http://www.greekcrisis.fr/2022/07/Fr0975.html


vendredi 8 juillet 2022

Félicie

 






Il est rare que l'on connaisse les noms de ses arrières-grands-parents. Du côté de mon père, je ne les connais pas, parce qu'après sa mort, j'ai eu peu de contact avec sa famille. Du côté de maman, je remonte plus loin. Je connais même mon arrière-arrière-grand mère Caroline, la "belle Caroline" exilée en Belgique avec son mari après la Commune. Quelqu'un m'a donné les prénoms des autres ancêtres, je les récite pendant mes prières: Emile, Félicie, Louis, Suzanne. En nettoyant mes dossiers de photos, je suis tombée sur celles qu'un cousin m'avait envoyées de la famille de ma grand-mère, sur laquelle il a fait des recherches approffondies, et je me suis plongée dans ce monde disparu, qui n'était pas si loin de moi, quand j'étais enfant. Et voilà que je suis tombée sur une photo de Félicie, si vivante, si intense, elle était là, devant moi, avec toute son âme, cette Félicie dont je suis issue et que je n'ai pas connue. "Félicie Chanteperdrix, mère de Charles". Ce doit être la fille de Caroline, mon arrière-grand-mère. Elle devait être très bonne. Cette photo me fascine, ce regard qui me trouve au delà du temps et qui a quelque chose de fervent, de sensible, d'émerveillé, comme si il était fixé sur quelqu'un de très aimé. Toute une vie dont je ne sais pas grand chose, et qui n'a rien su de moi, puisqu'elle est morte longtemps avant ma naissance. Tout ce qui reste d'elle est au cimetière d'Annonay, et auprès de Dieu. Pour les petits enfants de mes cousines, Félicie est aussi lointaine que pour moi l'ancêtre Scholl, cet Allemand venu épouser une annonéenne après les guerres napoléoniennes. Je me demande si ce n'est pas de lui que nous tenons le côté slave et barjo. Il y avait des tribus slaves en Allemagne, dans les temps anciens. Il paraît que ses filles étaient très belles. Comme ma mère et mes tantes. Je crois que je vais reprendre tout ce dossier de photos et en faire le commentaire pour amorcer mon livre sur mon enfance et ma famille.
Ce matin, Nounours est revenu faire le tour du propriétaire, avec son petit frère, mais ensuite, il est resté seul. Il me suivait par tout le jardin, on dirait qu'il sent que je suis sa future patronne, et que c'est son futur domaine. Il me faisait des tas d'amabilités. Il en fait aussi à Rita, avec moins de succès. Il a l'air de nous démontrer par tout son comportement qu'il est un très bon chien, que nous ne regretterons pas de lui faire de la place, que nous lui plaisons, qu'il est notre Nounours. J'espère que je vivrai plus longtemps que lui.
Mon nouveau voisin de derrière m'a dit que son exemplaire était parfait, calme, gentil, qu'il savait où il habitait et restait sur place, et ne voulait pas entrer dans la maison, car il est habitué à être dehors, où il est né. Il va lui faire une niche, mais il ne l'attache pas. C'est une gentille famille. Nous allons faire des travaux de drainage ensemble, pour compenser le déséquilibre causé par l'indiscrète maison voisine.....
Hier, je suis passée au café et une bonne femme m'a demandé si j'étais Laurence, puis s'est assise en face de moi et m'a même invitée chez elle, ce qui est très gentil, mais si tous ceux qui ont lu mon livre, ou vu une émission sur les étrangers de Pereslavl, s'asseoient à ma table ou m'invitent chez eux, il me faudra trouver un ermitage dans la taïga! Cela me fait un drôle d'effet. Gilles est content, cela fait de la pub à son café, et Maxime veut même m'installer une table pour que je reçoive les gens et vende mon livre une fois par semaine!



jeudi 7 juillet 2022

Natach et Nounours

 

Natach, tu dors? 
Lève-toi, Natach!
Les USA ont encore lancé des sanctions, tu vas tout manquer!
Nous avons déjà décidé de lancer des sanctions contre toi.
Des pissanctions et des cacasanctions.
Va nettoyer, Natach!



Cette nuit, je me suis réveillée, guettée par trois chats qui me regardaient avec un fervent amour, Chocha et Blackos, la pisseuse et le cagueur, plus Moustachon, le Chipendale. Comme il fait plein jour à trois heures du matin, je les voyais nettement, ils semblaient se demander ce que j'attendais pour me lever. Et cela m'a rappelé ces photos humoristiques qui circulent sur les réseaux russes, où une meute de chats s'entretiennent avec leur patronne Natacha, qu'ils adorent et tyrannisent. Insolents, insupportables chats. Je déménage la bibliothèque IKEA et découvre que mes livres de la rangée inférieure sont pleins de pisse, j'ai dû nettoyer les couvertures une à une, et si IKEA rouvre, ce qui paraît-il va être le cas, je commanderai des portes, pour protéger la culture.

L'autre jour, je glisse les pieds dans mes sabots, l'un d'eux était garni de pisse. Je ne sais plus quoi faire, je crois qu'à ma place, beaucoup les tueraient.

J'en ai tellement marre des chats qu'après avoir résisté à la première portée de patou des Pyrénées, je me suis laissé refiler Nounours, qui devrait décourager les envahisseurs ultérieurs. Pour l'instant, il est extrêmement débonnaire. J'aurais préféré un chien adulte ou vieux, et moins gros, mais ma voisine Ania a pris le frère de Nounours, et nous allons former avec Olga un club de chiens des Pyrénées, c'est-à-dire nous relayer pour les garder quand l'une de nous en aura besoin. Les voisins de derrière ont aussi pris le leur, qui s'appelle Alba, et qui est tout blanc, et si calme, que je ne l'entends pas.

Cet hiver, Ania m'avait vivement dissuadée de me laisser convaincre par Olga, et cette fois, c'est elle qui a craqué la première. Elle me l'a avoué, alors que nous allions les nourrir ensemble, et j'ai éclaté de rire. "Je prends un gardien, m'a-t-elle dit, et un ami auprès de qui pleurer". Nounours n'est pas encore chez moi, mais il s'enhardit, il me reconnaît, et il est venu faire le tour du jardin avec le petit frère restant. 

Nadia, elle, me propose une chèvre.... 



mercredi 6 juillet 2022

Rideau

 

déjà fanés....

Une amie qui veut venir vivre ici n'est pas sûre de pouvoir partir en septembre. Elle craint un nouveau confinement. Je ne sais pas comment font les gens pour marcher encore dans cette sombre combine, mais apparemment, il y en a. J'ai vu interviewer un gars qui ne se sépare plus de son masque, le monde est plein de microbes à l'affût. Mon amie me dit que lorsqu'on s'est enfoncé très loin dans un délire, il est très dur de faire marche arrière. D'admettre que l'injection a des effets secondaires désastreux quand on a fait ses quatre doses, contraint et forcé ou consentant convaincu, admettre qu'on a joué à la roulette russe, et que les conséquences puissent être tragiques, autant continuer à se raconter des histoires. De même avec l'Ukraine, réaliser qu'on nous a tellement menti et que les méchants ne sont pas ceux que l'on croit, c'est très difficile quand on monte au créneau et brandit le drapeau recommandé en haut lieu, subjugué par les calomnies,  après avoir soigneusement ignoré pendant des années les forfaits qui se commettaient dans le trou noir mafieux. Et puis quand tout le monde perd la tête, garder la sienne est insultant pour les autres.

Les empiètements sur les droits et les libertés sont si éhontés qu'on peut dire qu'il n'y a plus ni les uns ni les autres, mais des discours de fous furieux et des faux-semblants d'hallucinés. Et que dire de la "semaine des fiertés" imposée à tous les enfants? Je ne sais pas comment un gosse peut encore éprouver un sentiment pur et tendre, avec tout ce qu'on lui impose de vulgaire, de moche et de tordu. Je me souviens de la petite fille romanesque que j'étais, je ne sais pas comment je réagirais devant tout cela, aujourd'hui. Et pourtant, ce n'était pas vraiment l'homosexualité qui me posait problème, je lisais tous les classiques grecs et latins, j'étais rencardée sur la question. Non, c'est le truc moche qu'on fait de tout, cette tonitruante pornographie qui se rue sur les sociétés occidentales, c'est avec cela qu'on pense séduire et se concilier les millions de musulmans qu'on fait entrer sur le territoire de l'UE, ou bien le drapeau arc-en-ciel est-il une muletta destinée à faire voir rouge les taureaux bourrés de testostérone qu'on lâche dans l'enclos des ramollis et des égarés bêlants? 

Il paraît que les écoles hors contrat ont le vent en poupe, évidemment, et c'est une façon de contourner le problème, tant qu'on les laisse exister.

J'ai lu un article du Saker qui fait dériver le progrès technologique débridé de la religion et de la recherche de la transcendance. voilà qui est très pervers. Car la transcendance de la religion, c'est celle des moines du mont Athos ou de Valaam, il ne faut pas confondre la transcendance et le transhumanisme, et c'est ce que fait cet article, car c'est précisément le refus de la transcendance spirituelle pour le transhumanisme du surhomme ou de l'homme augmenté, apparu avec l'humanisme de la Renaissance, qui a conduit à ce que nous avons aujourd'hui. Cette confusion permanente est la pire chose de notre époque, les gens ne savent plus où ils en sont.

Mon amie me disait que certes, la manifestation des cosaques avait fait démonstration d'un certain mauvais goût, mais quand on voit ce qui se passe en France... Cette manifestation nous a fait penser aux majorettes des années 60, avec la fanfare municipale, en beaucoup plus local, cependant. Ici, on avait les représentants de l'administration, le clergé, la prière, l'hymne national, le drapeau, et même les costumes plus ou moins traditionnels, comme chez nous dans les années 50...

Nous avons dérivé dans l'évocation de ces fêtes foraines de village, les manèges, les chichis, les pommes d'amour, le bal musette, la retraite aux flambeaux... Maintenant, c'est la gay pride, la plume dans le cul, le sexe et le bide velu à l'air devant les gosses interloqués et leurs parents complices. 

Je lui ai dit que je ne me sentais pas du tout enfermée dans ce pays immense, mais que cela me faisait un drôle d'effet d'être coupée du mien, et des miens. Cela me parait irréel, et pourtant, c'est parti pour durer. Car l'occident ne conçoit pas qu'on fasse fi de ses "valeurs", et ses valeurs se propagent par contamination, comme la lèpre. Il faut s'en tenir à l'écart, ce qui explique aussi sans doute en partie certaines réactions radicales... Et de son côté, les caciques ténébreux ne tiennent pas à ce qu'on puisse comparer ce qu'ils racontent à la vérité, à l'autre réalité, ou tout simplement, à la réalité.

J'ai du mal à réaliser que cette Française fait attention à ce qu'elle dit, et à qui elle le dit, et envisage qu'on puisse l'empêcher d'aller vivre où elle le souhaite, voilà une chose dont je n'ai jamais eu l'habitude. J'ai du mal à réaliser qu'une poignée d'anormaux minables et vicieux décide du destin de millions de gens hypnotisés, et puisse spolier le citoyen de base, après avoir spolié sans hésiter les Russes expatriés de ce qu'ils possédaient hors de leur pays. Pourtant, je voyais dès les années 70. quand je lisais les BD de Lauzier et que j'observais leur comportement à la fac, que ces médiocres enragés étaient capables de tout, si par malheur ils arrivaient au pouvoir. Eh bien nous y sommes. Cette amie envisage même que ses pareils soient obligés de partir avec juste une valise en carton, façon émigrés russes de la dernière heure, qui l'eût cru? Je ne m'attendais à rien de bon de la part de cette caste qui contrôle tout, chez nous, mais je ne pensais pas que cela serait si rapide et si radical. Je lis un blog que je recommande "greek crisis", où l'on voit se dérouler, en parallèle au nôtre, le désastre grec. http://www.greekcrisis.fr/2022/07/Fr0974.html .Dans un pays comme le nôtre très ancien, d'une haute civilisation, sévissent les mêmes mafieux et les mêmes gnomes, et l'on voit avec une horreur incrédule disparaître au soleil, au bord de la mer bleue,  ce qui nous était le plus cher et qu'on croyait éternel.

Kolia m'a dit que le prix du matériel avait baissé. 4000 roubles de moins sur la commande. Moi-même, en faisant mes courses, j'ai constaté que les prix semblaient revenir à la normale. Je ne pensais pas que cela fût possible. Ania et son mari sont venus m'aider, ils sont accablés par la chaleur, nous avons discuté un peu. Je leur ai dit que la vie était si calme en Russie, que partout où j'étais allée, j'avais été frappée par cette paix et cette nonchalance. "Oui, me dit Kolia, les gens sont équilibrés, tranquilles.

- Et bienveillants. Cette paix, c'est tout de même ici une grande richesse, c'est peut-être le seul lieu où elle existe encore."

J'ai repris l'habitude d'aller me baigner à l'embouchure de la rivière, cela me fait du bien physiquement et moralement, quel luxe de nager sous cette église de pain d'épices aux coupoles vertes et aux croix dorées, d'aller vers le large, accompagnée des mouettes et des canards, de croiser des barques de pêcheurs, des gosses qui plongent, sous un ciel serein où passent des nuages embryonnaires...

A Donetsk, les jolis canons longue portée du démon à figure humaine qui nous sert de président ont déchiqueté une ravissante petite fille de 10 ans sortie faire du vélo. Une de plus sur la longue liste des enfants massacrés au Donbass.

On mettra sans doute cela sur le dos des Russes, qui l'ont large...



dimanche 3 juillet 2022

Echos

 Vendredi, j'ai été invitée à chanter et parler devant une paroisse orthodoxe de Moscou en pèlerinage, paroisse qui se distingue des autres par son usage du russe en place du slavon d'église.

J'ai chanté et parlé beaucoup, et vendu 20 livres à mon public enthousiaste. J'ai expliqué que chanter du folklore et publier mon blog relevait du témoignage, et en effet. Je ne peux d'ailleurs plus séparer ces séances de chant de la promotion de mes livres.

Cela se passait dans un centre touristique au milieu des bois. On a construit là un énorme bâtiment, bien moche, je ne dis pas "comme d'habitude", pour ne pas faire de généralité absolue... 

L'organisateur, me raccompagnant, m'a tenu les théories de Nazarov sur les processus politiques en cours ici, soit la légitimation de l'appareil communiste, toujours plus ou moins en place, et de ses ancêtres. L'appareil communiste, c'est l'appareil d'état, les cadres de l'état ont été formés par lui, qu'ils le vénèrent ou qu'ils le rejettent, ou qu'ils l'utilisent à leurs fins.

Poutine, formé par le KGB, a tenu un discours très juste et très critique sur ce qui a conduit, en dehors des manigances occidentales, à la situation d'aujourd'hui. https://vk.com/video683807079_456240864. Il dit en substance, que c'est l'URSS qui a créé l'Ukraine telle qu'elle est, et que ceux qui déboulonnent là bas des statues de Lénine devraient lui en ériger de nouvelles, car c'est lui qui a collé le Donbass dans la composition de son golem. 

En dehors de ce fait, il faut également souligner, et il y a longtemps que cela me met en colère, que l'occident a tout fait pour exaspérer les Russes, semer la zizanie dans les ex républiques, et mettre sur le dos des Russes des crimes politiques dont ils étaient bien souvent les premières victimes. Faire renaître le nazisme banderiste pour exciter l'Ukraine contre les "moscovites" était le meilleur moyen de justifier ici les négationnistes staliniens. Les apparatchiks locaux, corrompus et tout contents d'avoir un pouvoir qu'ils n'avaient pas auparavant, s'y sont prêtés bien volontiers. 

Enfin quelle que soit mon opinion sur Lénine, Trotski ou Staline et leur époque, je dois dire qu'actuellement, les plus affreux ne sont pas en Russie, et même pas parmi les nostalgiques de l'URSS, ils sont nettement en face, et je le pense depuis au moins 2014.

Hier, les cosaques faisaient une manifestation sur la place principale, devant l'administration, et la statue de Lénine tutélaire qu'on a ressortie il y a quelques années, et qui est extrêmement laide, badigeonnée d'ue peinture métallisée, mais ornée d'un bouquet d'oeillets rouges. Après l'hymne russe et divers discours, on a fait une petite prière et invité monseigneur Théoctyste à dire un mot. Il a pris le micro et s'est avancé à grands pas vers le public: "Pardonnez-moi, mais je ne peux pas parler comme cela loin des gens et au côté de l'individu dont vous voyez ici l'effigie, et qui nous a fait tant de mal: aux Russes en général et aux cosaques en particulier, à notre culture, qu'il serait si important de sauvegarder et de ressusciter, et c'est cela que je vous encourage à faire, savez-vous ce que c'est qu'un cow-boy? "

Exclamations diverses:" Oui, oui, un vacher...

- Eh bien je ne suis pas sûr que les Américains, si vous savez tous ce que c'est qu'un cow-boy, connaissent les cosaques. Parce que s'ils nous inoculent leur culture, nous perdons la nôtre, aussi, je vous incite à la restaurer et à la répandre, de façon à ce que le monde entier sache ce que c'est qu'un cosaque aussi bien qu'un cow-boy".

Je ne suis pas sûre que son discours plaise à tout le monde, mais il m'a ravie, et je le lui ai dit. Il m'a mise en relation avec un responsable cosaque local, mais j'ai peu d'illusions. L'administration avait fait appel à Skountsev, mais pour animer des jeux guerriers, ce qu'on fait très bien sans lui, à la limite, c'est même tout ce qu'ils savent faire. Pas pour chanter. Pour chanter, ils ont invité une bonne femme qui nous a servi du pseudo-folklore cosaque à la guimauve avec du boumboum derrière et des trémolos expressifs. Mon groupe de cosaques a fait sa prestation, plus traditionnelle, mais cela mériterait d'être travaillé et varié. Il faudrait, comme le prédécesseur de monseigneur Théoctyste, organiser un festival avec de vrais fokloristes, et du véritable artisanat. Seulement je sais que l'éparchie a de gros problèmes d'argent, et n'arrive pas à restaurer tous ses magnifiques monuments historiques...

L'administration a un goût atroce et se fout de la culture russe dont elle a une idée aussi approximative que négative. Et les cosaques eux-mêmes... enfin, ils ont au moins de la bonne volonté.

J'ai vu arriver chez moi Maxime, l'associé de Gilles, avec un beau jeune homme français à l'air sérieux et profond nommé Godefroy. Je trouve qu'il ressemble un peu à l'higoumène Pantaléimon du monastère de la Trinité saint Daniel, et du reste, il est croyant, mais pâtissier. J'ai eu le choc d'apprendre que Didier partait, et que Godefroy le remplacerait. "Je suis très difficile, lui ai-je dit en riant.

- Moi aussi!"

Tout ce que je sais de sa production, c'est qu'il fait des religieuses en forme de matriochkas. Il parle couremment le russe et adore la Russie, sa femme est russe. 

Gilles a vendu des livres, je dois commander un nouveau tirage. Natacha m'a fait une photo au café, pour en faire la réclame sur sa page. J'ai de bons échos, des gens m'écrivent, me téléphonent, me proposent de venir le présenter dans leur paroisse.



mardi 28 juin 2022

Enfin l'été

 




D'après la voisine Olga, le type d'en face, en massacrant son bouleau, avait dans l'idée de le rendre plus beau et plus épais en coupant le sommet. A mon avis, il était très beau comme il était, mais entre couper le sommet et casser le tronc à mi hauteur, il y a une marge... Ania est aussi consternée que moi. Je pense que chez certains individus, saccager leur environnement est une façon de démontrer leur pouvoir sur lui, un peu comme ces dingues qui vitriolent leur épouse pour qu'elle n'aille pas plaire aux autres.

Pour oublier tout cela, j'ai fait ma première baignade dans la rivière Vioska. elle était encore fraîche, mais je préfère, c'est plus vivifiant. Je me suis éloignée à la nage, dans son eau mauve et dorée, laquée de bleu, sous des caravanes de nuages blancs traversés de mouettes. J'écoutais le vent chanter dans les roseaux, où glissaient des canards. La présence de Rita m'a obligée à écourter, elle avait chaud, mais elle ne veut pas se baigner, et me regardait de la rive avec des yeux de martyre. Pour la consoler, je l'ai emmenée voir Gilles au café.

Contrairement à ce que laissait prévoir le printemps glacial, nous avons un bel été. Je recommence à jouer des gousli dans le jardin, et j'entre doucement dans un état de légère béatitude contemplative, où chaque nuance, chaque forme, chaque son et chaque mouvement prennent tout à coup un relief étrange et captivant.  

Au taux de change pratiqué par les banques, plus les pourcentages happés au passage, je vais me retrouver avec  peu près le même pouvoir d'achat qu'en France, mis à part les charges et l'essence, beaucoup moins chères. Je l'ai expliqué à mon encadreur. "Et alors, vous allez rentrer chez vous?

- Ah non. Pour baigner dans la propagande, les calomnies, les mensonges de la presse officielle, repris par les intellos bien dressés et bien sélectionnés, jusque dans les milieux orthodoxes, jamais.

- Alors vous êtes vraiment des nôtres..."

Mon encadreur est communiste. Il est très gentil, et me fait des prix. Malheureusement, il reste convaincu que les Russes n'ont jamais rien fait de vraiment bien, que la culture, c'est en Europe, et prend des airs de commisération quand je lui parle des merveilles de l'art populaire...

Le lendemain, après l'église, j'ai vu arriver la guide Ioulia, elle venait prendre six exemplaires de mes chroniques, car "il faut les faire lire au maximum de Russes". Elle voulait me faire découvrir les petites plages sauvages du lac, mais avec la chaleur qu'il faisait, et un dimanche, les rives étaient bourrées. C'est en effet, très joli, je reviendrai quand ce sera plus calme, pour dessiner, et m'imprégner de l'atmosphère. On peut juste se tremper, il n'y a pas assez de fond pour nager, ou alors il faut faire un kilomètre à pied en direction du centre, paraît-il très profond, lui. Quand on s'avance dans l'eau, on voit le monastère saint Nicétas, tout blanc, avec ses coupoles d'argent, au dessus des forêts sombres et de l'eau bleue.

Il y avait, parmi la foule des campeurs et baigneurs, une jeune fille avec un suricate en laisse, et cela m'a chagrinée. Que faisait donc cet animal en laisse sur une plage, et comment peut-on encore acheter des espèces sauvages et encourager leur trafic? Sans doute pour frimer, et il y a tant de chiens et de chats à l'abandon... 

Ioulia voulait me faire découvrir un sentier de randonnée, très intéressant pour les amateurs de botanique et les ornithologues. Et pour les peintres aussi, car c'est un lieu magnifique. Il rassemble plusieurs biotopes, par endroit marécageux, par endroit complètement sec, avec des plantes des steppes et des régions méridionales. Des prairies fleuries, des bois, le lac et le monastère au loin....






Je conseille vivement aux gens qui pensent encore de s'abonner à l'Antipresse, où l'on trouve une information, et surtout des réflexions sur l'information, de qualité. L'Antipresse est une antidote à la folie collective qui guette même les résistants, souvent isolés. Or il est difficile de s'opposer quand autour de soi tout le monde se met à délirer. Slobodan présente ici son dernier brillant numéro:


    

A chacun de s’en sortir comme il le peut, dans un solitude éperdue au milieu des cons. 

écrit Nicolas Bonnal dans sa lucidité tragique! L'évêque m'a dit lors de ma confession que Dieu ne les aimait pas moins que moi, et qu'il fallait relativiser nos petits inconforts et problèmes quotidiens devant la croix du Christ. Certes, mais pour l'instant, ce n'est pas gagné. "Vous y arriverez!" me dit-il avec un fin sourire.

C'est que selon le mot de Dostoievski, la bêtise peut parfois devenir un crime, nous le voyons tous les jours, en ce siècle "d'ineptocratie", comme dit Slobodan dans son article "Après l'Ukraine"...



jeudi 23 juin 2022

Massacre

 


Ce soir, je jouais des gousli dans le jardin, la lumière du soir allumait un à un les iris comme des lampes précieuses, une brise légère soufflait, et je me sentais dans une harmonie profonde avec tout ce qui m'entourait, quand j'ai entendu un bruit déchirant. Quelqu'un était en train de saccager le jeune bouleau ravissant qu'avait planté oncle Kolia, et que j'admirais tous les jours. J'étais si bouleversée, que j'ai poussé les hauts cris et je suis partie chez la voisine Olga. C'est l'héritier de Kolia qui fait cela. La brute contemporaine ne peut supporter la beauté naturelle et vivante. Après le bouleau, il va saccager la maison, j'en suis certaine. C'est comme si le pauvre Kolia mourait deux fois. Il était si délicat, si attentif, et il nourrissait les oiseaux... c'était la vieille Russie, la Russie paysanne. 

Je suis rentrée finir le fond de bordeaux qui restait depuis la visite d'Olga et Ghislain. Je ne me ferai jamais à toute cette barbarie stupide qui profane sans relâche la Création avec tant de bonne conscience. C'était si brutal, à ce moment doré et béni de la journée où tout exulte doucement, et cet arbre doit être plein de nids et de petites créatures, un monde à lui tout seul. D'un côté celui qui bétonne tout ce qui vit sous des tonnes de glaise, en face, celui qui saccage un arbre sans aucune nécessité, peut-être pour planter à la place un truc merdique qui ne soit surtout pas russe. Ou juste comme ça, pour faire "propre"...

J'ai fait un court séjour à Moscou pour ouvrir un compte à la Raiffeisen bank, seul moyen de recevoir ici l'argent de ma retraite, il paraît que tout le monde se sucre bien au passage, d'ailleurs. Mon père Valentin était seul avec son fils Kolia, j'ai pu lui parler de diverses questions. Nous avons évoqué le métropolite Onuphre, il est du même avis que le père Andreï Tkatchov. On ne peut juger ce saint homme qui subit des pressions terribles et doit protéger son clergé et ses fidèles. Et du reste personne ne le fait. Je lui ai parlé de la mort de mon petit chien Doggie et des remords qui me poursuivent à son sujet. "Je voudrais non seulement savoir que Dieu m'a pardonnée, ça je pense qu'Il la fait, mais que cela sera réparé d'une façon ou d'une autre, car cela ne me laisse pas en paix...

 - On ne peut pas savoir ce que Dieu fait des animaux et ce qu'Il a prévu pour eux, on n'en sait rien. C'est la raison pour laquelle je n'en veux plus. Cela laisse au coeur trop de remords et de chagrin".

On n'en sait rien, mais moi, je ne peux pas croire qu'Il ne s'en préoccupe pas. Je Lui demande obstinément un signe...

Avant la Raiffeisen bank, le père Valentin m'a emmenée à Peredelkino, voir Macha. Nous sommes allés visiter la datcha des parents du père Valentin, où vivait sa soeur récemment décédée. Son chat orphelin y vit toujours, le pauvre, Macha vient le nourrir, et cela sent terriblement la pisse, l’odeur sui generis. Je me suis demandé si chez moi, cela puait autant, j’ai eu la réponse au retour: oui, ça pue. Mais ça puait beaucoup moins après lavage. Le parquet flottant s’imprègne moins que le bois naturel !

La maison des parents m’a ravie, c’est une vraie datcha ancienne, avec de jolies verandas ajourées, des murs et des parquets de bois. Il y avait une merveilleuse pièce  tapissée de livres, que le père Valentin consultait avec des gestes amoureux. Quand je pense au nombre de livres qu’il garde dans son appartement, et à tous ceux qui sont dans cette maison... en français, en allemand, en russe, des livres grecs et latins, des livres anciens, cela sent la véritable culture comme on n'en fait plus, une culture immense, que je suis loin d’avoir moi-même. 

Macha a trouvé des lettres de son grand-père, philosophe connu de l’époque soviétique, adressées à ses enfants. Il prenait la peine d’écrire quelque chose de spécial à chacun, c’était plein d’humour et de tendresse, et de conseils judicieux, c’était un père attentif et remarquablement intelligent. Cela me fait penser un peu, sans le côté poignant,  aux lettres qu’envoyait le père Paul Florenski à ses enfants depuis les Solovki, où il avait été enfermé par les communistes.

La soeur aînée du père Valentin étant morte en bas âge, sa mère avait gardé toutes ses affaires, toutes, Macha a même retrouvé un paquet de biscuits entamé que l’on ne s’était pas résolu à jeter et qui était avec le reste depuis des décennies. Cela me rappelait mon grand-père, sa maison devenue le mausolée de sa vie, et le porte-monnaie de ma grand-mère dans le tiroir de la table de la cuisine, avec dedans de l’argent et sa dernière liste de courses.

Macha m'a envoyé ensuite des photos d'une petite exposition qu'elle a faite, pour les amis de la famille, des affaires du bébé défunt. C'est si touchant et si extraordinaire, comme un voyage dans le temps: les petits vêtements, les jouets, les livres, la poussette, la dinette, les biscuits! Je lui ai dit qu'il fallait organiser une véritable exposition, avec un album qui rassemblerait les photos des items exposés et les lettres du grand-père Asmus, parce que c'est un témoignage sur une époque disparue, et que tout cet amour ne doit pas disparaître sans laisser de traces. 

Cette petite fille est morte deux ans avant ma naissance, en 1950. Ses affaires dormaient dans cette maison depuis lors.













mardi 21 juin 2022

Réponse à Henri

Un ami fait à mon dernier article, un beau commentaire qui mérite réflexion. Et comme il le fait publiquement, je réponds de même. 

Bonjour Laurence. Je n'aurai été un peu russe que comme pèlerin... Aujourd'hui encore, quand j'arpente ici mes collines dans la chaleur, où le froid, dans l'émerveillement ou l'angoisse, je le fais à la manière de ce legs que m'a remis le pèlerin russe. La prière me rafraîchit me réchauffe, me réconforte, me donne à deviner le mystère qui enveloppe toute choses réelles. Même lorsque j'oeuvre auprès des gens de par mon métier ou autre, je pense à cette phrase du pèlerin qui sentant la présence agissante de la prière, envisageait toute personne comme un proche parent...
Pourquoi est-ce que je dis cela ? Peut-être, par-delà les drames, et la troisième auto-destruction de l'Europe, pour revenir au cœur de l'idéal que m'avait donné cette voie christique vécue au creuset de l'expérience religieuse russe et qui en est pour moi la quintessence...
Le pèlerin enseigne la prière à un couple de polonais qui l'avait aidé... Ou comment donner quelque chose qui ouvrira à une communion autre...
Je croyais qu'une autre voie était possible, comme une percée à travers les fantômes de l'histoire, la provocation des menées geo-stratégiques, les intérêts économiques, une voie de communion et que la Russie était armée pour cela... d'autres armes. Je reste fidèle plus que jamais à mon idéal.
Je n'ai pas eu comme vous le temps ni l'occasion de m'inculturer.
Je ne garde donc que ce petit joyaux qui m'a été donné.
En tant qu'occidental désorienté, essayant de m'inscrire dans la lignée de la spiritualité transmise par l'Église Orthodoxe, qui naquit dans les déserts s'est approfondie dans les montagnes et les forêts, où la beauté de la création n'est pas étrangère à la quête de la beauté divine, je retourne au désert. Notre patrie n'est pas encore céleste. Ici-bas, maintenant, elle est au désert avec le Christ. Lieu du dépouillement total et des tentations.
L'une d'entre elle fut celle du pouvoir d'où est exclu la communion. Une autre celle de chercher dans une transformation impossible, des pierres en pains, quelque chose qui tromperait notre faim...
La famille, la patrie... La seule fois où le Christ a parlé de la famille, c'est pour dire qu'il fallait la quitter, quant à sa patrie nul autre que lui n'est allé aussi loin dans la remise en cause dans son couple ethnico-religieux. Certes, il n'était pas no-border et pro-métissage mais il portait en lui-même la véritable vocation qui aurait du être celle d'Israël.
Vocation du Christ ou tentation d'Israël, la frontière est toujours délicate à discerner.
La guerre étant une boîte de Pandore, une fois ouverte, elle ne permet pas de voir qu'elle en sera l'issue. D'autant plus si elle est mondiale. Et celle-ci l' est, même si c'est "par proxy" comme ils disent dans le jargon stratégique.
Ma patrie, ici-bas sera donc le désert. Mais je crois que c'est tôt ou tard passage obligé si l'on veut être à la suite du Seigneur, où que nous soyons. Puissions-nous y être avec le Christ.
Communion cordiale, dans le Souffle Divin, partout Présent et Emplissant tout.
D'un petit coin de la France.
Henri.

Cher Henri, je comprends fort bien que vous ayez votre démarche spirituelle particulière sur le sommet de votre montagne, avec le pèlerin russe, que j'ai aussi beaucoup aimé. Mais je me rends compte que je suis sans doute plus terre à terre que je le pensais dans ma jeunesse, ou que le pensaient les autres. Oui, je suis très terre à terre. "Le Christ russe sent la terre," écrivait Ernst Junger, et c'est peut-être ce qui m'a attirée. En lisant ce que vous m'écrivez, je me demande: "pense-t-il que je ne prie pas?" ou encore "est-ce que je prie vraiment?" puis "qu'est-ce que prier vraiment? " et enfin "est-ce que je considère toute personne comme un proche parent"? Et si je commence à me lancer dans ce genre de conversation, où cela va-t-il me mener? A l'écriture d'une confession de 300 pages?
Je me demande aussi ce que peut avoir de contradictoire mon article sur la patrie avec la prière du pèlerin. Et aussi de quelle autre voie il est question, et pourquoi serait-elle impossible. Ou bien pensiez-vous que toute la Russie était constituée, de nos jours, de pèlerins russes qui allaient marcher avec leur cordelette de prière à la rencontre de Georges Soros, Joe et Hunter Biden, et autres Clinton, avec leur CIA et leur OTAN, et tous leurs hommes de main européens et ukronazis? Je pense que si le pèlerin russe, quintessence de l'esprit orthodoxe de son pays, a pu exister, parcourir les chemins et écrire ses récits, c'est en partie parce que ce pays a été défendu par Alexandre Nevski, Dmitri Donskoï, et autres princes et tsars ultérieurs, il a été porté par cet immense corps social, ces générations de gens qui étaient loin d'être tous des saints, mais Dieu sait ce qu'il fait quand il envoie Dmitri Donskoï contre les Tatars sous la bénédiction de saint Serge, et il sait ce qu'il fait également aujourd'hui et en cela j'ai confiance. 
Je ne sais pas ce que vous entendez par le désert, la montagne où vous allez prier? Moi, j'ai eu un autre désert, ce sont toutes les années de solitude affective, spirituelle et même intellectuelle que j'ai passées en France et auxquelles se résume ma jeunesse, avec de temps en temps un signe, ou une révélation, pour me guider ou m'encourager. Pas souvent. J'aime bien l'extase, mais cela ne m'est arrivé que deux ou trois fois dans ma vie. Le reste du temps, je râle contre mon voisin, je rechigne à aller à l'église le matin, je n'ai pas de patience, bref, je suis loin d'être le pèlerin russe. Sommes-nous tous bâtis pour devenir le pèlerin russe? Ainsi, Dostoievski était un grand nerveux et un grand râleur. Un homme irritable et convulsé. Cependant, ses livres ont éclairé beaucoup de gens, dont moi, et il a eu une fin magnifique.
Pourtant, ici, en Russie, en ce moment, avec cette guerre dont vous blâmez visiblement la Russie en considérant qu'elle faillit à l'idéal que vous lui voyiez, je suis absolument certaine que je suis à la bonne place, que la Russie est dans son droit, et que ceux d'en face, en ce moment, sont la proie d'un dragon d'une espèce à la fois particulièrement brutale et particulièrement fourbe que l'on voit recourir à des procédés d'une rare vilenie. Car je n'ai jamais été aussi calme, ni aussi rassemblée, ni du reste aussi assidue à la prière et même à l'église, ni même, en dépit du voisin, aussi fraternelle et sensible au destin d'autrui. Chacun sa voie.
Mon blog est un témoignage humain, un ensemble de croquis sur le vif et de questions, de réponses, une recherche. Ma vie spirituelle n'étant pas spécialement exemplaire, j'en partage les aléas dans une certaine mesure, il y a des gens à qui ça peut servir, mais je n'ai pas sur ce plan-là de message à délivrer. Chacun fait comme il peut. Cependant, à ma manière, j'avance. La mère Hypandia m'a récemment écrit: "Merci de vos nouvelles qui nous apportent toujours beaucoup de bonheur, tant elles répandent de joie et surtout témoignent de votre foi inébranlable, loin du monde et des idées reçues". 
Loin du monde et des idées reçues. 
L'Eglise a besoin de tous, de Dmitri Donskoï, de Dostoievski et du pèlerin russe. Et en ce qui concerne la Russie, si elle n'avait pas eu Dmitri Donskoï, elle n'aurait pas eu non plus Dostoievski ni le pèlerin. Je ne partage pas les vues de certains Russes, qui justifient des choses injustifiables au nom de l'empire, de sa grandeur et de sa conservation et finissent par adorer Staline. Car en effet, ceci n'est pas la vocation de la Russie, ni l'empire, ni la conquête du cosmos, et ce n'est d'ailleurs pas de cela que je parlais quand j'évoquais la notion de patrie. Et ce qui se joue en ce moment dépasse de loin les nostalgies staliniennes, et les luttes de pouvoir. En ce moment, le mal est dans l'autre camp, quels que soient les défauts, les péchés et les interprétations du camp russe. Les Russes, j'en suis convaincue, ne pouvaient pas faire autrement que d'intervenir. A moins de laisser exterminer le Donbass, et de s'exposer eux-mêmes ensuite. Cette certiude en moi n'est même pas d'ordre politique. C'est au delà.