Dimanche, j’ai commis l’erreur d’aller me promener avec Nini, comptant que le temps difficile allait arrêter les amateurs de luge, mais pas du tout, ils venaient avec leurs gosses et des voitures énormes, à travers la tempête de neige, et restaient coincés dans les congères, faisant des démarrages en trombe pour s’en arracher, et ne me laissant pas la place de me réfugier sur le côté. Habituellement, j’attends que tous les gamins remontent la pente pour traverser la piste, et c’est ce que j’ai fait, mais l’un de ces petis cons n’a pas attendu d’atteindre le sommet pour descendre et a foncé droit sur moi, me projetant à terre. J’ai tapé sur le visage et la poitrine, et j’ai eu tellement mal que je ne pouvais reprendre mon souffle, mais aucune excuse, et personne ne m’a aidée à me relever. J’ai traité cette bande d’ados de petits débiles mal élevés, ce qu’ils sont en vérité. Depuis, j’ai toujours un peu mal.
Auparavant, j’étais allée à
l’église, priant le Ciel pour ne pas m’enliser, mais je l’ai fait au retour, à
deux pas de chez moi. Il a fallu l’aide du voisin pour me tirer de là. Depuis,
ma voiture est immobilisée, une des roues ne tourne pas. Je vais à pied faire
les courses, et je constate que je marche bien mieux qu’avant, merci au docteur
Simakov qui m’a remis le ménisque dans l’axe...
Des gars sont venus voir ma
maison pour y faire un tournage. Dany m’a dit que c’était épouvantable, et
qu’il fallait me faire payer en conséquence, et exiger qu’ils remettent tout en
place. J’ai demandé aux types de m’emmener en voiture dans le centre, je devais
aller à la poste, et puis je suis passée au café. Gilles avait réussi à
venir : dans son village, on déneige. A Pereslavl, on peut toujours
attendre. En revanche, le gouverneur exulte devant les recettes faramineuses
que lui rapportent les parkings payants qui nous empoisonnent la vie dans tout
l’oblast de Iaroslavl. Je suis un peu gênée de consommer gratis, chez Gilles,
mais il m’a dit : « Ca m’arrange complètement ! Vas-y sans
hésiter ! »
Au retour, j'ai fait des photos et un dessin de l'église de la Protection, qui est sur mon chemin. La magie de l'hiver russe et des illuminations de Noël qui durent ici pratiquement jusqu'à Pâques!
Elena Petchanikova est ravie
du travail de rédaction que je lui ai fait et trouve même qu’il n’est pas assez
payé ! Je m'en souviendrai la prochaine fois... Du coup, elle va inscrire sur le livre que c’est moi qui m’en suis
occupée. J’espère que cela me rapportera d’autres commandes du même genre. Du
coup, j’arrive à presque gagner ma vie.
Nini n’est pas une lumière, mais elle commence à me regarder avec adoration et à faire tout ce qu’elle peut pour me plaire, la pauvre. Visiblement, elle n’en revient pas d’avoir une pareille vie de château. Elle ne s’éloigne pas, court volontiers dans la cour avec quelques incursions dans la rue, mais ne veut surtout pas me lâcher, je suis sous surveillance permanente. Elle fait parfois même de petits bonds joyeux. Je pense qu’elle sera sans problèmes, elle ne fait pas peur, n’est pas agressive, ni exagérément énergique.
Rita tousse parfois beaucoup, et j’en suis très affectée, je redoute terriblement le moment de la perdre. Cependant, au café, une cliente m’a dit que son spitz avait toussé de la sorte jusqu’à l’âge de dix-neuf ans... Lui ayant découvert une grosseur sur le ventre, je suis allée chez la vétérinaire. Il s’agit d’une hernie certainement causée par un point de sa cicatrice d’il y a deux ans, et il faut l’opérer, bien qu’elle soit vieille et fragile, mais comme c’est superficiel, cela ne demandera pas une grosse anésthésie. Au moins n’a-t-elle pas de cancer généralisé, comme ma pauvre Georgette. L’opération aura lieu demain.
Dans une rue voisine, j’ai vu
une très jolie petite maison aux couleurs de Noël, rouge et verte dans la
neige, et je l’ai photographiée. Le type d’en face, qui avait aussi autrefois
une isba, mais l’a complètement défigurée en lui adjoignant d’énormes
excroissances de contreplaqué, m’a dit d’un ton condescendant :
« Mais c’est une vieille maison...
- Eh oui, mais justement, elle
est jolie. »
Ils font des maisons affreuses
et sont vexés de voir que peintres et touristes leur tournent le dos pour s’intéresser
à de vraies maisons russes poétiques avec des proportions harmonieuses et des teintes qui s'accordent bien.







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