Translate

samedi 1 janvier 2022

Bon courage

Certains publient qu'au lieu de la bonne année, nous devrions nous souhaiter bonne chance ou bon courage. Ce n'est pas faux...

Je ne suis pas très portée sur la bonne année et ses voeux qui ne veulent pas dire grand chose, sinon qu'on aime bien ceux à qui on les envoie, qu'on leur souhaite le meilleur. 

Je me souviens de l'impression sinistre de folie collective et d'inconscience que m'avaient faite les foules de l'an 2000, persuadées d'aborder l'âge d'or, puisque, cela fait 200 ans qu'on nous le rabâche, le passé est haïssable, nous ne voulons plus rien avoir à faire avec lui, mais les lendemains sont forcément radieux, car le Progrès nous conduit, dans le char de la Démocratie et des Droits de l'Homme. Eh bien, selon l'expression russe, приехали, nous voilà rendus. Assis, masqués, piqués, marqués. Et bientôt complètement spoliés. Et combien de boucs émissaires ont-ils été sacrifiés pour ce résultat? Sans doute pas assez puisque Moloch en réclame encore, en plus de nos enfants.

Cependant, comme le démontre la tragédie antique, l'ubris, l'orgueil démesuré fait commettre des erreurs fatales et irrite les dieux. Je souhaite donc que cette année nous apporte la chute de tous ces minables malfaisants qui se prennent pour des titans et ne sont que de vieux cloportes, et de tous leurs serviteurs zélés. On peut dire que l'humanité toute entière aurait tout à y gagner. Et y trouverait peut-être un sursis qui lui épargnerait le sort de Sodome et Gomorrhe...




Avec Nil, nous avons commandé deux pizzas et débouché une bouteille, et cela m'aurait suffi, mais le peintre Pacha nous a conviés dans la galerie dessous le café. Nil avait déjà assez bu pour trouver notre réveillon un peu miteux, et nous sommes partis à pied, à travers une ville déserte, tandis que du côté du lac résonnaient et fulguraient des feux d'artifice.

A la galerie, il n'y avait pratiquement personne, les gens sont arrivés peu à peu. Trop de mecs bourrés, ou plutôt trop bourrés les mecs, car il n'y en avait pas beaucoup. L'un d'eux s'obstinait, bien qu'il eût depuis longtemps quitté l'adolescence, à faire exploser des pétards, ce qui, dans une cave, fait beaucoup de buit, et terrifiait ma chienne. Apparemment, la philosophie générale, qui me fait d'ordinaire fuir ce genre de manifestations, est qu'un réveillon doit être forcément une beuverie, une grosse bringue, je suis même étonnée de ne pas avoir vu de cotillons et de langues de belles-mères dans un tel contexte.

Nil plaint beaucoup toutes les jeunes femmes seules qu'il voit, et qui sont déjà trop âgées pour lui, cependant, bien qu'elles ne fassent pas du tout leur âge. Il pense que c'est un phénomène russe, je peux témoigner que non, pratiquement toutes les femmes de mon entourage et de ma génération ont ramé des années avant de trouver l'homme de leur vie et ne l'ont quelquefois pas trouvé du tout.

Il trouve que la Russie, c'est Dostoievski, des gens vrais, entre le rire et les larmes. Et aussi que les Russes et les Français sont certes différents, mais complémentaires, c'est exact.


 Bonne année!



jeudi 30 décembre 2021

Givre

 


Katia a voulu descendre la rivière Troubej a ski, mais je n'ai pas suivi, j'ai suivi à pied, et plutôt sur la berge, car la glace n'est pas encore assez solide, et par moments, elle prend l'eau. Le spectacle valait le déplacement, les arbres étaient nappés de givre, leurs branches d'un blanc scintillant au milieu du jour, se doraient avec la venue du soir, et la descente rapide d'un soleil oblique. Je pensais à la fascination que j'éprouvais, enfant, pour le nord et ses fééries, pour la Reine des Neiges. Nous sommes allées jusque à l'embouchure et au lac qui était blanc à perte de vue, sous un dôme rose mystérieux, comme si on avait placé la ville sous un globe d'opaline. 

La veille, nous nous étions lancés avec Nil dans le massif forestier destiné au ski de fond, mais je suis la vraie "théière"; comme on dit ici. Et nous avions rencontré Génia, sa mère et Katia, avec qui nous avons ensuite pris le thé. Nil, qui n'a pas tenu le coup à la pâtisserie, va tenter sa chance chez les balalaikers, à Oulianovsk. En principe, il devrait bien s'entendre avec cette équipe jeune et farfelue, il ne sera sûrement pas très bien payé, mais j'ai confiance, cela peut-être le petit coup de pouce qui change un destin et lui ouvre des perspectives. Oulianovsk est une ville agréable, jeune, vivante. 

Bien décidé à partir, il a pourtant des accès de mal du pays. Quel est l'exilé qui n'en a pas? J'adore la Russie, je ne regrette pas d'être partie, mais souvent, dans cet espace nordique et magique, où j'ai la vie plus intense, plus intéressante et plus libre, où je me suis parfaitement intégrée, où j'ai une maison qui me convient, je ressens, malgré l'habitude, une profonde impression d'étrangeté. 

Cette impression avait atteint son point culminant aux Solovki. Récemment, le photographe Valeri Blizniouk, qui fait des clichés magnifiques du nord et des îles Solovki, a associé cet endroit à la musique d'Arvo Part, qui me captive, m'enchante, mais me déconcerte par sa profonde étrangeté, elle m'évoque l'au delà, l'autre monde, dont les Solovki m'avaient paru le seuil, l'embarcadère...

Je discute aussi beaucoup avec Nadia, je revis à travers mes jeunes amies ma triste jeunesse ou, que l'on soit ou non jolie, on reste seule parce qu'on a manqué le moment où les jeunes gens sont disponibles, pour toutes sortes de raisons, souvent sociales et même idéologiques. Pereslavl n'offre pas beaucoup de possibilités de rencontres, mais finalement, les grandes villes non plus. J'aurais leur âge, j'utiliserais les réseaux sociaux, pas les sites de rencontre, mais les pages où les gens se trouvent sur la base d'intérêts communs, de façon naturelle.

 









Le père Nikita Panassiouk, de Donetsk, dont j'avais traduit l'interview et qui était venu me voir, m'a confectionné une sangle pour mes gousli et une ceinture traditionnelle.





 







Mémorial

saint Hilarion Troitski

 La fermeture de l'association "Mémorial" qui recensait les victimes des répressions communistes fait quelques vagues, et en ce qui me concerne, je ne sais pas trop qu'en penser, car si je suis opposée au révisionnisme communiste, si même il me scandalise, si j'ai trop souvent des interventions courroucées de vieux komsomols qui me demandent de réviser mon histoire, alors qu'eux-mêmes la réécrivent à leur façon, je suis également alertée par l'exploitation politique que font de ces événements des gens d'une russophobie rabique. 

J'ai trouvé cette appréciation de l'historien patriote et souverainiste Félix Razoumovski et je la mets ci-dessous. Elle correspond exactement à mon impression. C'est extrêmement malsain. J'étais inscrite sur un groupe mémoriel, et me suis aperçue qu'il consistait à attribuer les crimes communistes au tempérament russe, barbare depuis la nuit des temps, et cette expérience consistant à transformer par la terreur et la rééducation un peuple de paysans rêveurs en prolétaires parqués dans des cages en béton et en petits bourgeois post-soviétiques ultérieurs, comme le résultat de toute la déplorable histoire russe. Ce qui en passant absout les individus impliqués dans ce processus et permet à leurs descendants libéraux de glapir des calomnies dans la presse occidentale en passant pour des martyrs.

D'un autre côté, j'ai lu et entendu trop de témoignages sur la collectivisation et les martyrs chrétiens pour absoudre cette sinistre aventure. Un de mes correspondants publie en ce moment chaque jour quelque chose sur les nouveaux martyrs de Russie, quelle file interminable, quelle procession, et quels nobles visages, quels regards... C'est toute la Russie telle que je l'ai aimée qui défile sous mes yeux. Comment oublier tout cela, comment cracher sur ces tombes, les fosses communes où se sont abîmés ces gens?

Celui qui me conseille de relire mon histoire, c'est-à-dire la sienne, considère que ces victimes méritaient leur sort parce qu'ils ne soutenaient pas le pouvoir soviétique, c'est aussi ce que m'avait dit un étudiant communiste français, dans les années 70, pour justifier les massacres de la collectivisation, les déportations et les famines: les paysans ne comprennent rien aux révolutions. Moi non plus. Mais en revanche, je comprends et j'aime les paysans. A l'époque concernée, j'aurais fini de la même manière, dans une fosse commune, et pour la même raison. Je me sens donc très solidaire.  


Résultats de traduction

PAYSAGE APRES LA LIQUIDATION DU "MEMORIAL".
Dans l'histoire et la vie russes à ce jour, il existe deux méthodes principales de destruction de notre patrie. Appelons-les ainsi : communistes et libéraux. Les deux directions sont façonnées par les visions du monde, les pratiques sociales et les organisations correspondantes. L'autre jour, par décision de justice, l'un des organismes publics libéraux a été fermé (l'un d'eux). En attendant, les activités des partisans du projet communiste (néo-bolchevique, néo-soviétique - ce que vous préférez) ne rencontrent aucun obstacle ni dans l'espace politique ni dans l'espace informationnel. Une incohérence étrange mais facilement explicable. Cependant, le problème n'est pas dans un biais évident. Le problème, ce sont les coûts dangereux d'un jeu politique et technologique à courte vue. Il est impossible de l'appeler politique, nous avons affaire à une imitation vicieuse. Le thème du génocide vécu par la Russie au XXe siècle, le thème de la mémoire s'est avéré être une monnaie d'échange dans les manipulations immorales d'une conscience publique immature.

Résultats de traductionPAYSAGE APRES LA LIQUIDATION DU "MEMORIAL". Dans l'histoire et la vie russes à ce jour, il existe deux méthodes principales de destruction de notre patrie. Appelons-les ainsi : communistes et libéraux. Les deux directions sont façonnées par les visions du monde, les pratiques sociales et les organisations correspondantes. L'autre jour, par décision de justice, l'un des organismes publics libéraux a été fermé (l'un d'eux). En attendant, les activités des partisans du projet communiste (néo-bolchevique, néo-soviétique - ce que vous préférez) ne rencontrent aucun obstacle ni dans l'espace politique ni dans l'espace informationnel. Une incohérence étrange mais facilement explicable. Cependant, le problème n'est pas un biais évident. Le problème, ce sont les coûts dangereux d'un jeu politique et technologique à courte vue. Il est impossible de l'appeler politique, nous avons affaire à une imitation vicieuse. Thème du génocide vécu par la Russie au XXe siècle, le thème de la mémoire s'est avéré être une monnaie d'échange dans les manipulations immorales d'une conscience publique immature.

lundi 27 décembre 2021

Chansons

 

le monastère saint Nicétas aujourd'hui

Je ne suis pas allée à Moscou, comme je le projetais, pour cause de conditions atmosphériques. Il a beaucoup neigé. Ma voiture s’est plantée dans une congère, c’est le voisin Alexandre qui m’a tirée de là. Du coup, j’ai assisté au concert auquel Pacha Morozov m’invitait avec une insistance déplacée, parce que je n’ai pas l’intention de participer à ce genre de choses de façon systématique. C’était une Assyrienne née à Marseille qui chante le répertoire d’Edith Piaf et de Dalida. Elle ne chante pas mal, mais Edith Piaf est inimitable, et ses chansons valaient surtout par l’interprétation qu’elle en donnait. Chantées par une Assyrienne avec l’accent russe, c’était plutôt bizarre, et elle était intarissable. Cependant, cela m’émouvait, sa petite enfance à Marseille restait pour elle un souvenir enchanté dans la sombre Union soviétique où ses parents, croyant déménager en Russie, étaient allés vivre... Moi-même, dans mon nord lointain, où pourtant je me plais, et cette époque crépusculaire dystopique, j’avais la larme à l’oeil en écoutant tout cela. Je pensais à la mère Mondant, faisant le ménage à l’hôtel et chantant à tue tête « non, rien de rien... » et le bruit de ses claquettes dans l’escalier réveillait tous ceux qui auraient eu l’intention de dormir plus que de raison. Je pensais aux fêtes foraines, à ces années insouciantes, à leur optimisme imbécile, à leur vulgarité joyeuse, et à mes proches qui étaient alors tous en vie.



Je déneige chaque jour, la ville en revanche, ne nettoie que la « trace », la route qui va à Iaroslavl. Je suis sûre qu’à Moscou, les trottoirs sont bordés de congères qui rendent encore plus difficile de trouver une place...

Alors que je déneigeais, la femme de mon sauveur Alexandre est venue me demander si je prendrais un chien de sa chienne. «Pourquoi, on vous les retient déjà tous ?

- Non, non, au contraire, c’est une catastrophe, personne n’en veut ! J’essaie d’en caser un à Nadia pour ses chèvres ; ils sont faits pour ça, ces chiens. Et sinon, il ne me restera plus qu’à les proposer au marché... Ils sont très intelligents, et cette petite chienne dont je vous ai parlé, elle est douce, tranquille, plus petite que les autres, si vous essayez de l’adopter, je vous garantis que je vous la reprendrai si cela se passe mal. »

Les proposer sur Avito, ce n’était déjà pas génial ; ils risquaient de tomber sur n’importe qui, mais alors au marché...encore une portée dont les chiens finiront au mieux attachés dans une cour, au pire jetés au bord d’une route, à la merci des chauffards, des sadiques, affamés, terrifiés. Et il y en a tellement dans le même cas. Je suis pour la stérilisation systématique.

En effet, ce sont des chiens très intelligents, des patous, faits pour garder les moutons dans la montagne. Il se trouve un imbécile d’éleveur pour les proposer à la vente ici, où, au bout d'une chaîne, ils ne garderont jamais rien que des cours pleines de voitures.

Je vais en parler aux malheureux bénévoles de Pereslavl, submergés de chiens, de chats, de chatons et de chiots abandonnés et maltraités... Nous sommes avec nos "frères cadets" si confiants en nous, si décidés à nous aimer quoiqu'il arrive, d'une telle méchanceté, d'une telle vilenie et d'une telle irresponsabilité que je ne sais comment la terre (et le ciel) nous supportent.

A la suite de la covid, je perds mes cheveux, je n’en ai jamais eu aussi peu. Comme j’avais une vraie tignasse, je ne suis pas encore chauve. J’ai décidé de les couper. Le problème est de trouver le coiffeur correspondant à ce pas dangereux. Albert est à Moscou, et les deux dernières fois où je l’ai vu, il avait un peu perdu, sinon la main, du moins l’oeil.

J'ai emmené Nil acheter pour un prix dérisoire un équipement ski de fond, car après le SPA, nous allons tenter l'aventure, avec Katia. Puis je suis allée récupérer mes irremplaçables bottes finlandaises chez le cordonnier et acheter un jeans dans ma boutique à minettes. J'ai attendu des heures qu'une cabine d'essayage ne se libérât, une famille orientale occupait tout le magasin et essayait tout, sans rien acheter. J'ai eu de la chance, le premier jeans dans lequel je me suis glissée était le bon.

Antipresse propose un article sur la Russie qui n’est pas encourageant. Il est écrit par un américain venu trouver asile dans l'arche russe, et plutôt inquiet de voir qu'elle prend l'eau. Il fait une observation qui recoupe les témoignages que j'ai cités il n'y a pas très longtemps et aussi le mien:

Cela ne veut pas dire que les gens ne sont pas tombés gravement malades. Moscou a connu un pic inquiétant d’hospitalisations liées au Covid en juin et début juillet. Mais comme le département de la santé de la ville l’a discrètement reconnu, l’augmentation du nombre de lits occupés en excès était en grande partie due à des infections nosocomiales — des patients hospitalisés pour d’autres raisons qui ont ensuite été testés positifs au coronavirus. En réalité, le service Covid le plus connu de Moscou était autrefois décrit comme un foyer de surinfections à transmission hospitalière. Denis Protsenko, qui supervise la «zone rouge» de l’hôpital Kommunarka de Moscou, a reconnu à l’automne 2020 qu’un très grand nombre de décès dus au «Covid» étaient en fait causés par une septicémie résultant d’infections transmises par l’hôpital.

Il établit aussi de façon très claire les collusions entre les personnages impliqués dans la promotion active des mesures covid répressives et de la vaccination forcée avec l'OMS et le Big Pharma américain, ce qui fait penser à un coup d'état sournois. Mais apparemment, Poutine ne s'oppose pas à ce qui se passe, et même mes cosaques en sont désenchantés. Cela dit, je compte toujours sur la résistance des Russes, et sur l'immense bordel de leur administration, ainsi que sur sa corruption qui a parfois des effets contraires à ceux qu'on pourrait attendre. Et cela d'autant plus qu'à l'ouest, dans l'asile de fous que sont devenus nos pays, il est quand même de plus en plus difficile de masquer la nudité des rois, même si les gens sont particulièrement aveugles.

J'ai vu aussi que le patriarche Cyrille condamnait avec prudence les QR codes et la discrimination introduite par cet outil de marquage et d'oppression absolument scandaleux. Cela compense un peu les déclarations du métropolite Hilarion...

https://www.facebook.com/gamaris.gamaris.16/posts/1164656024344009?__cft__[0]=AZWx7OMv2va05z_EGOoN9Em968MImuuLsyLYDjpnohYMlF4UTuQPiPu6EDa8U54v2Bw2aSEqyxTeBevCteGvJtaZxOeW0t88lG94GsJm_99JD09lDaD6PV7jZ5ExujJob3E&__tn__=%2CO*F

jeudi 23 décembre 2021

Le musée d'art populaire de Rostov


Le milieu que je préfère, ici, ce sont les cosaques et Benjamin. Je suis allée les voir ce soir, le problème est qu’oncle Slava est terriblement bavard. On n’en sort plus. Mais il est pur et touchant, ils sont tous comme cela, et, avec une certaine naïveté, comprennent mieux que bien des intellectuels distingués les problèmes de notre époque. Et ils cherchent, à leur niveau, à y remédier, en donnant un environnement viril et des jeux virils valorisants et exigeants à des gosses élevés sans père, comme c'est souvent malheureusement le cas. Une jeune femme était venue se joindre à nous, Alessia, elle est très jolie et très idéaliste, dans le genre orthodoxe. Sa vue des choses correspond à celle des cosaques, puisqu’elle cherche à « sauver » les jeunes, ou plus modestement, certains jeunes. Ce qui complique la tâche, en plus de l’influence délétère de la télé, de la mode, des jeux vidéos, d’internet, de la musique de merde où ils baignent dès l’enfance, de l’absence de foi et d’image paternelle positive, c’est que l’école les surcharge de boulot à tel point qu’ils ne peuvent plus ni jouer ni se cultiver, ni se développer parallèlement. Et au final, elle ne leur donne pas la formation solide qu’elle donnait autrefois, quand ils pouvaient encore avoir du temps libre pour se rencontrer, lire, faire du sport ou jouer d’un instrument. Ce n’est sûrement pas un hasard, et accompagne l’abutissement général, le dressage d’esclaves obéissants et décervelés pour le Moloch qu’on nous installe partout.

Veniamine était venu avec son fils. Il a dix-sept ans, il l’a eu de sa première femme, celle qui n’a pas voulu revenir à Pereslavl quand il est allé s’y installer. Veniamine a 47 ans et ne les fait vraiment pas. Son fils est presque aussi grand que lui, et je l’ai trouvé très beau, très typé russe, avec des yeux et un regard extarordinaires, fascinants, sous des sourcils effilés. Je me demande si son caractère correspond à ce physique inhabituel.

Aujourd'hui, j'ai enfin réussi à visiter avec Nil le musée d'art populaire de Rostov. Le père Alexandre et Anastassia, qui dirige l'endroit, nous avaient ouvert la porte. Un blogueur local y faisait un reportage et interviewait l'antiquaire dont tous les objets exposés étaient une partie de la collection. Cet antiquaire nous a ensuite tout expliqué avec passion, et j'étais éblouie par la richesse et la beauté de ce qu'il avait rassemblé. Il me paraît évident que des gens grandis au sein de pareils objets quotidiens ne pouvaient qu'être considérablement plus évolués, nobles, dignes et humains que leurs descendants élevés dans le béton, avec des jouets, des meubles, des vêtements hideux.

Je retrouvais le lien que m'avait établi Olga Silina à Ferapontovo entre l'art populaire et l'art abstrait, ce goût pour les signes symboliques, qui sont une autre forme d'écriture. Le collectionneur établissait un parallèle entre Matisse et une porte décorée sur fond bleu de toute beauté. Les motifs de cette porte ont été repris pour imprimer un foulard souvenir dont j'ai acheté un exemplaire, tant je le trouvais réussi. Nil trouve extrêmement moderne et stylées les coupes des vêtements russes traditionnels, et les associations de couleurs. Et en effet, tout cela a inspiré de grands couturiers, comme Yves Saint-Laurent, et aussi tout le mouvement décoratif russe de la fin du XIX° et du début du XX¨siècle, extrêmement poétique et raffiné.


A travers les explications de notre antiquaire ressuscitait un monde paysan magnifique, plein de fantaisie, d'imagination et de savoir-vivre. Certaines des belles quenouilles exposées étaient par endroits dorées à la feuille, ce qui recoupait à mes yeux le témoignage d'un voyageur croate du XVII° siècle, évoquant la "richesse absurde" du costume russe, où même dans le peuple, on utilisait à profusion les fils d'or. De grands récipients décorés servaient, au cours des fêtes paysannes, à contenir hydromel, bière ou kvas, et l'on y puisait au cours des repas. Il nous a montré des moules ravissants, en formes de lions fabuleux, on les remplissait de gelée avec des baies, et on les démoulait sur une assiette. Des moules à pains d'épices, d'une grande finesse. L'un d'eux, présentant des motifs quadrillés, était destiné à distribuer aux invités un carré à chacun, lorsque les hôtes estimaient qu'il était temps de rentrer chez soi, de mettre fin aux réjouissances. Les battoirs à linge étaient, comme le reste, magnifiquement décorés. "Sous l'Union Soviétique, nous dit l'antiquaire Alexandre, on ne montrait pas ces choses-là. Parce que si on les avait montrées, la légende des paysans misérables et grossiers qui vivaient dans des huttes aurait été compromise. Pour faire de telles merveilles, il fallait en avoir le temps et l'envie. Et pour utiliser de la feuille d'or, il fallait avoir les moyens de la payer."


battoirs à linge

Il y a longtemps que, m'intéressant à tout cela, j'ai tiré les mêmes conclusions. Il m'arrive d'ailleurs de lire des commentaires incrédules: "Il n'est pas possible que des paysans aient pu porter de tels costumes!" Mais si, justement. Je suis persuadée que l'ignorance actuelle, le mépris de tout ce qui est antérieur à 1917, est le produit de ce lavage de cerveau et de la dissimulation de ces objets et de ces vêtements, de ces chansons, de ces instruments, de leur dénaturation dans la parodie de mauvais goût.   

coffres

paroi décorée qui séparait la cuisine du reste de la pièce à vivre

 
porte


A l'issue de la visite, l'antiquaire nous a fait goûter à sa liqueur de cassis et à sa liqueur de canneberges. C'était notre apéritif russe, car nous sommes ensuite allés déjeuner au restaurant en face. Puis le père Alexandre nous a emmenés au monastère Spasso-Iakovlevski, découvrir des fresques du XVII ° siècle qu'on ne voit ordinairement pas, et qui sont en voie de restauration. L'église a été flanquée d'une partie supplémentaire au XIX° siècle, l'on ne voit pas, de l'extérieur, qu'elle est aussi ancienne, et les fresques en sont traditionnelles.
Il nous a ensuite fait monter sous le dôme de l'église voisine pour avoir une belle vue sur la ville, je m'étais juré de ne pas les suivre, et j'aurais dû en rester là, car descendre un escalier accidenté interminable est devenu pour moi une véritable épreuve. 
Le père Alexandre est charmant, très cultivé, très francophile, et croit malgré tout possible de sauver l'essentiel de l'esprit russe, tel que nous l'aimons à travers ce qu'il a laissé de si beau, et que trop de contemporains méprisent et détruisent.










mardi 21 décembre 2021

Solstice

 


C'est le solstice d'hiver. Notre jour le plus court est froid et ensoleillé, moins 20 degrés et une sorte de brume à la fois pâle et dorée où dérivent des paillettes scintillantes. Je pourrais aller me promener, mais je sors trop, et j'en ai assez, j'ai envie de rester chez moi, et même, je me verrais bien m'isoler deux semaines...

A partir de demain, les jours vont rallonger, et l'hiver se tourner du côté du printemps.

Hier, Katia a inopinément proposé une séance de SPA, où nous sommes allées avec Nil et une amie de Katia, Ania, dans ma voiture, car sa tout-terrain russe Patriote ne voulait pas s'ouvrir, toutes les portières et le coffre gelés à mort. Ma Renault Logan, elle, a relevé le défi! Il faut dire qu'elle était garée sous l'auvent, cela protège des brumes givrantes.

Arrivée sur place, j'ai découvert que j'avais oublié mon maillot... J'ai dû acheter un tee-shirt Djao Datcha et Katia m'a prêté une espèce de short noir pour me permettre de rester, sinon élégante, du moins décente.

En sortant, nous avons tenté le café "le Hérisson Repu", situé au carrefour de la route de Iaroslavl et de celle qui mène à Djao Datcha. Nous l'aurions essayé plus tôt, car il a bonne réputation, mais il exigeait les QR codes. Ania nous ayant dit qu'il y avait renoncé, nous avions vérifié à l'aller. En effet, fini les QR codes. Je crois que si personne ne se prêtait à ce sale jeu, le gang des psychopathes internationaux aurait plus de mal à parvenir à ses fins.

  La copine de Katia, en cours de dîner, nous a tous remerciés pour ce bon moment ensemble. Elle a quelque chose par instants de lointain et de triste, elle est seule, comme beaucoup de jeunes femmes "libérées", libérées de l'amour qui semble avoir complètement disparu de nos vies et qu'il faut aller chercher dans les chansons ou la littérature; qu'il soit passionné et fatal ou noble et désintéréssé, en tant que sentiment intense, bouleversant ou transcendant, il ne fait plus partie de notre paysage. 

J'étais fascinée par le spectacle que m'offrait la baie vitrée du café, un chaos de sapins emmêlés, chargés de neige, et aussi ces particules de glace que chassait le vent dans la lumière électrique et qui y tournoyaient comme de minuscules papillons de cristal. On nous passait en boucle du mauvais country américain ou des noëls interprétés par Frank Sinatra, que l'on entend aussi souvent au café français, je me demande s'il n'y a pas comme cela des programmes musicaux de fin d'année fourgués en masse aux restaurants du monde entier, et qui polluent la cervelle des pauvres petits enfants, déjà voués à Moloch par le vaccin obligatoire. Mais la bouffe était bonne, meilleure qu'à Djao Datcha. Cependant, le trois étoiles Michelin qui reste dans nos coeurs, à Nil et à moi, c'est le restau de Rostov Prokrovskie Vorota, avec son prix dérisoire, sa déco kitsch et ses plats délicieux, no masques, no QR codes! Le carême de l'avent, cette année, ce n'est pas ça...  Pour des raisons diverses, nous ne nous sentons pas de l'observer.  Chez moi, c'est l'euphorie des convalescents, chez mes jeunes amis, un besoin de réconfort. A cinq heures du soir, il faisait nuit noire. En sortant à sept heures, nous avions l'impression d'être en fin de soirée. 

Je conseille pour finir à ceux qu'intéressent  la Russie et l'orthodoxie de lire cet article, qui complète les observations de Karine Bechet Golovko, et celles de Xavier Moreau sur la résistance du peuple russe. Je dirais également que c'est ce que je constate autour de moi, dans mon cercle de connaissances.

https://reseauinternational.net/des-chretiens-russes-demandent-a-poutine-de-demettre-le-gouvernement-pour-cause-de-tyrannie-covidienne/?fbclid=IwAR2fgjeSvx9QntSaVIiIeeJFiE9MWkOJRmw51kUp9ADBTMQY8dsP-6whv08

   Cela me remonte le moral. 


un Français et deux verres de pinard




dimanche 19 décembre 2021

Analogies

 


Il est tombé des tonnes de neige, on annonce - 21 au cours de la semaine prochaine. Je déneige à tour de bras, ce que je ne déteste pas faire, bien que ce ne soit pas bon pour mon dos. Quand nous avons un hiver froid, je ne le sens pas passer. Tout est beau, vivifiant, resplendissant, et nous avons d'autres joies que celles de l'été, les balades, les séances de sauna et de piscine avec repas au coin du feu, j'apprécie beaucoup d'être en vie pour en profiter, bien que d'un autre côté, il soit temps de se détacher des choses de ce monde pour se préparer à le quitter, mais je ne sais pourquoi, il me semble que c'est à travers les joies de ce monde que je peux envisager celles de l'au delà. En cela, je ressemble à mon héros Fédia, mon double, et j'ai souvent pensé à lui quand j'étais à l'hôpital, privée comme lui de tout ce qui flatte non seulement nos sens, mais notre besoin d'harmonie, de beauté, de communion avec le Vivant sous toutes ses formes. Le père Alexandre Schmeman pensait que la splendeur de la nature nous présentait l'icône du Royaume à venir, et je me souviens de maman, revenant avec moi de l'hôpital de Montélimar, et soupirant devant de fantastiques architectures nuageuses dorées par le couchant: "On dirait la porte du Paradis..."

Et à propos d'hôpital, je suis tombée sur des témoignages russes qui m'ont intriguée. Chez ma jeune amie Anna Chestakova. Elle dit que beaucoup de gens regrettent de ne pas avoir repris leurs parents, maris, soeurs, enfants quand ils le leur ont demandé. Car l'hôpital est un lieu fortement contaminé par toutes sortes de bactéries nausocomiales. On y arrive sur ses deux jambes avec une tomographie correcte; on en ressort les pieds devant. :

J'ai lu dans un groupe de soutien à ceux qui ont perdu des parents du covid que beaucoup regrettent d'avoir envoyé à l'hôpital leurs parents, maris, soeurs, fils et de ne pas les avoir repris quand ils l'ont demandé. 

"Les médicaments immunodépresseurs ("biologie", anticorps monocolonaux, ilsira, akmetra) ne sont pas prescrits selon leurs indications; pour la prophylaxie de la tempête de cytokines, et en cela tuent l'immunité, les antibiotiques ne sont pas choisis correctement (en dépit de la préparation des cultures) et les gens meurent finalement inopinément d'une infection bactérienne, avec d'excellentes analyses, sur le fond d'une immunité anéantie et d'une "dynamique positive".

Tous les hôpitaux ne prescrivent pas de "biologie" pour une CRP élevée, et les gens survivent sans "biologie", mais selon certains échos, la "biologie" a amélioré l'état, supprimé l'inflammation et la température, plutôt chez les jeunes.

Sur le forum rusmedesrvis, un médecin allemand écrit qu'en Russie, on prescrit de fortes doses de dexaméthasone, 20 mg par jour au lieu de 8.

Sur le groupe Covid, on félicite 52 hôpitaux d'avoir tiré d'affaire des cas très difficiles.

En gros, on change 100 fois d'avis sur la nécessité d'hospitaliser ou non maman. Le médecin est venu la voir hier, compte tenu de l'amélioration de son état et de la baisse de sa température le 11° jour, maman a décidé de ne pas aller faire de tomographie, de remttre cela au lendemain.

J'ai une compassion particulière pour ceux qui ont perdu tout de suite plusieurs proches, l'un ses parents et une soeur de 35 ans, l'autre sa femme et sa belle-mère.

Le dernier cadre, où l'on voit un papa de 87 ans bien en forme faire un signe de la main par la fenêtre, me reste dans la mémoire. Dans certains hôpitaux, on n'a pas accès à la réanimation pour prendre congé de ses proches, dans d'autres c'est possible.

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10159924516552072&id=751477071

Autre témoignage:

"A Moscou, ma belle-mère est à l'hôpital Kommounarka depuis 20 jours. Deux personnes dans une chambre de huit. L'état de ma belle mère est "grave" (d'après la ligne rouge), température de 36, 6 °, tension de 115 sur 70, pouls 78, saturation 98.

Et cela fait 20 jours que cela dure.

Au cours de ces 20 jours on l'a lavée et lui a lavé la tête deux fois.

On lui a fait 5 tomographies en deux semaines. (!!!)

On lui a mis une perf trois fois par jour.

On lui prend des analyses trois fois par jour pour étudier la dynamique.

Le test du coronavirus, on le lui a fait 4 fois, au début, c'est oui, puis c'est non, puis c'est oui...

On lui a changé trois fois les antibiotiques, ils sont tous toxiques, à large spectre, avec beaucoup d'effets secondaires.

Et pendant ces 20 jours, on ne lui a jamais permis de retirer son masque à oxygène, ni pour dormir, ni pour parler au téléphone.

J'allais oublier de dire qu'on l'a hospitalisée pour une pneumonie alors qu'on avait appelé les urgences pour une choléo-cysto-pancréatite. Le médecin a entendu un râle et il a envoyé la dame dans la léproserie covidienne. et c'est seulement le 21° jour, quand elle a commencé à hurler de douleur et à perdre conscience, qu'on l'a envoyée à l'hôpital Doubrovka, pour terminer ses soins. 

Et tout ça pourquoi?

Parce que pour chaque lit occupé, l'hôpital reçoit 3 ou 400 000 roubles par jour, et le médecin traitant 250 000 par mois. C'est pourquoi les hôpitaux, c'est entrée libre, sortie les pieds devant.

https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=6666761420063470&id=100001890343674&__cft__[0]=AZU8dbOWXoEY0y2aRFikgNYFcuB2YN1RLvi7mr42k2YzHscVZF0EnXm5it_rpwaTU_97KT02SKHZDuE02182nM0_24g-6trhg6M5Pr_i230QbBO7UyFC34a1pJjiQgSmj7KxK1CN2zDso8iA7gLo5hJoYkRoXybH-VlsuBBla4vl3Q&__tn__=%2CO%2CP-y-R

Comme j'ai une pensée analogique, j'ai fait le rapport avec le témoignage de mon amie Alla, qui avait lié amitié avec une femme en forme, laquelle au bout de 15 jours (pourquoi l'a-t-on gardée 15 jours si elle était en forme) avait vu son état se dégrader brusquement et avait disparu en réanimation. De même Dany, entrée en bon état à l'hosto "par précaution", s'était retrouvée en réa au bout de 3 jours avec une pneumonie monstrueuse, et elle y est restée un mois et demie. En ce qui me concerne, lorsque je suis arrivée avec une crise de coliques néphrétiques, on m'a fait une tomographie des poumons pour vérifier si je n'avais pas la covid. Or je ne toussais absolument pas. Le médecin m'a dit que j'avais une pneumonie. Je lui ai répondu que ce n'était pas possible, je n'avais pas eu la moindre toux depuis l'automne précédent. Elle m'a répondu que je n'avais pas la covid, mais une pneumonie. A la suite de quoi, j'ai passé dix jours à l'hôpital sans la moindre toux, et sans qu'on me reparlât de ma soi-disant pneumonie, mais avec une jeune femme qui toussait, elle, fortement et qu'on avait néanmoins collée dans notre chambre. Les symptômes de la covid ont commencé trois ou quatre jours après ma sortie de l'hôpital où je suis retournée une semaine plus tard, cette fois dans la "zone rouge". Quand j'y suis entrée, j'étais très mal. Je ne toussais pas exagérément, mais j'avais la poitrine oppressée. Ma fièvre est vite tombée. Je n'ai pas eu le choix entre l'hôpital et un traitement en externe, car celui qu'on m'avait donné ne suffisait pas. Lors de ma grippe de 17, où j'avais une toux beaucoup plus grave, et une fièvre peristante et très élevée, ma soeur avait fini par m'emmener chez le généraliste, car en France, on ne fait pas venir un médecin ou les urgences comme cela. Celui-ci m'avait ordonné des injections quotidiennes d'antibiotiques, au bout de quelques jours, j'avais repris l'avion. Ici, à l'hôpital, on me mettait au début une perf de je ne sais pas quoi, on m'injectait de l'héparine trois fois par jour, et j'avalais des pilules diverses, il me semble que c'étaient des antiviraux et des antibiotiques. Je pense que le traitement me fatiguait autant que la covid, et en plus, un de mes reins ne fonctionnait presque plus, à cause des calculs, et cela me préoccupait plus que tout le reste. Pour avoir la paix, on m'injectait du noshpa. Mais d'un autre côté, le nochpa favorise l'élimination des calculs en relâchant tout le système, si j'ai bien compris. Que se serait-il passé, si mon rein s'était bloqué? Je me demande sans arrêt si je ne m'en serais pas aussi bien tirée avec des injections d'antibiotiques à domicile, comme en France, j'aurais déjà dormi et mangé normalement... Le traitement était très lourd. Je pense que celui de Raoult ou l'Ivermectine m'aurait moins surmenée, parce qu'il agit plus vite. Mais la Russie applique malheureusement les consignes de l'OMS, ce qui ne va pas très bien avec le souverainisme qu'on lui prête.

Alla me disait qu'elle avait peur de mourir, et ne restait pas couchée, elle marchait sans arrêt. Elle refusait le masque à oxygène, il lui semblait que dès qu'on le mettait, on déclenchait le processus qui menait direct à la réa et éventuellement à la morgue. Moi, je m'asseyais, car si je me couchais, surtout sur le ventre, j'avais l'impression de m'enliser. Et je partageais son sentiment vis à vis du masque, je n'étais d'ailleurs pas la seule. Alla, comme moi, ne pensait qu'à sortir de là le plus vite possible. Lorsque j'ai réussi à me libérer, je me tenais aux murs, mais je ne craignais plus de me faire infecter par Dieu sait quoi, et je pouvais dormir dans une chambre calme, sur un lit normal, et manger des salades et des oeufs à la coque. J'étais toujours très angoissée. Je n'avais eu, après ma grippe, ni ces angoisses, ni cette faiblesse horrible. Mais je n'avais pas été hospitalisée dans une ambiance anxyogène, avec un sommeil perturbé par du bruit et des allées et venues incessantes, un traitement lourd, une bouffe dégueulasse. 

Il y a vraiment dans tout cela quelque chose qui m'interroge et me chiffonne.

J'ai appris avec espoir que Poutine renâclait devant la loi sur les QR codes votée joyeusement par ses députés. Soit il finasse avec eux, soit il finasse avec nous. Mais il finasse. Quelqu'un m'a envoyé une vidéo où l'inventeur du vaccin à ARN messager le déconseille absolument pour les enfants. A l'église, j'ai mis un cierge à saint Nicolas en lui demandant de garder des entreprises des démons les enfants de France, puisque chez nous, il en est le protecteur, comme en témoigne la célèbre "Légende de saint Nicolas" qu'on me chantait et que j'ai chantée à mes élèves de maternelle.