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lundi 14 août 2023

Mondanités estivales

 

Rita, au café, surveille mon porte-monnaie...

Je suis très fatiguée, au point que je ne peux rien faire,j'ai le dynamisme d'une méduse échouée. Génia Kolessov m’a dit que lui aussi, par temps orageux, n’était plus bon à rien. Nous sommes climatodépendants et ici, le climat, c’est quelque chose... 

Vendredi soir, la belle-fille du Français Jean-Pierre, Taïssia, donnait un concert au bar du café. Elle chante, avec une  voix magnifique, des chants populaires, accompagnée par deux violoncellistes. Son interprétation est très personnelle, et quand elle nous invitait à chanter avec elle, ce n’était guère facile, il est possible qu’il en soit de même pour moi, du reste. Quand on chante en solo, c’est le problème, le folklore se chante surtout en groupe. Mais c’était très beau, et cela fait connaître des chants et une culture que les gens ont tendance à oublier, dans laquelle trop souvent ils n’ont pas été élevés. Ils découvrent ou redécouvrent cette quintessence de l'âme russe qui m'a si profondément envoûtée et qui nous vient de si loin, peut-être de notre origine commune. 



Samedi, j’avais le festival des gens heureux de Boris Akimov, où je ne me produisais pas, et heureusement, car un orage se promenait entre Pereslavl et Moscou, et j’étais l’ombre de moi-même. J’avais mal à la tête depuis déjà trois jours. Je voulais voir Ania Ossipova et ses merveilleuses réalisations dans le style traditionnel. Quand je suis arrivée, il était encore tôt, mais elle avait déjà beaucoup vendu. J’en étais très heureuse pour elle, son mari était très fier. Son équipière ne semblait pas vendre autant, mais elle fait exclusivement des matriochkas, on n’a pas toujours besoin d’une matriochka... Elles sont simples, dans la tradition des matriochkas authentiques, telles qu’on les faisait autrefois, mais bien sûr, il s’est trouvé des gens pour lui reprocher de ne pas leur faire de gos yeux avec de grands cils, façon Disney, et de ne pas les barioler d’or et de toutes sortes de couleurs clinquantes, en accord avec les barrières en profnastyl rouge pétard, les portails en faux fer forgé doré doublé de plastique jaunasse et autres horreurs dont se délecte le malheureux produit de la modernité post-soviétique... 



Taïssia devait se produire à cette fête, mais j’étais trop fatiguée pour l’attendre, et je l'avais déjà écoutée au bar. Il y avait un autre groupe, je ne l’ai pas attendu non plus, mais le lendemain, Katia m’a invitée à venir l’entendre dans le foyer de l’église du Signe, où elle chante le dimanche. J’y suis allée, pour Katia et parce que l’évêque y était aussi, mais je pressentais que cela n’allait pas trop me plaire, et en effet, cela ne m’a pas plu, je me suis emmerdée comme un rat mort. Deux dames à mes côtés partageaient mon point de vue. Les musiciens avaient de bonnes bouilles, la soliste ne chantait pas mal, les guitaristes jouaient correctement, mais c’était ennuyeux comme la pluie, cela me rappelait la variété américanoïde des années 60 avec des toutoubidou et des chababadada, quelque chose qui ne ressemble ni aux Russes, ni aux Français, ni peut-être même aux Américains, en fin de compte. Dans le genre contemporain j’aime mieux Dania le balalaïker, même si je ne raffole pas toujours de son répertoire, il se donne tellement, il a tellement de tempérament, qu’on est pris malgré soi, il fait de ces emprunts quelque chose de complètement personnel. Ou bien le country de Jason, qui sent le tabac, la bière, le café et le vent du petit matin qui vous dissuade, par sa fraîcheur, d'aller vous tirer une balle dans le crâne au réveil. J'observais avec surprise que l’assistance appréciait énormément, à part mes voisines et une amie de Katia. Du coup, la chanteuse était intarissable, il n’y avait plus moyen de l’arrêter.

Après le thé en commun, Katia a proposé d’aller au restaurant « le Hérisson repu » où, pour une fois, il y avait de la place, avec son amie. Elle nous a confié son désir d’écrire, elle tient un journal depuis des années, mais cela lui fait peur, car elle voudrait « vivre et aimer ». J’ai connu cela, je ne vivais pas, je n’aimais pas, et je n’écrivais pas non plus, à part, comme elle, un journal. « Ecrivez, lui dis-je, le reste viendra en plus... et s'il ne vient pas, au moins vous aurez écrit.»

Son père, écrivain connu, lui disait qu’écrire était une sorte de strip-tease psychologique et spirituel, que si l’on avait peur de dénuder et exposer son âme, ce n’était pas la peine de s’y mettre. Je pense qu’il a raison, et c’est effrayant, en soi, car cela se produit à notre insu. Certains qui n’ont pas grand chose à montrer de ce côté-là, dénudent leur vide, et nous entretiennent de cela avec beaucoup de complaisance. Ils en rajoutent d'ailleurs souvent dans l'exhibitionnisme. 

Submergée par les poires, j'essaie de faire face, je les fais sécher, je congèle des compotes, des clafoutis, je fais des confitures, et il y en a toujours autant, le malheureux poirier croule et se brise de tous les côtés. Ce soir, le père Vassili est venu avec sa femme et leurs nombreux enfants, ils en ont emporté trois cageots pleins. Le plus petit, depuis sa poussette, me souriait en mangeant la récolte. La matouchka me parlait de son Kouban méridional où pousse tout ce qui pousse en France, les abricotiers, les pêchers, les cerisiers, les noix, la vigne... cela sentait déjà tellement l'automne, malgré la tiédeur, rafraîchie par le vent du soir.

     


lundi 7 août 2023

L'été sur le tard

 Il fait soudain très chaud, mais l'automne russe, c'est dans trois semaines, le 1° septembre, des feuilles jaunissent et rougissent déjà. Je suis allée me baigner dans la rivière Troubej, mais en amont de la ville, dans un quartier resté très pittoresque. J'étais absolument seule, et je glissais dans une eau très fraîche, bordée de ravissantes plantes aquatiques, et traversée de reflets dorés et bleus, sous de gros nuages blancs chaotiques qui roulaient au dessus des saules brillants et gonflés comme des mongolfières prêtes a appareiller. Un canard solitaire prenait le soleil sur un ponton. J'ai fait un dessin, dans le fil du vent matinal. Et je remerciais Dieu, pour l'eau, les nuages et les saules, le canard et les libellules. 

Puis je me suis occupée de mon jardin, des framboises qui s'abîment si vite. Les poires commencent à dégringoler, je n'ai jamais vu une telle récolte se profiler, d'ailleurs, une grosse branche de mon arbre a craqué sous le poids, ce qui me désole.

A la liturgie, une famille inconnue m'a abordée en français. Le grand-père, qui m'avait paru typiquement russe, était aussi français que moi et se prénommait Jean-Pierre, tous les autres, sa femme, sa belle-fille, qui joue de la vielle-à-roue, et ses enfants, étaient russes. Nous sommes allés prendre le petit-déjeuner au café Montpensier, où je n'allais plus depuis qu'on avait refusé Rita que jusque là, on gâtait de toutes les manières. Mais le big boss de l'établissement a dû se calmer, Rita a été admise sans problèmes. En réalité, j'avais entendu parler de ce Jean-Pierre par le prêtre d'une église de campagne que j'avais visitée. C'est un monsieur charmant. Un prêtre qui était autrefois en poste à Cannes avec le père Antoni, le père Maxime, lui avait dit: "Comment? Vous ne connaissez pas Laurence?' Et il avait décidé qu'il allait faire ma connaissance. Il a découvert l'orthodoxie en se mariant, et il s'est fait baptiser, ce qu'il n'était pas jusqu'alors. Lorsque nous nous sommes quittés, il m'a couverte de signes de croix, comme un vrai Russe.

Je devais participer avec les cosaques au tournage de l'émission "Joue, mon accordéon", qui se faisait, ce dimanche après-midi torride, dans le "parc estival". J'aurais bien préféré rester au frais sur ma terrasse, mais je m'étais mis dans la tête que les cosaques seraient contents de présenter parmi eux une Française russophile qui chantait du folklore, je me faisais un devoir de soutenir la cause, d'autant plus que je rate souvent leurs réunions, la seule chose que je fais régulièrement toutes les semaines, c'est d'aller à l'église le dimanche matin. De plus, comme les chats avaient pissé dans ma seule paire de chaussures d'été présentable, j'avais mis des baskets blanches dans lesquelles je transpirais terriblement. 

A mon arrivée, pas de cosaques, et même pas beaucoup de monde. Puis j'ai vu Liocha et son tambour, quelques jeunes filles, et l'oncla Slava, avec son accordéon. Sur scène, se produisait une brochette de grand-mères, dirrigées par une vieille extatique, qui faisaient de l'imitation de l'ensemble Beriozka imitant le folklore, dans les années soviétiques. Oncle Slava me dit: "Tu es venue avec tes gousli?

- Oui, nous allons bien chanter?

- Oui, mais tu comprends, "Joue mon accordéon", c'est uniquement de l'accordéon, mais je vais demander si on veut bien te faire passer...

- Oh non, Slava, si je ne suis pas nécessaire, je préfère rentrer, j'ai très chaud et mal aux pieds, et je ne suis pas toute jeune...

- Bon, alors, oui sans doute il vaut mieux."

J'ai regagné ma terrasse avec bonheur, enlevé mes chaussures, savouré à l'ombre le peu d'air qui circulait, en pensant au midi de la France, où il peut faire 35 ou 40 à cette époque de l'année, finalement, me disais-je, tout est bien... En réalité, j'ai vu cette émission je ne sais combien de fois, quand j'étais en poste à Moscou, et je suis bien certaine qu'on n'aurait pas trouvé à y redire, peut-être même au contraire. C'est souvent kitsch au possible, mais à priori, tout ce qui est folklorique de près ou de loin y a sa place, une Française avec des gousli d'autant plus. Mais si Slava n'y tenait pas, je n'avais rien à y faire... J'aurais fait le pied de grue des heures, dans mes baskets trempées, en écoutant tout ce malheureux folklore russe dénaturé, c'est bien de moi d'aller toujours me créer des obligations qui n'ont pas lieu d'être! Une bonne leçon, que je n'oublierai pas! Les cimetières sont pleins de gens qui se croyaient indispensables.

Aujourd'hui, j'ai vu une artiste-peintre, qui avait séjourné chez moi un été, et qui m'a invitée à prendre le thé. Elle loue un appartement ici, que j'ai trouvé très bien, mais la propriétaire est odieuse, et lui parle comme à un chien, bien qu'elle paye régulièrement le loyer. Ici, le locataire n'a pratiquement aucun droit. Elle m'a raconté que les places de cimetière à Moscou étant rares et chères, on lui contestait la tombe de ses ancêtres, pour récupérer la concession et faire du fric avec. Elle devait aller s'occuper de cette affaire pénible, d'après elle, les gens qui dirigent l'endroit sont de vrais truands, et elle n'est pas trop armée pour les affronter. Elle m'a dit aussi qu'il y a deux jours, quand je me baignais en amont de tout cela, il y avait eu une catastrophe écologique au lac, une rivière empoisonnée, les poissons tués par centaines, la baignade interdite. Mais elle ne savait pas la cause de cet événement sinistre. Après avoir défiguré toute la ville, si maintenant on pollue le lac, je me demande comment on attirera les touristes dont tout le monde dit se préoccupper si fort... Cette nouvelle m'a consternée, la bêtise du triste produit qu'a enfanté la philosophie matérialiste du progrès exponentiel ne cesse de m'affliger et de m'indigner. 


Sur vkontakte, quelqu'un a mis une citation de Victor Hugo, issue de son roman Quantre-vingt-treize, qui m'est allée droit au coeur: ❝ La nature est impitoyable ; elle ne consent pas à retirer ses fleurs, ses musiques, ses parfums et ses rayons devant l’abomination humaine ; elle accable l’homme du contraste de la beauté divine avec la laideur sociale ; elle ne lui fait grâce ni d’une aile de papillon ni d’un chant d’oiseau ; il faut qu’en plein meurtre, en pleine vengeance, en pleine barbarie, il subisse le regard des choses sacrées ; il ne peut se soustraire à l’immense reproche de la douceur universelle et à l’implacable sérénité de l’azur. Il faut que la difformité des lois humaines se montre toute nue au milieu de l’éblouissement éternel. L’homme brise et broie, l’homme stérilise, l’homme tue ; l’été reste l’été, le lys reste le lys, l’astre reste l’astre.❞





Morceaux épars de lumière blanche

Qui flottent bleutés sur l’azur,

A la recherche d’avalanches,

Croulant aux pieds du ciel trop pur,

 

Sous les oiseaux pressés qui passent,

En jetant des ombres blessées,

Sur le jardin vert où se lassent

Des fleurs déjà presque fanées,

 

De quel corps céleste êtes-vous

Le rêve ou le lointain projet,

De quel esprit les songes doux,

Les jeux confus ou les secrets ?

 

Que médite le Créateur

Au ventre lourd de l’univers,

Brassant des astres les ardeurs

Dans le lait bleu des fleuves d’air ?

 

Où m’emmènent ses mains fermées

Sur l’effroi de mon coeur marri,

Qu’il emporte au sein des nuées,

Toujours palpitant et surpris ?

 

Comme un papillon chamarré,

Dérobé par l’enfant ravi,

Comme un passereau capturé,

Que le vent fit tomber du nid...

 

Aura-t-il de moi compassion

Quand au fil de l’éternité,

Je plongerai dans les éons,

De son oeil d’or sur moi fixé ?

 


samedi 5 août 2023

Féodaux


Aller et retour à Moscou pour rencontrer Slobodan Despot, de passage avec sa femme Ioulia. A l'aller, j'ai mis deux heures pour faire 20 km: un accident. Au retour, bouchons, et un terrible orage, je n'y voyais plus à trois mètres. 7 heures de route en tout pour aller dans un restaurant serbe avec Slobodan! La fréquence des accidents est hallucinante, mais quand on voit comment on conduit... agressivement, impudemment, imprudemment. Avec une gossièreté et une inconscience totales. Même les routiers, autrefois sympas, deviennent de vrais malotrus stupides. 
Le restaurant était excellent, le Serbe de service ravi de servir un compatriote, et galant avec les vieilles dames. Nous avons évoqué les transformations de gens supposés normaux en rhinocéros barrissants et bondissants, que nous avons pu observer ces derniers temps autour de nous, et les raisons possibles de cet état de fait. Je lui ai parlé de la fac, où tout était en germe. "J'avais tellement horreur d'y aller, lui dis-je, que je traversais tout Paris pour cela, mais avant de monter dans le bus, je prenais un café à la porte de Vincennes pour me donner du courage...
- Et vous loupiez ainsi l'heure des cours, oui, j'ai beaucoup pratiqué cela moi-même!"
J'avais bu deux coups de raki, du raki aux coings et du raki aux abricots, cela me rendait prolixe... Je lui ai même raconté mon pèlerinage en Serbie, avec mon amie Béatrix, en 1972...
Ensuite, nous sommes allés chez Dany et Iouri prendre le thé et retrouver Ioulia qui nous y rejoignit plus tard. Un ami de Iouri nous a tracé un tableau consternant de la Russie, j'avais l'impression de l'entendre décrire la France, le féodalisme mafieux de l'appareil d'état, la destruction de la culture, de l'école, de l'hôpital... A vrai dire, je le comprenais assez mal, d'une part parce que je tombais de sommeil, et d'autre part parce qu'il n'articulait pas bien. "Cependant, s'exclame Iouri en riant et en conclusion, nous n'en sommes pas moins beaucoup plus libres que là bas, et notre société est beaucoup plus vivante! Peut-être l'habitude de la zone, nous avons développé des techniques pour vivre quand même!"
Le père Valentin m'a dit: "L'Occident est très hostile à la Russie, c'est un fait désormais complètement avéré. Il nous déteste, et déteste notre gouvernement. Tout gouvernement que déteste l'occident n'est forcément, pour nous, pas si mauvais qu'on le pense." 
Périodiquement, quand je lis les inquiétudes dont font part certains blogueurs que je respecte, par exemple Karine Bechet Golovko, je suis moi-même perturbée. On la critique dans ces moments-là, mais je trouve sain qu'elle pose et se pose des questions. Cependant, il y a des choses que je peux dire avec certitude. Du côté occidental, j'ai l'impression d'avoir affaire à des mutants, à des extraterrestres, à une nuisance d'une forme inédite, qui prend, dans le droit fil de notre catastrophe anthropologique majeure, une apparence idéologique pour tromper ses victimes, bien que ces prétextes soient de plus en plus suspects, aberrants, hideux et difficiles à avaler, même pour les plus décérébrés. Du côté russe, nous avons quelque chose de russe, et même de médiéval, dont on a déjà vu l'équivalent au temps d'Ivan le Terrible ou de Boris Godounov, on peut tomber dans la basse politique, mais on garde quand même relativement le sens de l'Etat et tout simplement, du bon sens, du sens commun. Ce ne sont pas des anges, mais nous restons dans un registre humain historique et connu. Qui plus est, ces féodaux, issus de l'appareil communiste; se fichent éperdument de ce que nous pensons, disons et faisons, pourvu qu'on ne se mette pas sur leur chemin.
Je lui ai parlé ensuite de la campagne de calomnies que menait certain site orthodoxe français contre l'Eglise ukrainienne, afin de justifier les persécutions auxquelles son créateur et ses lecteurs s'associent de fait. Cela me soulève tellement le coeur que je ne peux même plus commenter. J'ai écrit une fois que l'on atteignait là des abîmes d'ignominie, que l'on s'assimilait ainsi aux groins de cochons qui grouillent autour du Christ au Sanhédrin, sur les tableaux de la Renaissance, et il n'y a rien d'autre à ajouter. Ces gens-là vont à l'église et récitent des prières, c'est absolument vertigineux, quand on y pense... Mais bon, sur les fresques du Jugement dernier, on voit nombre de chrétiens et de gens d'église sombrer dans la géhenne... Le grand inquisiteur de Dostoievski n'est ni bouddhiste ni musulman, il est vrai qu'au moins, il n'est pas orthodoxe, mais aujourd'hui, tout devient possible.
Quand je les entends sussurer, façon faux-cul, que "le métropolite Epiphane déplore le refus de tout dialogue de la part du métropolite Onuphre"... Quel orthodoxe normal ne ferait pas la différence entre un véritable métropolite spirituel, et persécuté, et un personnage infréquentable, ordonné par un excommunié aux moeurs bizarres, propulsé par un patriarche aux ordres de la CIA, et avide de nuire au patriarche russe par rancune personnelle? Quel dialogue pourrait mener le métropolite Onuphre avec cette marionnette suffisante? Peut-être que saint Tikhon aurait dû dialoguer avec le traître à la tête de "l'Eglise rénovée" en 1918?
Au point où l'on en est arrivé, on ne peut que se détourner en secouant sur ces créatures des ténèbres la poussière de ses sandales...
Dans la foulée, je suis allée, mes sandales à la main, écouter Boris Akimov, interviewé par Katia au bar du café français. Boris Akimov est un businessman orthodoxe devenu gentleman farmer dans le village où ses parents avaient leur datcha, près de Pereslavl. Il parle beaucoup, avec des tas de digressions, j'avais un peu de mal à suivre. Il a écrit un livre où il fait des propositions pour une heureuse transformation de la Russie à l'horizon 2062. D'après ce que j'ai compris, sa vision des choses s'apparente à celle de Soljénitsyne dans son livre "Comment reconstruire notre Russie?" et n'est pas sans rappeler non plus certains courants français à la Louis Fouché, à la différence que Boris Akimov ne croit absolument pas à la politique. Il appelle de ses voeux une "monarchie populaire" qui nous débarrasserait du souci de ce genre de choses et nous permettrait à tous d'agir sur le plan local. Il citait en exemple une ville moyenne qui, avant la révolution, s'était dotée elle-même de toutes sortes d'infrastructures, grâce au zemstvo local et à ses marchands entreprenants. Devant le désastre de l'administration de la ville de Pereslavl, il espère qu'il sera possible de créer peu à peu une gestion locale autonome et sensée. Il a fondé l'association des "gens heureux" qui rassemble tous ceux qui font et transmettent quelque chose d'utile, artisans, paysans, commerçants mais aussi écrivains, artistes, musiciens. Il est aussi à l'origine de la participation locale au festival "Tom Sawyer Feast" qui consiste à rassembler des bénévoles pour repeindre de vieilles maisons traditionnelles, afin de rendre à Pereslavl un peu de sa poésie perdue, et d'attirer l'attention des habitants sur le massacre culturel en voie d'achèvement. Et de fait, cela marche, les volontaires sont de plus en plus nombreux et j'ai lu le commentaire d'une jeune fille qui se félicitait que sa génération fût moins indifférente que les précédentes à son patrimoine culturel.
J'adhère plutôt à sa vision, car je ne crois pas que la plupart des gens soient aptes à faire de la politique et à la comprendre, moi la première. Les gentils français qui nous verraient tous dans une sorte de vraie démocratie participative dont tout le monde serait acteur concerné et conscient ne se rendent pas compte de la difficulté de mettre cela en pratique. Si je suis monarchiste, c'est bien parce que depuis longtemps, j'ai réalisé que la démocratie était un mythe qui menait à la ploutocratie, au totalitarisme et à l'avilissement général. La politique m'a toujours emmerdée et dégoûtée, je ne m'en occupe que dans la mesure où elle présente un danger pour moi et pour tout ce qui a de la valeur et du sens à mes yeux. Et je ne procède que par intuition, parce que je n'ai certainement pas le temps ni la structure d'esprit pour explorer des milliers d'informations et les analyser. Déjà, tout ce qui est économique me passe loin au dessus du bonnet. Le système des partis est d'abord un leurre, ensuite un ferment perpétuel de discorde, et dans le contexte où nous sommes, celui qui arrive au pouvoir est forcément une espèce de prostituée qui a raconté n'importe quoi pour séduire les foules et satisfaire clients et commanditaires. Je me souviens d'un jeune Gilet Jaune proclamant: "Macron, c'est finalement moi qui le paie, c'est ma pute". L'ennui, c'est que si c'est bien nous qui le payons, il est la pute de quelqu'un d'autre, qui contrôle les flux d'argent et les détourne. Mais sur le plan local, et dans les domaines où nous avons des savoir-faire, nous pouvons tous agir, avec du bon sens et de la bonne volonté. Pour l'instant, nos "féodaux" laissent faire.

Boris Akimov







                                                                               

dimanche 30 juillet 2023

Défilé



 

Après une journée de pluie battante, sur le soir, comme un rideau se soulève, le ciel a laissé voir une lisière turquoise, et sur cette échancrure ont commencé à défiler des bouffées brunes, effilochées, pressées, comme un troupeau d'herbivores célestes, qui se sont éclairés peu à peu d'un étrange feu interne chatoyant et violacé. Puis les rides régulières des nuages ont pris des teintes roses et bleu profond, allongées comme des vagues sur une grève de cristal lisse et lumineux. Ce ciel de Pereslavl est un perpétuel miracle. Il y avait quelque chose de si mystérieux dans cette course silencieuse de vapeurs phosphorescentes sur ce fond immobile... Je n'ai pas pu fixer cette merveille sur une photo. Comme si elle échappait aux procédés techniques, une espèce d'étrange petit prodige.

Je devais aller rejoindre les cosaques dans un parc où allait se dérouler l'émission "Joue, accordéon!" C'est une émission très ancienne et souvent très kitsch, mais c'est une des seules qui soit consacrée au folklore et on y voit parfois de belles choses. A cause du temps, elle a été reportée à une date ultérieure. J'ai pensé: "Eh bien alors, va donc aux vigiles! Pour une fois que tu le peux..."

J'y suis allée et j'ai vu tout d'abord le père Andreï. "Je suis tout le temps prise par des tas de trucs...

- Eh bien comme cela, sans doute, vous n'avez pas le temps de penser!

- Mais si! Je pense beaucoup, surtout en ce moment, avec tout ce qui se passe, avec toutes ces profanations et ces calomnies...

- Ne vous en faites pas, Laurence, vous êtes montée dans l'arche, nous sommes tous avec Dieu, que peut-il nous arriver?"

Puis je me suis confessée à l'évêque, qui officiait ce soir. Je lui ai parlé de tout ce qui m'indignait et m'inspirait parfois des pensées peu chrétiennes, de certaine trahison qui m'affecte et m'emplit d'amertume et de mépris. "Vous regardez trop les nouvelles. Dans les périodes troublées, il faut écouter de la musique, lire de la poésie, et des périodes troublées, ici, nous en avons eu tellement, seule l'Eglise est stable, accrochez-vous à l'Eglise et ne la lâchez plus."

Pour la première fois depuis pas mal de temps, je n'étais pas assiégée par toutes sortes de pensées et de fantasmes. Dans l'espace intérieur libéré, se déplaçait le tintement froissé des encensoirs et des chants qui me berçaient le coeur. J'étais pleine de la joie de voir nos prêtres et monseigneur Théoctyste, si émacié et si doucement ironique, et puis la vieille Antonina, la bonne Valentina qui nous embrasse comme si nous étions de sa famille, le jeune sacristain Vania, le vieux sacristain Vitali, le petit servant d'autel dans sa robe dorée, le beau diacre athlétique et brun comme un guerrier, toute notre humble et gentille communauté.

Ce matin, je me suis hâtée, somnolente, à l'église de l'icône de la Vierge de Vladimir, où ont lieu les liturgies matinales, à sept heures. Il y a peu de monde, et on entend très bien les lectures. J'étais dans le même état de paix et de joie que la veille, sans parasites sur la ligne. De temps en temps, Dieu nous accorde de telles grâces, on peut dire qu'ici, c'est une réponse au geste que j'ai fait d'aller aux vigiles, puisque le tournage avec les cosaques était annulé, plutôt que de rester chez moi. Le père Andreï a fait un sermon qui reprenait en substance ce qu'il m'avait dit la veille.

J'ai commandé une quarantaine pour le métropolite Longin.  


Sur le drap bien tiré du ciel gris

Défilent des fumées sombres

Venant à petits pas précis

Border le soir dans la pénombre.

 

Toute la journée sous la pluie

Le jardin repliait ses fleurs

Qui toutes froissées et marries

Répandaient pétales et pleurs.

 

L’été ne tient pas ses promesses

De chaleur et d’abandon,

Il nous prive de ses caresses,

Entre deux hivers, sans raison.

 

Comme tout un chacun trahit,

Autour de notre chère épave,

Voilà que le beau temps s’enfuit

Loin de sa courageuse étrave.

 

Mais qu’importe ? Au ciel obscurci,

Passent muets des lions d’or

Qui vont emporter dans la nuit,

De notre coeur, les grands trésors.

 

Quel silence dans ce cortège

Que de clarté dans ces crinières...

Au pré d’azur ridé de beige

Des fauves roux se font la guerre.


mercredi 26 juillet 2023

L'étang

 


Trombes d'eau. Mais j'ai eu le temps de partir me baigner à l'étang d'un village, à un quart d'heure vingt minutes de chez moi. C'est la deuxième fois seulement que j'en ai la possibilité. Il faisait très doux, mais l'eau n'était pas très chaude, je me suis attardée autant que j'ai pu, savourant le silence, la paix, la solitude, contemplant un rapace qui tournait dans un ciel nacré, et puis l'église que l'on voit très bien, quand on s'éloigne de la berge, une église que je dirais du XVII°, ou peut-être début XVIII°, avec des murs blancs et des coupoles argentées. Je l'ai connue en ruines, et je rêvais de la voir restaurer, c'est sans doute grâce au monastère saint Nicétas que c'est chose faite. En revanche, les maisons moches ont surgi comme des champignons, avec les auvents en plastique et toutes ces sortes de choses. Le pire, c'est que la vue sur l'étang quand on arrive, et qui devait composer un merveilleux tableau russe, est tranchée par une horrible palissade rouge, derrière laquelle on a planté n'importe comment des arbres disparates qui n'auront pas la place de pousser. La cerise sur le gâteau de tout ce massacre est constituée par deux cigognes factices. Sur la partie en grillage qui jouxte l'étang, un écriteau prie les visiteurs de laisser l'endroit propre, ce qui est naturellement la moindre des choses. Le jardin lui-même, bien qu'immense, est tondu à mort. Un jardin qui dit à la nature, au cosmos, à la création: "Ote-toi de là que je m'y mette", comme d'ailleurs l'ensemble des civilisations nées de la modernité. Même les arbres véritables y semblent aussi factices que les cigognes. 





On me fait le reproche de ne pas aborder les vrais problèmes, dont dérive le mauvais goût qui suscite mes réactions répétées et peut-être lassantes, mais il me semble que sur ces raisons je me suis largement penchée, car cela ne me paraît pas une question accessoire, c'est un symptôme. Je ne me répéterai pas ici, je me contenterai de placer le libellé "mauvais goût" a toutes les chroniques qui en parlent!

L'équipe de Gilles, des Arméniens, m'ont fait quelques derniers travaux, surtout de plomberie, car c'était la cata complète. Tout cela pour un prix si modique, en comparaison de celui de tous ceux qui ont travaillé chez moi, bien ou mal et plutôt mal que bien, que j'en suis restée sans voix. "Ils n'ont aucune vergogne", m'a dit l'artisan Gueorg.

Le soleil revenant vers le soir, j'ai fait un tour parmi mes astilbes, que je ne vois pas fleurir, avec ce temps pourri, et j'ai aperçu, sur l'écrin de leurs plumettes roses, le bijou mordoré d'un scarabée vert.



En complément de ce que j'ai dit dans ma chronique précédente, voici l'article de Boris Karpov sur Strelkov: https://rusreinfo.ru/fr/2023/07/les-raisons-de-larrestation-digor-strelkov/

Je ne dis pas que je sois 100% d'accord, je pense que Strelkov a été très maltraité, d'une manière générale. Personnellement, j'ai pris le parti, depuis le début de l'intervention, de faire confiance au gouvernement, une confiance relative, conformément à ce que j'ai dit dans l'avant dernière chronique. 

Peskov a démenti le bombardement de l'église à Odessa. Ce sont des missiles de défense anti aérienne ukrainiens qui sont tombés dessus, intentionnellement ou non. Les églises ne font pas partie des objectifs des bombardements russes... 

Sur facebook, ce post qui ne manquera pas d'intéresser les orthodoxes autant que la cathédrale bombardée, n'est-ce pas?  

Le métropolite Longin a été victime d'un accident vasculaire cérébral. L'un des centaines d'enfants dont il s'occupe en bon père de famille dans son orphelinat a réussi à venir secrètement à l'hôpital pour être auprès de lui. Les terribles pressions auxquelles l'UPC, ses évêques, ses prêtres et son peuple sont aujourd'hui exposés par leur gouvernement ukrainien, ont un impact important sur le saint évêque, ce qui affecte sa santé. En particulier, on essaie de toutes parts de l'empêcher de s'occuper de ses 450 enfants abandonnés.
Mentionnez le métropolite Longin et ses pauvres orphelins dans vos prières.


Ici, la première partie d'un film sur l'évêque Longin, que j'avais sous-titré à l'époque:


mardi 25 juillet 2023

Parapluie

   


Cette année, nous n'avons pas d'été, le printemps attardé se mue en automne précoce. On annonce de la chaleur pour la fin de la semaine, mais avec de la pluie, il pleut tellement que je ne profite pas de mes fleurs, lesquelles sont couchées par les averses. Hier, j'ai essayé de trouver un parapluie, il n'y en avait pas dans tout le centre commercial du grand Magnit, même là où l'on vend des foulards, sacs, lunettes, bonnets, chapeaux, gants, et où l'on pourrait s'attendre à trouver ce genre d'accessoires. Je suis allée au marché Slavianski, à cause de la pluie, presque toutes les échoppes étaient fermées. Un bonhomme, du seuil de la sienne, me voit errer et me demande ce que je cherche, et qu'il n'a pas, et hurle à la cantonnade: "Hé, qui vend des parapluies par ici?

- Personne!" lui répond-on de loin.

Dans cette ville où il pleut tout le temps, pas moyen de trouver un parapluie!

Dans ma quête de cet objet rare, mais néanmoins utile, je suis tombée sur trois adolescentes, casquettes américaines, percings, qui me regardaient fixement. "Bonjour, me dit l'une d'elles, j'ai adoré votre livre, vraiment, nous sommes contentes de vous avoir rencontrée, et nous vous souhaitons une bonne journée!"

J'étais si profondément touchée! Car ce livre de jeunesse, terminé dans ma vieillesse, me paraissait justement devoir plaire aux jeunes... Et puis, quelle gentillesse. Les gens ici sont très gentils, je m'en émerveille à longueur de temps.

Ce matin, je suis tombée sur un post qui m'apporte des lueurs sur l'affaire Strelkov. Il faut savoir que Strelkov et Prigogine ne sont vraiment pas copains, et Prigogine l'a grossièrement insulté comme il sait bien le faire. Strelkov a donc certainement été particulièrement ulcéré par la "trahison" de ce dernier, si vite pardonnée. Or voici le contenu de ce post: 

Un pote au téléphone :
" T'as vu le prigo et ses wagner !!? Ils vont encadrer l'armée biélorusse , le gars garde tous ses contrats avec l'état russe ainsi que ses business en Afrique ! Tu trouves pas ça louche ? Ça sent quand même le méga Kompromat non ?'
En effet c'est ce que je pense depuis le début de cette histoire : une partition jouée a 2 pour démasquer les traités, reprendre totalement en main l'appareil d'état et redisposer Wagner ( qui avait fini ses missions sur le front ukrainien) en Biélorussie....au moment où Louka ( qui arrive aujourd'hui a Moscou) vient de signer un décret autorisant son armée a intervenir a l'extérieur.....

  En effet, et si c'est le cas, Strelkov est héroïquement arrivé dans cette opération d'opritchniks comme un chien dans un jeu de quilles. Certes, c'est plutôt de la basse politique, mais qui avons-nous en face? A quel coup tordu n'avons-nous pas eu affaire?

Certains orthodoxes sautent sur la malheureuse histoire de l'église bombardée à Odessa. "Même Hitler n'aurait pas fait ça!" Mais outre que, si ce sont bien les Russes qui l'ont fait, c'est certainement fortuit, car ils n'ont absolument pas intérêt à s'aliéner les orthodoxes persécutés par le gouvernement ukrainien, ce genre de personne est resté tout à fait silencieux devant la réquisition de la Laure de Kiev, la dispersion de ses reliques et de ses icônes en Europe, l'arrestation du métropolite Paul, tout cela ne provoque aucune indignation. Qu'il est donc confortable, le fauteuil de la bien pensance, on s'y affale d'autant plus volontiers quand on l'avait quitté un moment. Nager à contre-courant, c'est dur.. 

samedi 15 juillet 2023

Monde libre

 


Le briefing de Slobodan Despot, cette semaine, est particulièrement pénétrant. Il m'a appris la mort de Milan Kundera, un écrivain que j'estimais beaucoup et qui avait une densité des pays de l'est, sur le fond de la vanité intellectuelle française. Je me souviens d'une de ses réflexions, disant à peu près que notre vision des choses est obscurcie par l'habitude, mais que si nous pouvions voir le monde d'aujourd'hui tel qu'il était avant qu'on nous l'enlaidisse à ce point, nous pleurerions de désespoir. Il avait écrit aussi tout un développement sur le sourire dans la photographie. Il observait qu'il ne venait à personne, dans l'antiquité, ni par la suite, de représenter un personnage officiel en train de se fendre la gueule. César, Adrien, plus tard les différents rois d'Europe, sont on ne peut plus sérieux sur leurs portraits. Au début de la photographie, les gens posaient avec le même sérieux. Puis on a commencé à prendre des instantanés, où les gens souriaient, et à présent, tous les portraits officiels nous offrent un masque ricanant qui déforme les traits et dissimule la personnalité. Et en effet. Le portrait ancien représentait la personne, la concentrait tout entière dans l'oeuvre du sculpteur, du peintre ou du photographe, cela tenait encore du portrait du Fayoum, cela avait donné naissance à l'icône, ce n'était pas rien... Alors que la photo actuelle de gens connus est un argument publicitaire, et l'on voit les grands méchants loups exhiber, sous leurs brushings, des sourires à quarante-huit dents qui me paraissent plus menaçants que séduisants, et, en tous cas, tout à fait dépourvus de sincérité. Le sourire est un instant, si on le fige, il devient souvent étrange, il est fait pour passer, comme un rayon de soleil, j'ai des photos souriantes de mon père mais je préfère celles où il est grave, où ses traits sont au repos.

Slobodan enchaîne sur une réflexion d'Alexandre Douguine à propos de la France, qui aurait "déjà connu son apocalypse". Cela me paraît aussi extrêmement pénétrant, et dans le fond, pourquoi l'Apocalypse ne se ferait-elle pas, à la surface de la terre, de façon progressive? Quand j'ai vu "Nécron", selon le surnom donné par Slobodan à cette créature des ténèbres, et qui lui va si bien, j'ai vraiment su qu'il nous apportait la mort, je n'ai pas compris comment il avait pu avoir assez de votes pour arriver au pouvoir, même en tenant compte de la fraude très possible. Et quand Notre-Dame a brûlé, il m'est apparu clairement que c'était la fin. Jusqu'à Nécron, c'était la dégénerescence bourgeoise et la destruction sournoise, après son élection, c'est la course à l'abîme de la Damnation de Faust.

https://www.youtube.com/live/bY_MVvsKUFc?feature=share

Je suis la proie d'un grand surmenage, tout le monde veut me voir ou me faire participer à des manifestations, et je me sens vidée. Hier, j'avais une rencontre prévue de longue date avec des pèlerins venus d'une paroisse de Moscou, où les offices sont célébrés en russe et non en slavon d'église. On m'a demandé mon avis à ce sujet. J'ai répondu que j'avais assisté pendant plusieurs années à des offices en français, quand j'étais à Solan, et comme c'était fait avec beaucoup de rigueur, cela ne me dérangeait pas du tout, et même, j'appréciais de tout comprendre, car si je me retrouvais dans les prières habituelles, les longues lectures bibliques des offices de fête ou du grand Carême me passaient loin au dessus du bonnet, et que je préférais parfois lire tout cela en français chez moi. Mais que je craignais les réformes, souvent la porte ouverte à n'importe quoi, comme ce fut le cas en France avec l'abolition du latin. En réalité, je ne vois pas où est le problème, dans la mesure où les offices en russe sont autorisés par le patriarche, comme du reste les offices des vieux-croyants, dont on a levé l'anathème, et qui pour une partie d'entre eux, ont rejoint le patriarcat.

Ces gens étaient tous extrêmement gentils, cultivés, ils m'ont posé des questions intelligentes et difficiles. Tout cela a duré trois heures, et j'ai aussi un peu chanté. J'ai vendu des livres. J'étais crevée.

D'après mon éditeur, tout le stock de livres qu'il avait est parti, le mien arrive à sa fin, ce n'est pas encore le best-seller, mais ça s'écoule, je vends toujours plus qu'en France!

Ensuite, à peine rentrée, j'ai eu la visite de deux amies, Iana et Olga, toutes deux veuves de fraîche date, les malheureuses. Iana nous a raconté que des amis dissidents, partis aux USA dans les années 90, revenaient à présent à Moscou, à cause de l'atmosphère irrespirable, le covid, le wokisme, la théorie du genre, la russophobie. C'est un choc pour elles deux de constater que la tendance s'est complètement inversée, et que le monde libre, pour l'instant, c'est ici. Cependant, la jeunesse libérale fout le camp. Mais, dit Iana, ils ont la cervelle lavée, ne croient plus en rien, n'ont plus de patrie, ni de considération pour leurs aînés qu'ils prennent pour des imbéciles, avec des idéaux dépassés, incapables de gagner de l'argent, des loosers. Iana me semblait elle-même plutôt libérale, cela lui a visiblement passé, bien que beaucoup de choses la choquent ou l'inquiètent, mais c'est compréhensible, moi aussi. Sans doute existe-t-il un tel public, eh bien qu'ils s'en aillent. Les jeunes gens que j'ai vus l'autre jour ne s'en vont pas, eux, et ne méprisent ni leurs aînés ni leur pays, ni leur tradition, ni leur culture, ni leur foi.

Elles m'ont fait part de leur grande déception, car l'Europe les fascinait, elles gardent un souvenir ému de leurs voyages, le naufrage culturel et spirituel actuel les laisse sans voix. Mais elles sont obligées d'admettre ce qu'elles constatent.

L'opinion pittoresque d'un soldat russe sur cette question: https://vk.com/video317834478_456239246


mercredi 12 juillet 2023

Ils les ferment mais ils l'ouvrent

 Le fils de ma voisine, Aliocha, m'a montré un étang magnifique, près d'un village, pour aller me baigner,  l'ennui, c'est que la température est tombée à 14° et que ce matin, j'ai été obligée de chauffer un peu. Certaines plantes, ayant donné leurs fruits, commencent même à jaunir! Le ciel est souvent très beau, je suis allée le contempler sur la plage municipale, où il y avait pour moi encore trop de monde.




Je voulais aller au festival cosaque près de Volgograd, on m'y invite, mais outre que je trouve cela très fatigant, ma vieille chatte Chocha vit certainement ses derniers jours. Elle est devenue aveugle, elle titube et dort tout le temps. Quand elle se réveille, elle miaule et me cherche, je ne crois pas que ce soit le moment de la laisser, si je ne veux pas me préparer un surcroît de remords. Je voudrais pouvoir tranquillement m'occuper de la maison, du jardin, et de mes divers travaux et démarches en retard.

J'ai invité Katia à manger un gratin de courgettes, car elle n'arrive pas à cuisiner pour elle seule. Elle m'a dit que la jeune femme qui dirige le choeur de son église avait brusquement poussé un cri en regardant son téléphone: elle venait d'apprendre que son frère, avec qui elle était très liée et qui était un garçon de grande qualité, était mort au front. Elle lui avait parlé la veille. "Les meilleurs hommes sont en train de mourir là bas, me dit Katia, tandis que les pires font la fête à Moscou ou fichent le camp dans les paradis démocratiques".


Du désordre de Mars, rayonnant et paisible,

Naissent aux branches nues d’étranges fruits d’azur.

C’est la guerre, là bas, le tumulte des armes,

Mais mars en sa débâcle, sur le jardin figé,

Déploie l’ogive d’or de ses ailes tranquilles,

Le pressentiment bleu des fêtes printanières.

A quoi bon démontrer, crier dans le fracas

Des cent gueules béantes de l’enfer déchaîné ?

 

Et l’on pourrait oublier ici,

Sur l’orbe lisse du lac resplendissant :

Tout est si calme au fil des rues,

On pourrait croire

Que rien n’arrivera jamais,

Hormis les floraisons ultérieures...

 

Sur une façade les héros

Semblent vivants,

Dans le cadre de leurs photos,

Sous les drapeaux,

Sur les fleurs mortes.

 

Mais ils gisent dans leurs tombeaux,

Ils n’auront pas fait de vieux os,

Ces beaux garçons qui nous sourient.

Ils auront eu parfois le temps

De laisser sur terre des enfants

A ceux qui restent et qui prient.

 

La faux s’abat sur les meilleurs,

C’est l’ultime moisson des justes,

Que les anges plient dans les langes

De la Résurrection promise.

 

Derrière les pogroms français, sans doute encore une manipulation pour spolier les gens, car au même moment, on nous passe une loi de derrière les fagots pas piquée des vers. Sur le moment, j'ai pensé que c'était dans le but de pousser les Français à l'abattoir, quand on aura éliminé tous les hommes ukrainiens. Slobodan Despot pense que c'est plutôt pour imposer la spoliation générale dont rêve la secte. A mon avis l'un n'exclut pas l'autre. En bref, il s'agit d'imposer la réquisition obligatoire des biens et des personnes, si l'Etat l'exige, ou nos alliances militaires. Cinq ans de prison ferme et 500 000 euros d'amende pour les contrevenants. C'est tout à fait officiel, on en parle partout. 


Parallèlement, sort le film de Mel Gibson sur le trafic d'enfants, Sound of freedom, sujet complotiste et tabou portant sur le grand péché de notre dystopie, le plus impardonnable. Là aussi, les cadavres commencent à sortir du placard, et l'on comprend mieux le dressage des masques à l'école, le dressage de l'éducation sexuelle précoce, avec drag queens de service et ateliers de masturbation. Tout ce qui nous fait dresser les cheveux sur la tête et vaut aux parents réfractaires de se voir éventuellement confisquer leurs enfants. Ce film, vous ne le verrez pas en France. Il est fait avec tact, Dieu merci, et peut être regardé par des personnes sensibles, bien que certains spectateurs sortent du cinéma en larmes. Le problème pour moi était surtout la mauvaise qualité du son qui m'empêchait de comprendre les dialogues en anglais. https://odysee.com/@fabroots2:3/Sound-of-Freedom-complet-:b.
https://orthodoxe-ordinaire.blogspot.com/2023/07/il-vaudrait-mieux-pour-lui-quon-mit-son.html 

Je disais à Katia qu'avec l'âge, j'avais appris à garder une certaine distance de sécurité par rapport à tout ce qu'il peut m'arriver de perturbant, pour ne pas devenir folle, pour pouvoir affronter la vie, bien que ce ne soit pas toujours possible, comme disait à peu près Nietszche, prends garde, lorsque tu regardes l'abîme, de ne pas laisser l'abîme entrer en toi. Mais il faut savoir, il faut avoir les yeux ouverts. Des gens qui pratiquent ce genre de choses ou qui les protègent et favorisent, sont capables de n'importe quelle horreur, dont notre aveuglement ou notre indifférence nous rend complices.

Christian Combaz, qui n'est pas un halluciné, évoque la question: La protection des mineurs est sa priorité. Non, sans rire. (odysee.com). Son explication, l'immaturité des adultes, ne me convient pas vraiment, mais enfin, à part ce détail, l'émission est fort intéressante. Bercoff en débat aussi sur Sud Radio: 



Pour ce qui est du covid, qui accompagne tout ceci, beaucoup de choses commencent aussi à se savoir. Certes, tout le monde ne meurt pas de la piquouze en série obligatoire, et c'est heureux, mais on peut de moins en moins cacher les ravages que ce vaccin douteux a pu opérer. Il faut dire aussi que si l'on admet, que la secte a l'intention de dépeupler le monde, un vaccin qui aurait provoqué des morts immédiates en masse aurait aussi suscité des réactions violentes. Que l'intention ait été délibérée pour des raisons idéologiques, dans le cadre d'un vaste complot mondialiste, ou que la seule cupidité de mafieux psychopathes soit derrière tout ce que nous avons pu observer, je n'arrive toujours pas à comprendre comment les gens ont pu accepter ce qu'on leur a imposé à cette occasion, et non seulement accepter mais collaborer avec zèle, en adoptant sans hésiter des comportements absurdes. En particulier: les enfants masqués du matin au soir et séparés les uns des autres. Les vieux et les invalides coupés de leurs proches. Les soignants réfractaires suspendus et privés de salaire. Pas de questions? Je sais que les questions sont complotistes par définition, mais bon, quand même... 

Si je fais ce petit tour d'horizon, c'est que tout est lié. Et puis un mien ami pour qui j'avais beaucoup d'estime, et qui avait pourtant conscience de bien des choses, nous accuse dans un commentaire de "refuser la réalité" car elle compromet notre vision du monde. En quelque sorte, par orgueil, nous refusons d'admettre que nous avons tort, et que la télé et le gouvernement ont raison. Pour lui tout va bien. Tout cela, les effets de la piquouze, le trafic d'enfants et d'organes, ça relève du fantasme, c'est pour se faire peur, d'ailleurs on ne parle plus de rien, c'est fini, tout ça. Oui, admettons que ce soit fini, on tire un trait et en avant? Sur les enfants masqués, les vieux isolés et les réfractaires calomniés et ruinés? C'est amusant, car la personne en question est la première qui me donne l'impression que la religion peut être vraiment parfois "l'opium du peuple";  un truc dans lequel on s'évade pour planer tranquille et aussi oublier confortablement ses positions précédentes, trop en porte-à-faux avec l'opinion générale et admise. Tant qu'on se restreint à un petit endroit protégé, c'est faisable, d'ailleurs ma cousine, pourtant très consciente de tout ce qui se passe mais n'ayant pas d'autre choix, s'est planquée dans la Dordogne pour avoir la paix le plus longtemps possible, mais elle n'est pas dans le déni. Personnellement, j'aimerais bien ne pas être dérangée dans ma création fiévreuse et ma contemplation de la nature, j'aimerais bien me tromper et pouvoir balayer d'un revers de main les angoisses et les visions d'horreur, mais je ne peux pas. Et même si la contemplation de la nature me rapproche de Dieu, je Le retrouve en ce moment dans la souffrance et l'inquiétude que tout cela me cause, car Il est le seul à pouvoir m'en consoler. Je découvre, dans ces abîmes soudain béants, le poids de la faute générale, car on y participe tous plus ou moins, de gré ou de force, ontologiquement. Comme le disait je ne sais plus quel saint, il faut se repentir aussi des fautes que nous pourrions potentiellement commettre.

 Comme le dit Dany, plus les Français ferment les yeux et plus ils ouvrent la bouche. Il y a quelque chose en occident, de nos jours, de délétère qui pousse les gens à les fermer très fort et à l'ouvrir très grande. On dirait que quelque folie les gagne tous, comme dit Slobodan Despot, c'est la cavalcade des rhinocéros.

En revanche, sur certains sujets, elle reste désormais fermée même quand elle fut autrefois ouverte. Ainsi on peut s'obnubiler sur un prêtre russe châtié parce qu'il a décidé de prier publiquement "pour la paix" et non "pour la victoire", bien que la victoire suppose la paix, mais se contretamponner du sort fait au métropolite Onuphre, chef de l'Eglise Ukrainienne traditionnelle, de ses hiérarques et de ses fidèles, de la Laure confisquée et profanée, des reliques et des icônes pillées, des intrigues du patriarche Bartholomée, qui favorise tout cela main dans main avec Zelensky. Le seul spectacle de ces deux personnages acoquinés me soulève le coeur. En principe, la vie spirituelle devrait donner du discernement, eh bien ce n'est vraiment pas ce que j'observe.

https://orthodoxologie.blogspot.com/2023/07/novinsky-le-phanar-est-pret-accepter.html


C'est pourquoi je suis reconnaissante au métropolite Jean du Monténégro de mettre les pieds dans le plat

L'évêque a noté qu'aujourd'hui, les persécutions les plus terribles ont lieu : "Il n'y a pas eu de telles persécutions de chrétiens orthodoxes depuis la révolution d'octobre jusqu'à aujourd'hui. Une terrible persécution des orthodoxes, une terrible attaque contre l'Orthodoxie ! Et cela, malheureusement, se passe devant le monde entier, qui est silencieux sur cette injustice flagrante et ce piétinement des droits humains et religieux."

Selon le Métropolite Ioanniki, ceux qui commettent de tels crimes contre l'Église ou s'en réjouissent sont des personnes damnées.

Déjà à notre époque, lorsque les autorités monténégrines ont commencé à attaquer les sanctuaires orthodoxes, une personne a prédit la fin imminente de ce pouvoir, bien qu'il semblât puissant, a déclaré Vladyka- 

Lorsqu'on a demandé à cet homme comment il le savait, il a répondu que son défunt grand-père lui avait parlé d'une situation similaire, à savoir comment l'Empire austro-hongrois avait commencé à enlever les cloches des églises et à les emmener dans ses fonderies pour les faire fondre. À ce moment-là, le grand-père de cet homme vit un pieux chrétien  de son village dire que dès que les autorités auraient commis cette iniquité, ce serait leur  fin.

"Aujourd'hui, chers frères et sœurs, l'Église orthodoxe ukrainienne, dirigée par Sa Béatitude le Métropolite Onuphre, qui est un pilier de l'Orthodoxie, se dresse sur le Calvaire. Elle a survécu au Golgotha à la veille de la fête de Jean-Baptiste, qui s'est vu trancher la tête pour avoir prêché la vérité de Dieu. 

Et nous devons nous souvenir de la souffrance actuelle de nos frères et sœurs orthodoxes en Ukraine, qui sont soumis à une terrible humiliation, à la saisie de leurs sanctuaires et à leur profanation, à de mauvais traitements et à des passages à tabac de prêtres, de moines et de moniales. 

Et pire encore, la majeure partie du monde regarde silencieusement ces terribles crimes. Cependant, nous sommes tout à fait convaincus que le Seigneur Jésus-Christ, crucifié et ressuscité, est avec Sa force et Son Amour avec ceux qui souffrent aujourd'hui en Ukraine pour la vérité de Dieu, et que saint Jean-Baptiste, qui fut décapité pour la justice de Dieu, est avec eux",

Car oui, il est clair pour moi que se commet, à l'encontre de nos frères orthodoxes, un forfait sans précédent, avec la complicité active du Phanar et de nombreux orthodoxes occidentaux, et que ceux-là sont damnés, comme les figures ricanantes qui insultent le Christ au Sanhédrin, sur les tableaux de la Renaissance.

Enfin, sans précédent, pas vraiment, car lorsque l'Eglise était persécutée par les bolcheviques, le saint patriarche Tikhon avait été poignardé dans le dos par son collègue de Constantinople, qui s'était hâté de reconnaître "l'église rénovée" bidon de l'époque, comme celui-ci s'est empressé de balancer sur l'Ukraine la bombe de son "église autocéphale" télécommandée, s'affichant aujourd'hui avec la créature de divers crapauds criminels apatrides bien connus pour leur malfaisance inlassable.

Voici leur travail, ces brutalités, ce pillage, ces profanations, ces meurtres, et qu'ils assument. Dans la Laure profanée monte une voix solitaire. Bartholomée peut bien y installer qui il veut ou qui ses maîtres veulent. L'Esprit n'y sera plus.

https://vk.com/wall56269821_7613 

A ceux qui, dans mon entourage, collectionnent les photos attendrissantes sur l'amour des animaux en Ukraine, je dédie ces deux exemplaires: 



Et cette anecdote véridique qui m'a tiré des larmes: on a arrêté, pour l'envoyer de force au front, un jeune homme ukrainien qui essayait de franchir la frontière moldave avec son chat. On n'a pas pris de photo de la scène.